Chapitre 28
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 28 : Le vrai Python magique
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« La ferme. »
Je pris mon expression la plus terrifiante.
Je dardai ma langue violette et dévoilai mes crocs.
Sssss.
À bien y réfléchir, siffler comme ça ressemblait plus au comportement d’un chat qu’à celui d’un serpent.
Malgré tout, la plupart des monstres se recroquevillaient quand je les menaçais ainsi.
— C-C’est impossible.
On aurait dit que ça marchait aussi sur Pelerian.
Il avait l’air complètement dévasté.
— Ça aurait pu échouer, ou l’effet aurait pu ne pas durer. Mais que ça ne marche pas du tout…
*Attends, il n’avait pas peur de moi ?*
Je le réprimandai sévèrement.
« Tu devrais d’abord t’excuser, Pelerian. »
— Qu’est-ce qui ne va pas ? C’est quoi, cette mutation ?!
On n’avançait pas.
Je crachai du feu sur l’anneau.
Fwoosh !
*Je me demandai s’il allait s’écrier que c’était chaud.*
— Toi aussi, tu utilises la magie ?! C’est incroyable !
Raté.
Au contraire, il avait l’air prêt à tomber à la renverse tant il était excité à l’idée que je puisse utiliser la magie.
Apparemment, j’étais incroyablement rare à ses yeux.
Je tapotai l’anneau, puis le plongeai dans une flaque.
Rien n’y fit.
Pendant tout ce temps, Pelerian ne cessa de s’émerveiller devant mon caractère exceptionnel.
Je n’avais pas le choix.
Il fallait que j’essaie l’idée qui m’était venue.
« Je vais formuler mon deuxième vœu. À partir de maintenant, tu répondras honnêtement à toutes mes questions. »
— Hum, d’accord. … Très bien.
Pelerian acquiesça à contrecœur.
C’était tout ? Il allait quand même exaucer mon vœu dans cette situation ?
Il avait dit qu’on ne pouvait pas rompre le serment d’un mage, mais il aurait fallu être un parfait idiot pour le croire sur parole.
Je n’étais pas un serpent aussi naïf.
Je lui posai donc la question.
« Y a-t-il un moyen de te faire du mal ? »
— Tu pourrais… détruire l’âme liée à l’anneau.
« Comment est-ce que je peux te faire souffrir ? »
— Tss. Tu pourrais déverser du mana dans l’anneau et me faire souffrir. Je ne pourrais pas t’expliquer comment faire facilement : ça exige un contrôle délicat du mana.
*Vraiment ?*
Je vérifierais s’il mentait en essayant.
Je posai ma queue sur l’anneau.
Puis, comme lorsque j’utilisais la magie, j’y déversai du mana.
*Hurle de douleur, Pelerian.*
— Hiiik !
Pelerian se tortilla en poussant un drôle de bruit.
Il n’avait pas l’air d’avoir mal.
Il était manifestement chatouilleux. Même sans corps, il semblait encore avoir des sensations.
Mais les chatouilles finissaient elles aussi par devenir douloureuses si elles duraient trop longtemps.
Peu à peu, il se mit à émettre des sons étranglés.
— Arrête, aaah !
Je réglai la vitesse et la quantité de mana que j’y déversais, et Pelerian finit par hurler.
— Arrête ! Bon sang, tu apprends vite.
Si c’était du cinéma, il aurait mieux fait de devenir acteur que mage.
Il semblait bien avoir dit la vérité.
« De quoi as-tu le plus peur ? »
— …
Pelerian hésita.
« Réponds-moi. »
— La mort. Être abandonné dans les ténèbres. Et plus que tout…
Jusque-là, le vieil homme avait paru presque désinvolte, mais il était différent à présent.
Son visage était sec, pareil à un vieil arbre mort qui avait vécu beaucoup trop longtemps.
— Avant que la mort ne finisse par arriver, rester là à pourrir sans avoir rien accompli.
Sa voix sèche était glaciale.
Il n’avait pas l’air de mentir.
*Parfait, alors.*
Je ramassai l’anneau avec ma queue.
« Alors j’ai exactement ce qu’il te faut. »
— Qu’est-ce que tu… fais ?
J’attrapai une grenouille qui sautillait devant une flaque.
Après quelques efforts, je réussis à lui passer l’anneau autour du corps.
J’enroulai ma queue autour de la grenouille inerte et la soulevai.
Je me frayai un chemin parmi les buissons et les arbres.
Pelerian me demanda nerveusement ce que je faisais, encore et encore.
Je fis semblant de ne pas l’entendre.
En traversant la forêt, je tombai sur un sanglier.
Il fouillait le sol à la recherche de quelque chose à manger.
Il ne semblait pas être un monstre, juste un sanglier ordinaire.
Quand il m’aperçut, il poussa un cri, sans doute parce qu’il avait peur.
— Tu ne vas pas me répondre ?! Je te demande ce que tu fais !
« Tu aurais dû exaucer mon vœu sans faire d’histoires. Tu n’aurais pas préféré voyager avec moi plutôt que de rester coincé dans un anneau, abandonné ? »
— …
Ouais, il n’avait rien à répondre. Parce que j’avais raison.
Adieu !
« Transforme-toi en merde de cochon ! »
— Attends !
Je lançai la grenouille portant l’anneau dans la gueule du sanglier, qui couinait.
Surpris par la nourriture qui lui entrait dans la bouche, il l’avala par réflexe.
Puis il resta là, l’air hébété.
Quand je m’éloignai sans montrer la moindre intention de l’attaquer, il se remit à renifler le sol.
Quel animal stupide.
Et Pelerian avait été avalé par cet animal stupide.
Un jour, il ressortirait sous forme de merde, puis serait abandonné comme ça.
Il connaîtrait la fin qu’il redoutait le plus.
Quelles étaient les chances qu’une personne comprenant l’elfique apparaisse au milieu de cette forêt tropicale pour le sauver ?
Pelerian avait clairement dit : « avec le dernier peu de mana qu’il me reste », après avoir utilisé la compétence Apprivoisement sur moi.
Je surveillai ses faits et gestes au cas où il tenterait de s’échapper, mais il ne se passa rien.
On aurait dit qu’il ne pouvait même pas projeter cette illusion depuis le ventre du sanglier. Ou peut-être l’en empêchait-on, tout simplement.
Comporte-toi bien dans ta prochaine vie, Pelerian.
Ne renais pas dans une race maléfique comme les Elfes.
Renais plutôt en un animal gentil, comme un serpent.
Adieu.
* * *
Pelerian, le mage Défenseur du Ciel.
Il n’avait pas reçu cette grandiose épithète dès le départ.
Depuis sa jeunesse, une autre appellation le poursuivait.
Pelerian le « hideux ».
Ah, Pelerian le hideux.
Bien qu’il fût né au sein de la magnifique race des Elfes, Pelerian était laid.
Il n’avait ni la peau lisse que le ciel semblait bénir, ni le visage sans rides, ni les longs membres gracieux.
Même enfant, il ressemblait à un vieil humain.
Il était petit, avait les jambes courtes et le dos étrangement voûté.
C’était, d’une certaine manière, une malédiction venue du ciel.
Les cieux avaient rendu Pelerian laid.
Ses parents étaient de splendides Elfes, sans le moindre défaut.
Pourtant, son apparence laide n’était pas ce qui comptait.
En échange de sa laideur, Pelerian possédait un talent magique supérieur et un esprit plus brillant que ceux de n’importe quel autre Elfe.
Ce qui était vraiment hideux, c’était autre chose.
— Bon sang, bon sang de bonsoir !
C’était son cœur, son âme.
Pelerian savait mieux que quiconque à quel point il était hideux au fond de lui.
Jalousie, rage, rancœur, haine, perversion.
Avec une telle laideur en lui, il aurait au moins dû la dissimuler derrière son apparence.
Mais qu’y pouvait-il si son apparence était elle aussi laide ?
Pelerian s’était consacré à sa race.
D’une certaine façon, il était tout naturel qu’il se soit passionné pour l’évolution des monstres.
Ce chemin était jonché de sang.
Il n’avait aucun regret.
Ces sacrifices avaient été nécessaires à l’évolution de toute sa race.
Et pourtant, à présent, dans le ventre du sanglier, il n’arrivait pas à relever la tête.
Était-ce parce qu’il avait essayé de tromper le serpent ? Parce qu’il culpabilisait d’avoir tenté de l’apprivoiser au lieu d’exaucer son vœu ?
Non. Ce ne pouvait pas être ça.
Il n’avait pas pu répondre à la question du serpent.
Parce qu’il n’en avait aucun souvenir.
Quand on lui avait demandé s’il était Pelerian, il avait répondu oui, mais il n’en était pas certain.
Il se souvenait avoir déchiré son âme et l’avoir scellée dans l’anneau.
Mais il ignorait comment et pourquoi c’était arrivé.
D’après ses derniers souvenirs, il avait clairement été sur le point de percer le secret de l’évolution.
Il avait trouvé un indice qui permettrait à toute sa race d’évoluer en Elfes supérieurs.
Il avait été à deux doigts d’accomplir l’ambition de sa vie. Alors pourquoi son âme avait-elle été déchirée ?
Le double lié à l’anneau était à l’évidence une assurance pour son corps principal.
Comme un Liche cachant son phylactère, il s’agissait d’une assurance laissée derrière lui pour permettre à son corps principal d’échapper à la mort.
Qu’était-il arrivé à son corps principal ?
Il n’en savait rien.
Il n’avait même plus de mana.
Il ne débordait plus de mana comme autrefois. Il n’était plus qu’un être lié à un anneau.
Il n’avait absolument aucun moyen de s’échapper.
Il finirait en merde, comme ça.
Personne ne le trouverait, et il serait enfoui dans le sol, condamné au silence éternel.
Il souffrirait sans fin, jusqu’à ce que des éternités passent et que sa conscience finisse par s’effondrer.
La peur le saisit soudain.
Dans les ténèbres absolues, Pelerian trembla.
Un grand mage allait connaître la pire mort imaginable.
— J’aurais dû exaucer son vœu… !
Un regret venu trop tard.
— Il y a quelqu’un ?! Pelerian est coincé là-dedans !
Mais Pelerian ne faisait que tanguer dans les sucs digestifs.
Il ne ressentait pas la douleur, mais il pouvait voir, entendre et sentir.
Le ventre du sanglier empestait horriblement.
Ce serait encore pire une fois arrivé dans le gros intestin.
Trois heures dans l’estomac.
— S’il vous plaît…
Puis quatre heures dans l’intestin grêle.
— Aaaah…
Pelerian n’avait jamais perdu sa combativité, même lorsque des chevaliers l’avaient capturé et torturé. Pourtant, il finit par fondre en larmes.
Peut-être que le chagrin était plus effrayant que la douleur.
Pelerian était si misérable qu’il aurait pu en mourir.
Il atteignit alors le gros intestin, juste avant d’être complètement enseveli sous la merde.
« Hiiii ! »
Il entendit un cri.
C’était le sanglier, propriétaire de toute cette merde.
Puis le monde se mit à tournoyer, comme si le ciel et la terre s’étaient renversés.
Pelerian fut balloté dans tous les sens à l’intérieur des intestins du sanglier.
Il était complètement désorienté.
Puis une lumière l’inonda.
Quelqu’un avait manifestement ouvert le ventre du sanglier.
Et cette personne était…
« Hé. »
Un serpent.
Le serpent avait l’air de croire qu’il faisait peur, mais ce n’était pas le cas.
Les pythons étaient naturellement comme ça. Contrairement aux vipères ou aux cobras, ils avaient l’air inoffensifs, avec leurs yeux noirs et ronds.
Le serpent le fixait avec cette expression.
Pour la première fois de sa vie, Pelerian fut heureux de voir un serpent.
Le serpent ne sortit pas Pelerian de là. Il se contenta de le regarder droit dans les yeux.
Pelerian comprit qu’il devait dire quelque chose.
Il n’eut pas besoin d’y réfléchir. Les mots lui vinrent aussitôt.
— Je suis désolé !
« Hum. »
— Je te présente mes excuses. Je suis désolé d’avoir essayé de te tromper. Je vais aussi exaucer ton vœu. Je ne sais pas si je peux encore faire quoi que ce soit pour toi maintenant que je n’ai plus de mana, mais si je peux t’aider d’une quelconque façon… !
Le serpent avait forcé l’Archimage Défenseur du Ciel à présenter ses excuses.
Sachant que Pelerian ne s’était jamais excusé auprès de qui que ce soit depuis son enfance, c’était un exploit stupéfiant.
Mais le serpent lui-même ne le savait sans doute pas.
« Je n’essayais pas de te sauver. Je comptais te poser quelques questions, puis te donner à manger à un autre animal. »
— Ne fais pas ça. Je serai sage, promis. Je ferai mieux…
Il s’était abaissé à ce point.
Une fois qu’il avait plié son orgueil, le reste n’était plus difficile.
« Vraiment ? Hum, alors promets-moi une chose en guise de troisième vœu. »
— Qu’est-ce que c’est ? N’importe quoi !
« Ne cherche jamais à me faire du mal, de quelque manière que ce soit. Et ne fais rien qui puisse indirectement me nuire. »
— Je le jure. Sur l’âme de Pelerian, le mage Défenseur du Ciel.
« Et à partir de maintenant, tu obéiras à ce que je te dirai. Tu feras ce qu’on te demande sans discuter. »
— Ça ne ressemble pas à un seul vœu…
« Tu ne veux pas ? »
— D’accord, je le jure !
Pelerian fit un serment qu’il ne pourrait jamais rompre.
Le serpent sourit.
Enfin, c’était en tout cas l’impression qu’il donnait.
« Hum, parfait. Puisque tu le dis. Au fait, tu peux m’enseigner un peu de magie ? Pour l’instant, je ne connais que la magie élémentaire de base : Terre et Feu. »
Quel sans-gêne. Le serpent avait déjà utilisé ses trois vœux.
— Tu te tiens devant l’Archimage Défenseur du Ciel. Rien de plus facile.
Et pourtant, les mots sortirent tout naturellement de la bouche de Pelerian.
Ce ne fut qu’alors qu’une pensée lui traversa l’esprit.
Ah, il avait juré de ne plus jamais prendre de disciple.
Est-ce que ça comptait comme en prendre un ?
« Merci, mais ne t’attends pas à ce que je te traite comme mon maître. Ce n’est pas ce genre de relation. »
— D’accord.
Il aurait plutôt dû s’en réjouir.
Pelerian fut soulagé.
* * *
Mon talent est exceptionnel.
Je ne me vante pas.
Ce monde, cette grande puissance qui m’a réincarné, l’a reconnu.
Après tout, j’avais un Potentiel de 20.
Je ne devrais donc pas avoir de mal à apprendre la magie non plus.
Après avoir failli finir en merde, Pelerian devint beaucoup plus docile.
Nettoyer l’anneau à fond fut aussi une sacrée galère.
Pour être honnête, je l’avais menacé de le transformer sur-le-champ en tas de merde s’il recommençait à faire des siennes, mais je ne voulais pas en arriver là sauf en cas de nécessité.
Après tout, c’était un anneau que je devais porter. Il sentait encore un peu mauvais.
Tant que Pelerian ne me trahissait pas, cet anneau m’était pratiquement indispensable.
Il me fallait un sac en attendant d’apprendre la Magie de stockage spatial.
Il contenait aussi de précieuses potions.
— Corne de Billy… Je n’ai jamais entendu parler d’une telle compétence.
« Les monstres à cornes ne sont pas censés l’avoir ? »
— Tu plaisantes ? Même les monstres de la lignée des Cornus se servent surtout de leurs cornes pour transpercer leurs ennemis. Voler les compétences d’un humain puissant, c’est absurde.
« Ce n’est pas un vol. C’est un emprunt. »
Je corrigeai Pelerian.
— Et ce truc appelé Corne transcendante est tout aussi absurde. À ce niveau-là, c’est pratiquement une compétence innée de monstre supérieur.
Je me redressai.
Impossible de cacher à quel point j’étais ravi.
Que Pelerian l’ait remarqué ou non, il poursuivit ses explications.
— Donc, tu as emprunté la magie d’un golem. Voilà pourquoi tu as appris deux types de magie élémentaire de base. Le mystère est enfin résolu.
« C’est ça. »
— Mais apprendre la magie par un tel raccourci ne signifie pas que tu t’es vraiment engagé sur la voie de la magie.
À mesure que Pelerian m’enseignait la magie, il prenait de plus en plus la grosse tête.
— Moi, le père fondateur de la magie !
Ses yeux semblèrent briller.
— Je t’enseignerai les deux autres éléments : la magie de l’Eau et celle du Vent.
La voie vers le statut de véritable Serpent magique s’ouvrait à moi.
J’appris les deux sorts.
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