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Traductrice : Botanica
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◈ Je suis devenu l’Homme de main aux yeux bridés du Boss maléfique ◈
Chapitre 059
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Profanation de sépulture et vol (2)
Pour que l’École Toress et Argyrion puissent commercer régulièrement, le premier site de fouilles semblait mieux convenir que le second.
Cette conclusion reposait sur une analyse de la superficie des deux sites et de l’avancement des fouilles. Le premier était plus vaste et mobilisait davantage de main-d’œuvre que le second. Comme les fouilles n’en étaient encore qu’à leurs débuts, un renouvellement fréquent du personnel n’y aurait rien eu d’étonnant.
Ce qui signifiait que, du point de vue d’Argyrion, il fallait remplacer périodiquement les hôtes au fil d’argent…
Arabel, qui avait exposé ce raisonnement avec enthousiasme, se rendit soudain compte qu’elle en avait trop dit. Ortes avait quitté la pièce à un moment donné.
Il ne restait plus que Karisia et elle dans le bureau de la présidente.
Arabel s’efforça de garder un visage impassible. Elle n’avait encore rien dit à voix haute au sujet de l’Inspecteur secret, ni de quoi que ce soit d’autre.
« Tout ce que j’ai fait, c’est avancer l’hypothèse qu’il se passe quelque chose entre l’École Toress et Argyrion… »
Mais, comme toute mage brillante, Karisia avait une intuition hors du commun. Elle avait sûrement déjà compris, à la manière assurée dont Arabel parlait, qu’elle avait percé la véritable identité d’Ortes.
Alors qu’elle attendait son verdict avec appréhension, Arabel remarqua un étrange sourire au coin des lèvres de Karisia.
« J’ai bien entendu, Directeur Arabel. Ça suffira pour l’instant. Vous pouvez disposer. »
« Qu-quoi ? »
Arabel se rendit compte qu’elle venait d’échapper à l’exécution. Peut-être Karisia estimait-elle ses talents de collecte d’informations et son intuition ?
Cette clémence inattendue était peut-être, dans une certaine mesure, une façon de lui annoncer qu’elle serait mise dans la confidence.
L’esprit en vrac, Arabel…
« Je crois que je vais finir ma sieste, alors. »
décida de retourner au pays des rêves, dont cette convocation impromptue l’avait tirée.
* * *
À première vue, le raisonnement d’Arabel tenait plutôt bien la route.
Mais il y avait un autre problème.
Le temps.
Pour qu’Argyrion coopère avec la Tour magique de Toress à une telle échelle, il aurait fallu qu’une solide confiance commerciale se bâtisse au fil du temps.
Il était peu crédible qu’un système de coopération d’une telle ampleur ait été mis en place dès l’attentat terroriste d’Elysion.
C’est pourquoi j’avais pris la théorie d’Arabel pour une plaisanterie à moitié sérieuse, mais Karisia semblait la voir autrement.
Si je devais choisir entre les deux sites, conseilla-t-elle, je devais me rendre au premier, celui où, selon Arabel, Argyrion et la Tour magique de Toress échangeaient leurs marchandises.
À vrai dire, les « conseils » de la présidente n’en étaient que de nom : ils ressemblaient plutôt à des ordres. Je ne fis aucun commentaire et m’exécutai.
Par commodité, le rapport d’Arabel l’appelait simplement « Site 1 de l’École Toress », mais il avait bien sûr un nom officiel.
« La Crète, hein… »
C’était une île isolée, flottant au milieu d’un vaste lac, avec des ruines qui n’étaient pas occupées par une ville. À en juger par leur équipement, ils avaient fait venir un Noyau de mana portatif, du genre normalement réservé aux trains à moteur magique, pour alimenter les fouilles à grande échelle.
Je profitai d’un moment de répit pour me connecter au Réseau Ether. Je consultai FixerNet, où les fixeurs publiaient des avis sur les missions et notaient leurs clients.
Je parcourus les avis sur les missions de la Tour magique de Toress.
La première publication avertissait que les missions d’escorte d’esclaves ne faisaient que vous gâcher la journée et qu’il valait mieux les éviter. Je filtrai toutes celles qui impliquaient des esclaves.
Comme toujours avec les fouilles, les commentaires se résumaient surtout à dire que le travail était éreintant.
Ces avis ordinaires, débordant d’ennui et de fatigue, me rassurèrent davantage.
« Si on avait déjà trouvé un objet comme le Talisman du Tonnerre retentissant, FixerNet serait bien plus agité. »
Si le talisman était déjà tombé entre les mains de la Tour magique de Toress, le récupérer deviendrait un vrai casse-tête.
« S’il est en route vers la Tour principale, ou à l’étude dans une succursale, ça va. Mais s’il est déjà dans le coffre de la Tour principale, ça va être toute une histoire. »
Après avoir parcouru FixerNet encore quelques fois, je décidai de la suite.
« Il semble y avoir pas mal de dangers dans les ruines. Je vais entrer comme fixeur journalier et prendre la température… »
et si les choses tournaient mal, j’ouvrirais les yeux, je trouverais l’artefact et je le prendrais.
* * *
Les mages de l’École Toress qui dirigeaient les fouilles sur l’île de Crète manquaient constamment de bras.
Par nature, les fouilles de ruines faisaient beaucoup de victimes.
Les ruines de l’Âge mythique, qui avaient été des lieux consacrés aux dieux, regorgeaient de dispositifs conçus pour exécuter sur-le-champ les intrus non autorisés. Quant aux ruines de la fin de l’Âge mythique, elles avaient subi des guerres contre les mages et étaient littéralement tapissées de pièges antimagie.
Les ruines de l’Âge magique étaient-elles plus accueillantes envers les mages ? Bien sûr que non.
L’Âge magique était à l’origine de l’état d’esprit qui régnait encore à l’époque actuelle : les Tours Magiques complotaient en secret pour se voler leurs secrets, et assassinaient les espions de leurs rivales.
Les mages de cette époque, qui pillaient les magies auxquelles les autres tenaient et éliminaient sans pitié quiconque tentait de voler les leurs, n’avaient jamais fait preuve de générosité envers les générations suivantes.
Les pièges et les monstres tapis dans les ruines n’avaient donc rien d’exceptionnel. Une forte concentration de Mana avait préservé les pièges de l’usure du temps.
Les Tours Magiques détestaient gaspiller leurs précieux mages à des tâches aussi subalternes et fastidieuses.
Sous-traiter le travail à des fixeurs et à des mercenaires était donc inévitable.
Smitia, la mage chargée de mener les entretiens sur l’île de Crète, ne put cacher sa perplexité devant le fixeur qui se tenait face à elle. Il prétendait être venu « après avoir vu l’offre d’emploi ».
Le visage dissimulé sous une visière et vêtu d’une armure motorisée, il ressemblait trait pour trait au célèbre Spartoi de la Tour des Ténèbres Noires.
Pour parler franchement, on aurait dit un golem ou un mort-vivant.
« Je ne sais pas où vous avez vu cette offre, mais… »
Smitia, l’air renfrogné, sortit trois contrats.
Le premier était un contrat de sous-traitance destiné aux mercenaires employés par des entreprises d’une certaine taille. Le deuxième s’adressait aux fixeurs affiliés à de petits bureaux. Le dernier était réservé aux fixeurs indépendants qui travaillaient seuls.
Parmi les trois catégories, les fixeurs solitaires sans entreprise ni bureau étaient en réalité préférés aux mercenaires des sociétés ou aux fixeurs affiliés à un bureau. La plupart du temps, ils n’avaient aucun représentant légal à indemniser en cas de décès.
L’inconnu à visière semblait lui aussi appartenir à cette dernière catégorie et choisit le contrat sans hésiter.
« Vous savez comment activer un contrat, n’est-ce pas ? Versez-y votre Mana. »
Les contrats magiques, que les deux parties scellaient en y versant leur Mana plutôt qu’en signant, étaient les plus répandus, car ils étaient très difficiles à falsifier.
Mais l’inconnu à visière secoua la tête. Sa voix, profonde et déformée, retentit.
« Le système d’alimentation en Mana de mon corps prothétique a un problème. Je ne peux pas utiliser ce type de contrat. Nous allons signer. »
« Avec un équipement pareil, comment vous faites pour garder la tête sur les épaules… Enfin, ce n’est pas mon problème. »
Peut-être n’était-il pas mage et utilisait-il plutôt le Qi. Smitia, sa curiosité satisfaite, lui lança un stylo. L’inconnu à visière signa sans hésiter.
« Outis (Ουτις) ? C’est évidemment un faux nom. »
« N’est-ce pas le cas de tous ceux qui finissent par échouer dans un endroit pareil ? Avoir un ou deux secrets dont on ne peut pas parler, ce n’est pas si rare. »
« Hmph. Même si quelqu’un venait vous chercher, la Tour magique de Toress ne vous protégerait pas. »
« Je le sais. »
Sa réponse fut sèche. Smitia perdit tout intérêt et reprit d’un ton professionnel :
« Allez au bureau de gestion du personnel, là-bas. On vous donnera les détails. »
* * *
Voilà pourquoi j’aimais être fixeur.
Je le pensai en relisant le contrat que je tenais à la main. Un contrat malhonnête, dont chaque clause de rémunération avait été truquée pour plumer un fixeur de passage, sans bureau ni références.
Les circonstances qui poussaient un fixeur à signer pareil contrat étaient assez évidentes. C’était justement pour cette raison qu’un individu à l’allure aussi louche que moi n’éveillait pas de soupçons particuliers.
Beaucoup de fixeurs tout en bas de l’échelle cachaient des choses plus ou moins illégales, voire carrément criminelles. Mais si l’on voulait n’embaucher que des gens vérifiés, les coûts devenaient prohibitifs.
Le responsable du personnel, qui supervisait toute la main-d’œuvre sous-traitée, examina mon contrat, puis m’envoya une adresse du Réseau Ether et un mot de passe.
« L’équipe de fouilles part tous les matins. Elle est divisée en équipes de surface et d’exploration profonde ; vous devez indiquer à l’avance sur cette page dans laquelle vous voulez travailler. Vous y trouverez aussi toutes les informations détaillées, notamment le niveau de difficulté. Prenez le temps de vous renseigner. »
Le mot de passe semblait destiné au dortoir réservé aux travailleurs extérieurs. Je hochai vaguement la tête et me détournai.
« On dirait que les fouilles du jour sont déjà terminées. Autant me faire une idée du fonctionnement du site… »
* * *
Le responsable du site sentit son cœur s’emballer. Outis, qui signifiait « personne », était le faux nom le plus courant chez ceux qui se lançaient dans le métier de fixeur.
Mais parmi tous ces « personne », certains avaient des particularités assez remarquables.
Bien qu’ils se fissent appeler « personne », on les distinguait des autres Outis et on les traitait comme des individus à part.
L’un avait quatre yeux. Les cheveux d’un autre brûlaient comme des flammes.
Un autre encore ne signait jamais de contrat magique, seulement des contrats papier.
« … »
Les histoires sur ces Outis singuliers étaient devenues des légendes urbaines dans le milieu des fixeurs. Selon des rumeurs invérifiées, chaque mission à laquelle participait l’Outis aux quatre yeux se transformait en jackpot, tandis que l’Outis aux cheveux de flamme serait en réalité un éclaireur de la Tour de la Flamme Rouge.
Naturellement, l’Outis qui refusait les contrats magiques avait lui aussi sa propre rumeur, qui tenait davantage du conte à faire peur que d’une simple rumeur.
« Quel que soit le site qu’il visite, il finit toujours par s’y passer quelque chose. »
Une rumeur que seuls quelques vétérans du métier connaissaient.
Les hauts responsables des Tours Magiques balayaient ces légendes urbaines, qu’ils considéraient comme de simples superstitions irrationnelles répandues parmi les ratés incapables d’intégrer une tour. Si on les leur rapportait, on ne récoltait qu’une leçon de morale — « Réfléchissez rationnellement, vous êtes censés être des mages » — et aucune écoute sérieuse.
Le responsable du site déglutit.
« Ça fait des années que les rumeurs sur l’Outis qui refuse les contrats magiques se sont éteintes. Ce n’est sûrement qu’une coïncidence… »
* * *
Entassé dans un dortoir de six personnes, je me surpris à repenser au passé.
« À l’époque où on me poursuivait dans tous les sens, j’utilisais souvent ce genre de faux nom pour brouiller les pistes. »
À l’époque, c’était épuisant, mais aujourd’hui, je pouvais presque en garder un souvenir tendre.
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