Chapitre 94
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 94 : Parce que j’étais le roi de la lecture à l’école primaire
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Ils avaient utilisé quantité de pierres luminescentes et de torches pour éclairer la zone autant que possible.
Malgré tout, sous terre, ça restait sous terre. Il faisait forcément plus sombre qu’à l’extérieur.
Et l’obscurité était le décor idéal pour un assassin furtif comme moi.
Je me faufilai en silence dans le noir.
[Vous utilisez Camouflage niv. 10.]
Je me dissimulai grâce à une technique de Camouflage arrivée à son apogée, puis avançai lentement en rampant.
Les nains se glissèrent derrière moi.
« Oups ! »
Dunkel trébucha sur une pierre et s’étala par terre.
Quel idiot !
Manjin et Trawl sursautèrent et se baissèrent.
Heureusement, personne ne nous avait repérés.
Les nains se déplaçaient lentement, et rares étaient ceux qui avaient des sens particulièrement aiguisés.
Ce que Trawl nous avait raconté à son retour, le visage livide, était sidérant.
Barbe-Bleue avait brûlé vif un malade en train de mourir.
Et, pour une raison quelconque, j’avais le pressentiment que ce feu n’avait rien d’ordinaire.
C’était pour ça que j’étais venu voir.
Et l’acte barbare avait bel et bien lieu.
Crépitement, claquement.
J’ignorais s’ils les avaient vraiment brûlés vifs.
Mais les nains qui avaient été vivants et en mouvement se faisaient à présent incinérer.
De vives flammes orange brûlaient.
C’était sans aucun doute le feu du Démon de feu, celui chargé de mana que Kibaemi avait dévoré.
J’avais volé le seau et la chaîne. Ils avaient donc gardé des flammes en réserve ?
S’ils avaient brûlé vifs des malades, ces derniers auraient dû se révolter, même si le seigneur de la mine en avait donné l’ordre.
Pourtant, personne ne condamnait Barbe-Bleue.
Les nains se rassemblaient autour du feu qui dévorait les gens et le regardaient comme s’ils étaient possédés.
« C’est vraiment le feu d’un démon. »
— Il ensorcelle les nains. C’est la même flamme qui m’a fait perdre la tête… Elle ne me plaît pas.
Pelerian fronça les sourcils.
Contrairement aux autres nains, il n’était pas ensorcelé par le feu.
Pourtant, la première fois qu’il l’avait vu, il l’avait trouvé étrangement beau.
À présent, chaque fois qu’il voyait les flammes, il les maudissait et les traitait de laides.
— L’esprit d’un mage qui a atteint le domaine est comme de l’acier. Il est exceptionnellement solide.
Quelle modestie.
Une idée me traversa soudain l’esprit.
« À bien y réfléchir, les nains comme Barbe-Bleue ont l’air plutôt solides. Ne se laissaient-ils pas ensorceler trop facilement ? »
— C’est sans doute parce que les nains, en tant que race, sont particulièrement sensibles au feu.
Comme les Pokémon de type Plante, faibles face aux Pokémon de type Feu ?
Une faiblesse liée aux types, en quelque sorte.
— Plus important encore, j’ai remarqué ça depuis un moment, mais toi, tu n’es absolument pas affecté.
« Ma Force mentale est plutôt élevée. »
Je me tapotai la tête avec la queue.
Dans mon ancienne vie, je n’aurais jamais cru pouvoir dire un truc pareil.
Je jetai un coup d’œil aux nains.
Je pensais qu’ils avaient dû être sacrément choqués, eux aussi.
Mais non : ils fixaient les flammes d’un regard vide.
« Sss ! »
Non !
Je bondis et leur collai une gifle à chacun, à tour de rôle.
Ils se prirent les joues et baissèrent la tête.
« Reprenez-vous ! »
Bon sang.
Ils avaient failli se faire ensorceler juste en regardant de loin.
« Pfiou… Ce feu est vraiment dangereux. »
Dunkel prit une grande inspiration.
En le voyant, je compris pourquoi les nains se laissaient ensorceler aussi facilement.
Heureusement, ils semblaient retrouver leurs esprits assez vite tant qu’ils restaient à distance ou ne regardaient les flammes que brièvement.
— Si quelqu’un se fait complètement prendre son âme, comme ce Barbe-Bleue, il est déjà trop tard.
Les nains autour des flammes risquaient eux aussi de finir par vendre leur âme tout entière.
Les flammes orange qui dévoraient les nains mourants grandissaient peu à peu.
Rien que ça prouvait qu’il ne s’agissait pas d’un feu ordinaire.
On aurait dit que les flammes dévoraient le corps et l’âme des nains pour grandir.
Même quand il ne resta plus rien à brûler, elles ne faiblirent pas et continuèrent de vaciller.
Barbe-Bleue, debout à côté du feu, donna quelques ordres à ses subordonnés.
Quelques nains transférèrent alors les flammes dans un brasero.
Ah, ça aussi, c’était du Célestium, on dirait.
Il y avait donc d’autres morceaux de Célestium que le marteau.
Ils emportèrent une partie des flammes vers les profondeurs.
En observant toute la scène, une pensée me traversa l’esprit.
« On dirait qu’ils cachaient ces flammes aux autres nains avant. Maintenant, ils ne se gênent plus du tout. »
C’était bien ça.
Rosena elle-même ignorait que Barbe-Bleue, son ancien amant, manigançait quelque chose.
Mais à présent, Barbe-Bleue avait amené jusqu’ici les flammes du Démon de feu et brûlait vifs des malades.
Et, en prime, il avait ensorcelé d’innombrables nains avec ce feu.
— C’est la méthode typique des démons. On peut dire que c’est la troisième étape de leur processus de destruction d’une communauté.
Pelerian parlait comme si rien de tout cela n’avait quoi que ce soit d’étrange.
La manière dont les démons détruisaient des groupes.
Un démon qui avait dormi longtemps n’avait guère de pouvoir.
Alors, comme s’il avait tendu un piège et attendait, il guettait que quelqu’un le découvre.
Il rencontrait sa première proie, dissimulé derrière le hasard.
C’était la première étape.
Barbe-Bleue lui-même, ou l’un des nains qui creusaient sous terre, avait sans doute été le premier à le rencontrer.
— La deuxième étape consiste à étendre discrètement son influence.
Ils avaient interdit l’accès aux profondeurs, jeté en secret des nains dans la fosse enflammée et nourri les flammes.
Les nains qui travaillaient dans les profondeurs avaient dû se faire ensorceler peu à peu pendant ce temps.
Quelques coups de queue ne suffiraient pas à les ramener à la raison.
— La troisième étape, c’est le moment où il se révèle au grand jour.
Après avoir perdu le seau de Célestium à cause de moi, Barbe-Bleue avait donc agi sans retenue.
Il amenait les flammes à la surface pour ensorceler les autres nains, lui aussi.
La volonté du feu pouvait-elle être à l’œuvre ?
La volonté du feu perdure… !
« Et la quatrième étape ? »
— Quoi d’autre ? L’anéantissement total. Au bout du compte, tout le monde finit dans le ventre du démon et disparaît. Voilà comment ça se termine.
Je vois.
La Mine de l’Enclume rouge était-elle condamnée à finir comme ça ?
« Qu’est-ce qu’on fait ? »
« Comment ça, qu’est-ce qu’on fait ? On verse de l’eau sur ce feu et on l’éteint. »
Trawl souffla d’un air agacé à la question inquiète de Dunkel.
Il avait respecté Barbe-Bleue et était furieux de ce qu’il faisait à présent.
Je leur expliquai que même si nous éteignions ces flammes, il y avait apparemment tout un lac de lave dans les profondeurs.
« Malgré tout, si on éteint ce feu, pas mal de gens devraient retrouver leurs esprits. »
Ce n’était pas faux.
Trawl était en fait un nain plutôt capable, considéré comme un grand frère par les plus jeunes.
Son idée paraissait impulsive, mais la suite de son plan était assez convaincante.
« Je vais réunir les plus rapides, moi compris, pour former une équipe d’assaut. On versera de l’eau sur le feu pour l’éteindre. Ensuite, on aidera les autres nains à retrouver leurs esprits, on se mettra en embuscade et on attaquera le seigneur de la mine par surprise. »
Les embuscades et les attaques-surprises, c’était toujours une bonne idée.
À condition que tout se passe comme prévu.
« Tu peux le faire ? »
« T’inquiète. Si on évite de regarder le feu et qu’on plisse les yeux, ça devrait aller. »
Trawl retroussa ses manches et exhiba ses muscles.
Ça n’avait rien à voir avec les muscles, Trawl.
« D’accord. »
Malgré tout, je décidai de lui faire confiance, cette fois.
Trawl acquiesça, le visage résolu.
Je caressai doucement Kibaemi.
Kibaemi préférait rester dehors avec moi plutôt que de se retrouver dans le Sous-espace.
J’avais donc fini par me trimballer un pot de fleurs comme Mathilda dans Léon.
Kibaemi fit onduler ses feuilles.
Kibaemi avait l’air d’avoir faim.
Mais impossible de leur faire manger un feu aussi crasseux.
Kibaemi avait bel et bien dévoré le feu du démon, mais plusieurs de ses vrilles avaient noirci et carbonisé.
À bien y réfléchir, Kibaemi, au stade de jeune pousse, était déjà au niveau 9.
Kibaemi pouvait aussi évoluer ?
Une évolution au niveau 10, alors ?
Kibaemi avait plus de Potentiel que je ne le pensais ; il faudrait peut-être atteindre le niveau 20 pour évoluer.
Ce serait un peu embêtant si Kibaemi devenait plus grand que moi.
Pour l’instant, j’allais attendre de voir ce que Trawl donnerait.
Nous nous cachâmes plusieurs jours en observant Barbe-Bleue.
* * *
Deux jours plus tard, Trawl rassembla son équipe d’assaut et passa à l’action.
Dunkel fut écarté parce qu’il était trop lent.
Manjin et moi restâmes en arrière pour observer Trawl.
Et Trawl livra une performance stupéfiante.
« Ouuu… »
Au début, je crus qu’il plaisantait.
Trawl plissa les yeux et s’approcha prudemment du feu. Lorsqu’il l’atteignit, il resta longtemps immobile, le regard vide.
« Ouh, ouuuu… »
Puis il lâcha son seau d’eau et s’accroupit devant le feu, l’air absent.
L’équipe d’assaut qui le suivait — quelle blague — ne fit pas mieux.
— Cet… cet idiot !
Je partageais l’avis de Pelerian.
« Le plan qui consistait à plisser les yeux, s’approcher et éteindre le feu est annulé. »
Je déclarai solennellement le plan un échec.
On aurait dit qu’aucun nain ne pouvait résister à l’ensorcellement de ces flammes.
Mais se transformer en zombies au regard vide comme ça, c’était ridicule.
La résistance aux attaques mentales dépendait peut-être de l’intelligence.
Dunkel poussa un gémissement.
« On ne peut plus régler ça avec les seuls nains de notre mine. »
Seuls quelques membres de la bande Trawl, dont Dunkel et Manjin, avaient gardé leurs esprits.
Entre-temps, tous les autres avaient été ensorcelés par les flammes.
« Avant, ils ne brûlaient que les malades en phase terminale, ceux qui allaient mourir. Aujourd’hui, ils ont même brûlé des gens qui pouvaient encore se déplacer ! »
Manjin était inquiet.
Les atrocités commises par le groupe de Barbe-Bleue ne faisaient qu’empirer.
Depuis quelque temps, une étrange maladie d’origine inconnue se répandait parmi les nains de la Mine de l’Enclume rouge.
Elle leur pâlissait la peau, leur enfonçait les yeux dans les orbites et leur faisait cracher du sang.
Barbe-Bleue prétendait que les malades propageaient une épidémie, les isolait et jetait d’abord les plus gravement atteints dans la fosse enflammée.
En temps normal, les nains se seraient soulevés.
Mais au lieu de déclencher une révolution, ils s’accroupissaient devant les flammes orange.
On n’aurait pas dit qu’ils faisaient un feu de camp.
« Il y a le Village du Marteau Gris, dans la chaîne de montagnes. Il faut aller demander de l’aide. »
Voilà ce que proposa Dunkel.
Il disait que la situation dépassait nos capacités, désormais.
Rosena nous avait dit d’aller demander de l’aide au vieux Helmut.
Mais même moi, je ne pensais pas que ça changerait grand-chose.
« Sortons discrètement. »
Voilà ce que proposa Manjin.
Nous étions six : les quatre personnes du groupe de Manjin, Dunkel et moi.
Nous nous mîmes tranquillement en route vers les niveaux supérieurs.
Atteindre l’entrée sans nous faire repérer était incroyablement difficile, mais, en fait, c’était devenu facile : les nains restaient assis devant le feu.
Mais lorsque nous arrivâmes à l’entrée de la mine, nous comprîmes que la situation était déjà désespérée.
« Elle s’est complètement effondrée… »
L’entrée s’était écroulée.
« Ils l’ont fait sauter avec des explosifs ? »
« Pourquoi est-ce qu’ils… »
« Ils n’ont pas réfléchi à la suite. »
Barbe-Bleue avait condamné l’entrée de la mine avec les explosifs utilisés pour faire sauter les rochers.
Nous aurions pu nous frayer un passage si nous avions eu assez de temps, mais des gens gardaient l’entrée effondrée, plus loin.
« Pour l’instant, écoutons ce que nous a dit mamie Rosena ! »
Je tapotai l’épaule de Dunkel, abattu.
« Ouais. Allons voir grand-père Helmut. »
Barbe-Bleue était-il déjà allé là où l’on gardait les cochons ?
Heureusement, non.
Mais un problème auquel nous n’avions jamais pensé se présenta.
À la vue des Cochons d’acier rassemblés au même endroit, j’eus un mauvais pressentiment.
Ils poussaient quelque chose du groin.
Et là, un vieux nain était étendu par terre.
« G-grand-père ! »
Dunkel cria et s’élança vers lui.
Je me dépêchai de le suivre.
Heureusement, les Cochons d’acier n’avaient pas fait de mal au vieil homme.
Celui qui reniflait bruyamment était le Roi des cochons d’acier I que j’avais soumis.
Quand le vieil homme qui les nourrissait s’était effondré, ils l’avaient protégé.
Helmut avait le visage pâle et du sang lui coulait du coin de la bouche.
Heureusement, il respirait encore.
« Oh non… »
Mais ce n’était pas le moment de se rassurer.
« Tu as caché que tu étais malade ? »
Helmut présentait les mêmes symptômes.
Il avait exactement l’air d’un malade atteint de l’étrange maladie naine qui se répandait depuis peu.
Si Barbe-Bleue était venu ici en premier, Helmut serait devenu du bois de chauffage, lui aussi.
« Ça va mal… Haa… »
« Qu’est-ce qu’on fait… »
« On ne sait même pas de quelle maladie il s’agit… Dunkel, tu le sais ? »
Dunkel secoua la tête, accablé par la question de Manjin.
Il s’y connaissait mieux en médecine que les autres nains, mais ce n’était pas un vrai médecin.
Comme il ne savait pas de quelle maladie il s’agissait, il ne pouvait pas non plus savoir comment la soigner.
Des larmes coulèrent sur le visage de Dunkel.
Son grand-père, celui qui l’avait élevé, s’était effondré. C’était bien normal.
En le voyant, je sentis mon nez me piquer.
Mes parents de ma vie précédente m’avaient terrifié, mais mes grands-parents avaient été gentils avec moi.
Je comprenais parfaitement ce que ressentait Dunkel.
« Hé, Archimage Défenseur du Ciel, qui sais tout. »
— …
« Tu sais par hasard de quelle maladie il s’agit ? »
— Hmm. Je ne sais pas…
Pelerian secoua la tête, comme si son orgueil avait été profondément blessé.
Quelle déception.
« Puisqu’on ne connaît pas le remède, une potion pourrait au moins l’aider à aller mieux pour l’instant ? »
— Les potions ne soignent pas les maladies.
« Hélas… »
— Ne soupire pas. … Ah !
Pelerian reprit soudain la parole, comme s’il venait de penser à quelque chose.
— Bien dormir, manger des aliments nutritifs et équilibrés, et se reposer aideraient.
« Haaa… »
Il avait l’air si sûr de lui que je crus qu’il avait une idée géniale.
« … Hmm. »
Soudain, quelque chose se mit à me démanger au fond de l’esprit.
J’avais l’impression d’avoir mis la main sur un indice.
Parmi toutes les informations que j’avais ramassées en nageant dans l’océan infini d’Internet et de YouTube…
Quelque chose d’utile, là, tout de suite…
Et puis, j’avais été le roi de la lecture à l’école primaire.
Ça voulait dire que j’avais lu des tonnes de livres.
À cet instant, Dunkel se lamenta.
« Comment a-t-il pu attraper ça ? Il ne sort jamais d’ici et il n’a personne à voir… »
Oh !
Une épidémie qui se propageait dans un environnement où elle ne pouvait pas se propager.
Ça ne voulait pas dire que ce n’était pas vraiment une épidémie ?
Et puis, il y avait ce que Pelerian avait dit.
« Il faut manger des aliments nutritifs et équilibrés. »
— Ça va de soi.
« Mais les nains ne le font pas. »
Autrefois, les nains de la Mine de l’Enclume rouge faisaient du commerce.
Ils faisaient venir des aliments de l’extérieur et mangeaient des fruits, entre autres.
Mais ils avaient peu à peu réduit ces échanges et, depuis plusieurs années, ils se nourrissaient de pommes de terre, de jambon et de chou cultivés sous terre.
Bon, le chou contenait des vitamines, mais le chou cultivé sous terre était peut-être différent.
Je n’en savais rien.
Du sang qui coulait de la bouche, un visage pâle et des yeux profondément enfoncés me firent penser à une maladie.
« Dunkel. »
Autrefois, c’était la maladie redoutée qui tuait les marins condamnés à ne manger que des aliments en conserve pendant les longues traversées.
Pourtant, quelques oranges suffisaient à la guérir sur-le-champ.
« Je ne suis pas un spécialiste, mais au cas où… »
« Ouais. »
« Et si c’était le scorbut ? »
On dit que le serpent est l’animal qui symbolise le dieu de la médecine.
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