Reiji a passé une excellente nuit.
La lumière du soleil filtrait à travers l'ouverture des grands rideaux, qu'il avait pris soin de laisser entrouverts pour l'aider à se réveiller le matin.
Dehors, les oiseaux gazouillaient joyeusement et la chaleur des couvertures sous lesquelles Reiji hibernait créait une atmosphère si paisible que le jeune homme laissa échapper un soupir de bien-être.
Il se leva lentement, ébouriffant ses cheveux totalement en bataille à cause de l'oreiller, et bâilla en traînant les pieds jusqu'à la salle de bain. Après un brossage minutieux et une douche brûlante, Reiji était prêt à profiter au maximum de sa journée !
« Demain après les cours, les clubs commencent officiellement leurs activités. Il faut que je m'entraîne sur le plat que je vais préparer pour le test de cuisine, je ne peux pas me permettre de rater ça ! »
Le lundi et le mercredi, c'était au tour du club de cuisine, tandis que le mardi et le jeudi étaient réservés au club de MMA.
Heureusement, les horaires ne se chevauchaient pas, mais cela signifiait aussi qu'il avait une charge de travail conséquente quatre jours sur cinq.
Non pas qu'il s'en plaigne, au contraire, il avait hâte d'y être. Reiji comptait utiliser toute la matinée pour affiner ses compétences et tester quelques recettes différentes afin de trouver le plat qui lui garantirait une place dans le club de cuisine.
Quand les élèves de terminale disaient que le test serait épuisant, ils ne plaisantaient pas. Ce n'était pas juste un examen où ils goûtaient votre plat pour vous valider, non, c'était bien plus complexe que ça.
Chaque candidat devait passer trois étapes.
Première étape :
Les seniors distribuaient un questionnaire sur la cuisine auquel il fallait répondre en 30 minutes. Les questions n'avaient rien d'insurmontable, c'était des bases que n'importe qui ayant passé un peu de temps en cuisine pouvait maîtriser.
Deuxième étape :
Les compétences des candidats étaient testées à travers différents défis, comme la précision et la vitesse de découpe des légumes, la technique pour casser un œuf ou encore la manipulation des ustensiles.
Troisième étape :
Pour finir, tout le monde devait préparer un plat qu'il maîtrisait parfaitement et le servir aux élèves de terminale et au professeur superviseur du club de cuisine, qui faisaient office de juges.
Il fallait réussir ces trois niveaux pour intégrer le club. En général, si quelqu'un s'entraînait dur pendant quelques jours, il pouvait réussir l'examen, mais peu d'élèves étaient assez motivés pour fournir autant d'efforts.
C'est pour ça que le club avait très peu de membres comparé aux autres, mais c'était voulu. Ils privilégiaient la qualité, le dévouement et le talent avant tout.
« Mec, j'ai trop hâte ! Je me demande quand on pourra faire notre première sortie », lança Reiji avec un sourire confiant.
L'échec n'était même pas une option dans son esprit.
« Allez, on s'y met ! Il faut que je sois productif aujourd'hui ! »
Il sautilla joyeusement vers sa grande cuisine, les bras balançant d'avant en arrière. C'était une journée magnifique, le moment idéal pour faire ce qu'il aimait.
Rien ne pouvait gâcher sa bonne humeur.
*PAN PAN PAN*
« BOSS ! VOUS ÊTES LÀÀÀÀ ? »
Reiji se figea, son expression enthousiaste se crispant instantanément. Ses bras retombèrent le long de son corps tandis qu'une larme solitaire coulait sur sa joue.
« Haha. »
« Hahahaha. »
« HAHAHAHAHA. »
« Évidemment, à quoi je m'attendais ? La tranquillité, ça n'a jamais été au programme ! »
Reiji sortit lentement un couteau de boucher du tiroir à côté de lui, la lame tranchante brillant sous l'éclairage vif de la cuisine.
« BOSS !! ALLÔÔÔÔ ? »
« Il va y avoir du sang aujourd'hui, et ce ne sera pas celui d'un poulet », promit Reiji en se dirigeant vers la porte.
En l'ouvrant brusquement, il fut accueilli par les sourires idiots du Chauve et du Barbu. Ils portaient à nouveau des costumes, ce qui indiquait qu'ils n'étaient pas là juste pour une visite de courtoisie, et cela rendit Reiji encore plus déprimé.
« Boss ! Vous avez la classe comme toujours ! » s'exclama le Chauve.
« Mmh, j'ai l'impression que vous êtes devenu encore plus beau, Boss », ajouta le Barbu.
« ... Arrêtez de lécher les bottes, vous allez vous étouffer. Pourquoi vous êtes là ? »
Reiji jouait avec le large couteau dans ses mains, observant les détails sur le manche. Les deux hommes se jetèrent un regard et grimaçèrent un peu, comme s'ils savaient que leurs prochains mots allaient faire basculer leur jeune Boss.
« Haha, on va vous dire... Mais pourquoi vous ne rangez pas ce couteau d'abord ? » demanda le Chauve, nerveux.
Reiji leva les yeux au ciel et retourna dans la maison, suivi par les deux hommes après une seconde d'hésitation.
Il remit le couteau dans le tiroir et versa de l'eau dans trois verres, en poussant deux vers ses sbires après y avoir ajouté des glaçons.
Puis il s'assit à la table de la salle à manger et demanda à nouveau :
« Bon, accouchez. J'ai encore hérité d'une mission à la con ? »
Le Chauve ouvrit la bouche mais détourna le regard vers l'homme à côté de lui.
« Euh... Takeda-san va vous expliquer ! » marmonna-t-il en se détournant, ignorant le regard furieux que lui lançait le Barbu.
Le Barbu toussota et prit la parole : « Boss, on a un peu... Hum... On a un peu parlé au Grand Boss de la façon dont vous avez géré l'incident chez Ichihara. Je sais que vous nous aviez demandé de minimiser votre rôle, mais cet œuf chauve s'est trop emballé et a tout balancé... »
Reiji ne répondit pas, les fixant avec indifférence comme pour les pousser à continuer, tout en tapotant son verre d'eau sur la table.
« Donc euh... Le Grand Boss vous a convoqué pour discuter, et on est là pour vous y emmener », reprit le Chauve là où le Barbu s'était arrêté, une goutte de sueur perlant sur son front brillant.
Reiji pencha légèrement la tête, puis ses lèvres se retroussèrent dans un sourire amusé.
« Pourquoi vous êtes aussi nerveux, au juste ? »
Le Barbu marqua une courte pause.
« Eh bien, parce que vous nous aviez demandé de garder les détails pour nous... » marmonna-t-il.
« ... Et ? Je ne m'attendais pas vraiment à ce que vous le fassiez, vous savez ? C'était plus un vœu pieux. Je sais que votre loyauté va à mon père et que vous ne pouvez rien lui cacher, alors pas besoin d'inventer des histoires d'excitation incontrôlée ou je ne sais quelle connerie. »
Reiji haussa les épaules avec désinvolture et se renversa dans sa chaise. Les deux hommes baraqués parurent surpris, ne s'attendant pas à être lus comme un livre ouvert.
Le Barbu hésita avant de demander : « Donc... Vous n'êtes pas en colère ? »
« En colère ? Bon, je suis un peu énervé que mon merveilleux dimanche soit parti aux toilettes, mais je me fiche que vous ayez tout révélé. Ça devait arriver tôt ou tard », soupira Reiji, fatigué.
Ne vous méprenez pas, il n'avait pas hâte de voir son père. Ça allait être stressant, conflictuel et une sacrée prise de tête, mais ça ne servait à rien de repousser l'échéance. Autant en finir le plus vite possible, peut-être qu'il pourrait gagner un peu plus de liberté.
Le Chauve se mit à secouer les épaules du Barbu avec émotion, les yeux larmoyants de joie pure.
« Takeda-san, je rêve ? N-Notre Boss a tellement bien grandi ! »
« Tu ne rêves pas Raiden, mon cœur ne peut pas supporter autant de bonheur, il va exploser ! » répondit le Barbu à haute voix, en se serrant la poitrine de façon exagérée.
Reiji se contenta de se masser les tempes en observant les pitreries de ces deux abrutis.
« Arrêtez de faire votre cinéma, je vais me changer et on y va », trancha-t-il avant de se diriger vers sa chambre.
Il enfila un jean noir et un sweat à capuche confortable, retroussant les manches jusqu'aux coudes. Il aurait probablement dû porter quelque chose de plus présentable ou formel, mais Reiji comptait bien faire de cette tenue le premier pas pour montrer ses intentions plus clairement.
Ça lui vaudrait peut-être une remontrance, mais peu importe.
Il trouva les deux hommes déjà devant la porte d'entrée, l'air solennel mais légèrement excité.
« On y va. »
***
« Boss, même s'il ne le montre pas... Le Grand Boss était vraiment fier de vous. Alors... s'il vous plaît, ne vous disputez pas encore avec lui, ça lui briserait le cœur. Il a l'air dur, mais c'est un vrai tendre à l'intérieur », supplia le Barbu alors qu'ils se garaient sur le parking.
Ils se tournèrent tous les deux vers lui avec des yeux pleins d'espoir. Reiji haussa un sourcil et sourit.
« Hmmm, je me demande ce que papa dirait s'il savait que vous l'avez traité de tendre... »
Le visage du Barbu devint livide et sa bouche s'ouvrit sous le choc et la peur.
« N-Non ! S'il vous plaît, ne lui dites pas ça, Boss ! » cria-t-il, la voix montant de plusieurs octaves.
Reiji lui lança un regard malicieux.
« Peut-être que je le ferai, peut-être pas », rit-il en ouvrant la portière de la voiture pour sortir.
Reiji s'étira et leva les yeux vers le bâtiment devant lui.
C'était un immense immeuble de 50 étages, incroyablement moderne et conçu avec art, doté de fenêtres courbes allant du sol au plafond, d'arcades en spirale, de sculptures complexes sur les murs extérieurs et d'une enseigne massive au sommet indiquant « Yagami Corporation ».
Beaucoup de gens entraient et sortaient, et plusieurs agents de sécurité étaient postés à l'entrée pour surveiller tous ceux qui accédaient au site. Bien qu'ils soient un syndicat Yakuza, ils géraient de nombreuses entreprises légales pour couvrir leurs opérations et leur fournir davantage de revenus, et ce bâtiment était leur quartier général.
« On y va, Boss », fit signe le Chauve à Reiji, qui ne bougeait plus, le regard fixé sur le dernier étage où résidait le Roi de la pègre.
« Allez, on y va. »