Chapitre 19
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 19 : Le meilleur danseur de Greylim !
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« Non. »
Le capitaine de la garde marmonna ces mots.
Zain fronça les sourcils. Il se disait clairement : Quel drôle de type.
« Vous parlez de ce cadavre de monstre ? »
« Oui, on dirait un cerf à langue fourchue. »
« C’est ça. Sa langue est bifide. »
Le capitaine de la garde était un vétéran aguerri du Territoire de Greylim, tandis que Zain était le chevalier servant du héros Gunther.
Tous deux connaissaient les monstres sur le bout des doigts. Même du haut de cette falaise, ils l’avaient reconnu aussitôt.
« On dirait qu’on lui a arraché la gorge d’une morsure, mais, curieusement, le reste du cadavre est intact. »
« Pourquoi une créature se donnerait-elle la peine de le chasser sans le manger ? »
« Certaines créatures deviennent agressives dès qu’on pénètre sur leur territoire. Elles ne chassent pas toujours pour se nourrir. »
« Hmm, c’est très dangereux ? »
Une légère gêne perçait dans la voix de Zain.
Il ne voulait pas avoir l’air d’un chevalier effrayé.
Le capitaine de la garde le remarqua.
« Je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’inquiéter. Je descendrai le premier. Messire le chevalier pourra descendre en dernier. »
« … Non, je descendrai le premier. »
La prévenance du capitaine de la garde avait blessé l’orgueil de Zain.
Les chevaliers appartenaient à la petite noblesse, mais Zain n’avait reçu aucune terre. Il n’était qu’un chevalier servant de Gunther.
Le capitaine de la garde, lui, était commandant adjoint à Greylim et jouissait de la confiance du seigneur.
Leurs rangs étant difficiles à situer, une certaine tension régnait entre eux.
« Dans ce cas, je vous en remercie. Je fermerai la marche. »
« Oui. »
« Il pourrait y avoir du danger. Mieux vaut descendre par deux. Hanson, accompagnez messire le chevalier. »
Le soldat aux bras épais acquiesça.
Zain et Hanson s’agrippèrent aux cordes et commencèrent à descendre la falaise.
Elle était presque à la verticale.
Ils devaient poser les pieds avec précaution à mesure qu’ils descendaient.
Un morceau de roche sous le pied de Zain s’effrita et dégringola.
Son cœur se serra, mais il s’efforça de ne rien laisser paraître.
Il descendait plus vite que Hanson.
Une falaise comme celle-ci n’avait rien d’insurmontable. Avec tout l’entraînement qu’il avait reçu, il n’avait aucune raison d’en avoir peur.
Puis Zain ralentit soudain.
Vrrrr…
Une vibration venait de quelque part.
Au début, il crut l’avoir imaginée.
Hanson, qui descendait à côté de lui, ne semblait rien avoir remarqué.
Vrrrrr…
Non.
La vibration s’intensifia.
Zain baissa instinctivement les yeux vers l’endroit d’où elle semblait venir.
Le cadavre du monstre qu’ils avaient cru tué et laissé là en guise d’avertissement.
Quelque chose s’en approchait.
« Arrêtez ! »
Bien sûr, il ne criait pas après la chose qui approchait.
Hanson le fixa d’un air ahuri, comme s’il se demandait ce qui lui prenait, bon sang.
Zain eut envie de lui flanquer un coup de poing en pleine figure, mais se retint.
À la place, il désigna le sol.
Les yeux de Hanson s’écarquillèrent.
La terre autour du cadavre du cerf se souleva.
Bam !
Plusieurs pattes jaillirent du sol.
Un monstre apparut.
Il avala le cerf tout entier d’une seule bouchée, puis s’en alla.
La scène avait à peine duré une minute.
Pendant tout ce temps, personne ne souffla mot, pas même Zain.
Le chevalier courageux fut le premier du groupe pétrifié à bouger.
« Descendons. »
« Là-dessous ? »
« Ou vous comptez rester suspendu ici ? »
Zain lança un regard noir à Hanson.
Le soldat aux bras épais se contenta d’afficher une expression qui disait : On peut aussi remonter, vous savez.
Quand Hanson regarda vers le haut de la falaise, le capitaine de la garde leur fit signe de descendre eux aussi.
Zain et Hanson posèrent le pied au sol. Il ne restait que des traces de sang.
Les soldats qui étaient restés en haut les rejoignirent.
Pendant que le chevalier examinait les traces au sol, le capitaine de la garde s’approcha de Zain.
« Vous le reconnaissez ? »
Zain secoua la tête.
« Qu’en pensez-vous, capitaine ? Je n’ai jamais vu de monstre pareil. »
« Je ne connais certainement pas tous les monstres de la Grande Forêt, mais… oui, c’est la première fois que j’en vois un comme ça. »
« Moi aussi. »
« Le fait qu’on n’ait aucune idée de ce que c’est me préoccupe. »
« C’est aussi ce qui m’inquiète le plus. »
Les soldats échangèrent des regards sans rien dire.
S’ils ne savaient pas, ils ne savaient pas. Qu’y avait-il de si préoccupant ?
On aurait dit que seuls les deux hommes comprenaient leur conversation.
« Je crois qu’il avait huit pattes. »
« Je l’ai vu aussi. »
« Ça pourrait être une araignée ? »
« J’ai déjà vu la mer. Vu sa carapace, il ressemblait davantage à un crabe. Comme un crabe de vase rouge. »
« J’ai vécu toute ma vie à côté de la Grande Forêt, alors je n’en sais rien. On est dans une forêt, après tout. »
« … C’est vrai. C’est sans doute plus probablement une araignée qu’un crabe. »
« Il existe un monstre appelé Tarantule grise. »
« Elle creuse des galeries ? »
« Pas vraiment. Il existe des monstres de type taupe, comme les taupes épineuses et les taupes de sang. »
Ils énumérèrent les monstres qui pouvaient avoir un lien avec la créature qu’ils venaient de voir.
Leurs regards se croisèrent.
« … Ça pourrait être une Chimère. »
« Je le pense aussi. »
Les yeux de Zain s’écarquillèrent.
Peu de gens savaient reconnaître une Chimère.
Zain avait élargi ses connaissances en suivant Gunther. Il avait même vu plusieurs fois ces terribles monstres qu’on appelait Chimères.
Malgré tout, le capitaine de la garde ne se montrait-il pas beaucoup trop calme pour quelqu’un qui avait passé sa vie à Greylim ?
« Vous connaissez les Chimères ? »
« Dans une certaine mesure. »
« Les monstres de type Chimère, comme les Cockatrices, n’ont rien à voir avec les véritables Chimères. »
Le capitaine de la garde jeta un coup d’œil à Zain.
« Oui, je le sais. Ce sont des monstres créés artificiellement, le fruit d’un péché grave qui mérite le châtiment divin. »
Il semblait vraiment savoir de quoi il parlait.
« Nous devrions traquer cette Chimère. »
« … Quoi ? Ce n’est pas notre mission. »
Zain resta bouche bée.
Chasser une Chimère était le devoir d’un chevalier, pas celui du capitaine de la garde.
En outre, le seigneur leur avait ordonné d’enquêter sur l’origine du pilier de lumière.
Les priorités n’étaient pas les mêmes.
« Je pense que cela devrait passer en premier. »
« Nous devons d’abord trouver l’endroit où la lumière est apparue. »
« Capturer la Chimère est important aussi. »
Zain finit par s’irriter.
Depuis le début, certaines choses le chiffonnaient.
« Capitaine, vous me prenez pour un idiot ? »
« … »
« Vous me cachez quelque chose. Parlez. »
L’atmosphère se glaça.
Les soldats déglutirent nerveusement.
* * *
Gloups.
J’avalai ma salive.
Du pop-corn, ça aurait été pas mal.
Rien n’était plus divertissant que de regarder des gens se disputer.
J’observai les nouveaux venus depuis ma cachette dans l’arbre.
Ils ne pouvaient pas imaginer qu’un serpent était accroché à une branche en train de les espionner.
« Je ne cache rien de particulier. »
Le capitaine de la garde, mon ennemi juré.
L’ennemi de ma famille et de mon foyer.
Il faisait face au chevalier, le visage impassible.
« C’est déjà étrange que vous en sachiez autant sur les Chimères. Ce pilier de lumière a-t-il un lien avec la Chimère ? »
« Oui. »
Bien joué, capitaine. Ne vous laissez pas intimider par ce jeune morveux.
C’était mon ennemi juré, et pourtant, je me surpris à l’encourager.
C’était à cause de sa moustache distinguée ? Hum-hum.
« On a déjà trouvé des Chimères dans la Grande Forêt, de temps à autre. »
« De temps à autre ? »
« Une fois toutes les quelques décennies, peut-être. »
« Il y aurait un mage noir encore en vie ? »
« Non. Ce sont des ruines. Des donjons. Les donjons de Pelerian sont éparpillés dans toute la Grande Forêt. »
Pelerian.
Après avoir marmonné ce nom plusieurs fois, le chevalier s’écria, stupéfait :
« Le Défenseur du Ciel ? Vous parlez du donjon de ce Mage féerique fou, le Défenseur du Ciel ? »
Waouh.
J’en eus la chair de poule. Enfin, mes écailles se hérissèrent.
Le Défenseur du Ciel ?
C’était pas dingue, ça ?
Ce vieux féerique raciste avait une épithète incroyable.
Un mage qui défiait le ciel. Rien que d’y penser, ma queue s’enroulait.
Je pensais que ce donjon avait été construit il y a plus de trois cents ans, et pourtant, Pelerian était encore célèbre.
Pelerian pouvait-il être encore en vie ? C’était un féerique, mais il avait vraiment l’air d’un vieillard.
« J’avais entendu dire que le Défenseur du Ciel était déjà mort… »
« Ce sont des donjons créés il y a fort longtemps. Il leur arrive de briller, et des Chimères y ont déjà été trouvées, d’après les archives. »
« Le seigneur ne nous a jamais parlé de tout ça. »
« Ce serait malvenu que cette histoire se répande. »
« … Je suppose. Si des rumeurs circulaient sur l’héritage du Défenseur du Ciel. »
« Je vous serais reconnaissant de garder ces informations confidentielles, messire Zain. »
Le chevalier hocha la tête.
Ce donjon semblait être une sacrée affaire.
Pour moi, il avait juste eu l’air d’un vieux gâteux.
Ils décidèrent de traquer la Chimère.
Ils évalueraient d’abord leur adversaire pour déterminer s’ils pouvaient s’en occuper.
« Vous avez un Parchemin de clairvoyance ? »
« Oui, j’en ai toujours un sur moi. »
« Parfait. Il faut d’abord la retrouver. »
Un Parchemin de clairvoyance ?
Qu’est-ce qu’il pouvait bien révéler, exactement ?
Mais surtout, je me demandais comment ils comptaient traquer la Chimère.
La façon dont le capitaine de la garde et le chevalier avaient déterminé l’identité de la Chimère m’impressionnait.
Ils l’avaient plus ou moins identifiée après l’avoir vue une seule fois, évoquant même la Tarantule grise et la taupe de sang.
Il y avait beaucoup à apprendre en les observant.
« Creusez le sol. »
Les soldats sortirent aussitôt leurs pelles de campagne et se mirent à creuser.
Ils n’avaient pas peur que la Chimère revienne ?
Pendant ce temps, le capitaine de la garde colla l’oreille au sol.
Les soldats creusèrent.
En fait, j’avais déjà essayé il y a longtemps. J’avais retourné la terre avec de la magie tellurique à l’endroit où la Chimère était apparue, mais je n’y avais trouvé aucune trace.
Comme prévu, ils ne trouvèrent rien en creusant.
Les soldats se regardèrent, déconcertés.
« Creusez plus profond. »
Le capitaine de la garde leur ordonna sèchement de continuer.
Un peu plus tard, l’un des soldats fut soudain aspiré sous terre.
« Argh ! »
« Q-Qu’est-ce qu’il y a ? Ça va ? »
« O-Oui, ça va. Je n’ai rien. Beurk, quelle odeur. »
Le soldat qui était tombé sous terre semblait indemne.
Le capitaine de la garde alluma une torche et se glissa dans le trou.
« Comme je le pensais, il y avait un terrier bien plus profond. »
« Vous l’aviez prévu ? »
« Oui. Une créature aussi grosse ne peut pas se déplacer en creusant le sol en temps réel. Quand elle est remontée à la surface, elle a bouché sa voie de sortie avec de la terre, mais elle avait creusé un passage à l’avance, plus bas. »
Ah, c’était donc ça !
Le capitaine de la garde semblait connaître à fond l’écologie des monstres.
« Hmm, il y a des toiles tendues ici. Elle doit sentir les vibrations grâce à elles. »
Et elle devait probablement aussi sentir le sang.
J’eus presque envie de lui donner ce conseil.
La Chimère ne venait que lorsqu’il y avait du sang.
Avec l’aide des soldats, le capitaine de la garde ressortit du terrier en rampant.
Il se débarrassa des toiles qui s’étaient accrochées à lui et prit la parole.
« La vaincre sera plus simple que prévu. »
Qu’est-ce que tu viens de dire, espèce d’ordure… ?
Ça me mit en rogne.
Il parlait comme si c’était facile.
Il ne sous-estimait pas un peu trop la Chimère ?
« Je pense que nous pouvons nous en charger nous-mêmes. »
« On établit un plan ? »
Je tendis l’oreille autant que possible pour espionner leur plan.
Et je ne pus qu’être impressionné.
Ces types étaient vicieux.
Les humains étaient terrifiants… des créatures bien plus méchantes que les serpents.
J’attrapai au vol un scarabée qui rampait le long de l’arbre.
Croc, croc.
J’allais regarder la scène en le grignotant à la place du pop-corn.
Même si vous attrapez la Chimère, c’est moi qui finirai par en tirer profit.
* * *
Les humains m’offrirent un spectacle vraiment remarquable.
Ils préparèrent minutieusement la chasse à la Chimère.
Une fois tout en place, Hanson, le soldat aux bras épais, resta sur place.
Les autres soldats s’éloignèrent, puis se mirent soudain à chanter.
« Une mesure de pause, deux mesures de pause, encore trois mesures de pause, un, deux, trois ! »
Bon, ce n’étaient pas les paroles exactes, mais c’était plus ou moins ce genre de chanson.
Parce que Hanson se mit à danser.
Il frappait le sol du pied et sautillait au rythme des applaudissements de ses camarades.
« Voilà le meilleur danseur de Greylim ! »
Le capitaine de la garde était vraiment terrifiant.
Même en disant ça, il ne changeait pas d’expression.
Le chevalier Zain se tenait à côté du capitaine de la garde, un parchemin à la main.
Quand la Chimère apparaîtrait, ils l’attireraient dans un piège et déchireraient le parchemin pour évaluer sa puissance.
Ils décideraient ensuite s’ils devaient la maîtriser ou fuir.
Hanson dansa avec tant d’énergie qu’il se mit à haleter.
Et ça marchait clairement.
Vrrrr…
La vibration commença.
Hanson sursauta et cessa de danser.
« Continuez à danser ! »
Quel taré, ce capitaine de la garde.
Les mouvements de Hanson ralentirent.
On aurait dit qu’on avait traîné sur scène le gamin le plus discret de la classe pendant une sortie scolaire pour le forcer à danser.
Mouahaha.
Ça me rappela de douloureux souvenirs.
Ma résistance aux attaques mentales faillit augmenter.
Vrrrrr…
Les vibrations s’intensifièrent.
Le capitaine de la garde mit enfin un terme à ce supplice.
« Tirez-le vers le haut ! »
Le corps de Hanson s’envola dans les airs.
Pas parce qu’il était un Humain volant.
Une corde lui avait été attachée autour de la taille et passée par-dessus un éperon rocheux de la falaise. Les autres soldats tirèrent dessus tous ensemble.
Quoi qu’il en soit, Hanson s’éleva suffisamment haut pour s’éloigner du sol.
La terre se souleva à l’endroit où il dansait.
Baaam !
Huit pattes fouettèrent le vide.
Rrrrip…
Zain déchira le parchemin.
« Clairvoyance » ?
Malgré ce nom tout simple, il se produisit quelque chose que je n’aurais jamais pu imaginer.
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