Chapitre 54
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 54 : Le grand renversement du statut de naissance, niveau 1
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Comment mon père, le Serpent Polaire, avait-il vécu ?
Avait-il lui aussi vu le jour sous la forme d’un minuscule Serpent vert ?
Ou était-il né blanc, comme moi ?
Avec sa carrure immense et majestueuse, il était impossible d’imaginer à quoi avaient ressemblé ses premiers jours.
Comme il était un serpent, il n’avait probablement pas été extraordinaire dès le départ.
Il avait sans doute commencé sa vie sous la forme d’un fragile petit serpent des prés.
Après sa naissance, il avait dû se battre contre ses frères et sœurs pour avoir à manger.
Peut-être avait-il survécu en tuant quelques oncles ou tantes. J’avais vu de mes propres yeux à quel point les bébés serpents pouvaient être féroces.
Après avoir survécu ainsi, il avait dû quitter ses parents.
D’après Pelerian, les serpents dotés d’un fort instinct maternel ou paternel étaient rares.
Ils étaient différents des centipèdes, qui transportaient leurs petits sur leur dos et les élevaient.
Maman Méduse elle-même se contentait du strict minimum en matière d’éducation.
Si Gunther n’était pas venu, et si nous étions devenus trop gros pour nous accrocher au crâne de Maman…
Maman nous aurait probablement envoyés dans la nature avant de retrouver son crâne chauve.
Père avait dû grandir.
La plupart des serpents finissaient leur vie comme n’importe quel animal sauvage.
On pouvait dire sans exagérer que le Serpent vert géant était l’évolution ultime à laquelle les monstres serpents ordinaires parvenaient généralement.
Mais à un moment donné, Père avait dû prendre une autre voie.
Ses écailles blanches se remarquaient dans la Grande Forêt.
Pour survivre avec une apparence pareille, il avait dû être fort.
Une fois son corps devenu aussi imposant qu’aujourd’hui…
Une fois capable de cracher des rayons par la bouche et de carboniser ses ennemis…
Il était probablement devenu le monstre le plus puissant à régner sur une forêt.
Puis il avait rencontré Maman.
J’essayai d’imaginer à quoi avait ressemblé cette histoire d’amour.
Une romance entre serpents.
La romance de mes parents.
« Hmm… »
Honnêtement, je n’y connaissais rien en romance.
Comment mes parents de ma vie précédente s’étaient-ils rencontrés, déjà ?
Ah, oui.
Mon père avait un complexe.
Il lui manquait l’index et le majeur de la main gauche.
Ça ne me semblait pas si honteux, mais Père avait toujours été gêné par ce handicap.
Il portait constamment des doigts prothétiques en silicone qu’il appelait « Will ».
Quand il avait rencontré Maman et qu’ils avaient commencé à se rapprocher…
Père s’était apparemment rongé les sangs dans son coin.
Ils en étaient déjà à leur troisième rendez-vous, et il ne lui avait toujours pas parlé de ses doigts.
Il aimait vraiment Maman, aussi audacieuse que jolie.
Il avait dû craindre l’expression qu’elle afficherait en découvrant qu’il lui manquait deux doigts.
Alors Père marchait toujours à la gauche de Maman.
Il ne lui tenait la main qu’avec la droite et, chaque fois qu’ils s’asseyaient l’un en face de l’autre, il cachait sa main gauche sur ses genoux en la gardant serrée en poing.
Comme ça, il avait réussi à ne pas se faire prendre.
Enfin, c’était ce qu’il croyait.
Maman avait senti qu’il y avait quelque chose de bizarre dans son comportement.
Même en vieillissant, elle était restée du genre à ne pas se laisser faire.
Dès qu’elle se retrouvait à la gauche de Père, il se décalait maladroitement pour se remettre à sa gauche.
À force de le voir faire, Maman lui attrapa la main gauche sans hésiter.
Elle aurait pu s’écrier : « Je t’ai eu ! C’est quoi, ça ? » Mais elle se contenta de sourire.
« Quoi ? Je croyais que tu étais marié en secret et que tu cachais ton alliance. »
« Ah, ahaha… »
« Si tu me caches encore quelque chose, t’es mort. »
Je n’avais aucune idée de ce qu’il trouvait de si charmant dans cette phrase.
Père tomba amoureux de Maman, et ils finirent par se marier.
En contrepartie, Maman avait un caractère tout sauf ordinaire. Père était donc condamné à vivre sous sa coupe.
Leur amour passionné finit par déboucher sur des disputes tout aussi passionnées.
Peut-être que mon père actuel avait connu une romance du même genre.
Quand j’appris à Père que Maman Méduse avait été tuée par un héros humain, il poussa un long soupir.
Je ne savais pas si c’était un soupir de soulagement.
Bien sûr, juste après, il versa des larmes de glace.
Comme ils s’étaient disputés et séparés, il devait y avoir toute une histoire derrière.
Quoi qu’il en soit, après que Père et moi eûmes chacun échangé un coup d’Apprivoisement, j’eus l’impression que nous nous étions compris.
Père me ramena sur son dos.
La sensation était incroyable.
Cette impression de dominer tout ce qui se trouvait au sol.
C’était sans commune mesure avec mes vols. Mon père géant me portait bien plus solidement.
Comme Père ne pouvait pas entrer dans le Zoo intérieur, il resta dehors, au sommet de la falaise.
C’est alors que je découvris quelque chose de surprenant.
Chaque fois que Père allait dormir, il disparaissait soudainement quelque part.
Ce n’était ni de la téléportation ni de l’invisibilité.
J’allais moi aussi me coucher, puis je ressortais le lendemain matin et constatais que Père était déjà revenu.
Je passais désormais du temps avec Père dans mon programme quotidien.
Bien sûr, ça ne voulait pas dire que nous avions de joyeuses conversations père-fils.
Il m’enseignait des techniques de combat de serpent.
« Comme ça ? »
Je fouettai l’air de ma queue.
Je m’entraînais à la Frappe de la queue.
Vu que les serpents ordinaires n’utilisaient pas de technique appelée Frappe de la queue, c’était sans doute une compétence réservée aux monstres.
« C’est ça ? »
Je levai les yeux vers Père.
Père secoua lentement la tête.
Ce n’était pas encore ça, apparemment.
Il était du genre taciturne et parlait donc rarement.
À la place, il me montra.
Il souleva son énorme queue.
Puis son corps ondula et se plia comme une vague partant de sa colonne vertébrale, et il fouetta l’air de sa queue.
L’ondulation se propagea jusqu’à la pointe, qui accéléra d’un coup comme un fouet.
Crac !
On aurait dit le tonnerre.
Au moment où la pointe de sa queue se plia à l’impact, un véritable bang supersonique retentit lorsqu’elle franchit le mur du son.
Une technique incroyable.
On aurait dit que le Serpent Polaire n’avait pas atteint son niveau actuel grâce à son physique seulement.
Je répétai plusieurs fois la technique que Père venait de me montrer.
Petit à petit, j’eus l’impression de commencer à comprendre le truc.
Et enfin, quand je fouettai l’air de ma queue, j’entendis le son que je cherchais à produire.
Bang !
Oui, l’important était de faire onduler son corps.
Il me fallait une technique qui utilisait ma queue comme un fouet.
Bang ! Bang !
Je continuai joyeusement à faire claquer ma queue.
Père me fixait.
Et je ne faisais pas tout ça pour rien.
Parce que…
[Vous avez acquis la compétence « Frappe de la queue niv. 1 ».]
Ce que j’avais appris de Père s’était bel et bien transformé en véritable compétence.
Apprendre quelque chose ne donnait pas forcément une compétence à tous les coups.
Mais vu que des compétences comme Frappe de la queue apparaissaient les unes après les autres, c’était peut-être parce qu’il s’agissait d’une compétence facile à apprendre pour un serpent.
Autrement dit, un serpent qui avait traversé toutes les épreuves imaginables m’enseignait des techniques de serpent.
La Frappe de la queue n’était pas une compétence à prendre à la légère.
[Vous utilisez Écailles empoisonnées niv. 2.]
[Vous utilisez Frappe de la queue niv. 1.]
Bang !
C’était comme manier un fouet hérissé d’éclats tranchants et enduit de venin.
En plus de Déchiqueter, j’avais obtenu une excellente attaque à courte portée.
Qu’est-ce que je pourrais apprendre ensuite… ?
Évidemment, le Rayon destructeur.
Je demandai à Père de m’apprendre le Rayon destructeur.
Mais Père bâilla à s’en décrocher la mâchoire, puis se laissa tomber par terre.
Dans ces moments-là, j’avais beau le harceler, il ne se relevait pas.
Peut-être que le Décret du Tonnerre céleste le réveillerait.
— Il se débrouille plutôt bien comme père.
Pelerian regarda Père, étendu là, le visage impassible.
Pour une raison ou une autre, Pelerian semblait perdu dans ses pensées.
Est-ce que Pelerian pensait à un enfant ?
À ma connaissance, Pelerian n’en avait pas.
« Ça, c’est inattendu. »
— Qu’est-ce qui est inattendu ?
J’étais avec Pelerian depuis un bon moment.
J’avais appris à cerner un peu son caractère.
« Je pensais que vous me diriez de simplement tuer Père. »
Dans la cruelle Grande Forêt, les faibles ne pouvaient pas survivre.
Le Serpent Polaire était sans défense à présent. Il suffisait de le tuer, de monter de niveau et d’évoluer.
Je m’attendais même à ce genre de suggestion.
— Ce serait du suicide.
« Je le pense aussi. Sa Résistance au venin doit être incroyablement élevée. »
— Non, je parle du fait que tu tuerais vraiment ton père.
Pelerian murmura à voix basse.
— Le Festival va bientôt commencer. Tu ne pourras alors plus quitter cette région, et ce Monstre nommé singe ainsi que le Monstre nommé insecte vont semer le chaos. Même si tu évolues encore une fois, tu auras du mal à les affronter.
J’avais l’impression d’être devenu bien plus fort, mais Pelerian parlait avec assurance.
— Mais ton père pourrait peut-être leur tenir tête.
Hmm, peut-être.
Je n’arrivais toujours pas à me faire une idée de la puissance de mon père, le Serpent Polaire.
Pour être honnête, je ne savais pas non plus à quel point ces singes étaient forts, ni quelle était la puissance du chef de la Légion des Insectes.
— S’il y a un problème…
« Un problème ? »
— C’est que ton père n’a pas l’air très en forme.
Je n’y avais jamais pensé.
Quand je me retournai, Père avait les yeux fermés.
Il semblait effectivement se fatiguer facilement.
La dernière fois, quand je lui avais donné un fruit pas mûr, il avait semblé reprendre un peu d’énergie.
J’allais demander à Pelerian pourquoi cette idée lui était venue.
Tssssssss…
À cet instant, toutes les écailles de mon corps se hérissèrent.
Père aussi, et il redressa lentement le corps.
Quand je regardai autour de moi, tous les autres monstres qui se reposaient paresseusement avaient eux aussi relevé la tête et fixaient le ciel.
— Ça commence dès qu’on en parle.
Le ciel s’était déjà teinté de violet.
Puis, à partir d’un point dans le ciel, cette couleur se mit à s’intensifier.
Comme de la peinture qui s’étalait, un violet éclatant se répandit dans les cieux.
Vers le sol, dans toutes les directions.
[La concentration d’Essence magique dans l’air augmente.]
— La région est en train de devenir un Royaume démoniaque.
Un Royaume démoniaque. Le nom lui allait vraiment bien.
Gorilla s’approcha de moi.
« Chef… ça a commencé… »
Gorilla avait autrefois été lieutenante parmi les singes.
Elle savait donc certaines choses.
« Le Sage… m’a dit… Le Sage a vécu très longtemps… »
Apparemment, cet orang-outan avait assisté au Festival plusieurs fois de son vivant.
S’il avait survécu à ça, il devait être sacrément fort.
Il devait posséder des connaissances précieuses qui ne figuraient pas dans les archives de Dashnan.
« À l’époque… un seul groupe… a survécu. »
Comme nous étions en haut de la falaise, je pouvais voir loin autour de nous.
Au loin, une sorte de frontière commença à se dessiner en un immense cercle.
Un Royaume démoniaque en forme de dôme était en train de se former, et il serait impossible d’y entrer ou d’en sortir.
[Les racines de l’Arbre-Monde surgissent dans le Royaume démoniaque.]
Grrr, grrr…
Le sol se mit alors à trembler comme lors d’un séisme.
À cet instant, d’énormes racines commencèrent à jaillir dans la partie centrale de la forêt, au loin.
Il n’y en avait pas qu’une ou deux.
Elles s’enchevêtrèrent et s’entortillèrent en grandissant, jusqu’à former un arbre gigantesque.
Et des choses bougeaient entre ces racines.
« Gardiens… très forts. Protègent… fruit brillant. »
Le fruit brillant pousserait donc là-bas.
Je ne le voyais pas encore se former.
Mais je savais que d’innombrables monstres se battraient pour l’obtenir.
[Trois groupes se trouvent dans le Royaume démoniaque.]
Les primates, les insectes et nos Bêtes du Zoo… !
[Trois fruits de Couronne se forment.]
Et alors, près de la falaise, une racine jaillit du sol.
Crac !
Elle poussait à une vitesse bien supérieure à celle de n’importe quelle plante ordinaire.
Le fruit se forma tout aussi vite.
Des motifs jaunâtres et géométriques apparurent sur le fruit rouge.
[Vous pouvez défier le chef d’un groupe.]
Mais je suis déjà le chef des Bêtes du Zoo, non ?
« Allons-y ! »
Je grimpai vite sur l’épaule de Gorilla.
Même si la racine se trouvait près de la falaise, un autre monstre risquait de dévorer le fruit avant nous.
Comme prévu.
On aurait dit que des monstres attendaient déjà ce moment depuis longtemps.
« Des babouins ! »
Gorilla me prévint.
Les singes au long visage fonçaient vers nous depuis le bas de la forêt.
Ils se déplaçaient assez vite. Peut-être formaient-ils une sorte de troupe de choc.
« Ça va, on est plus rapides. »
Mais la racine qui venait de pousser n’était vraiment pas loin.
Père s’était lui aussi levé et s’était mis à courir avec nous.
Hein.
Père allait plus vite que Gorilla et moi.
Et comme il était plus grand, il lui serait bien plus facile d’attraper le fruit qui poussait tout en haut de la racine.
Avant même que j’aie atteint la racine,
Père cueillit le fruit qui poussait tout à son sommet.
— Oh là là !
« Ne me dites pas… c’est une insubordination ! »
Bien sûr, le Serpent Polaire était beaucoup plus puissant que moi.
Il était aussi plus beau que moi et absolument gigantesque.
En plus, sa réputation était si répandue qu’aucun monstre ne le craignait pas.
Même les singes qui fonçaient sur nous hésitèrent et ralentirent.
Pourtant…
Les Bêtes du Zoo étaient un groupe que j’avais fondé.
Pendant un instant, je crus que Père allait me piquer la place de chef comme ça.
Mais ce ne fut pas le cas.
Père mordit la tige du fruit et baissa la tête.
Puis il déposa le fruit devant moi.
« Sssak ! »
Je poussai un cri de joie.
Il me lança le fruit avec désinvolture, comme un père qui ramène du poulet frit à la maison après le travail. Ma dévotion filiale grimpa en flèche.
Ne pas le manger aurait été indigne d’un fils.
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【Fruit de racine de Couronne】
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Quel nom intéressant.
Je croquai le fruit et l’avalai tout rond.
[Vous utilisez Prédation niv. 7.]
Oh, Prédation s’était déclenchée toute seule.
[Vous devenez le « Chef » d’un groupe.]
[Vous avez obtenu l’épithète temporaire « Chef ».]
… C’est tout ?
Non, le système disait que j’avais obtenu une épithète temporaire.
Je devais découvrir ce qu’elle faisait réellement.
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【Chef (temporaire)】
Dirige un groupe de monstres.
Jusqu’à la chute du fruit de l’Arbre-Monde, partage l’Essence magique absorbée par le groupe.
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À première vue, la description était tout ce qu’il y avait de plus ordinaire.
Mais je compris bientôt la véritable valeur de cette dernière ligne.
Fiiiiii…
Un amas de lumière se rassembla autour de la gueule de Père.
Puis un rayon jaillit et réduisit en cendres la meute de babouins qui fonçait sur nous.
[Vous recevez de l’Essence magique partagée.]
[Vous recevez de l’Essence magique partagée.]
[Vous recevez de l’Essence magique partagée.]
[Vous recevez de l’Essence magique partagée.]
[Vous recevez de l’Essence magique partagée.]
[Votre niveau a augmenté.]
Ah.
Chasse en groupe, montée de niveau accélérée, chasse automatique.
Peu importe le nom qu’on lui donnait.
C’était clairement papa qui faisait tout le boulot.
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