Chapitre 89
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 89 : Parce que mes écailles sont jolies
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Le Bureau du renseignement était pratiquement un rassemblement de fonctionnaires d’élite.
Les jeunes gens devenus fonctionnaires royaux grâce à leurs excellents résultats, ou les diplômés remarquables de l’académie militaire, patriotes et sans défaut rédhibitoire, recevaient une offre discrète.
Après plusieurs séries d’épreuves et d’entretiens, ils obtenaient le droit d’intégrer le Bureau du renseignement.
Malgré tout, le directeur du Bureau du renseignement n’avait pas beaucoup de subordonnés en qui il avait confiance.
À ses yeux, ils avaient tous l’air de bleus qui ne savaient que parler pour ne rien dire.
On pouvait parler d’une critique excessivement sévère, mais personne n’irait le faire remarquer à un directeur qui comptait parmi les Huit Héros du royaume.
Ashton était l’un des rares subordonnés à avoir gagné la confiance de ce directeur.
C’était même lui qui avait contribué à baptiser le Roi Serpent Noir.
La spécialité d’Ashton, c’était la déduction, rendue possible par son incroyable sens de l’observation.
Mais comme son esprit allait très vite, il lui arrivait de tirer tout seul des conclusions absurdes.
En réalité, le directeur du Bureau du renseignement, son supérieur, adorait ces erreurs.
Que l’affaire tourne bien ou mal, le directeur disait qu’en regardant Ashton, il riait à en mourir.
L’erreur d’Ashton, qui avait pris Roil et Amaen pour des membres de la Tour de magie, aurait fait hurler de rire le directeur.
« Ha ha, quelle erreur ! C’est gênant, hein ? »
Heureusement, le malentendu fut vite dissipé.
Ashton eut un sourire embarrassé.
« Pourquoi as-tu pensé ça ? Ha ha. »
Roil lui rendit son sourire et lui proposa quelques rafraîchissements.
« Les vêtements que tu portes, c’est un costume fait sur mesure chez Tailorvillo, avenue Purewell, n’est-ce pas ? »
« … Comment l’as-tu deviné ? »
« Ça peut paraître drôle que je dise ça maintenant, mais j’ai l’œil. Et puis Tailorvillo a un contrat avec la Tour de magie. Les mages qui viennent dans la capitale y font confectionner de nouveaux vêtements. »
Ashton avait aussi une explication à donner.
Sa déduction ne reposait pas sur rien : il avait cru qu’ils étaient mages de la Tour de magie.
« Et surtout, votre fils semble avoir un talent exceptionnel pour la magie. J’ai supposé que vous veniez de la Tour de magie. »
Roil afficha un large sourire.
Aucun parent n’aimait entendre dire du bien de son enfant, surtout quand ces compliments venaient d’un agent du Bureau du renseignement.
Ashton avait aussi omis certaines choses volontairement.
Amaen avait tout d’un roturier, quoi qu’en pense Ashton.
Il ne lui avait pas non plus dit qu’il arrivait souvent aux mages de la Tour de magie de pratiquement kidnapper des enfants doués pour les faire travailler.
Ça devient encore plus intéressant.
Ashton sourit.
Puis il posa une question qui brisa l’ambiance chaleureuse jusque-là.
« Comment avez-vous obtenu ces pièces d’or et ces reliques ? »
« Pardon ? »
« Il y avait parmi elles des reliques antiques. La loi du royaume impose que leur distribution soit encadrée par des procédures précises. Cela relève de la compétence du Bureau du renseignement. »
Ashton parlait sans perdre son sourire.
« Comment avez-vous obtenu ces objets ? »
« Eh bien… »
« Quant à moi… »
Ashton coupa la parole à Roil.
« Je possède une capacité spéciale. »
Il prit soudain un air sérieux et tapota ses lunettes.
« Je peux distinguer le mensonge de la vérité. Ça peut sembler impressionnant, mais la méthode est toute simple. Quand les gens mentent, leur corps trahit leur nervosité. Ils remuent les jambes sans raison, détournent le regard, s’agitent les doigts, se mettent à transpirer. Parfois, ils dégagent même une certaine odeur. D’après mon expérience, personne ne peut dissimuler tous ces signes. Et il y en a d’autres que je n’ai pas mentionnés. Alors, je vais vous le demander une dernière fois. »
Il était poli, mais il n’en restait pas moins un agent du Bureau du renseignement.
« Comment avez-vous obtenu ces objets ? »
Roil se faisait passer pour un riche marchand, mais au fond, il n’était qu’un vendeur ambulant avec son chariot.
À quel point devait-il être terrifié de se retrouver face à un agent du Bureau du renseignement ?
Amaen sentit la tension monter et se raidit à son tour.
Il serra le bras de son père de toutes ses forces.
« Suis-je obligé de vous répondre ? »
« Oui. Pour votre bien et celui de votre fils. »
Dans cette atmosphère glaciale, Roil finit par soupirer.
« Très bien. Je vais être honnête. Ces trésors ne m’appartenaient pas au départ. »
« Et alors ? »
« À l’origine, j’étais un marchand ambulant. Je me rendais à Ville de Kalea pour y vendre de la bière. »
Amaen se tourna vers Roil, surpris.
Ashton ne manqua pas de le remarquer.
« Je les ai trouvés en chemin. »
Roil avait l’air embarrassé.
« Des bandits morts. »
« … Des bandits ? »
« Oui. J’avais entendu dire que des bandits étaient apparus près du mont Kalea, mais… »
Il y avait eu des rumeurs de bandits autour de Kalea ?
Oui.
On garde ça de côté, pour l’instant.
« Ils avaient ces trésors. On aurait dit qu’ils s’étaient battus entre eux et qu’ils en étaient morts… »
« Des bandits avec des trésors pareils… »
Était-ce plausible ?
Eh bien, ce n’était pas impossible, mais ça ne tenait pas vraiment la route.
Échec.
« Celui qui serrait les trésors dans ses bras était un homme étrange. Il avait une longue cicatrice sur le crâne, était immense et portait des entraves de fer aux poignets… »
« De quelle couleur était sa peau ? »
Ashton fronça les sourcils.
Quelqu’un lui vint à l’esprit.
Roil répondit :
« Je crois… qu’elle était brun foncé. »
Le détenu évadé Yatus.
Yatus le Chien sauvage.
Il se serait échappé de prison avec d’autres détenus. Aurait-il pu se trouver là-bas ?
C’était tout à fait possible.
Si Roil inventait tout ça, il n’aurait pas ajouté des détails aussi sensationnels.
Alors, disait-il la vérité ?
Impossible de le savoir. Mieux valait ne pas se prononcer.
« Hmm… »
Quant au jugement d’ensemble qu’Ashton portait sur Roil, il était donc lui aussi…
À revoir.
« Je vois. Nous allons enquêter nous-mêmes. »
Ashton sourit à nouveau.
Il devrait vérifier si Yatus avait vraiment été aperçu dans les environs de Ville de Kalea.
Un évadé comme Yatus aurait pu posséder des reliques de ce genre.
Après tout, il avait été aventurier.
« Ah, oui. Je vous en prie. »
Roil sourit sans trop savoir quoi penser.
Il avait l’air parfaitement candide.
Pour commencer, Ashton n’avait aucun pouvoir lui permettant de déceler les mensonges.
Ashton se leva.
« Alors, je n’ai rien à craindre ? »
Roil posa la question d’un ton inquiet.
« Eh bien, récupérer les affaires d’un criminel mort, c’est peut-être tout simplement un coup de chance accordé par les dieux. »
« Ah… »
« J’espère que vous profiterez bien de votre séjour dans la capitale. Voici ma carte. »
Bien qu’il lui ait parlé comme s’il le menaçait, Ashton s’inclina légèrement.
Sur le point de partir, il tourna la tête comme s’il venait de se souvenir de quelque chose.
« Au fait, votre fils a vraiment du talent pour la magie. Vous comptez l’inscrire dans une académie ou l’envoyer à la Tour de magie ? »
« Une académie serait sûrement préférable. Mais laquelle… »
« Eh bien, il n’y a qu’une seule meilleure académie dans le royaume. J’y ai moi-même étudié. »
Ashton regarda Amaen.
« L’École Emerald. Je vous la recommande. »
Sur ces derniers mots, Ashton s’en alla.
Ce ne fut qu’une fois qu’il eut complètement disparu que Roil se laissa retomber dans le canapé.
« Ouf. »
Roil avait cru qu’il allait mourir de peur.
Amaen, qui avait compris, serra la main de son père comme pour lui dire qu’il s’en était bien sorti.
« … Je me demande comment il va. »
Le serpent qui était entré dans la mine.
Lui aussi devait passer un sale moment.
Les nains n’allaient pas accueillir tranquillement un monstre-serpent apparu de nulle part.
« On y va, Amaen ? »
« Ouais. »
Même ainsi, un contrat restait un contrat.
Ils retourneraient à Kalea pour retrouver le serpent.
* * *
La guérison de Kibaemi ne fonctionnait pas comme une potion.
Une potion optimisait les capacités de guérison de celui qui la prenait.
La seule différence entre une potion de qualité supérieure et une potion de qualité inférieure, c’était leur efficacité. Le principe fondamental restait le même.
C’était pourquoi certaines blessures résistaient même à des prises répétées de potions.
Le plus jeune des nains, dont les organes internes avaient été endommagés, était dans ce cas.
Au bout d’une certaine quantité, l’effet des potions diminuait rapidement.
Mais la guérison du jeune plant Kibaemi puisait dans la vitalité de Kibaemi.
Grâce à cela, le plus jeune survécut.
Le nain qui était parti chercher de l’aide revint avec une civière et d’autres nains. Le plus jeune fut évacué sans encombre.
Les autres sortirent à pied, l’air épuisé.
Combattre des monstres était bien plus éprouvant que de miner.
Tout le monde était couvert de sang.
Voilà pourquoi je remarquai tardivement la blessure de Dunkel.
« Sssak ! »
Hé, espèce d’idiot !
Du sang coulait du flanc de Dunkel.
Ses vêtements étaient déjà trempés de sang, mais comment avais-je pu ne pas remarquer ça ?
Je me demandai s’il avait voulu faire le malin, mais non.
« Aaaah ! »
Dès qu’il comprit qu’il était blessé, il poussa un cri parfaitement ridicule.
Heureusement, la blessure n’était pas profonde.
Les nains avaient déjà utilisé toutes leurs potions sur le plus jeune. Je n’eus donc pas d’autre choix que de lui en donner une des miennes.
On aurait dit qu’une Taupe sanguine lui avait mordu le flanc.
Heureusement, dès que je versai un peu de potion sur la plaie, elle se referma vite.
« J-j’étais tellement concentré que je n’avais même pas remarqué que je saignais. »
Tss, tss. Quel étourdi.
Je jetai un coup d’œil autour de moi, m’attendant à ce que les autres nains se moquent encore de lui.
Mais personne ne rit.
Au contraire, quand leurs regards croisaient celui de Dunkel, ils baissaient la tête ou affichaient un air compliqué.
Pourquoi avaient-ils soudain changé d’attitude ?
« Euh… »
Le jeune nain qui avait insulté Dunkel le matin même s’approcha.
« Laisse-moi te soutenir. »
« Hein ? Ah, non. »
Dunkel eut beau le repousser, le nain insista pour le soutenir.
Dunkel avait l’air gêné, et le nain qui l’aidait semblait encore plus embarrassé.
Qu’est-ce qu’ils avaient, tous les deux ?
Tandis que je les observais, Manjin s’approcha de moi.
Il sortit soudain un morceau de jambon et me le tendit.
« Tu as bien travaillé. »
Eh bien, je l’acceptai avec plaisir et le dévorai.
« On reprendra un verre en rentrant. »
Avec plaisir !
J’avais hâte d’y être.
Heureusement, il ne nous fallut pas longtemps pour sortir du tunnel.
Nous avancions lentement, mais le trajet prit un peu moins d’une heure.
De nombreux nains nous attendaient sur la place où nous débouchâmes.
« Oh ! Les voilà ! »
« Manjin ! »
Quelqu’un était-il sorti chercher de l’aide ?
La nouvelle qu’une nuée de Taupes sanguines avait envahi le tunnel de Manjin semblait s’être répandue partout.
« Vous avez bien travaillé. »
« Vous êtes tous revenus vivants. C’est un miracle ! »
« On devrait monter boire un coup ! »
Des acclamations et des rires bruyants fusèrent de toutes parts.
Même parmi les mineurs, Manjin était très respecté.
La plupart l’accueillirent sincèrement à son retour.
Dunkel se tenait à l’écart, silencieux, avec un sourire gêné.
Personne ne l’accueillit.
Depuis l’épaule de Dunkel, j’observais les nains.
Tap, tap.
Je tapotai l’épaule de Dunkel.
Ne te renferme pas trop sur toi-même.
« Dunkel ? »
Quelqu’un l’appela alors par son nom.
En regardant dans cette direction, je vis un nain à l’air louche parler avec le groupe de Manjin.
« On dirait que vous avez dérangé un nid paisible de Taupes sanguines. Qui a fait ça ? »
« Dérangé quoi ? Elles nous ont attaqués sans prévenir. »
« Ah bon ? Je croyais que cet incapable de Dunkel avait encore fait des siennes. »
Il ricana en insultant Dunkel.
« Enfin, ça doit être pénible de voir ce chauve se coller à votre groupe comme ça. Le plus jeune est revenu blessé, tandis que cet abruti est en parfait état… »
« Espèce de salaud ! »
Un des nains du groupe de Manjin l’empoigna par le col.
« Q-qu’est-ce qui te prend ? »
« À partir de maintenant, si tu insultes frère Dunkel ou si tu le traites à la légère devant moi, je ne laisserai pas passer ça. »
« Qu’est-ce qui te prend, tout à coup… Lâche-moi ! »
Oh ?
Ces types étaient mieux que je ne le pensais.
J’entendis quelqu’un renifler et me retournai.
Dunkel ravala ses sanglots.
Il devait être touché.
Moi aussi, j’étais un peu ému.
« Qu’est-ce qui te prend, espèce de salaud ?! »
Le nain qu’on tenait par le col lança soudain un coup de poing.
Avec un bruit sourd, le nain du groupe de Manjin fut projeté à terre.
« Il l’a frappé ! Il l’a frappé ! »
« Espèce de salaud ! »
Manjin décocha alors un coup de poing, et la bagarre éclata.
« Ça se bat ! »
« Ouahahaha ! »
La mêlée grossit en un instant.
Ces nains barbares.
« Sssak ! »
Toi aussi, Dunkel. Si tu restes là à ne rien faire, tu n’es pas un vrai nain.
« J-je n’aime pas me battre. »
Quel idiot pitoyable.
À cet instant parfait, quelqu’un fut repoussé et s’écrasa contre Dunkel.
« Aïe ! »
Très bien, j’allais le venger.
Je me jetai dans la mêlée des nains.
* * *
C’était plutôt amusant.
La bagarre, je veux dire.
Après ce jour-là, le plus jeune se rétablit heureusement sans problème.
Comme il y avait peu de vrais médecins parmi les nains, Dunkel eut encore du travail.
Peut-être à cause de ça, les membres du groupe de Manjin cessèrent de traiter Dunkel à la légère.
Les membres du groupe se mirent à l’appeler frère Dunkel, et Manjin recommença lui aussi à l’appeler son frère.
Ça ne voulait pas dire que le statut de Dunkel avait grimpé en flèche du jour au lendemain.
Il aurait fallu être bien naïf pour s’y attendre.
Il n’était pas facile de retrouver sa place après avoir été la cible des brimades d’un groupe.
Je le savais par expérience.
Mais Dunkel ne resta pas les bras croisés.
Un mois s’était déjà écoulé depuis notre première descente dans les niveaux inférieurs.
Dunkel s’était habitué à miner, et des nains qui ne faisaient pas partie du groupe de Manjin avaient commencé à lui demander de l’aide.
Petit à petit, de plus en plus de nains cessèrent de l’insulter.
Puis, enfin, l’occasion se présenta de descendre jusqu’au niveau le plus profond.
C’était le dernier étage de la mine.
On ne pouvait pas y entrer comme ça : il fallait obtenir l’autorisation d’un Maître d’art pour approcher Barbe-Bleue.
« Je ne crois pas pouvoir rester avec toi quand tu rencontreras le Seigneur de la mine. »
Ça va, je me débrouillerai.
Dunkel remit au gardien du niveau le plus profond la lettre d’introduction qu’il avait reçue d’Helmut.
Elle était adressée au Maître d’art qui gardait l’entrée du niveau le plus profond.
Sans cette lettre, il n’aurait même pas pu entrer.
« Le Maître d’art Jeremiah est gentil. Tu n’as donc pas besoin d’être trop nerveux. »
Je descendis de l’épaule de Dunkel.
Dunkel tendit le poing et je lui tendis ma queue pour la cogner contre le sien.
Merci de m’avoir amené jusqu’ici. Et toi aussi, tu te débrouilles bien.
« Ouais. Bonne chance. »
Après nos adieux, Dunkel s’en alla à son tour.
Le nain qui gardait l’entrée du niveau le plus profond marmonna, l’air émerveillé :
« Un serpent qui écrit. Fascinant. »
Ce n’est pas si extraordinaire.
« Tu prendras un verre avec moi, un de ces jours ? »
La bière Urooros faisait fureur dans la Mine de l’Enclume rouge.
Les nains tenaient tout particulièrement à boire une bière dans laquelle j’avais nagé.
Je hochai la tête.
Le nain eut l’air ravi.
Il me conduisit bientôt dans une pièce qui ressemblait à une salle d’attente.
« Attends ici. Le Maître d’art va bientôt arriver. »
Ce Maître d’art Jeremiah, c’est bien l’artisan qui forge de belles épées ?
Peut-être qu’il fabriquerait mon épée en fer météorique.
Mais le nain qui m’avait guidé prit un air étrange.
« Le Maître d’art Jeremiah n’est pas là pour le moment. »
Quoi ?
« C’est un autre Maître d’art qui est là. Il va bientôt arriver. »
Le nain qui m’avait guidé semblait étrangement pressé.
En sortant de la pièce, il me lança un avertissement lourd de sens.
« Fais attention. »
Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Mais avant que je puisse comprendre ses paroles, les premiers signes du danger apparurent.
Boum, boum, boum.
Ce n’était pas un bruit venu d’ailleurs.
C’était mon cœur qui cognait.
Tssssss.
Mes écailles se hérissèrent toutes seules.
Cela faisait longtemps, mais je n’aurais jamais pu oublier cette sensation.
C’était l’effet de ma compétence Instinct de survie niv. 7.
Elle ne s’était pas activée quand j’étais tombé dans le nid des Taupes sanguines.
Elle ne s’était pas activée non plus quand j’avais essayé d’enflammer le gaz qui avait envahi les lieux.
Pourquoi s’activait-elle tout à coup ?
Bam, bam, bam.
Cette fois, ce n’était pas mon cœur.
Des pas.
Le bruit des pas d’un nain lancé à ma poursuite, un nain au poids considérable.
Je n’eus même pas le temps de me cacher : la porte s’ouvrit à la volée.
« Un serpent ! »
Une voix qui grondait comme le foyer rugissant d’une locomotive.
La personne qui apparut avait l’air d’une guerrière entre toutes les guerrières.
Ses longs cheveux flottaient dans le vide.
Sa barbe, semblable à du fil de fer, me fit penser à Xiang Yu, le Suzerain des Chu occidentaux.
Elle était petite, comme tout bon nain, mais ses muscles compacts semblaient prêts à exploser.
« T-toi ! »
À ma vue, la naine eut l’air surprise.
— Oh non…
Pelerian poussa un gémissement.
Il avait l’air de connaître cette naine.
— Fuis. Cette femme est la naine la plus forte et la plus terrible de la Mine de l’Enclume rouge.
Attends, quoi ?
Je ne l’aurais jamais deviné à cause de sa barbe.
C’était une femme ?
Non, ce n’était pas ça, le plus important.
« Je n’ai jamais vu de serpent aussi joli ! »
Elle bondit sur moi comme un tigre.
Avant que je puisse réagir, elle m’avait déjà attrapé.
Est-ce que je devais lui mordre la main ?
Son avant-bras avait l’air si dur que ce serait plutôt mes dents qui se briseraient.
« Des écailles parfaites. Je pourrais en faire un nouveau collier ! »
— Rosena…
Pelerian avait toujours méprisé les nains.
Pourtant, il gémit en révélant l’identité de la naine.
— Le Maître d’art des accessoires. La naine la plus forte des profondeurs.
Sauvez ce serpent de cristal !
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