Chapitre 36
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu le Serpent de l’Apocalypse ◈
Chapitre 36 : Je reviendrai et je vous guiderai
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On disait que c’était un « Roi des tarentules cramoisies ».
Pas rouge, mais cramoisi.
Tout comme « sombre » avait plus de classe que « noir », et « outremer » plus que « bleu ».
Cramoisi avait plus de classe que rouge.
Et d’après mon expérience, plus le qualificatif d’un monstre était pompeux, plus il était puissant.
Le titre de roi, c’était pareil.
Un roi. Le roi des araignées.
Ça ne devait pas être un monstre incroyablement puissant ?
Un jour, moi aussi, je voulais devenir quelque chose comme un Roi des pythons.
— Les gobelins ont capturé un Roi des tarentules cramoisies…
Pelerian semblait connaître ce monstre.
Je l’interrogeai à son sujet.
Ce n’était certainement pas parce que je voulais son Noyau intérieur.
— La Tarentule cramoisie faisait partie des monstres que je voulais fusionner pour créer Pafnacha. Mais cette espèce était si rare que je n’ai pas eu d’autre choix que de me rabattre sur une Tarentule grise.
« Et un roi, c’est quoi ? »
— Une Tarentule cramoisie qui survit longtemps et grandit finit par évoluer en roi.
Quoi qu’il en soit, c’était un monstre puissant.
Même s’ils avaient été nombreux, les gobelins avaient dû subir de lourdes pertes.
Le grand-père de Nanaruk l’avait capturé au péril de sa vie et l’avait gardé pour ses descendants.
Autrement dit, je ne pouvais pas simplement le gober.
Je devais le lui rendre.
Je repoussai vers elle la boîte qui contenait le Noyau intérieur.
— Je n’ai jamais vu une Tarentule cramoisie produire un Noyau intérieur. Mais quels effets incroyables ça doit avoir !
« … »
Ce vieux fourbe continuait d’essayer de semer la tentation dans mon cœur.
Je ne pouvais pas l’entendre. Enfin, je n’avais pas d’oreilles à me boucher, de toute façon.
Mais Nanaruk repoussa la boîte vers moi.
« Je ne peux pas le manger. Mange-le. »
Tu es sous le coup de l’émotion, là.
Tu risques de le regretter demain.
Nanaruk avait toutefois ses raisons.
« Je ne peux pas le manger. J’ai caché l’existence du Noyau intérieur à mon père. »
Il y avait toute une histoire derrière ça.
Apparemment, la mère de Nanaruk n’avait pas beaucoup aimé son mari.
Le chef avait vaguement appris l’existence du Noyau intérieur et avait tout fait pour le lui prendre.
Mais l’ancienne épouse du chef l’avait caché de toutes ses forces avant de le transmettre à sa fille.
Depuis, Nanaruk l’avait gardé secret.
« Ce Noyau intérieur contient du venin. Je crois qu’il s’est retrouvé dedans par erreur pendant qu’on le récoltait. Ma Résistance au venin n’est pas très élevée, donc je serai forcément empoisonnée si je le mange. Et après, ça se verra forcément… »
Elle voulait dire que ça se verrait parce qu’elle deviendrait plus forte ?
En quoi était-ce un problème ?
« Mon père ne me le pardonnera pas. Il me déteste déjà. »
Nanaruk.
Pauvre Nanaruk, trop bonne et trop naïve.
Qu’est-ce que ça pouvait bien faire si ce père minable te détestait ?
D’après ce que j’avais vu, tu ferais une bien meilleure cheffe.
« Personne d’autre ne peut le manger, de toute façon. Et il est si vieux qu’il n’a peut-être même plus aucun effet. »
C’est vrai.
« Je ne t’en voudrai pas si tu ne peux pas devenir Ululullulu. »
Présenté comme ça, je ne pouvais que le manger.
À vrai dire, j’en salivais déjà.
Sans rien laisser paraître, j’avalai le Noyau intérieur avec le plus de solennité possible.
Waouh, qu’est-ce que c’était amer.
Il y avait vraiment du venin dedans.
*「Vous avez été empoisonné.」
*「La maîtrise de Résistance au venin augmente fortement.」
Argh, j’avais la tête qui tournait.
Mon estomac gargouillait comme un fou. Il valait mieux que je ne fasse pas de bêtise.
« Ton corps devient brûlant. »
Nanaruk s’inquiétait pour moi.
Tout va bien. Ma Résistance au venin est élevée.
*「Résistance au venin niv. 6 est devenue Résistance au venin niv. 7.」
Même le niveau de la compétence avait augmenté.
Grâce à ça, mon estomac allait un peu mieux.
Puis les effets du Noyau intérieur se répandirent dans mon corps.
Cette chaleur que je sentais en moi.
Elle n’avait pas été causée par le venin, au départ.
Mon corps brûlait.
Comme si j’avais avalé une boule de feu.
Ça n’avait rien à voir avec ce qui s’était passé quand j’avais mangé les Noyaux intérieurs du gentil couple de mille-pattes.
J’avais mal. Une douleur atroce.
Je me tordis en silence, hurlant de douleur.
La souffrance ne s’atténuait pas.
« Qu’est-ce qu’on fait… ! »
Nanaruk paniquait.
Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?
— Ta peau se détache.
Bon sang. Il avait raison.
Un lambeau de mue était collé à la paume de Nanaruk.
Une peau blanche ornée d’un motif abricot pâle éclatant.
*「Votre corps grandit rapidement.」
*「La mue commence.」
Ah, je muais. Quel soulagement.
Je regardai Nanaruk droit dans les yeux alors qu’elle paniquait.
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle se calma.
*「Vos écailles deviennent plus résistantes.」
*「Le trait Écailles a été créé.」
*「Votre motif devient plus éclatant.」
*「L’Essence magique imprègne votre motif.」
Les effets du Noyau intérieur étaient incroyables.
On aurait dit un coffret cadeau complet.
Je sentais clairement que mon corps avait grandi.
La mue était censée être une sacrée épreuve, mais elle se termina plus vite que prévu.
Bien sûr, j’avais souffert le martyre.
Si j’avais eu des glandes sudoripares, j’aurais été trempé de sueur froide.
Pas étonnant. Mon corps avait tellement grandi.
J’avais changé de façon spectaculaire.
Pour commencer, j’étais devenu plus épais et plus long.
Je mesurais environ deux mètres, mais j’étais assurément plus long, maintenant.
Mon corps avait aussi épaissi : personne ne pouvait encore me traiter de petit serpent.
Les plus grands changements concernaient mes écailles et mon motif.
Le motif abricot pâle était devenu plus éclatant.
Mes écailles étaient plus épaisses et luisaient.
Le système avait dit que j’avais obtenu un trait appelé Écailles, c’est ça ?
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【Python blanc à deux cornes niv. 5】
【Traits】
[Indomptable], [Croissance implacable], [Corne], [Motif], [Écailles]
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C’était bien ça.
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[Écailles]
Vous possédez des écailles résistantes.
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Ce trait semblait augmenter ma défense générale.
Ça ne ferait pas une bonne synergie avec Motif ?
Motif pour la défense magique, et Écailles pour la défense physique.
Comme prévu, les effets du Noyau intérieur étaient excellents.
Les araignées étaient des créatures spirituelles qui apparaissaient presque aussi souvent que les mille-pattes dans les romans d’arts martiaux.
Si les Noyaux intérieurs du couple de mille-pattes avaient aiguisé ma vue, celui de la tarentule était à lui seul un coffret cadeau complet.
Cela dit, il était un peu tôt pour se réjouir.
*「Vous avez consommé un Noyau intérieur imprégné de l’esprit persistant d’une Tarentule cramoisie.」
Allez, quoi.
Je n’étais même pas celui qui l’avait chassée.
*「La Tarentule cramoisie a été sauvagement tuée par des gobelins.」
*「Vous vous attirerez l’hostilité inconnue des monstres de type araignée.」
Comme avec la Chimère, j’avais l’impression d’être destiné à avoir des relations difficiles avec les araignées.
Mais j’obtins aussi un avantage inattendu.
*「Votre affinité avec les monstres de type mille-pattes augmente.」
*「La probabilité que les monstres de type mille-pattes vous témoignent de la faveur augmente.」
Les mille-pattes et les araignées ne s’entendaient pas, ou quoi ?
Tant mieux. J’aimais bien les mille-pattes.
Par précaution, je vérifiai une nouvelle fois mon épithète.
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【Épithète】 Serpent mangeur de cœur
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Ma seule épithète restait Serpent mangeur de cœur.
Tant de gobelins m’appelaient Ululullulu, mais ça ne m’avait pas valu une nouvelle épithète.
C’était parce que je ne pouvais pas lancer d’éclairs ?
J’étais toujours un Python blanc à deux cornes.
Je n’étais pas un Ululullulu, ou quoi que ce soit.
Je n’avais pas d’ailes et, loin d’être noir, j’étais un serpent blanc.
Désolé, Nanaruk.
Elle me fixait.
Elle avait l’air un peu triste.
« Ahaha, j’imagine que ce n’était vraiment pas toi, finalement. »
Je t’avais dit que non.
« Allons dormir. Désolée que tu aies dû subir tout ça à cause de moi. »
Nanaruk souffla la bougie.
Puis elle s’enveloppa lâchement dans sa couverture et s’allongea.
Elle semblait essayer de dormir.
L’aube n’allait pas tarder à se lever.
Je m’enroulai à côté d’elle et m’allongeai à mon tour.
Je ne pensais pas réussir à m’endormir facilement, cette nuit.
* * *
Ah, ça faisait du bien.
À vrai dire, j’avais incroyablement bien dormi.
Je devais être épuisé, car je m’étais écroulé aussitôt.
Je me sentais comme un nouvel homme. Enfin, un nouveau serpent.
C’était probablement grâce à ma première mue, la nuit dernière.
Ou peut-être parce que j’avais mangé un Noyau intérieur si nourrissant.
J’étais seul.
Autrement dit, j’avais quitté le village de la Tribu Runga.
Les adieux avaient été plus ternes que prévu.
Je m’étais éclipsé à l’aube pour éviter les gens qui m’appelaient Ululullulu.
Nanaruk n’avait clairement pas dormi.
Quand j’avais essayé de me faufiler dehors, elle s’était réveillée aussitôt et était venue me dire au revoir.
Je mâchai puis avalai la viande séchée qu’elle m’avait donnée.
Pas mal.
Je me retournai.
Le village de la Tribu Runga, où j’avais séjourné quelque temps, s’étendait en contrebas.
Je ne savais pas si je les reverrais un jour, mais prenez soin de vous, tout le monde.
Au bout du compte, un serpent devait faire son chemin seul dans la vie.
Pelerian dormait lui aussi.
Quand il était éveillé, il parlait toute la journée, mais il ne pouvait pas rester éveillé sans arrêt.
Il disait que c’était parce qu’il manquait de puissance magique.
Tout comme les humains respiraient, il semblait pouvoir absorber une partie de l’Essence magique présente dans l’air.
Mais ça suffisait tout juste à maintenir son apparence et à garder l’esprit éveillé, sans même parler de lancer des sorts.
D’après ce que j’avais vérifié, il ne mentait pas.
Ma destination se trouvait au-delà du sommet montagneux qui brillait sous le soleil du matin.
J’étais seul, mais la forêt n’était pas silencieuse.
Des chants d’oiseaux, des pépiements d’insectes.
Le bruissement des sous-bois emplissait l’air.
Je glissais sur la mousse humide sans faire le moindre bruit.
Les petits animaux me voyaient et s’enfuyaient.
Les écureuils détalaient et les grillons bondissaient de côté.
Des dizaines de papillons accrochés à des fleurs très odorantes prirent tous leur envol en même temps.
Je réalisai alors vraiment que je n’étais plus le petit serpent filiforme d’autrefois.
Un prédateur de la forêt passait par là.
Je glissai fièrement sur mon chemin pendant un bon moment.
Boum !
Je sursautai.
Par réflexe, je me glissai sous une racine d’arbre.
Je me demandai si ce n’était pas indigne de moi, mais j’avais eu raison.
Un éléphant apparut.
Pas un éléphant ordinaire, mais un éléphant-monstre.
Un objet semblable à une masse pendait au bout de sa longue trompe.
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【Éléphant à étoile du matin niv. 9】
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Flippant.
Il n’était que niveau 9, mais je ne parvenais pas à voir sa fiche détaillée.
Il était sans aucun doute plus fort que moi.
Si je me concentrais comme je l’avais fait avec Gunther, je pourrais peut-être distinguer quelques informations, mais à quoi bon ?
Je n’avais qu’à me cacher un instant sous cette racine.
Crac.
Kou-ouh !
L’Éléphant à étoile du matin passa devant moi.
Il balança brusquement sa trompe, comme si quelque chose l’avait contrarié.
Bam ! Un arbre innocent se brisa en deux.
La Grande Forêt était terrifiante.
En regardant l’éléphant s’éloigner, je vis du sang couler d’une blessure sur sa croupe.
Il fuyait après un combat ?
Pour faire fuir un éléphant pareil, il fallait être incroyablement fort ou disposer d’une supériorité numérique écrasante.
Je repris prudemment ma route.
Ce serait bien si je pouvais atteindre le pic rocheux avant la fin de la journée.
Je pourrais alors arriver au Rocher de l’Éléphant demain, à peu près.
Mais je n’avançais pas très facilement.
Badoum-badoum…
Peu après, j’entendis de nouveau des pas.
Cette fois, ils étaient plusieurs.
Il n’y avait ni crevasse ni racine dans les environs où je pouvais me cacher.
Tout ça parce que j’étais devenu trop grand.
Je me roulai dans une flaque boueuse, formée sur un sol noir gorgé d’eau.
Mon corps disparut sous la boue, comme si je m’étais enduit de crème de camouflage.
Le blanc, c’était classe, mais ça avait l’inconvénient de se faire remarquer. Je n’avais pas le choix.
Tapi dans l’ombre d’un arbre, je vis apparaître les propriétaires de ces pas.
C’était un troupeau d’autruches cornues.
Des autruches avec des cornes sur la tête fonçaient à travers la forêt.
Elles semblaient être cinq. Ça ne devait pas être des adversaires faciles non plus.
Puis je me figeai.
Une flèche était clairement plantée dans la croupe de la dernière autruche à passer.
Une flèche ?
Des chasseurs de la Tribu Runga étaient dans les parages ?
Pour une raison ou une autre, j’avais pourtant un mauvais pressentiment.
Je glissai dans la direction d’où venaient les autruches.
J’entendais distinctement le vacarme, même moi.
On aurait dit que plusieurs gobelins s’étaient rassemblés.
La Forêt tropicale de Palamu était densément boisée.
À moins d’observer les lieux depuis les airs, impossible de savoir ce qui se trouvait dans le creux du terrain, légèrement en contrebas.
Des gobelins s’étaient rassemblés dans l’un de ces endroits dissimulés.
« Hahaha, quel idiot. »
« La ferme, espèce de connard ! »
C’étaient des guerriers gobelins à l’air brutal.
Ils avaient établi un camp ici.
Des tentes rudimentaires étaient dressées, chacune marquée d’un motif en forme d’épée peint avec une teinture rouge.
Ce motif.
Mon esprit brillant s’en souvint aussitôt.
Le gobelin de la Tribu Krok qui m’avait appelé Serpent mangeur de cœur.
C’était le motif du collier qu’il avait brandi en criant : « Retraite, sale créature ! »
J’avais justement ce collier dans mon Sous-espace, en ce moment même.
Autrement dit, c’étaient des guerriers de la Tribu Krok !
Pourquoi s’étaient-ils rassemblés ici ?
Ils semblaient être plus d’une centaine.
Il y avait aussi au moins trente guerriers Hobgobelins particulièrement bien armés.
À voir leurs armures de cuir, je ne pourrais probablement pas manger leur cœur non plus.
« Capitaine Ayutar ! L’autruche est toute grillée ! »
« Bien ! »
Un grand Hobgobelin écarta le pan d’une tente et en sortit.
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【Capitaine hobgobelin Ayutar niv. 30】
【Épithète】 Briseur de crânes
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Alors c’était leur capitaine.
Il avait l’air fort.
Et il avait même une épithète qui sonnait dangereusement : Briseur de crânes.
C’était la première fois que je voyais un gobelin avec une épithète.
Était-il encore plus fort que Nanaruk ?
Je ne savais pas quelle était la puissance de la Tribu Krok, mais si elle était seulement un peu plus forte que la Tribu Runga, ils avaient dû rassembler leurs meilleurs éléments.
Ils préparaient une embuscade contre la Tribu Runga.
La Tribu Runga n’imaginait probablement même pas que ses ennemis étaient sur le point de l’attaquer.
*« Euh… qu’est-ce que je devrais faire ? »*
Je secouai l’anneau.
Réveille-toi, vieux.
Pelerian sortit bientôt de l’anneau.
Il avait l’esprit vif.
Je ne lui avais même pas encore expliqué mes déductions, mais il avait tout de suite compris la situation.
— Le ciel me vient en aide, nous vient en aide !
Puis il poussa aussitôt un cri de joie.
— La Tribu Runga fera un appât parfait. La Tribu Krok a envoyé ses meilleurs guerriers, alors le camp principal de Krok et de ses salauds sera sans défense. Attaquons !
Waouh !
Je savais que tu assurerais, maître.
À vrai dire, j’y avais déjà pensé, moi aussi.
Mais la Tribu Runga ne se ferait-elle pas massacrer ?
— D’après ce que j’ai vu, c’est certain. Mais qu’est-ce que ça peut faire ? Laissons ces gobelins insignifiants s’entretuer et tomber comme des mouches.
Si je pensais comme Pelerian, il avait raison.
Mais je n’arrivais pas à voir les choses d’un œil aussi positif que lui.
Parce que je n’étais pas Pelerian.
— Quoi, ça ne te plaît pas ?
*« Mais si on y réfléchit, leur chef n’est pas là. On dit que le chef est le plus fort de la Tribu Krok. »*
— C’est exact.
*« Alors il doit être au Rocher de l’Éléphant, non ? Ils sont installés si près qu’ils doivent savoir qu’il y a quelque chose là-bas. Il y a de fortes chances qu’ils cherchent l’entrée du Donjon. »*
— Déduction raisonnable.
*« Même si la garde s’est un peu relâchée, je ne pourrai pas m’infiltrer facilement seul jusqu’à l’entrée du Donjon, pas vrai ? Ce n’est pas comme si j’avais un sort d’invisibilité. »*
— C’est vrai aussi.
*« Il serait plus logique d’utiliser les gobelins idiots de la Tribu Runga pour créer une diversion, puis de chercher l’entrée pendant ce temps. Hmm. »*
Si j’avais porté des lunettes, je les aurais probablement remontées du doigt à ce moment-là.
Mais malgré mon analyse posée, Pelerian se contenta d’esquisser un sourire rusé.
— Tu n’as pas tort, mais on dirait que tu as déjà pris ta décision et que tu cherches à faire coller la situation à celle-ci.
C’était vrai.
Bon, j’avais déjà pris ma décision.
— Malgré tout, comment comptes-tu les convaincre que ces salauds vont attaquer ? Un serpent comme les autres qui s’agite dans tous les sens ne les fera pas écouter.
*« Le serpent comme les autres est déjà mort. »*
— Hein ?
Il fallait utiliser ce qu’on avait sous la main.
— À partir de maintenant, je suis Ululullulu.
Même si tout avait commencé par un malentendu.
* * *
« Grande sœur, Blanchot est parti ? »
Letch posa la question.
Le garçon croyait toujours que le serpent était Ululullulu, mais il s’était mis à l’appeler Blanchot, comme sa sœur, depuis quelque temps.
Nanaruk eut un sourire amer.
« Oui. Blanchot est parti. »
« Blanchot est vraiment monté au ciel ? »
Ceux qui croyaient vraiment que le serpent était Ululullulu pensaient qu’il avait disparu de cette façon.
Mais Nanaruk savait que le gentil serpent était parti pour le Rocher de l’Éléphant.
« Eh bien, moi non plus, je ne sais pas. »
C’est tout ce qu’elle répondit à son petit frère.
Soudain, la porte s’ouvrit à la volée.
« Nanaruk ! »
« Qu’est-ce qu’il y a, Jadiram ? »
Le visage de Jadiram était rouge vif.
« Ululullulu, Ululullulu est revenu ! »
« Quoi ? »
Jadiram n’avait jamais appelé ce serpent Ululullulu, pas une seule fois.
Quelque chose clochait.
Nanaruk sortit précipitamment et suivit Jadiram.
Une foule immense s’était déjà rassemblée.
Nanaruk se fraya un chemin parmi les gens.
Puis elle se figea.
Le serpent était revenu.
Mais son corps était entièrement devenu noir.
Un vent puissant soufflait dans toutes les directions.
Le sol tremblait comme en plein séisme.
Des gerbes d’eau jaillissaient dans le ciel dégagé.
Mais surtout, le serpent crachait du feu.
« Ah… »
La vieille Grande Chamane, tout devant, pleurait.
« Ululullulu est revenu ! »
Elle cria le nom du serpent.
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