WeTried Translations
Traductrice : Botanica
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu l’homme de main aux yeux bridés du Boss maléfique ◈
Chapitre 058
──────
Pillage de tombes et vol (1)
Karisia, qui se massait toujours les tempes, finit par prendre la parole.
« De quel genre d’artefact s’agit-il ? Une Antiquité ? Une Relique ? »
Par commodité, on les regroupait tous sous le terme d’artefacts, mais, à proprement parler, il en existait deux sortes. La première était l’Antiquité, un objet façonné par la main de l’homme.
Artefact était simplement le terme générique désignant tout objet imprégné de magie. Antiquité, en revanche, désignait plus précisément les pièces rares qui avaient traversé les âges et se distinguaient par une facture inégalée.
La deuxième catégorie regroupait les objets que la magie elle-même ne pouvait reproduire. Ceux créés par les dieux ou les dragons, par exemple, étaient appelés Reliques. La plupart des Reliques sacrées conservées par les différents ordres des dieux disparus en faisaient partie.
« Une Antiquité. »
L’artefact qui convenait à Astrape n’allait pas être une Relique sacrée d’un dieu. Certes, d’après les informations dérobées à la Succursale de Blasphemia, il restait quelques ruines anciennes où une Relique sacrée pouvait bien être cachée.
Mais ce n’était pas le moment de mettre à profit les renseignements de Blasphemia. Si nous nous faisions prendre en plein pillage, ils risquaient de nous confondre avec Argyrion et de nous tomber dessus.
Les informations sur l’artefact que je comptais dénicher cette fois-ci provenaient en réalité du roman original.
Astrape l’avait utilisé dans l’histoire originale ; il lui conviendrait donc à coup sûr.
« L’École Toress fouille actuellement plusieurs ruines datant de l’époque du Roi Mage. L’une d’elles abrite un artefact appelé le Talisman du Tonnerre retentissant. »
Dans le roman original, Astrape était vendue à l’École Toress, puis subissait opération de modification sur opération de modification, tout cela au service du projet de longue haleine de l’École : créer une porte dérobée permettant d’accéder secrètement aux Dix Commandements.
L’École Toress investissait dans sa modification tous les artefacts dont elle pouvait se passer, considérant cela comme un sacrifice inévitable pour créer le parfait pirate du Réseau Ether.
Parmi tous ceux qu’elle possédait, le Talisman du Tonnerre retentissant était assez puissant pour se trouver au cœur même de cette transformation.
Un corps prothétique magitech devait normalement être rechargé en Mana à intervalles réguliers. Un mage suffisamment puissant pouvait assurer une partie de cette recharge lui-même, mais son endurance au combat finissait naturellement par en pâtir.
Le Talisman du Tonnerre retentissant était l’artefact qui permettait à un corps prothétique magitech de surmonter cette limite : sous certaines conditions, cette Antiquité pouvait fournir un flux ininterrompu de Mana de foudre.
Karisia pencha la tête en écoutant mes explications.
« Pourquoi personne ne l’a-t-il trouvé jusqu’ici ? Un artefact qui dégage du Mana en continu devrait être assez facile à repérer. »
« Les performances du Talisman du Tonnerre retentissant dépendent de la capacité de son porteur à maîtriser le Mana brut. »
Le Mana était, par nature, une ressource consommable.
L’âme d’un mage pouvait produire du Mana d’elle-même, mais cette régénération naturelle variait énormément d’un mage à l’autre, selon son état et sa constitution.
Les potions de Mana et les pierres de Mana permettaient de compenser, mais les consommables étaient limités par la quantité qu’on pouvait transporter.
C’est pourquoi les mages de combat s’entraînaient à l’absorption du Mana afin de récupérer rapidement, en transformant le Mana brut qui saturait le monde naturel en Mana utilisable.
Le processus de récupération par absorption du Mana se décomposait en trois grandes étapes.
1. Le mage prenait le contrôle du Mana brut dans sa zone d’influence.
2. Il convertissait le Mana brut ainsi capturé pour l’adapter à son propre attribut de Mana.
3. Il absorbait le Mana converti.
Aux deuxième et troisième étapes — la conversion du Mana brut en Mana, puis son absorption —, des pertes étaient inévitables. C’est pourquoi l’opinion générale voulait que cette méthode d’absorption du Mana ait ses limites.
Le Talisman du Tonnerre retentissant était un artefact qui optimisait la conversion et l’absorption afin de réduire ces pertes à presque rien.
Autrement dit, tant que son porteur maîtrisait suffisamment le Mana brut, il pouvait fournir à chaque instant plus de Mana qu’il n’en dépensait, ce qui rendait possible une source d’énergie presque perpétuelle.
Heureusement, les limites de la capacité totale en Mana d’un individu et le temps nécessaire à la récupération du Mana ambiant converti l’empêchaient d’en accumuler sans fin.
Si cela avait été possible, Karisia aurait lancé sans hésiter : « Et si on en faisait une bombe ? »
« Je vois. Sans porteur, laissé là à l’état dormant, il doit avoir désactivé ses fonctions de conversion et d’absorption. Il n’est donc pas étonnant que la Tour magique de Toress ait du mal à le retrouver. »
« Oui. Les autres Tours Magiques doivent encore être entièrement accaparées par l’attentat terroriste d’Argyrion à Elysion. Je compte profiter de cette occasion pour mettre la main sur l’artefact avant l’École Toress. »
* * *
Karisia convoqua Arabel.
Arabel se rendit compte qu’elle s’habituait peu à peu aux convocations nocturnes de sa patronne, et se désespéra de constater qu’elle en arrivait là.
Je ne devrais pas m’y habituer. Bon sang.
Mais le pire coup au moral lui fut porté dès qu’elle entra dans le bureau de la présidente.
« Oh, vous êtes arrivée vite. Merci, vu l’heure tardive. »
En plus de Karisia, Ortes se trouvait lui aussi dans le bureau de la présidente. Tous ses instincts lui hurlaient un avertissement strident : cela signifiait des heures supplémentaires, sans l’ombre d’un doute.
Si vous saviez qu’il était si tard, vous n’auriez pas dû me convoquer… !
Mais avertissement ou non, Arabel n’y pouvait rien. Qu’était-elle censée faire quand la présidente en personne la convoquait ?
Dans une entreprise normale, elle aurait peut-être claqué sa lettre de démission sur la table. Malheureusement, Hydra Corp était une entreprise où l’on était employé à vie, et les démissions n’y étaient pas autorisées.
« Directrice Arabel, avez-vous des informations sur la Tour magique de Toress ? »
« Ah. Vous parlez de ceux avec qui Cryton traitait ? N’avez-vous pas vous-même éliminé toute leur succursale ? »
« Depuis, il n’y a plus eu de lien particulier entre Etna et la Tour magique de Toress. Mais il semble qu’un lien soit sur le point de se créer. »
Le sourire en coin d’Ortes. L’esprit d’Arabel s’embrouilla. L’attentat terroriste d’Argyrion faisait désormais le tour du Réseau Ether.
Et au milieu de tout ça, il y avait une Tour Magique que l’Inspecteur secret de Blasphemia semblait sur le point de visiter ?
Ne me dites pas que la Tour magique de Toress s’est alliée à Argyrion ? Non, en toute logique, ce serait prendre un risque bien trop grand…
« De quelles informations avez-vous besoin sur la Tour magique de Toress ? »
« Les ruines qu’elle fouille actuellement. »
« Ah. Ça, c’est facile. »
Les fouilles de ruines étaient le genre d’activité difficile à garder secrète, même quand on le voulait. Rien que la main-d’œuvre nécessaire posait problème.
À moins qu’il ne s’agisse d’un coin reculé comme une zone de danger extradimensionnelle, faire venir une grande équipe sur place ne pouvait qu’attirer l’attention.
Et si une Tour, soucieuse de ménager ses propres mages, engageait plutôt des Fixeurs ou des mercenaires, il devenait encore plus difficile de garder les fouilles secrètes.
Arabel agita une fois la main, et une liste holographique apparut. La Tour magique de Toress fouillait actuellement trois ruines.
« D’après leur style, l’une serait un temple de l’Âge mythique. Les deux autres semblent dater de l’Âge magique. »
L’Âge mythique. L’époque qui avait précédé l’arrivée du Roi Mage, quand la magie n’existait pas encore et que seule subsistait l’invocation sacrée. Puis était venu l’Âge magique, inauguré par le Roi Mage et porté à son apogée par ses dix disciples.
En privé, Arabel avait supposé qu’Ortes voudrait des informations sur les ruines de l’Âge mythique. S’il y en avait qui pouvaient intéresser l’Inspecteur secret de Blasphemia, les chances étaient plus grandes pour celles de l’Âge mythique que pour celles de l’Âge magique.
Mais Ortes ne regardait que les informations sur les deux ruines de l’Âge magique.
* * *
Laquelle des deux était la bonne ?
Mon esprit s’embrouilla. Bon sang. Puisqu’il s’agissait d’un artefact lié au Mana, j’étais sûr que ce n’était pas celui de l’Âge mythique, au moins.
Je vais devoir choisir au hasard ?
« Directeur Ortes. »
Tandis que j’hésitais entre les deux sites possibles, la voix d’Arabel me parvint.
« Oui ? »
« Au fait, pourquoi cherchez-vous des informations sur ces ruines ? »
« Ah… »
Je vérifiai d’abord l’expression de Karisia. Le partenariat avec Lampades n’avait pas encore été conclu. Officiellement, même notre voyage à Elysion était présenté comme une préparation à l’admission de Kyne au Museion.
Je ne pouvais pas révéler sans l’accord de la présidente une affaire qui se négociait encore en secret.
Elle inclina légèrement le menton. Karisia acquiesça, me laissant décider.
Je choisis mes mots avec soin.
* * *
« Il y a de fortes chances que l’une de ces deux ruines abrite un artefact qui serait particulièrement utile à l’Enquête sur la divinité. »
Quelle excuse tirée par les cheveux, me dis-je en la formulant. S’il s’agissait d’une Relique sacrée, les chances ne pencheraient-elles pas clairement en faveur de l’Âge mythique ?
« Pour être précis, ce n’est pas tant l’artefact lui-même qu’un effet secondaire qui aiderait l’Enquête sur la divinité. Mais je vais m’en tenir là pour l’instant. Rien n’est encore confirmé. »
Les pensées d’Arabel s’emballèrent. Pas l’artefact, mais un effet secondaire.
Rien n’était encore confirmé.
Et l’Inspecteur secret de Blasphemia…
« Alors, l’École Toress traite vraiment avec Argyrion ? »
« Oui ? »
Sa perplexité était manifeste. Cette réaction ne fit que renforcer les certitudes d’Arabel. N’était-ce pas la première fois que ces yeux bridés inhumains laissaient transparaître une réaction vraiment humaine ?
Ravie de voir Ortes déconcerté, Arabel se lança aussitôt dans l’explication de l’énigme qu’elle venait de résoudre en un instant.
C’était de l’instinct pur, né de la joie intense de parvenir enfin à déstabiliser, ne serait-ce qu’une seconde, le patron qui la faisait trimer sans relâche depuis tout ce temps.
« Si ce n’est pas l’artefact, mais un effet secondaire qui est utile, alors c’est la fouille elle-même, son contexte, qui compte. Par nature, les fouilles de ruines attirent beaucoup de personnel extérieur. Même si des mages inconnus débarquent en nombre, cela ne paraîtra pas suspect. »
La Tour magique de Toress se prêtait donc parfaitement à la dissimulation des hommes d’Argyrion.
« Euh, Directrice Arabel. Argyrion n’est-il pas actuellement considéré comme un groupe d’Érodés ? Qui, sain d’esprit, chercherait à négocier avec des Érodés ? »
Arabel ricana.
« C’est ainsi qu’on les connaît, bien sûr. Mais en réalité, ce n’est pas une organisation composée de traîtres issus de Blasphemia ? »
Ortes se rappela que, avant leur départ pour Elysion, Karisia avait expliqué aux Directeurs l’existence des traîtres de Blasphemia.
Mais elle leur avait donné une explication succincte, limitée à ce qu’ils avaient besoin de savoir. Elle avait donc passé sous silence le fait qu’ils étaient à la fois des traîtres et des Érodés !
Entrer dans les détails reviendrait à parler du passé de Karisia et du mien. C’est un sujet que je ne peux vraiment pas aborder…
« Tout le monde sait qu’on ne peut pas raisonner les Érodés ordinaires. Mais si l’on apprenait que ceux-là, en particulier, sont capables de négocier, j’imagine que les Tours Magiques réagiraient différemment. »
On savait que la Tour magique de Toress convoitait depuis longtemps le siège de la Tour du Tonnerre Jaune. Son influence était toutefois si faible qu’elle ne pouvait même pas vraiment prétendre au deuxième rang parmi les écoles de magie de foudre. La Tour du Tonnerre Jaune ne s’en était donc guère souciée.
« Argyrion a probablement révélé son identité en premier et proposé l’accord. Quelque chose comme : “Nous vous fournirons des informations qui vous donneront l’avantage dans la Guerre de succession contre les Dix Tours. En échange, aidez-nous à répandre les hôtes au fil d’argent.” On sait que la Tour magique de Toress achète des esclaves partout dans le monde. Exploiter ce réseau d’approvisionnement aiderait énormément au déploiement des hôtes au fil d’argent. »
Blasphemia surveillerait évidemment de près les sites de fouilles liés aux superstitions ; ces endroits seraient donc exclus comme lieux de rencontre pour un accord avec Argyrion.
Arabel livra sa conclusion finale.
« Vous avez donc découvert un pacte secret entre l’École Toress et Argyrion, et vous comptez les prendre sur le fait pour le révéler, c’est bien ça ? Et rien n’est confirmé parce que vous n’avez pas encore vérifié de vos propres yeux leur petite idylle. »
S’il était vraiment un Inspecteur secret de Blasphemia, il ne pouvait sûrement pas rester les bras croisés devant un acte de trahison pareil. Arabel l’affirma avec une confiance absolue.
Ortes se couvrit la bouche d’une main.
Comment diable a-t-elle pu en arriver à une telle conclusion… ?
« Non, ce n’est pas ça. En fait, c’est pour une tout autre raison. »
« Alors, quel est exactement votre véritable objectif ? »
« Pour l’instant, je ne peux pas vous répondre. »
Arabel entendit sa célèbre esquive et hocha la tête, satisfaite. Pour la première fois, elle eut l’impression d’avoir remporté la manche.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>