Chapitre 31
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : HidingTurtle
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 31 : Ma première épithète doit être digne
──────
031.
Est-ce que je devais vraiment me dépêcher de trouver un donjon ?
Je pouvais plutôt continuer à progresser tranquillement ici. Monter de niveau d’une manière ou d’une autre, remplir les conditions d’évolution et me transformer en quelque chose comme un gros python blanc à deux cornes.
Non, ça n’allait pas !
Déjà, je ne pouvais pas me contenter d’une évolution qui se contenterait d’ajouter « gros » à mon nom.
Je voulais une évolution spéciale qui me donnerait encore plus de cornes, ou qui transformerait mes motifs en hologramme, ou un truc du genre.
Mais surtout, il y avait une autre raison.
— Je ne peux pas me permettre de perdre du temps ici.
Pelerian m’avait dit que les elfes m’avaient probablement déjà repéré.
Cette elfe complètement cinglée qui avait essayé de me piétiner avant de me taillader à l’épée n’était autre qu’une Enquêtrice de la Feuille d’or.
Quand je lui avais demandé ce que c’était, Pelerian m’avait expliqué qu’il s’agissait d’un titre accordé aux chasseurs reconnus parmi les elfes, qui leur donnait les pleins pouvoirs pour mener des enquêtes.
En gros, elle était l’équivalent d’une unité spéciale des crimes graves à elle toute seule — ou avec une petite équipe. Un bureau d’enquête spécial, quoi.
Et cette elfe nommée Enquêtrice de la Feuille d’or, celle qui avait tenté de me tuer, s’appelait Iris Selena.
Apparemment, elle avait un sale caractère : un vrai chien enragé, qui ne lâchait jamais sa proie une fois qu’elle l’avait mordue.
Je demandai à Pelerian s’il la connaissait, mais il hésita à répondre. Quand j’insistai, en lui rappelant qu’il m’avait promis d’être honnête, il me dit que c’était personnel. Je n’insistai pas davantage.
Cette elfe allait me poursuivre.
Qu’est-ce que j’avais bien pu faire de mal ?
J’avais seulement tué une Chimère et porté la bague de Pelerian.
La Grande Forêt était immense. Est-ce qu’elle pouvait vraiment me retrouver ici ?
Quand je le lui demandai, Pelerian ne sourit même pas : il déclara qu’elle y arriverait.
Elle me retrouverait, me torturerait, puis ferait des expériences sur moi pour découvrir exactement quel genre de monstre j’étais.
C’était pas un raisonnement typiquement Pelerian, ça ?
Cela dit, vu le comportement inhumain des elfes que j’avais rencontrés jusque-là, c’était assez effrayant.
Je devais changer et devenir plus fort.
Soit évoluer jusqu’à ce que cette femme ne me reconnaisse plus, soit devenir assez puissant pour que même les elfes ne puissent pas m’attraper.
La deuxième option me paraissait préférable.
« Keessit, kweeik. Chwering Nanaruk ! »
« Nanarukmi chweet keessit-tung. »
Voilà à peu près à quoi ressemblait la prononciation gobeline. C’était une langue où on crachait beaucoup.
Caché derrière un rocher, j’écoutai les gobelins discuter. Ils semblaient attendre une gobeline nommée Nanaruk.
Ils avaient tiré sur la berge une barque assez grande pour transporter dix personnes.
C’était une embarcation rudimentaire : on la poussait à l’eau, tout le monde montait à bord, puis on ramait.
C’était aussi le moyen qu’il me fallait pour traverser la rivière.
« Si je leur demande, ils ne vont pas me laisser monter avec eux, hein ? »
— Va leur demander.
Pelerian semblait s’améliorer en matière de blagues.
— Je ne plaisante pas.
Si un serpent apparaissait, ils attaqueraient aussitôt.
Quelle était la meilleure solution suivante ?
Je demandai un plan à mon stratège.
— Tue-les tous.
Un plan de massacre, hein.
Dommage que je ne puisse pas utiliser le feu. Si la barque brûlait, tout serait fichu.
Le plan de massacre avait quand même un problème.
« Et après, qui ramerait ? Je n’ai pas de mains. »
— Laisse-en un en vie. Il ramera.
C’était un génie ou quoi ?
Au lieu de répondre tout de suite, j’observai les gobelins.
Ils étaient six.
Ils avaient des apparences variées. L’un ressemblait à une grand-mère, tandis que plusieurs autres avaient l’air de jeunes guerriers.
L’un d’eux se démarquait.
Un gobelin à la peau rouge, contrairement aux autres.
Le Hobgobelin à la peau rouge était grand et musclé. Il avait l’air d’un guerrier.
──────────────
【Gobelin sauteur Nv. 10】
【Traits】
[Gobelin], [Guerrier], [Prudence]
【Compétences】
[Maîtrise de la lance Nv. 7], [Tir à l’arc Nv. 3], [Maîtrise du bouclier Nv. 3], [Course Nv. 10], [Cri Nv. 10]
【Statut】
[Anxieux]
──────────────
Hum.
Maîtrise de la lance, tir à l’arc et même maîtrise du bouclier.
C’était clairement un combattant.
Je gagnerais quand même si on se battait.
Mais…
« Essayons plutôt de les convaincre que de les massacrer. Ce serait mieux si je pouvais profiter de leur barque. »
Le problème, c’était que les autres portaient eux aussi des épées et des arcs.
Je m’étais battu en duel un bon nombre de fois, mais jamais contre un groupe. Ça ne me rassurait pas.
Je ne savais pas si cette gobeline nommée Nanaruk était forte ou faible, et elle risquait d’arriver pendant que je me battais contre eux.
— Oui, ce serait mieux.
À ma grande surprise, Pelerian approuva mon choix.
Et ça me posait un problème.
Comment m’approcher d’eux sans les faire paniquer et attaquer ?
Difficile d’avoir l’air rassurant quand on est un serpent terrifiant.
Dans ce monde aussi, les apparences comptaient.
— ……
Je trouvai une idée.
* * *
« U-un serpent ! »
Un gobelin s’écria, alarmé.
Tous les gobelins sauf la grand-mère bondirent sur leurs pieds. Certains dégainèrent leurs armes, tandis que d’autres bandèrent leur arc.
Comme prévu, les serpents attiraient une quantité ridicule d’agressivité dès qu’ils apparaissaient.
J’avais tout de même préparé quelque chose.
« Attendez… »
Comme prévu, les gobelins hésitèrent.
« Le serpent tient une fleur. »
Je tenais une fleur dans ma gueule.
Et ce n’était pas tout. J’en avais aussi coincé une entre mes cornes.
Cette vision stupéfiante surprit les gobelins. Je le voyais bien : ils ne tirèrent pas aussitôt leurs flèches.
« Il existe vraiment des serpents qui se promènent avec des fleurs ? »
« C’est louche. »
Leur réaction était moins favorable que je ne l’espérais.
— Je meurs de honte.
Moi, ça allait. C’était Pelerian qui en faisait tout un plat.
Quand je m’approchai un peu, ils tressaillirent et levèrent de nouveau leurs épées.
Bon. Je n’avais pas encore réussi à briser la glace.
Mais j’avais appris quelques trucs après avoir rencontré le couple de mille-pattes.
Boum.
Je ne tenais pas que des fleurs.
Un peu plus tôt, j’avais attrapé un écureuil qui grimpait dans un arbre.
Je le déposai à côté des fleurs.
« C’est un écureuil… »
« Je crois que le serpent nous l’offre. »
Ah, voilà au moins un gobelin qui avait un cerveau en état de marche.
Je baissai la tête en guise de salut.
Dès que l’autre partie me rendit mon salut, un échange s’engagea.
Quelques gobelins baissèrent maladroitement la tête à leur tour.
C’est là que l’un d’eux gâcha le moment.
« Qu’est-ce que vous faites ? Ce serpent est un monstre ! »
C’était le Hobgobelin à la peau rouge qui venait de parler.
Vous aussi, les gobelins, vous étiez des monstres.
« Levez vos arcs ! Pourquoi vous essayez de saluer ce serpent ? »
Je ne l’aimais pas, celui-là.
L’ambiance redevint glaciale à cause de ce Hobgobelin. Certains gobelins commencèrent même à tendre leurs arcs.
— Ho ho, ça ne se passe pas très bien.
Tant pis.
Est-ce que je devais tous les éliminer ?
Je pouvais les massacrer sans plus attendre.
« Jadiram ! »
À ce moment-là, un autre Hobgobelin dévala la pente en glissant.
C’était une gobeline aux cheveux fermement attachés. Elle portait sur son dos un jeune gobelin que je connaissais.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« Nanaruk, un serpent bizarre est apparu. »
« Un serpent ? Oh là là. »
Elle remarqua la fleur coincée sur ma tête.
« Le serpent a apporté des fleurs. »
« Toi aussi, tu vas t’y mettre ? Les serpents sont dangereux. »
« Non… »
Puis le jeune gobelin et moi croisâmes le regard.
« C’est Ululullulu ! Grande sœur, c’est le serpent ! Celui qui m’a sauvé ! »
Ah, c’était donc ça, la récompense d’une bonne action ?
Le jeune gobelin que j’avais sauvé du pélican venait à son tour de sauver la vie des autres.
Pas la mienne, évidemment. Je parlais des gobelins devant moi.
« Le serpent a sauvé Letch ? »
« Oh là là, alors c’était vrai. C’est fascinant. »
La gobeline nommée Nanaruk s’approcha de moi.
« Qu’est-ce que tu veux ? »
Oui, merci de poser la question.
Je levai la queue et tapotai la barque, puis montrai l’autre rive. Je répétai le geste.
Ils devraient comprendre, non ?
« Le serpent veut monter avec nous et traverser la rivière ? »
« Pas question ! Et si ce serpent se déchaîne dans la barque ? »
« Est-ce que ce serait vraiment un problème ? »
Une dispute éclata entre les gobelins.
Ils disaient qu’on était ensorcelés par un serpent.
Nanaruk et le jeune gobelin étaient amicaux avec moi, mais les autres gobelins semblaient terrifiés.
Je me demandais si la discussion allait bien tourner quand…
« Hum, hum, kh ! »
Ce n’était pas du gobelin. C’était une toux.
Celle qui toussait comme si elle allait s’étouffer était la grand-mère gobeline, d’apparence fragile.
Son corps entier était couvert de tatouages, ce qui lui donnait un air étonnamment intimidant.
« Jadiram, Nanaruk. »
« Oui, grand-mère. »
Les deux Hobgobelins qui se disputaient se turent.
« Depuis les temps anciens, les serpents sont des animaux spirituels. Vous ne voyez pas que ce serpent comprend nos paroles ? Hum ! »
Bien dit, grand-mère.
« Laissez le serpent monter. La barque n’est pas si bondée… »
La grand-mère était une gobeline ordinaire, alors que ces deux-là étaient des Hobgobelins.
Les Hobgobelins n’avaient donc pas nécessairement un statut supérieur.
Le gobelin qui n’arrêtait pas de m’aboyer dessus se tut.
« C’est réglé, alors. Tout le monde à bord. On traverse ! »
Nanaruk le dit d’un ton enjoué.
Je grimpai aussitôt dans la barque.
Je m’installai immédiatement à une place de première classe.
À l’avant, entre la gentille grand-mère et Nanaruk.
« Et hop ! »
Quand on poussa la barque depuis la berge, elle se mit à tanguer dans un grand clapotis.
L’eau éclaboussa tout le monde.
La grand-mère gobeline me regarda, joignit les mains et s’inclina.
Je m’inclinai à mon tour.
Merci.
La rivière n’était pas très large, mais son courant était plus rapide que je ne le pensais.
Le jeune Hobgobelin rama avec application.
— Les gens méprisent les gobelins parce que ce sont des monstres, mais ils ne sont pas aussi bêtes qu’on pourrait le croire.
« On dirait bien. »
— Bien sûr, leur niveau de civilisation varie beaucoup selon les tribus, mais celle-ci est plutôt avancée. Ils respectent les anciens, et leurs relations semblent assez égalitaires.
Quand je pensais aux gobelins, j’imaginais seulement des monstres de bas niveau qui se cachaient dans l’ombre pour tirer des fléchettes empoisonnées.
Je réfléchis une nouvelle fois à mes préjugés superficiels.
« Hé. »
C’était la Hobgobeline nommée Nanaruk.
Ses yeux dorés, semblables à ceux d’un chat, étaient remarquables.
À bien y penser, mes préjugés sur les apparences avaient eux aussi volé en éclats.
Les gobelins ordinaires ressemblaient à ce que j’avais imaginé.
Ils étaient petits, avaient les oreilles pointues, la peau verdâtre et un visage qu’on ne pouvait pas qualifier de beau.
Mais les Hobgobelins étaient plutôt agréables à regarder, même selon les critères humains.
À part leur peau un peu rouge et leurs yeux légèrement trop grands, bien sûr.
« Comment tu t’appelles ? »
Mon nom ?
Bonne question.
Je ne pouvais pas lui donner le nom de trois syllabes que j’utilisais en Corée.
Est-ce que je devais m’inventer un nom classe ?
Jegal Yuryong, Namgung Cheonma, des trucs comme ça.
Ah, je m’appelle Hwangbo Baeksa, Python blanc à deux cornes.
— Ne réponds pas !
Pelerian m’interrompit brusquement.
Je sursautai.
— Tu n’as pas encore de nom, Serpent. Les noms ont un pouvoir important. N’en invente pas un à la légère.
« Comment suis-je censé lui répondre ? »
— ……
À bien y regarder, Pelerian pouvait aussi être sacrément bête.
Même en mettant de côté le fait que je n’avais pas de nom, je ne pouvais pas parler.
Je me contentai de tirer la langue.
Nanaruk ne semblait de toute façon pas s’attendre à une réponse.
« Regarde ça. »
Elle plongea la main dans la rivière.
Quand elle la ressortit, un poisson lui mordait le doigt, à ma grande surprise.
Nanaruk rit et me lança le poisson.
Je l’attrapai d’une bouchée et l’avalai tout rond.
« Tu as bien fait de monter dans la barque. Si tu avais essayé de traverser à la nage, il ne serait bientôt plus resté que tes os. »
Elle avait raison.
Cette rivière était terrifiante.
Le poisson avait des dents acérées, et le doigt de Nanaruk saignait aussi.
Pourtant, elle se contenta de sucer son doigt une fois avant de sourire.
J’ai failli craquer pour elle.
C’est une gobeline et je suis un serpent !
La traversée ne prit pas longtemps.
De hautes herbes poussaient le long de la rive opposée.
Elles montaient jusqu’à la poitrine d’un adulte et ondulaient dans le vent comme un champ d’herbes argentées en été.
« On y est ! »
Le jeune gobelin se leva, tout excité.
La barque tangua.
Un gobelin adulte tira l’enfant vers le bas et le réprimanda.
« Reste assis jusqu’à ce que la barque s’arrête, petit salaud. »
Alors qu’il s’apprêtait à sauter le premier hors de la barque…
Hein ?
Quelque chose jaillit du champ d’herbes.
Thwac !
Une flèche transperça profondément l’œil du gobelin qui venait de gronder le jeune.
Il se raidit, puis s’effondra.
Plouf !
L’eau jaillit de tous côtés.
Au même moment, une vive douleur me piqua le dos.
Thwac !
— Oh, une flèche.
Je n’avais pas besoin que Pelerian me l’explique pour le comprendre.
Une flèche était plantée dans mon corps.
Ça faisait mal ! Très mal !
« Des flèches ! C’est une embuscade ! »
Nanaruk cria à pleins poumons tout en plaquant la tête du jeune gobelin vers le bas.
Tous les gobelins, sauf la grand-mère et le jeune, sautèrent hors de la barque.
Ah, pourquoi fallait-il qu’une flèche me touche ?
J’étais plaqué contre le fond de la barque, j’étais donc celui qui risquait le moins d’être touché.
Ma Chance avait été plutôt bonne ces derniers temps, mais la malchance avait fini par me rattraper.
« Attrapez-les ! Ces enfoirés nous ont pris par surprise ! »
« Jadiram ! N’y va pas tout seul ! Ils essaient de nous attirer dans les herbes ! »
La flèche ne s’était pas enfoncée très profondément.
Ma peau était devenue bien plus dure après mon évolution.
Mais la blessure dans mon cœur alimentait ma rage.
— Vas-y.
Je sautai à mon tour hors de la barque.
Les herbes ondulaient dans toutes les directions. Les flèches venaient de l’intérieur.
Des flèches fusaient par intermittence, mais on aurait dit qu’elles n’essayaient de toucher personne.
« Tout le monde, avancez ensemble, en ligne ! »
Nanaruk était une excellente commandante.
Les gobelins étaient petits. Trouver et tuer des ennemis cachés dans ces herbes ne serait pas facile.
Moi, en revanche, je faisais exception.
« Vieux, tu peux voir d’en haut, pas vrai ? »
— Moi ? Hum, oui.
Pelerian pouvait flotter dans un rayon de deux mètres autour de la bague.
Il pouvait donc observer le mouvement des herbes d’un point plus élevé que le mien.
« Alors, indique-moi par où aller. »
— Rien de plus facile. Tout droit.
Je pénétrai dans les herbes.
Contrairement aux gobelins, les herbes ne remuaient pas quand je m’y glissais.
— Encore un peu, vers la droite. Ils sont dix.
C’était pourtant du simple bon sens que de se méfier des serpents quand on avançait dans les hautes herbes, non ?
Surtout quand le serpent en question était très en colère et venimeux.
— Il y en a deux ensemble.
En écartant les herbes, je trouvai deux gobelins qui tenaient des arcs.
C’était donc vous, bande d’enfoirés.
Bond.
Accélération.
Puis je fonçai droit sur la poitrine du gobelin dénudé, complètement à découvert devant moi.
Déchiqueter.
Crac !
Je retombai au sol, et le sang jaillit de la poitrine du gobelin abattu.
Le gobelin restant, témoin de la scène, poussa un cri.
« Aaah ! C’est le Serpent mangeur de cœur ! »
Serpent mangeur de cœur.
Dire que ce serait ma première épithète.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>