Chapitre 30
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : HidingTurtle
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 30 : Nanaruk, la belle guerrière aux allures de féline
──────
— Tu te donnes des airs !
Qu’est-ce qui lui prenait, à ce vieux ?
Je n’avais fait que répéter fidèlement ce qu’avait dit le gobelin, et pourtant Pelerian se mettait en colère.
Ma relation avec Pelerian était étrange.
Il m’avait poignardé dans le dos une fois, et j’avais renoué avec lui en le forçant à prêter un nouveau serment. Il m’aidait à apprendre la magie, mais nous n’étions ni maître ni disciple.
D’ordinaire, je parlais familièrement, mais j’étais né et j’avais grandi dans un pays où les bonnes manières comptaient. Quand j’apprenais la magie auprès de Pelerian, ou que ses rides attiraient mon regard, il m’arrivait de prendre un ton poli.
Bien sûr, le respect devait être réciproque.
Quand il se montrait aussi désagréable, je n’avais pas envie de lui parler gentiment non plus.
— Tu fais semblant de comprendre le gobelin, hein ? Ça se voit comme le nez au milieu de la figure.
« C’est quoi, ces conneries ? »
Le plus étonnant, c’était que Pelerian se souciait peu que je lui parle poliment ou familièrement.
Je l’avais pris pour un vieux obsédé par son autorité. Alors pourquoi ?
Vu qu’il m’avait d’abord traité de créature misérable, ce n’était pas comme s’il me respectait.
Après avoir discuté avec lui plusieurs jours, j’en découvris la raison.
La vérité était pour le moins stupéfiante.
Pelerian ne méprisait pas les monstres.
Non, il semblait même préférer les monstres aux humains et aux nains.
Si je devais représenter le degré de respect que Pelerian accordait aux différentes races avec des signes d’inégalité, ça donnerait ça :
──────────────
Elfes > Monstres >>>>> Crotte ! Ah ah > Toutes les autres races de « gens », y compris les humains
──────────────
Si j’avais été un humain plutôt qu’un monstre, Pelerian aurait été bien plus odieux.
Le choc que je ressentis en l’apprenant…
« Ce n’est pas bizarre que je comprenne l’elfique, mais c’est bizarre que je comprenne le gobelin ? »
— Comprendre l’elfique, c’est possible. Il existe des bénédictions qui permettent de comprendre les langues et tout ça. Mais ça ne marche pas avec le gobelin.
Je comprenais parfaitement ce que disait le gobelin.
Pelerian avait ses raisons d’être aussi catégorique.
— Les gobelins n’ont pas de nation unifiée et n’ont jamais bâti de grande civilisation. Ils vivent éparpillés, et chaque groupe a sa propre langue. Comme des dialectes.
« Je vois ce que tu veux dire. Mais toi aussi, tu comprenais à peu près, vieux. »
— J’ai appris les racines communes grâce à de vieilles recherches. Si c’était du gobelin d’une autre région que la Grande Forêt, je n’y comprendrais rien non plus.
Malgré tout, le gobelin qui s’agitait dans le bec du pélican continuait de hurler.
« À l’aide ! »
Oui, quoi qu’en dise Pelerian, je le comprenais parfaitement.
— Donc, en principe, il devrait être impossible de comprendre entièrement le gobelin…
« Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? Je comprends. »
— …
Pelerian se tut.
Enfin, qu’est-ce qu’il pouvait y faire ? Je l’entendais, c’était tout.
— Mais d’après ce que tu m’as dit, on ne peut pas laisser ce gobelin mourir, si ?
« Ah. »
Le jeune gobelin avait crié qu’il devait retourner à la rivière.
Ça voulait dire qu’il savait où elle se trouvait.
Le pélican avait déjà avalé le gobelin tout rond.
« Aïe ! »
Il était déjà mort ?
Je bondis hors des buissons.
Surpris par mon apparition, le pélican poussa un cri rauque. Il battit des ailes comme pour s’envoler, mais son corps était peut-être devenu trop lourd. Il s’écrasa au sol dans un bruit pâteux.
Fidèles à leur réputation, ces oiseaux.
Féroces et voraces.
──────────────
【Pélican irascible niv. 7】
──────────────
Si les gobelins se faisaient attraper par un monstre aussi faible, ils n’avaient pas l’air bien redoutables non plus.
Je mordis le pélican au cou.
Il n’avait aucune Résistance au venin notable. Il ne tint donc pas une seconde.
Il poussa un seul cri avant de mourir, mais je ne gagnai même pas d’expérience.
Heureusement, le gobelin était vivant.
Le bec du pélican s’ouvrit et une main vert trouble en jaillit. Complètement épuisé, le gobelin rampa pour sortir.
« Hah ! »
Puis il me vit et sursauta, effrayé.
Il était petit.
Bon, c’était un gobelin, alors c’était normal, mais il avait l’air jeune.
C’était un jeune gobelin ?
──────────────
【Jeune gobelin niv. 11】
【Traits】
[Gobelin], [Curiosité]
【Compétences】
[Camouflage niv. 3], [Lancer de pierres niv. 4], [Course niv. 6], [Orientation niv. 2]
【État】
[Épuisement], [Blessure], [Peur]
──────────────
Faible !
Waouh, c’était vraiment pitoyable.
La seule compétence qui avait l’air utile en combat, c’était Lancer de pierres.
Course était une compétence de déplacement inférieure à Accélération ? Ça ressemblait à Ramper rapidement, une compétence que j’avais autrefois possédée.
Donc, on pouvait être niveau onze et rester aussi faible.
J’enviais au moins sa compétence Orientation.
Ça aurait été bien de l’apprendre grâce à Corne de Billy, mais j’empruntais déjà une compétence appelée Décret du Tonnerre céleste.
Je devrais garder Corne de Billy scellée jusqu’à ce que j’acquière cette compétence.
« S’il vous plaît, épargnez-moi ! Je vous en prie ! »
Quel lâche, ce gobelin.
Le jeune gobelin s’agenouilla devant moi et me supplia.
Enfin, le pélican avait l’air bien plus appétissant que le gobelin, alors je n’avais pas l’intention de le manger.
Il ne me rapporterait probablement pas d’expérience non plus.
Bon, ça suffit, montre-moi où est la rivière !
Mais je n’avais aucun moyen de le lui faire comprendre.
Je lançai un regard appuyé à Pelerian.
« Vieux, explique-lui. »
— … Je ne peux pas.
« Quoi ? Tu as dit que tu savais parler gobelin. »
— Ce n’est pas une question de langue. Celui-là ne peut ni me voir ni entendre ma voix.
« Mais moi, je te vois. »
— Si j’avais du mana, je pourrais lui transmettre ma voix. Mais dans mon état actuel, tu es le seul à me voir.
C’était sidérant.
Il était vraiment encore plus inutile que je ne le pensais.
Pelerian avait peut-être deviné ce que je pensais. Un air de défaite passa sur son visage.
Je tapotai doucement l’épaule du gobelin avec ma queue pour essayer de le rassurer.
Le jeune gobelin se convulsa et se mit à trembler de tout son corps.
« Hi ! »
Je n’allais pas le manger, il pouvait partir.
Je balançai la queue d’un côté et de l’autre. Ça voulait dire qu’il devait s’en aller.
« Je peux… je peux vraiment partir ? »
Nous pouvions enfin nous comprendre.
Le garçon recula lentement.
Je ne m’approchai pas et continuai simplement à agiter la queue.
Puis un vieux souvenir me revint, et j’inclinai légèrement la tête.
Comme l’avait fait le couple de mille-pattes.
Le gobelin eut l’air perplexe, puis imita ma posture.
C’était ça. Les échanges commençaient par des salutations.
Le jeune gobelin esquissa un sourire.
Il se dirigea prudemment vers l’autre côté des buissons, puis se retourna brusquement vers moi.
« … Ululullulu ? »
Puis il disparut en un éclair.
Qu’est-ce que c’était ?
Qu’est-ce qu’Ululullulu voulait dire ?
Même moi, qui maîtrisais les langues, je ne comprenais pas ce mot.
« Il m’a insulté ? »
— À coup sûr.
Hum, Pelerian avait l’air boudeur.
Je n’avais pas épargné le gobelin par pure bonté d’âme.
— Tu as de la jugeote. On peut maintenant suivre ce gobelin.
Il avait dit qu’il devait retourner à la rivière. En le suivant, nous devrions finir par la trouver.
« Je ferais mieux de prendre une bouchée avant de partir. »
Quel goût avait la viande de pélican ?
Je me dépêchai de finir mon repas.
Le jeune gobelin était petit, mais il avait le pied leste.
Le suivre sans me faire repérer ne fut pas une mince affaire.
* * *
Les gobelins étaient des monstres.
Les monstres évoluaient.
Quand les jeunes gobelins grandissaient suffisamment et atteignaient le niveau requis, ils devenaient des gobelins adultes.
Puis, après avoir encore grandi et découvert leurs aptitudes, ils devenaient guerriers, chamans, chasseurs ou cueilleurs.
Une petite partie des gobelins évoluait une fois de plus.
Ils devenaient des Hobgobelins.
On pouvait les considérer comme une espèce supérieure de gobelins.
Ils grandissaient, leur peau rougissait et leurs muscles se développaient.
Dotés d’une puissance de combat exceptionnelle, ils dirigeaient des groupes de gobelins.
Il existait une Hobgobeline nommée Nanaruk.
C’était la plus grande guerrière de la Tribu Runga, installée près de l’ancien lit de la rivière.
Quand elle attachait fermement ses cheveux et courait à travers la forêt, elle était aussi agile qu’une elfe.
Les yeux dorés de Nanaruk, pareils à ceux d’une chatte, étaient fixés sur un grand hévéa.
Plus précisément, ils observaient la peau de lézard clouée à son tronc.
Une pointe de flèche acérée l’y avait épinglée.
Un sourire étira ses lèvres et dévoila sa jolie canine pointue.
Une peau de lézard bien étirée et séchée pouvait servir de papier.
Sans surprise, elle était couverte d’écriture.
C’était une lettre.
Une lettre laissée par l’amant de Nanaruk.
« Chandal… »
Nanaruk murmura avec précaution le nom de son amant et lut la lettre.
Malgré cette lettre d’amour, son expression s’assombrit peu à peu.
« … Nana, je suis désolé. Mais je n’ai pas réussi à arrêter mon père. J’ai essayé de lui dire une chose avec prudence, et il m’a roué de coups ! La guerre entre nos tribus est inévitable.
Pour être honnête, je voudrais que tu t’enfuies. Je vais essayer de parler à Père. Au moins, je peux te sauver, toi et tes cadets. Mais ton père est le chef, alors je sais que je ne pourrai pas le sauver.
Je t’aime, Nana.
Écris ta réponse ci-dessous. Si tu m’indiques où et quand, j’amènerai des guerriers pour venir te retrouver avec tes cadets.
Ton Chandal, qui t’aime plus que quiconque au monde. »
La lettre était courte, car il fallait laisser de la place pour la réponse.
Ce vide lui parut creux.
Au lieu de répondre, Nanaruk…
Rrriip.
Déchira la peau de lézard.
Elle la réduisit en lambeaux qu’elle éparpilla.
Elle avait l’impression que son cœur aussi avait été mis en pièces.
Krok, le père de Chandal, était le chef d’une tribu voisine.
Leurs tribus avaient autrefois entretenu de bonnes relations. On parlait depuis longtemps du mariage de Nanaruk et de Chandal.
Mais tout avait changé après que Krok, déjà devenu Hobgobelin, eut réussi à évoluer une nouvelle fois.
La tribu de Krok s’était mise à envahir et à absorber les tribus gobelines voisines.
À présent plus forte que la Tribu Runga, la plus ancienne et la plus grande, elle montrait aussi les crocs à cette dernière.
Nanaruk avait espéré que Chandal parviendrait à convaincre son père…
Mais s’enfuir ?
Jamais elle ne pourrait faire ça. Ni pour ses cadets, ni pour son père.
Nanaruk était une guerrière de la Tribu Runga.
Son visage s’assombrit sous le poids du chagrin, quand…
« Grande sœur, grande sœur ! »
Son cadet apparut.
Le visage de Nanaruk s’éclaira.
« Pourquoi es-tu si en retard ? Je me suis inquiétée ! »
« Ululullulu m’a sauvé ! »
Les enfants avaient tendance à omettre les détails importants quand ils racontaient quelque chose.
« Ululullulu ? »
« Oui ! J’allais me faire manger par un pélican, mais Ululullulu m’a sauvé ! »
Ululullulu était un serpent légendaire.
Après avoir écouté le récit de ce qui s’était passé, Nanaruk donna une tape dans le dos de son cadet.
« Aïe ! »
« Quel Ululullulu ? Tu as failli mourir ! »
« Non… C’est vraiment arrivé. »
« Déjà, un serpent blanc et Ululullulu n’ont même pas la même couleur. »
« C’est vrai, mais le serpent m’a bel et bien sauvé… Il me comprenait aussi. »
« Le pélican était dans le coin. Le serpent t’a probablement laissé partir. »
Le jeune gobelin essaya de protester, mais Nanaruk ne l’écoutait déjà plus.
« On est en retard. À ce rythme, le bateau va partir. »
« Ah oui, c’est vrai. »
« Monte ! »
Nanaruk souleva vivement son cadet.
Puis elle se mit à courir comme le vent.
* * *
La brise était fraîche.
J’avais perdu le jeune gobelin en le suivant, ce qui était d’une gêne insupportable, mais ni Pelerian ni moi ne rejetâmes la faute sur l’autre.
Heureusement, dès que je perdis la piste du gobelin, je captai une odeur.
C’était l’odeur de l’eau.
Je la suivis.
Je finis par trouver la rivière Medeira, dont Pelerian m’avait tant parlé.
« Chaaa ! »
Ça voulait dire : aaah.
L’odeur de l’eau était désagréable, mais la rivière elle-même était vraiment spectaculaire.
Pour être honnête, elle n’était pas assez grande pour être comparée au fleuve Han. Elle faisait à peu près la taille du cours inférieur du ruisseau Cheonggyecheon.
L’eau tirait entre le noir et le brun.
Elle avait l’air boueuse plutôt que sale.
« Et maintenant, on va où ? On y est presque ? »
— Hmm.
Pelerian avait dit qu’une fois la rivière Medeira trouvée, nous serions presque arrivés à son Donjon.
C’était pour ça que nous avions cherché la rivière avec tant d’acharnement.
Alors, il était où, ce Donjon ?
— Hmm.
Pelerian ne faisait que fixer les montagnes au loin.
De l’autre côté de la rivière se dressait une montagne rocheuse bien visible, qui brillait d’un éclat orangé sous le soleil, comme une patate douce rôtie.
— Je crois que c’était derrière.
« Vraiment ? »
— Il suffit de traverser la rivière.
« Alors, c’est facile. »
Bon, nous n’avions qu’à traverser la rivière.
Nous ne pouvions ni prendre un bateau ni voler au-dessus, alors, si nous suivions la rivière, nous finirions sûrement par trouver un pont.
… Pendant un instant, j’avais raisonné avec le bon sens d’un citoyen sud-coréen.
Impossible qu’un pont ait été construit sur une rivière, au cœur de cette immense forêt tropicale.
« Comment on traverse ? »
— …
« Tu as dit qu’on le trouverait dès qu’on atteindrait la rivière. »
— Je croyais que c’était soit de ce côté, soit de l’autre…
Pelerian se racla la gorge.
— Tu ne pourrais pas nager jusqu’à l’autre rive ?
« Je ne peux pas… »
Je détestais encore plus nager que voler.
Même dans une forêt tropicale, l’eau d’une rivière était froide. Ce n’était pas dangereux ?
— Comment ça, tu ne sais pas nager alors que tu es un serpent ?!
Ça pouvait arriver.
Et je n’hésitais pas seulement parce que je détestais nager.
Regardez, il y avait des crocodiles qui flottaient là-bas.
Je n’étais pas encore sûr de moi pour les combats sous l’eau.
— Alors… hmm.
Pelerian pinça les lèvres.
Nous étions fichus.
C’était la seule expression qui me venait à l’esprit.
Si je remontais la rivière, finirait-elle par se rétrécir assez pour que je puisse la franchir d’un bond ?
Combien de temps devrais-je la remonter en m’accrochant à cet espoir incertain ?
— Regarde là-bas, regarde !
À la voix agitée de Pelerian, je tournai la tête sans grand enthousiasme.
La rive était relativement dégagée, ce qui nous offrait une vue claire.
C’était pour ça que je les vis.
Les gobelins qui s’apprêtaient à mettre un bateau à l’eau.
Notes :
Rejoignez notre Discord à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>