Chapitre 80
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Traducteur/Éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu le serpent de l’Apocalypse ◈
Chapitre 80 : Bon pour la santé et délicieux
──────
— Kyaaaah !
Pelerian écumait souvent de rage.
Quelques instants plus tôt, j’avais réprimandé Pelerian pour avoir réagi de façon excessive.
« Sssaaah ! »
Mais, cette fois, je n’eus d’autre choix que d’écumer de rage moi aussi.
La Salle des reliques.
Une pièce secrète où Pelerian avait entreposé les armes et les armures destinées au Gardien.
Il était évident que les humains n’avaient jamais découvert cet endroit.
Il n’y avait pas de torches aux murs, contrairement aux autres pièces. Les râteliers d’armes n’étaient pas protégés par des vitrines. Et, bien sûr, il n’y avait pas non plus de parcours réaménagé pour faciliter la visite.
Surtout, on aurait dit que personne n’avait pénétré dans cette pièce depuis très longtemps.
La poussière recouvrait tout d’une épaisse couche.
Elle était si profonde que mon passage y laissa une longue trace tandis que je me faufilais à l’intérieur.
— La magie de préservation a été dissipée. Elle a dû s’éteindre quand la magie de sécurité a été brisée.
Parfois, quand une personne était suffisamment furieuse, elle finissait par se calmer pour de bon.
Comme Pelerian, en ce moment.
« Alors les armes qui se trouvaient ici ont elles aussi été volées il y a longtemps ? »
C’était pour ça que Pelerian et moi écumions de rage.
La Salle des reliques était vide.
Parfaitement, complètement vide. Seuls les râteliers couverts de poussière nous accueillirent.
— Oui, il ne semble pas que les humains les aient volées. Pour forcer l’entrée, il aurait fallu au minimum les plans. Sinon, j’avais veillé à ce que la salle s’effondre.
Pelerian en était certain.
La moitié des armes entreposées à l’extérieur avait déjà disparu. Les humains les avaient probablement prises.
Mais ils ne pouvaient pas avoir découvert la Salle des reliques. Alors, où était passé tout ce qu’elle contenait ?
« Tu as dit que des nains avaient construit ce Donjon pour toi. »
— C’est exact.
Pelerian grinça des dents.
— Barbe-Bleue, Seigneur de l’Enclume. Flamehammer. Ce nain que j’avais engagé à prix d’or.
La fureur de Pelerian éclata, comme si iel s’apprêtait à cracher du feu.
— Barbe-Bleue m’a trahi et a volé mes affaires !
Pelerian avait un corps minuscule et une tête énorme, ce qui lui donnait l’air d’un personnage chibi.
Je n’étais pas sûr que Pelerian soit en droit de traiter les vrais nains de « nabots », cela dit.
— Serpent !
« Oui. »
— Il est temps de réclamer le prix du sang. D’arracher la barbe de ces nains traîtres et de leur trancher la tête pour les punir. C’est évident ! Ensuite, nous récupérerons ce qu’ils ont volé !
Pelerian réclama une vengeance sanglante.
— La mine où ils vivent est toujours dans les environs, semble-t-il. Envahissons-la. Nous irons demander à Barbe-Bleue de répondre de ses crimes ! Pelerian et toi, Urooros, ensemble !
« Euh… Barbe-Bleue, c’est le roi des nains ? »
— Pauvre serpent ignorant. Les nains n’ont pas de roi !
« Pourtant, tu as appelé Barbe-Bleue le Seigneur de l’Enclume. »
— Ce n’est que son épithète ! C’est simplement la personne qui dirige les nains de cette mine. Comme un chef de clan !
« Donc, c’est quasiment un roi… »
— Nous envahirons la mine sans attendre ! Nous y ferons un massacre et la teindrons du sang des nains !
J’en avais les oreilles qui bourdonnaient.
Je m’éclaircis la gorge.
« Sss, sss. »
— Quoi !
« Calmons-nous d’abord. »
Ce n’était pas le genre de situation où dire à Pelerian de se calmer allait vraiment l’apaiser.
Cela dit, Pelerian n’était pas un vieux mage qui avait passé toute sa vie la tête dans le cul.
Iel se força à réprimer sa colère.
« Ce ne serait pas compliqué pour moi d’envahir la mine tout seul et de rencontrer ce nain de Barbe-Bleue ? »
— … Tu manques d’assurance ? Je ne te croyais pas comme ça.
Une tentative de provocation tout ce qu’il y avait de plus classique.
« Honnêtement, on ne sait même pas avec certitude si les nains ont pris les armes. Et même si c’est le cas, ils ne les ont peut-être plus. »
— Grrr.
Les nains excellaient dans la fabrication des armes, pas dans leur maniement.
Bien sûr, les guerriers nains étaient réputés pour leur bravoure, mais pourquoi auraient-ils pris les armes de Pelerian, au juste ?
— Alors, tu n’en as pas envie ?
Pelerian me lança un regard noir.
Non, ce n’était pas une question d’envie. Je disais seulement qu’on devrait se calmer un peu…
Alors que je m’apprêtais à me défendre, Pelerian reprit d’une voix très posée :
— C’est certain, les nains les ont prises. Absolument certain.
« Vraiment ? »
— L’équipement que j’avais commandé à Barbe-Bleue comprenait une épée et un bouclier assortis, ainsi qu’une lance. Tous ces objets avaient été forgés avec du Célestium.
Qu’est-ce que le Célestium ?
Comme je ne réagissais pas, Pelerian m’expliqua :
— C’est un métal qu’on ne pourrait pas obtenir, même en creusant jusqu’à sa mort. Les forgerons nains convoitent le Célestium plus que tout autre métal, et ces armes en étaient faites.
« Du métal stellaire, du métal stellaire… Hein ? »
Toutes les écailles de mon corps se hérissèrent.
« Du fer météorique ? »
— Exactement. Le Célestium est un métal extrait des météorites, puis raffiné.
« Alors l’épée que tu avais commandée était une épée en fer météorique… ? »
Comment quelqu’un qui suivait la voie de l’épée aurait-il pu refuser une épée en fer météorique ?
Et ce serait pareil même si je n’étais pas simplement un épéiste, mais un serpent épéiste-magicien.
— Précisément. Si elle avait été mise en circulation, elle aurait été une épée célèbre, digne d’un nom grandiose.
Une lame sans égale, digne de côtoyer Ganjiang et Moye, avait été entreposée ici.
Et je venais d’apprendre que des forgerons nains l’avaient volée.
Mon corps trembla, et Pelerian sourit, satisfait.
— C’est toi qui l’as dit. Ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi.
Pelerian venait de trouver la faille dans mon cœur.
Iel murmura comme un démon.
« C’est… vrai. »
— Tu as dit que tu voulais une vraie épée longue, pas vrai ? Bien sûr que pour manier une épée, il faut une lame célèbre. Tu connais le dicton selon lequel un maître ne blâme pas ses outils, n’est-ce pas ?
« Oui. »
— C’est un mensonge éhonté. Une absurdité que racontent les pauvres imbéciles qui n’ont pas les moyens de s’offrir de bons outils, parce qu’ils sont jaloux de ceux qui le peuvent. Le meilleur chevalier que j’aie connu possédait l’épée célèbre la plus puissante, et moi, Pelerian, Défenseur du Ciel, j’avais un bâton fait d’une plume de phénix et d’une perle de sirène.
Pelerian avait raison.
Chaque mot s’enfonçait dans mon cœur.
Plus j’apprenais à connaître Pelerian, plus iel semblait me comprendre.
Iel poursuivit d’une voix douce, comme un serpent tentateur.
Alors que le serpent, c’était moi…
— C’est une épée que tu mérites. N’est-ce pas pour ça que je suis venu ici ? Parce que je voulais te la donner.
« Vraiment ? »
— Bien sûr ! Tu pensais que je cherchais une épée pour la manier moi-même ? Un « Tueur de héros » mérite de manier une épée en Célestium.
Une épée en fer météorique.
À quoi ressemblerait-elle ?
J’avais vraiment envie de la voir.
Alors, devais-je aller confronter Barbe-Bleue, le nain ?
Je ne savais pas combien il y avait de nains, mais je n’étais plus un monstre faiblard.
Si j’utilisais Gigantification pour les intimider de front, ne me rendraient-ils pas l’épée en fer météorique qu’ils avaient volée ?
Ça ne tournerait peut-être pas au massacre, mais il semblait bien que je devrais exiger des explications sans mâcher mes mots.
Tandis que mon imagination s’emballait, Pelerian lâcha une bombe :
— Ce nain insolent a probablement déjà fondu l’épée en fer météorique et le reste de l’équipement.
« Sssaaah ! »
— C’est évident, s’ils se sont donné la peine de voler mes affaires. Ils les ont soit fondues en lingots, soit transformées en autre chose.
Mon monde venait de s’écrouler.
« Alors, qu’est-ce qu’on fait ! »
— Nous allons exiger des explications ! Nous les forcerons à nous donner du Célestium et à te forger une nouvelle épée digne de ce nom !
J’étais tenté.
Pelerian joua sa dernière carte.
— Pas besoin d’avoir peur. Je ne sais pas ce qui leur a donné le culot de voler mes affaires… Ils ont probablement cru que j’étais mort. On ne rompt pas un contrat avec un mage aussi facilement.
Cela dit, Pelerian n’était pas du genre à encaisser sans broncher.
— Tu n’as qu’à rencontrer Barbe-Bleue. Amène-moi devant lui et je lui arracherai chaque poil de sa barbe, puis je lui ferai payer le double de l’indemnité. Il n’osera pas te faire de mal.
J’ignorais ce que Pelerian pouvait vraiment faire.
Malgré tout, sa confiance était incroyablement rassurante.
« … D’accord. »
J’y allais ?
Dans la cité souterraine des nains, pour récupérer mon épée en fer météorique.
* * *
Mais comment m’y rendre ?
D’abord, je devais entrer dans la mine des nains, rencontrer Barbe-Bleue, le seigneur de la mine, et exiger des explications.
Je récupérerais l’indemnité pour la rupture du contrat avec Pelerian, puis je leur ferais forger une épée en fer météorique parfaitement adaptée à mes besoins.
C’était facile à dire, mais encore fallait-il trouver comment faire.
Je devais d’abord découvrir comment entrer dans la mine des nains.
Je demandai à Roil tout ce que je voulais savoir.
« Tu veux dire la Mine de l’Enclume rouge. »
Roil me répondit en s’essuyant les cheveux mouillés.
Après avoir quitté la Salle des reliques, j’étais retourné me cacher dans son manteau. Roil m’avait emmené avec lui en prétendant avoir oublié son manteau.
Nous étions trempés, lui comme moi, mais nous avions fait équipe à la perfection.
« À ce qu’on raconte, les nains se sont installés dans cette montagne avant même la fondation de la Ville de Kalea. À l’origine, ils étaient réputés pour fabriquer des armes et des armures de grande qualité, mais… »
Mais ?
« J’ai entendu dire qu’ils avaient fermé la mine et s’étaient coupés du monde il y a plusieurs décennies. »
Le sourcil de Pelerian tressaillit.
— Ces salauds se sont cachés parce qu’ils avaient peur de moi.
Ça ne semblait pas très plausible.
Je demandai pourquoi ils avaient fait ça.
Roil eut l’air embarrassé.
« On ne sait pas vraiment. Les nains ont toujours fait ce qu’ils voulaient… et chaque mine a sa propre culture. Ah, et il semblerait que le seigneur s’appelle bien Barbe-Bleue. »
Si la mine était fermée, était-il impossible d’y entrer ?
Ça ne pouvait pas être le cas. Les nains devaient bien gagner leur vie, eux aussi.
« Les nains élèvent du bétail dans la mine, mais ils font quand même un peu de commerce. C’est pour ça que la bière se vend si cher dans la Ville de Kalea. »
Comment faisaient-ils pour élever du bétail dans une mine ?
J’étais curieux, mais ce n’était pas important.
« Oui, une fois par semaine, à jour fixe, un petit groupe de nains sort pour récupérer de la bière. En échange, ils vendent des lingots de métal raffiné ou des outils assez ordinaires. Même une houe fabriquée par des nains se vend cher. Mon rêve, c’est de commercer avec eux un jour ! Je fonderai aussi une vraie compagnie marchande. La compagnie marchande Riddle, Roil et Amaen ! »
Roil me parla avec enthousiasme de rêves que je ne lui avais même pas demandés.
Voulait-il devenir un grand marchand ? S’enrichir ?
« Moi aussi. Je deviendrai un grand marchand et j’aiderai papa. »
Le futé Amaen, qui se tenait à côté de lui, prit la parole.
Je tapotai le dos d’Amaen.
À ce que j’avais compris, m’introduire seul dans la mine des nains serait difficile.
En temps normal, ils en condamnaient l’entrée avec une solide grille de fer.
La seule occasion se présentait quand on leur livrait de la bière.
Dans ce cas… hmm.
Un plan prit forme dans mon esprit.
Avec mon Camouflage de niveau 10, je trouverais sûrement un moyen d’entrer.
« Humain. »
J’écrivis dans mon carnet d’une écriture élégante.
J’avais fini par bien maîtriser l’écriture avec la Main transparente.
« L’avidité tue les humains, mais c’est aussi la vertu qui leur permet de prospérer davantage que les autres races. »
Les yeux d’Amaen s’illuminèrent devant ces paroles pleines de bon sens.
Il était encore un peu jeune pour développer le syndrome du collégien.
« Ton avidité me plaît beaucoup, Roil. »
« M-merci ? »
« Je vais entrer dans la mine des nabots et récupérer ce que Barbe-Bleue me doit. Pendant ce temps, tu auras une mission à accomplir… »
Roil était un marchand ambitieux, mais pauvre.
D’après ce que j’avais pu voir, il n’avait pas mauvais fond et se débrouillait étonnamment bien.
Je relevai lentement la queue.
Grâce à une utilisation bien pensée de l’anneau de Sous-espace, la scène avait fière allure.
Cling.
Des objets en or dégringolèrent de ma queue.
Des trésors valant plusieurs fois, non, des dizaines de fois plus que le lingot d’or pur que j’avais donné à Roil s’entassèrent sur le sol de la chambre d’amis.
Ils provenaient en partie du butin que j’avais amassé dans le Donjon de Pelerian.
« C-c’est… ! C’est pour moi… ? »
« On peut appeler ça un investissement. Je ne te le donne pas comme ça. »
« B-bien sûr ! »
L’or se reflétait dans les yeux de Roil.
Son avidité sans détour était flagrante.
Mais c’était peut-être pour ça qu’il avait l’air sincère.
« Il y a quelque chose que tu dois faire avec cet argent. »
J’avais demandé conseil à Pelerian.
— Si tu vas dans la capitale, tu pourras le faire estimer à sa juste valeur. Gratte la surface de ces vieilles pièces d’or avec un couteau, pour que personne ne puisse déterminer de quelle époque elles datent. Elles perdront de la valeur, mais mieux vaut rester prudent quand l’origine de tes biens est douteuse.
Pelerian avait vécu très longtemps en méchant.
Contrairement aux autres elfes, iel connaissait parfaitement les rouages du monde.
— Dis-lui de louer un entrepôt dans la capitale. Il te faut une base pour faire fructifier ton argent. N’essaie pas d’économiser en faisant appel à une compagnie bon marché qui demande une petite avance. Une fois l’indemnité récupérée auprès de Barbe-Bleue, il nous faudra aussi un endroit où la stocker. Mieux vaut recevoir des marchandises physiques d’un nain que des bijoux, donc il nous faudra un entrepôt.
Pelerian et moi avions déjà tout un plan en tête.
— Il serait aussi judicieux de garder le contact avec tes amis gobelins.
J’en parlerais plus tard.
Je donnai à Roil des instructions pour tout le reste.
Il resta bouche bée.
De grosses larmes coulèrent le long de ses joues.
« Moi, Royle Riddle, je consacrerai ma vie à ne jamais trahir la confiance que vous m’accordez. »
Sa réaction était encore plus intense que lorsque je lui avais donné un simple lingot d’or pur.
S’il s’était contenté de me remercier, ça aurait été à peu près ce à quoi je m’attendais.
« Attendez un instant ! »
Roil prit mon stylo et se mit soudain à griffonner quelque chose sur une feuille.
Après un long moment, il produisit un document qui n’était autre qu’un contrat.
« Je ne peux pas prendre un engagement verbal pour un investissement aussi colossal. Lisez-le attentivement, je vous prie. C’est un contrat. »
Le contrat détaillait toutes les conditions.
J’investirais dans Roil et sa compagnie marchande, et le document indiquait la répartition des bénéfices ainsi que le délai de remboursement.
« Voici comment les fonds seront utilisés. »
Il m’expliqua avec aisance ce qu’il comptait faire avec l’argent et comment il l’emploierait.
On aurait dit qu’il avait tout prévu depuis longtemps, au cas où il viendrait à gagner de l’argent.
— Hum. Il avait l’air maladroit, mais il n’est pas complètement inutile.
Même Pelerian, qui distribuait rarement les compliments, le jugea ainsi.
Roil avait même ajouté une clause de confidentialité concernant mon existence.
Je répondis à l’homme qui me regardait avec anxiété.
« Un contrat. Que c’est humain. »
« Alors… »
« Excellent. »
Le seul contrat que j’avais jamais signé était un contrat de travail à temps partiel.
Je traçai tout de même une signature grandiose.
Ce n’était pas de l’écriture à proprement parler. J’avais simplement griffonné quelque chose qui ressemblait à un serpent rampant.
Ça me paraissait assez approprié.
« Merci. Je ne vous décevrai pas ! »
Après avoir récupéré le contrat, Roil prit Amaen dans ses bras et se mit à tourner sur lui-même.
Amaen avait l’air heureux, lui aussi.
« Et renseigne-toi sur la prochaine sortie des nains de la mine. »
Roil répondit qu’il avait compris et sortit aussitôt en courant.
Moi aussi, je devais bientôt me préparer.
Je regardai le pot de fleurs près de la fenêtre.
J’avais beau l’observer, aucun signe de pousse n’apparaissait.
Ça m’inquiétait un peu.
Qu’est-ce qui pousserait si une graine germait ? Est-ce qu’elle germerait seulement ? J’étais curieux.
Un peu plus tard, Roil revint.
« J’ai trouvé. »
Roil parlait avec urgence.
« C’est ce soir ! »
« Quoi ! »
Nous devions nous dépêcher.
Je remis le pot de Kibaemi dans le Sous-espace.
* * *
« Puisque vous tenez à le voir de vos propres yeux, j’imagine que je ne peux rien y faire… »
L’homme ventripotent avait l’air contrarié.
Roil comprit ce que signifiait cette expression et s’empressa de s’accrocher à lui.
« Je vous en prie, je veux vraiment rencontrer les nains. »
Quelques pièces d’argent passèrent dans les mains de l’homme ventripotent.
« Allons, ce n’est pas pour ça que je vous ai dit ça… »
Roil pouvait désormais donner une telle somme sans hésiter.
L’homme ventripotent glissa discrètement les pièces d’argent dans sa poche.
« Ça ne sert à rien d’essayer de parler aux nains. Ils ne nous adressent pas un mot. »
« Oui, je veux seulement voir leur visage quand ils viendront chercher la bière. »
« Vous avez l’air de penser qu’en sympathisant avec eux, vous pourrez peut-être commercer avec eux. Mais vous n’êtes pas le premier à y avoir songé. Je dis juste que vous ne devriez pas trop espérer. »
« Oui, oui, j’ai compris. »
La bière apportée par Roil était de très bonne qualité.
Elle était tout à fait digne des nains.
Et c’était justement aujourd’hui qu’on devait leur livrer ces tonneaux de chêne.
En dépensant une somme raisonnable, Roil avait obtenu l’autorisation d’assister à la livraison en personne.
« Ils sortent. »
Crrr…
L’entrée de la mine s’ouvrit, et des nains en sortirent.
Ils transportaient des caisses remplies de lingots de métal.
Fidèles à la réputation de force de leur race, ils portaient ces lourdes caisses sans le moindre effort.
Boum !
Ils posèrent les caisses et jetèrent un coup d’œil aux tonneaux de chêne.
Leurs lèvres tressaillirent sous leurs épaisses barbes.
« De la bière ? »
« Oui, vingt tonneaux. »
Les nains étaient extrêmement taciturnes.
Ils se contentèrent de hocher la tête et se mirent à faire rouler les tonneaux.
Pendant ce temps, l’homme ventripotent inspecta les lingots de métal apportés par les nains.
Puis il s’illumina de joie.
Ils valaient bien plus que le prix de la bière.
Roil, qui avait insisté pour assister à l’échange, resta étonnamment silencieux.
Il surveillait seulement les nains pour s’assurer qu’ils emportaient bien les tonneaux de bière.
En réalité, Roil avait des sueurs froides dans le dos.
« Ça va vraiment aller ? »
Le plan élaboré par Seigneur Serpent était pour le moins extrême.
Seigneur Serpent comptait se cacher dans un tonneau de bière et entrer avec les nains dans leur mine.
« Il ne va pas se noyer dans la bière, quand même ? »
Même si la bière était peu alcoolisée, ça ne rendait pas le plan plus sûr.
Mais Roil ne pouvait que prier pour la sécurité du serpent.
Un tonneau de Liqueur du Serpent fut mélangé aux autres et transporté dans la mine.
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