Chapitre 62
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 62 : Des larmes
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062.
Devenir plus fort était un instinct de monstre.
C’était probablement l’instinct qui passait juste après celui de survie.
C’était ce qui distinguait les bêtes des monstres.
Plus forts, plus résistants, plus rapides.
Et plus grands.
Pour y parvenir, les monstres évoluaient encore et encore, sans jamais s’arrêter.
Silverback Akims avait dû renoncer à grandir au cours de son évolution.
Plus on était grand, plus il devenait difficile de grimper aux arbres ou de parler. La gorge et les cordes vocales grossissaient elles aussi, ce qui rendait la parole moins pratique.
Un corps gigantesque était puissant, mais il consommait aussi beaucoup plus de nourriture.
Les ressources de la forêt étaient limitées.
Alors ils avaient dû privilégier la vitesse et la force.
Le roi des insectes Riokk, lui, était différent.
Était-ce parce que les insectes étaient naturellement petits ?
Parce que, dans leur espèce, la taille était clairement synonyme de force ?
Ou parce qu’ils mangeaient de tout et avaient grandi dans un marécage à la végétation abondante ?
Plus que tout, ils avaient dû évoluer avec une obsession pour la taille.
Leur faim terrible était peut-être en partie due à la nécessité d’entretenir un corps pareil.
Et Père, alors ?
Comment avait-il évolué jusqu’à devenir un monstre aussi gigantesque ?
Je m’étais déjà posé la question.
Très probablement pour survivre.
Un petit serpent ne pouvait presque rien faire dans la Grande Forêt.
Il avait dû grandir pour pouvoir chasser des ennemis plus imposants que lui.
Ou alors, c’était peut-être pour séduire.
Contrairement à moi, Père avait probablement l’instinct de s’attacher aux serpents de son espèce.
Peut-être que Mère, le Serpent Méduse, était plus âgée que lui.
Les grands mâles puissants avaient la cote, alors Père avait peut-être évolué pour devenir énorme parce qu’il était tombé amoureux de Mère…
Voilà le genre de scénarios que mon imagination m’avait fait inventer.
« Gigantification. »
Comment avais-je pu ne pas y penser ?
Les indices ne manquaient pas.
Même en mettant de côté son manque chronique de mana.
Père disparaissait parfois sans prévenir.
Ce ne pouvait pas être de la téléportation. Alors, quand il s’évanouissait soudainement sans laisser de trace, il annulait peut-être en fait sa compétence de Gigantification.
C’était pareil la première fois que je l’avais rencontré.
Il dormait entre des rochers.
Comment avait-il pu faire ça ? Son corps immense n’aurait jamais pu se faufiler entre eux.
Mais s’il avait été petit à l’origine, s’il s’était glissé dans cette fissure pour dormir avant d’utiliser Gigantification, alors c’était possible.
C’était pour ça qu’il avait eu l’air si surpris quand j’avais voulu jeter un coup d’œil à sa fenêtre de statut ?
« Pourquoi tu as fait ça ? »
Il aurait pu n’utiliser Gigantification que pendant les combats.
Mais je ne pouvais pas en vouloir à Père, étendu là après m’avoir sauvé.
S’il n’avait pas maintenu Gigantification alors qu’elle épuisait son propre corps, ce n’était sans doute pas par simple décision rationnelle.
Enfin, il devait avoir ses raisons.
Mon corps cessa de grandir.
À présent, même le roi des insectes Riokk me paraissait petit.
J’étais plus petit que Père, mais j’étais devenu gigantesque.
Le manque de mana me donnait la nausée.
Mais surtout, mon corps était horriblement lourd.
« Alors c’est ça, le poids de Père ! »
Je comprenais, maintenant.
Il portait toujours des fardeaux et des responsabilités si lourds…
— Ce n’est pas le poids d’être père, c’est celui de ton corps. Évidemment que tu peines à avancer si tu manques de force.
Pelerian gâcha l’ambiance.
Grâce à la magie d’ajustement de taille, l’anneau qu’habitait Pelerian était devenu aussi grand qu’un cerceau, mais Pelerian n’avait pas changé de taille.
— Ta nature n’a pas changé simplement parce que ton corps a grandi.
« La personne qui parle est tellement minuscule que je ne l’entends pas. »
— Quoi ?
Ouais, je pouvais comprendre Père sur un point.
Maintenant que j’étais devenu immense, le roi des insectes Riokk ne m’effrayait plus.
Je devais sauver Père, et, d’une manière ou d’une autre, ça me semblait à ma portée.
Je fonçai sur eux.
Grrrraaaah-
Les cadavres de monstres qui m’auraient barré la route auparavant s’écrasèrent sous mon poids.
J’avais l’impression d’avancer sous l’eau, mais je mobilisai toute ma force et me mis à courir.
« Kiiiiik ! »
Le roi des insectes Riokk me répondit d’un rugissement.
Espèce d’insecte dégueulasse !
Allez savoir pourquoi, maintenant que j’étais gigantesque, j’avais l’impression de devoir le crier.
« Regardez-moi ça ! »
Dans un rugissement de tonnerre, je bondis.
Technique secrète.
Gigantification Bond.
*「Vous utilisez Bond mangeur de cœur niv. 2.」
« Aaah ! »
— Il est en l’air !
J’étais en l’air.
À une dizaine de centimètres du sol.
À ma taille d’origine, j’aurais filé comme une flèche, mais c’était ma limite, à présent.
Je ne pouvais pas atteindre le roi des insectes Riokk.
À la place, j’atterris juste devant lui dans un fracas assourdissant.
Boum !
Un nuage de poussière s’éleva dans les airs.
Le résultat n’était pas si mal.
Ma masse avait horriblement augmenté, et avec elle, mon élan.
Je les percutai dans un nuage de poussière.
Pan !
La lutte infernale commença.
Je m’enroulai autour de son corps.
Évitant l’espace entre ses deux pattes restantes, je serrai son abdomen gonflé.
Puis j’enfonçai mon Croc empoisonné dans sa tête.
Aaargh !
Quelque chose d’étrange et de visqueux se tortilla dans ma bouche.
Un frisson me parcourut l’échine et je le recrachai aussitôt, avant de stériliser ma bouche avec des flammes.
Je renonçai à le mordre à mort.
À la place, je contractai mon corps.
Crac !
Au moins, mes muscles étaient devenus assez puissants pour faire bouger ce corps.
Le roi des insectes Riokk déploya ses ailes et agita ses deux pattes restantes, mais c’était inutile.
Il avait lui aussi été grièvement blessé en combattant Père.
« Kiiiiik ! »
Son cri était encore plus atroce, juste à côté de mes oreilles.
Meurs !
Crac, crac-
Des fissures commencèrent à se propager sur sa Carapace.
Son corps était couvert de pointes acérées, mais mes écailles étaient devenues tout aussi épaisses. Elles avaient aussi été renforcées par Écailles noires.
J’avais l’impression que Gigantification allait bientôt prendre fin.
Combien de mana Père avait-il donc pour maintenir Gigantification aussi longtemps ?
« Aaah ! »
Crac !
Son cou mince se brisa et sa tête roula au loin dans un bruit sourd.
Même alors, son corps continua de bouger tout seul, mais ça ne durerait pas.
C’était comme écraser de toutes mes forces une banane noire trop mûre.
Crac !
Son corps éclata de façon spectaculaire, répandant ses entrailles sous la pression.
Je l’avais eu.
Même s’il était épuisé et blessé, j’avais bel et bien tué un Monstre nommé.
*「Votre niveau a augmenté.」
*「Votre niveau a augmenté.」
*「Votre niveau a augmenté.」
...
Une véritable avalanche de niveaux s’ensuivit.
« Haa… Haa… »
J’étais épuisé, mais je ne pouvais pas rester sans bouger.
— Espèce d’idiot, roule !
« Aaah ! »
Je suivis le conseil de Pelerian.
Des parasites gros comme l’avant-bras d’un humain se tortillaient pour sortir du cadavre du roi des insectes Riokk.
Je me roulai vite par terre pour les empêcher de s’accrocher à mon corps.
Boum, boum, boum !
Ne prête pas attention au bruit. Je vais vomir.
Heureusement, ils semblaient incapables de survivre une fois exposés à l’air.
Les parasites se raidirent et moururent rapidement.
Je me relevai aussitôt.
J’avais quelque chose à faire tant que j’étais encore gigantesque.
C’était répugnant et désagréable, mais bon.
*「Vous utilisez Entaille niv. 3.」
Je parvins tant bien que mal à fendre son corps avec ma queue. Il était déjà à moitié écrasé, alors ce ne fut pas trop difficile.
Le cœur, il devait forcément y en avoir un.
Et, effectivement.
Comme il sied à un Monstre nommé, il possédait une Pierre magique.
Je ferais mieux de la stériliser aussi, au cas où.
*「Vous utilisez Magie élémentaire de base : Feu niv. 3.」
Fwoosh !
Les flammes enveloppèrent la Pierre magique.
Les restes répugnants brûlèrent en dégageant une fumée noire.
Je la rangeai à la hâte dans le Sous-espace.
Retournons voir comment va Père.
*「Gigantification est annulée.」
Et Gigantification prit enfin fin.
Mon corps avait mis un certain temps à grandir, mais la compétence s’interrompit en un instant.
En un clin d’œil, je retrouvai ma taille d’origine.
Ouf, qu’est-ce que c’est léger.
Si j’étais léger, je pouvais courir encore plus vite.
*「Vous utilisez Accélération niv. 6.」
Je puisai dans le peu de mana qu’il me restait et retournai auprès de Père.
Ah, Gorille était là.
La conseillère était vraiment incroyablement futée.
Elle avait entraîné les monstres dans un large détour et sécurisé à l’avance l’endroit où Père était étendu.
Gorille me fit signe.
« Patron ! »
Puis elle cria :
« Dépêche-toi ! »
Un mauvais pressentiment me saisit.
Je vais déjà aussi vite que possible !
Plus vite, plus vite.
*「Accélération niv. 6 devient Accélération niv. 7.」
*「Écailles noires niv. 1 devient Écailles noires niv. 2.」
Je n’entendis même pas les notifications annonçant la montée de niveau de mes compétences.
Enfin, j’atteignis l’endroit où mes subordonnés s’étaient rassemblés.
Ce que j’entendis derrière eux, c’était…
« Snif, snif. »
Des pleurs.
Quel abruti pleurait en faisant tout ce boucan ?
Je me frayai violemment un chemin à travers la foule de mes subordonnés.
Père était toujours étendu là.
Il était vivant. Quel soulagement.
Il semblait même avoir repris connaissance.
Et à côté de lui, accroupie et en pleurs, il y avait…
« … C’est qui, celle-là ? »
— Tu me demandes ? Comment je suis censé le savoir ?
C’était une humaine que je n’avais jamais vue.
Une femme aux cheveux roux, vêtue d’un pantalon de cuir, fondait en larmes.
« Bouhouhou ! »
Non, elle ne reniflait pas seulement. Elle pleurait à chaudes larmes.
J’en eus des frissons.
La situation était si absurde que mes Écailles noires se désactivèrent.
Parce que cette humaine pleurait en répétant :
« Papa… Bouhou, papa… »
J’en eus froid dans le dos.
À moins que cette humaine soit vraiment la fille illégitime de Père, ou ma véritable grande sœur qui avait commis le tabou des monstres en devenant humaine, la réponse était évidente.
« Elle est folle… ! »
Aucune humaine qui appelait « papa » un serpent blessé ne pouvait être normale.
Je ne comprenais toujours pas comment elle avait pu apparaître comme ça en plein milieu de la Grande Forêt.
Gorille s’approcha et me chuchota avec prudence :
« Cette femme est apparue d’un coup et… elle a mis nos petits à terre. »
En y regardant de plus près, plusieurs monstres gisaient près de la femme et de Père.
Ils avaient apparemment essayé d’attaquer l’humaine et s’étaient fait battre à la place.
« Ils sont tous vivants… Et cette humaine a donné une potion au beau serpent… »
Cette femme ?
En entendant ça, mon opinion d’elle remonta un peu.
J’avançai hardiment.
La femme cria comme si elle me connaissait depuis toujours.
« Petit serpent ! Snif ! »
Je ne suis pas un petit serpent. Je suis juste un serpent.
Et maintenant, j’ai même Gigantification.
Mon opinion d’elle retomba.
« C’était tellement… émouvant. Snif. »
Heureusement, le malentendu fut vite dissipé.
Heureusement, le père qu’elle appelait semblait être son père humain.
« Ton papa aussi était tellement classe. Comme mon papa, qui est mort. Snif. J’ai tout vu… »
Les humains…
Étaient-ils capables de compatir avec un serpent, qui n’était même pas de leur espèce ?
Mais surtout, depuis quand nous observait-elle ?
« Tu le savais ? »
— Pas du tout.
« C’est flippant. »
Elle avait observé Père et moi tout du long, sans que ni lui ni moi nous en apercevions.
J’ignorais pourquoi elle nous suivait, mais est-ce que nous voir, Père et moi, nous battre et lutter l’avait bouleversée à ce point ?
« Snif… Beurk. »
Elle avait même la nausée à force de pleurer.
C’était flippant. J’aurais voulu qu’elle arrête.
« J’aurais dû… faire comme toi… Snif. »
« … »
« Alors papa… ne serait pas mort… »
Elle avait l’air d’avoir sa propre histoire.
Elle marmonna des choses incompréhensibles sur son passé, mais franchement, ça ne m’intéressait pas.
Je l’ignorai et m’approchai de Père.
« Tu te sens un peu mieux ? »
「Je vais bien.」
« Le s-serpent a parlé ! »
La femme cessa de pleurer et sursauta.
Elle n’avait jamais vu de serpent parler ?
Heureusement, elle arrêta de pleurer.
« Alors, pourquoi tu restes allongé ? »
「Je suis fatigué.」
C’était déjà bien qu’il ait survécu.
Mais son corps n’avait pas l’air complètement remis.
— Il a subi de telles blessures. Une petite potion ne suffira pas à le remettre complètement sur pied.
« Je te donne une Pierre magique ? Ou un Noyau intérieur… »
— Un Noyau intérieur ! Donne-lui un Noyau intérieur.
C’est vrai. On m’avait dit que digérer une Pierre magique demandait aussi de l’énergie.
J’avais un peu peur qu’il soit toxique, mais je sortis le Noyau intérieur de l’Araignée à visage humain et le lui tendis.
Père refusa d’abord, puis finit par le mâcher et l’avaler.
Il avait l’air d’aller un peu mieux.
« Kiiik ! »
Je tournai vivement la tête en entendant ce cri derrière moi.
Le Mille-pattes géant approchait.
Grands Yeux était dans ses bras.
« Kiiik, kiiik. »
Elle déposa Grands Yeux, immobile, devant moi.
Mais je n’avais plus de potions.
Je regardai l’humaine.
Je ne l’appellerais plus « la folle », alors s’il te plaît…
« Tu veux une potion ? Pff, d’accord… »
Je ne savais pas si elle avait un peu repris ses esprits, mais la femme sortit une potion et la versa sur le corps de Grands Yeux.
« Je n’aurais jamais cru vivre assez longtemps pour donner une potion à un monstre. »
« Kiiik, kiiik… »
Grands Yeux poussa un faible cri.
Tu as fait du bon travail. Vraiment.
Père, Grands Yeux, le Mille-pattes géant.
Et moi aussi, nous avions tous survécu.
C’avait été un combat vraiment atroce.
Pourtant, j’avais un goût amer dans la bouche.
Tout ne se passait pas toujours comme prévu.
Cette racine gigantesque.
Le Singe argenté en avait déjà gravi la moitié.
Ce salaud finirait par s’emparer du Fruit radieux.
Père parla alors d’une voix grave.
「Si le singe le mange, il cherchera sûrement à se venger…」
Peu de temps auparavant, nous avions repoussé Akims en l’attaquant tous ensemble.
Il avait un sale caractère.
On pouvait raisonnablement penser qu’il nous en voudrait.
「Nous devons obtenir ce fruit.」
Père leva la queue et m’attira contre lui.
「Nous le devons.」
C’était la journée où Père, d’ordinaire si taciturne, avait le plus parlé.
Je ne pouvais pas accepter ses paroles sans réfléchir.
Qu’étais-je censé faire ?
Même si je parvenais à franchir les primates encore rassemblés devant la racine, pourrais-je rattraper Silverback Akims ?
Et même si j’y arrivais, je n’étais pas certain de pouvoir gagner.
Même si je mâchais et avalais une Pierre magique maintenant, il faudrait un bon moment avant qu’elle ne se transforme en mana dans mon corps.
« Excusez-moi. »
La femme interrompit mes réflexions.
« Je m’appelle Hailit Langrey. »
Je vois. Je ne lui avais pas demandé.
« Mon métier, c’est de chasser les monstres. Et mon passe-temps, c’est de fabriquer des vêtements avec leur peau et de les porter. »
Je fis un bond en arrière, surpris.
Quelle humaine terrifiante.
Elle essayait de nous menacer, là ?
« Je vous observais parce que je comptais vous chasser, vous aussi. Mais j’ai changé d’avis. »
Elle était bel et bien dangereuse.
J’ignorais à quel point elle était forte, mais elle avait l’air sacrément douée.
« À la place, j’ai décidé de m’en prendre à ce singe… »
Elle baissa un peu la tête, gênée, et gratta le sol du bout du pied.
« Si vous voulez, je peux vous conduire jusqu’à lui. Pour un petit prix. »
« … »
« Je peux vraiment vous y emmener. Et je suis rapide, moi aussi. »
Comme pour démontrer sa vitesse, elle sautilla sur place.
Franchement, j’en fus abasourdi.
Elle s’élança presque aussi haut que moi avec Bond mangeur de cœur.
« Ça ne vous tente pas… ? »
Ce n’était pas que je n’en avais pas envie. J’avais simplement une inquiétude.
J’attirai Madame Gorille, qui se cachait derrière moi.
Puis je lui demandai de traduire ma question.
« Quel… est le prix ? »
« Oh, ce n’est vraiment pas grand-chose ! »
Le visage de Hailit Langrey s’illumina.
Moi, j’avalai nerveusement ma salive.
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