Chapitre 34
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 34 : S’il n’y en a pas, tant pis
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Les gobelins de la Tribu Runga se divisaient en deux groupes.
Une petite minorité d’idiots croyait que j’étais l’incarnation du légendaire serpent Ululullulu.
Et la majorité trouvait ça complètement absurde.
La proportion était probablement de deux pour huit.
Honnêtement, vingt pour cent, c’était plus que ce à quoi je m’attendais.
Sur leurs dessins, Ululullulu était un serpent noir volant.
La seule chose que nous avions en commun, c’était d’être tous les deux des serpents.
« Ululullulu ! »
« Ah, Ululullulu. »
Chaque fois que les gobelins qui me prenaient pour Ululullulu me voyaient, ils criaient son nom et joignaient les mains.
J’avais l’impression d’être une statue de Bouddha au bord de la route.
J’essayai de comprendre l’origine de ce malentendu.
Le vieux gobelin chaman que j’avais rencontré au début avait bel et bien dit que les serpents étaient des animaux mystiques.
La Tribu Runga ne traitait sincèrement pas les serpents à la légère.
Ce n’était peut-être que naturel.
Croire que les serpents étaient des animaux maléfiques n’était qu’un préjugé de certains ignorants.
Dans certains endroits, on vénérait les serpents comme des dieux de l’abondance.
Sur l’île de Jeju, en Corée, les gens vénéraient autrefois un dieu serpent appelé Chilseong, ou les Sept Étoiles.
Ici, c’était un peu pareil.
Les chamans priaient de nombreux dieux gobelins.
Parmi eux se trouvait un puissant dieu serpent appelé Ululullulu.
Un puissant dieu serpent qui avait vaincu le dieu maléfique connu sous le nom de Serpent Rouge sans tête.
Je leur demandai pourquoi ils pensaient que j’étais ce dieu serpent.
Bien sûr, dire que je leur avais « demandé » donnait l’impression que c’était simple, mais ça n’avait pas été le cas.
Je fis semblant de m’intéresser aux textes sacrés des chamans, et l’un d’eux passa toute une journée à me les lire.
C’est comme ça que je finis par comprendre, en gros.
Premièrement, le serpent mystique Ululullulu comprenait la langue des gobelins.
Les monstres et les animaux ordinaires ne pouvaient naturellement pas comprendre le langage. Ululullulu, qui comprenait les paroles des gobelins, était gentil et doux.
Ululullulu était resté auprès des gobelins de Runga et avait vaincu leurs ennemis, devenant ainsi un être digne de leur gratitude.
Ouais, c’était moi, ça.
Impossible de le nier. Ça me décrivait presque à la perfection.
Gentil, doux, et j’avais même mangé plusieurs cœurs de gobelins appartenant à des tribus ennemies.
Deuxièmement, Ululullulu recrachait l’Eau de Vie.
L’Eau de Vie guérissait les blessés, et quiconque en buvait restait en bonne santé et vivait longtemps.
C’était quoi, l’Eau de Vie ?
Certains gobelins avaient crié « Ululullulu » quand je préparais des potions. Voilà pourquoi.
Pour des gobelins qui ne savaient pas ce qu’étaient les potions, ça devait ressembler à de l’Eau de Vie.
Mais je ne les avais pas recrachées. Je les avais fait bouillir avec l’aide de Nanaruk.
Boire de l’eau recrachée par un serpent, c’était dégoûtant.
Et leur histoire de longue vie sans jamais tomber malade était tout aussi ridicule.
Les potions de Pelerian ne faisaient pas ça. Elles ne faisaient que soigner les blessures.
— Hum, il y a quelque chose que je n’ai jamais dit aux acheteurs quand je leur ai vendu les recettes de potion.
« Quoi ? »
— Une utilisation prolongée peut provoquer une maladie.
« … Quoi ? »
Quand je lui demandai de quelle maladie il s’agissait…
— Hum… l’azoospermie.
Terrifiant.
Ça voulait dire que les femmes pouvaient en boire sans problème ?
Pelerian était impressionnant aussi, de vendre ces potions tout en cachant ce détail.
— Ils ne se rendraient même pas compte qu’ils en souffrent. Je ne l’ai découvert que par hasard en faisant des recherches sur les Chimères.
Ça ressemblait à une escroquerie par ignorance volontaire.
Mais surtout, Pelerian avait fait des recherches sur le sperme des Chimères ?
Dire que Pelerian était un savant fou n’était même pas une exagération.
— Mon rêve, c’était de créer une Chimère capable de se reproduire.
Ah.
Voilà pourquoi Pelerian avait fait ces recherches.
Une Chimère capable de se reproduire, ça avait l’air incroyable.
Ce n’était pas pratiquement la même chose que de créer toute une espèce ?
La conversation avait dévié.
Bref, je n’étais pas Ululullulu.
Je n’étais pas particulièrement ravi non plus qu’on me prenne pour un serpent sorti d’un vieux conte.
— Pourquoi pas ? C’est une bonne occasion. Hé hé…
Le sourire rusé de Pelerian me déplut encore plus.
Selon la légende, Ululullulu finissait par mourir.
Ululullulu combattit le Serpent Rouge sans tête et l’emporta, mais il en ressortit épuisé et blessé.
À la fin, Ululullulu se jeta dans les flammes et s’éleva vers les cieux.
Autrement dit, Ululullulu mourut.
« Et si ces gobelins me jetaient vivant dans un brasier ? »
Rien n’était plus effrayant que les fanatiques.
J’en avais déjà rencontré un dans ma vie précédente.
Un ami était venu vers moi de son propre chef, malgré mon cercle social extrêmement restreint.
Je me demandais pourquoi il était si gentil.
Il l’était tellement qu’il s’inquiétait même pour mes ancêtres.
Il prétendait que mes ancêtres étaient pleins de ressentiment et s’accrochaient à moi, ce qui expliquait pourquoi rien ne marchait dans ma vie.
Il m’avait dit qu’un rituel d’exorcisme à cinq millions de wons réglerait tout. J’en avais parlé à mon père et il m’avait presque battu à mort.
Quand je m’étais excusé auprès de cet ami, il avait aussitôt cessé de jouer la comédie et m’avait traîné dans un centre de prière à la montagne.
Je m’étais enfui pieds nus, puis j’avais eu des ennuis parce que je n’avais pas de quoi payer un taxi.
« Bref, ça ne me plaît pas. »
— Tu pourrais faire de ces stupides gobelins tes fidèles et t’en servir comme boucliers humains.
Je fis semblant de ne pas entendre Pelerian.
Au moins, les gobelins normaux comme Nanaruk ne me prenaient pas pour Ululullulu.
« Euh… Dieu Serpent. »
Quand je ne prêtai pas attention aux gobelins qui m’appelaient Ululullulu, celui qui s’approcha de moi employa plutôt le titre de Dieu Serpent.
Bon. Je pouvais laisser passer ça.
« Mon enfant est malade. »
La gobeline me tendit son enfant.
Il avait l’air vraiment mal en point.
On aurait dit une maladie.
« S’il vous plaît… Snif… »
Qu’étais-je censé faire ?
Va voir un médecin ou un chaman.
Mais j’avais le cœur trop tendre pour ignorer une mère en pleurs.
— C’est clairement une déshydratation. Ils ont probablement bu de l’eau sale, attrapé la diarrhée et n’ont pas réussi à manger correctement.
Heureusement, PelerGPT était à mes côtés.
Les consultations médicales à distance de Pelerian étaient excellentes.
— Ils s’en remettront si on fait bouillir une soupe de viande avec de l’eau propre.
Vous avez entendu, madame.
« Snif… »
Mais je n’avais aucun moyen de lui transmettre ces paroles.
Je ne pouvais pas non plus lui donner des potions.
Oh, tant pis.
J’agitai la queue à laquelle était attachée ma bague.
Mon sac à dos de sous-espace contenait toutes sortes de choses.
Je ne pouvais pas en stocker beaucoup, vu que l’espace était limité, mais j’avais des rations de secours.
Des morceaux de queue de crocodile apparurent.
« C-C’est… »
La mère et le bébé étaient tous deux terriblement maigres.
Même si les gobelins s’entendaient bien, certains avaient encore le ventre vide.
*「Vous utilisez Magie élémentaire de base : Eau Nv. 1.」
Je n’étais pas en train de tirer un canon à eau sur cette pauvre gobeline.
Un filet d’eau se mit à couler dans le vide.
Les gobelins restèrent bouche bée.
« Quand Ululullulu rugissait, la pluie tombait d’un ciel sans nuages… »
« C’est Ululullulu ! »
Et parmi les spectateurs, il y avait encore un chaman.
Frouu !
Je n’avais pas rugi, et ce n’était pas de la pluie.
La gobeline promena son regard entre moi et le filet d’eau, puis sortit une gourde en cuir pour le recueillir.
« De l’eau sacrée… Merci. »
Ce n’était que de l’eau.
Mais c’était toujours cent fois mieux que de boire de l’eau boueuse ramassée par terre.
Après tout, elle était propre.
« Ululullulu recrachera l’Eau de Vie et guérira les malades… »
« Ululullulu ! Ululullulu ! »
Ce chaman cinglé.
Est-ce que je gagnerais de l’expérience si je les mangeais ?
Ça valait peut-être le coup d’essayer une fois.
Je m’enfuis devant la foule rassemblée.
Mais quand un préjugé s’installait, il était difficile de s’en défaire.
Par la suite, plusieurs autres incidents se produisirent, où des gobelins me prirent pour Ululullulu.
Les serpents avaient ce qu’on appelait un organe de Jacobson.
C’était un autre organe olfactif, situé dans la bouche, qui détectait l’odeur des substances chimiques recueillies par la langue.
C’était pour ça que les serpents tiraient sans cesse la langue.
Comme j’étais un monstre, j’avais moi aussi un organe de Jacobson.
Et cet organe de Jacobson me conférait une capacité spéciale.
La capacité de sentir la pluie avant qu’elle ne tombe.
Je me prélassais paresseusement au soleil pour faire monter ma température corporelle. Les gobelins profitaient eux aussi du beau temps pour étendre leur linge.
Puis je sentis la pluie.
Comme les serpents étaient ectothermes et supportaient mal d’être trempés, je me dépêchai de me mettre à l’abri sous un toit.
Grondement.
Un orage éclata aussitôt.
« Ululullulu commande la foudre et la pluie… »
« Ululullulu ! »
C’était absurde.
Pourquoi un serpent capable de commander aux orages se cacherait-il sous un toit pour éviter la pluie ?
Pelerian éclata de rire, visiblement ravi de la situation.
Pelerian avait l’air d’aimer être vénéré.
Mais c’était moi qu’on vénérait. Ce n’était pas comme s’ils vénéraient Pelerian.
Il y eut un autre incident.
Avant de me rendre au Donjon, j’étais parti chasser pour gagner des niveaux.
Pendant que j’étais dehors, je réussis à attraper un gros ours.
C’était un Ours-hibou qui ressemblait exactement à un hibou.
Je ne pouvais pas le porter tout seul, alors j’appelai des gobelins pour m’aider à le déplacer.
L’un d’eux vit l’Ours-hibou et poussa un cri.
« Ah ! Ah ! »
Je sursautai.
Il s’avéra que l’Ours-hibou avait mangé le père de ce gobelin.
« C’est lui ! J’en suis sûr ! »
« Ululullulu ! »
« Merci. Merci infiniment ! »
C’était vraiment le même Ours-hibou ?
J’arrivais à peine à distinguer les visages des gobelins, alors je ne comprenais pas pourquoi ils en étaient si sûrs.
Je commençais à en avoir un peu marre.
Je demandai sérieusement à Pelerian pourquoi ils se comportaient ainsi.
— Les gobelins sont tout simplement comme ça.
Ça ressemblait à une remarque raciste, mais je l’écoutai sans rien dire.
— Les gobelins cherchent instinctivement quelqu’un en qui croire et sur qui s’appuyer. Ils sont travailleurs, alors ils obéissent bien. Ils sont faits pour être gouvernés.
« C’est un peu dur. »
— Je ne les insulte pas. C’est simplement la vérité. Le monde a deux faces. Les gobelins sont loyaux et fidèles, peut-être même plus que les humains. Ils ont simplement besoin de quelqu’un en qui croire et à qui obéir. Les pauvres créatures…
Voilà ce que disait Pelerian.
Dans tous les cas, je n’avais pas l’intention de les gouverner en tant que dieu serpent.
Le jour de mon départ approchait.
— Bonne idée. Ils feraient d’excellents esclaves, mais si ça ne t’intéresse pas, tu devrais rejoindre mon Donjon au plus vite.
J’avais déjà dépassé le niveau cinq.
Je ne pouvais toujours pas utiliser le Décret du Tonnerre céleste, mais j’avais maintenant des potions. Il était temps de reprendre la route.
Et si les gobelins pillaient vraiment le Donjon ?
Je rentrai chez moi.
Oui, j’avais une maison ici.
C’était celle de Nanaruk.
Je grimpai le long d’un pilier et me faufilai par la fenêtre.
Les petits frères de Nanaruk m’accueillirent.
« Blanchot ! »
« Te revoilà. »
Blanchot, c’était peut-être mieux qu’Ululullulu.
Ils ne m’appelaient pas Dieu Serpent et ne me harcelaient pas.
Ta sœur n’est pas encore rentrée ?
« Grande sœur se fait gronder par père. Elle sera bientôt là. »
Je fus surpris qu’ils répondent comme s’ils avaient lu dans mes pensées.
Le père de Nanaruk était le chef d’ici.
À bien y réfléchir, ça faisait d’elle une sorte de princesse. Je ne l’aurais jamais deviné, vu comme elle se battait bien à l’épée.
Mais elle semblait avoir de mauvais rapports avec le chef.
La nuit était presque tombée quand Nanaruk rentra.
« Letch, Riyandal, Jadiram, je suis rentrée. »
Nanaruk avait trois petits frères.
Letch et Riyandal étaient encore des enfants. Jadiram était un guerrier qui avait évolué en Hobgobelin.
Elle me salua aussi.
Hein ?
Le visage de Nanaruk était un peu gonflé.
Elle avait pleuré quelque part ?
Ses petits frères, qui ne remarquaient rien, ne semblaient pas s’en être aperçus.
Nanaruk, elle non plus, ne montrait aucun signe de différence par rapport à d’habitude.
Toute la maisonnée était là, puisque la maison n’abritait que Nanaruk et ses petits frères.
Nous dînâmes ensemble.
C’était une soupe préparée avec de la viande de monstre non identifié.
Une fois le ventre rempli, il fut temps de dormir.
Ils avaient étalé quelque chose de doux, comme de la paille, dans une pièce, posé des couvertures dessus et dormaient tous ensemble.
Les petits frères de Nanaruk s’endormirent presque aussitôt.
Le clair de lune entrait par la fenêtre.
Aujourd’hui aussi était mon dernier jour ici.
Pelerian rentra dans la bague pour se reposer.
En vérité, Pelerian passait plus de temps dans la bague qu’éveillé.
Je profitai de ce rare silence.
Honnêtement, j’étais presque tenté.
Rester ici ne semblait pas si mal.
Les gobelins me traitaient bien, et la vie était confortable.
Mais je ne devais pas faire ça.
Les pisteurs féeriques pouvaient arriver à tout moment.
Et s’ils arrivaient, les gobelins d’ici risquaient aussi d’être en danger.
Je devais devenir plus fort.
Je regardai Nanaruk.
Elle dormait paisiblement.
Merci à toi aussi.
Prends soin de toi.
Je devais partir dès l’aube, demain.
Je fermai les yeux et tentai moi aussi de dormir.
J’espérais faire un joli rêve cette nuit.
Mais non.
Bon sang, j’avais rêvé de cette elfe cinglée.
L’elfe leva une épée courte et me découpa en morceaux comme une anguille grillée.
« Ce n’était qu’un rêve ! Ouf… »
Quand j’ouvris les yeux, mon corps était intact.
Mais mon cœur battait encore à tout rompre.
Ce n’est qu’alors que je compris la cause de ce cauchemar.
Mon ami, l’Instinct de survie, m’avait averti du danger.
Un Hobgobelin se tenait dans la pièce.
Son visage était couvert d’un masque, et il tenait une épée.
Un assassin qui s’apprêtait à poignarder Nanaruk à mort.
Je bougeai par instinct.
*「Vous utilisez Camouflage Nv. 6.」
*「Vous utilisez Accélération Nv. 5.」
Je m’approchai sans bruit et à toute vitesse.
Puis je lui mordis la cheville de toutes mes forces.
« Ah ! »
Le gobelin assassin me fixa, le souffle coupé par la surprise.
Salut.
Par hasard, tu aurais Résistance au venin ?
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