Chapitre 127
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu l’Ophidien de l’Apocalypse ◈
Chapitre 127 : Échec
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Les serpents ont-ils des oreilles ?
Bien sûr que non.
Le charme d’un serpent, c’est sa tête lisse et arrondie.
Avec des oreilles plantées sur une tête aux courbes aussi élégantes, il aurait l’air beaucoup moins classe.
À proprement parler, dire qu’ils n’ont pas d’oreilles n’est pourtant pas tout à fait juste.
Ma naissance sous la forme d’un serpent me l’avait appris.
Je n’avais pas de trous d’oreille, mais j’entendais quand même les sons autour de moi.
Il devait y avoir une oreille interne sous ma peau, contre mon crâne.
C’était pour ça que j’entendais.
Et mon ouïe ne semblait pas moins bonne que lorsque j’étais humain.
Ce n’était peut-être pas normal. C’était peut-être parce que j’étais un monstre et non un serpent ordinaire.
Si je pensais à tout ça, c’était parce que…
Le Danseur n’avait pas de trous d’oreille non plus.
Ni yeux ni oreilles, juste une grande bouche rouge vif, béante.
Pourtant, il semblait entendre. Il avait réagi à notre présence.
Mais il ne pouvait certainement pas voir. J’en étais sûr.
Alors, comment pouvait-il se déplacer aussi vite ?
Uniquement grâce à son ouïe ?
Ou bien avait-il des organes semblables aux fossettes thermosensibles des serpents, qui détectent la chaleur ?
J’étais plutôt futé, si je pouvais me permettre.
Grâce à mon raisonnement aiguisé, j’arrivai à une réponse.
Il nous avait foncé dessus de loin, tout à coup.
C’était à ce moment-là que j’avais rencontré l’humain pour la première fois.
Il n’avait pas pu détecter notre chaleur corporelle de si loin. Il avait donc dû nous entendre parler ou nous sentir.
À l’époque, l’humain était couvert de sang et transportait des morceaux de viande de Chimère.
Le Danseur avait peut-être suivi l’odeur du sang.
En l’observant sous cet angle, je remarquai qu’il avait bel et bien des narines.
Et ce n’était pas tout.
L’intérieur de sa bouche rouge vif était répugnant, et il ne cessait de tirer une longue langue, comme la mienne.
Les serpents sortent la langue pour recueillir les molécules odorantes présentes dans l’air.
Et s’il faisait la même chose ?
Le Danseur avait peut-être un odorat très développé.
Il s’était comporté de la même façon pendant le combat.
Même quand je ne faisais pas le moindre bruit et restais parfaitement immobile, il regardait dans ma direction.
Quand j’exposai mon hypothèse à Pelerian…
—… J’ai du mal à y croire.
Il me dévisagea d’un air si grave que je me demandai si je n’avais pas dit quelque chose de bizarre.
— C’est une hypothèse extrêmement plausible.
C’était tout le contraire. Pelerian était impressionné.
Nous tendîmes aussitôt un piège avec la viande et le sang de Chimère que nous avions récupérés, puis attirâmes le Danseur.
Il apparut presque aussitôt, peut-être parce qu’il avait faim.
Jannil fracassa l’ampoule au moment idéal.
Crac.
Je lançai un sort.
「Vous utilisez Magie élémentaire de base : Vent niv. 6.」
Rien d’extraordinaire.
Je n’avais pas ajouté de lames au vent pour l’attaquer.
Je fis simplement souffler une bourrasque assez puissante sur le Danseur, emportant avec elle l’odeur de l’ampoule.
« Jurererererek ! »
En poussant son cri caractéristique, il vomit.
Ma prédiction était juste.
C’était un monstre à l’odorat particulièrement sensible.
Le moment où un monstre était le plus vulnérable, c’était…
quand il vomissait.
Clac !
Pour la première fois, je lui portai un coup efficace.
Sunset s’enfonça profondément dans son flanc.
« Juek ! »
Du sang jaillit de sa bouche avec son vomi.
Je l’avais eu ?
— Ne confonds pas la vitalité d’une Chimère avec celle d’un monstre ordinaire !
Pelerian avait raison.
Il ne pouvait pas s’arrêter de vomir, mais il essaya quand même de fuir, l’épée plantée dans le corps.
Je devais l’en empêcher.
「Grâce à Couronne du dépassement niv. 2, vous dépassez les limites de Magie élémentaire de base : Terre niv. 7.」
「Vous utilisez Magie élémentaire intermédiaire : Terre niv. 1.」
La magie de la terre, passée au niveau intermédiaire, permettait de créer des murs de pierre plutôt que de terre.
La pierre jaillit du sol et barra la route au Danseur.
Fracas !
En temps normal, il aurait facilement traversé un mur de pierre aussi fin.
Mais la puanteur l’empêchait de réfléchir clairement, et le mur ne céda pas.
Il se débattit par terre en essayant de se relever.
Avec le temps, même la pire des puanteurs devenait supportable.
Je devais le tuer d’une manière ou d’une autre avant que ça n’arrive.
Sa route barrée, la situation était idéale pour Hellfire.
Mais Jannil hésita.
« Hiaah ! »
Il lança des couteaux de lancer en forme de feuille de saule.
Je comprenais pourquoi.
Jannil essayait d’empêcher le Danseur de s’approcher pendant qu’il se relevait.
S’il lui tournait le dos pour fuir, un coup dans le dos lui serait fatal.
Clac-clac !
Mais l’attaque fut étonnamment efficace.
Les couteaux commencèrent à se planter dans le corps hébété du Danseur.
Ils étaient enduits de poison, alors ils auraient leur effet.
Mais seulement un instant.
Boum !
Le Danseur fonça sur Jannil, dans un mouvement qui ressemblait davantage à une charge.
Jannil fut projeté en arrière comme s’il avait été percuté par un sanglier.
Derrière moi.
Et le vent soufflait toujours de l’arrière vers l’avant.
Les molécules odorantes qui s’évaporaient de l’ampoule fracassée par Jannil étaient emportées avec lui.
« Saaaak ! »
J’inspirai.
Pour info, les serpents ont aussi un bon odorat.
« Saaauek ! »
« Jurererererek ! »
Le Danseur et moi nous mîmes à avoir des haut-le-cœur ensemble.
L’odeur était vraiment abominable.
À quoi pouvait-elle ressembler ? À des chaussettes sales depuis une semaine, fourrées de tofu puant et de sauce de poisson-lance, puis laissées trois jours dans une couverture électrique bien chaude ?
J’avais tout de même un compagnon à mes côtés qui n’avait pas de nez.
Tressautement…
Isil.
Pour une raison ou une autre, même Isil, une plante, semblait souffrir de l’odeur.
Mais au moins, Isil pouvait cracher du feu.
Hellfire jaillit.
Fouuush !
Le passage était étroit et le mur bloquait la sortie.
Il n’avait nulle part où aller. Même le Danseur, pourtant agile, n’eut d’autre choix que d’être englouti par Hellfire.
Quand une chaleur extrême enveloppait un corps, les brûlures se formaient instantanément et le corps se recroquevillait.
Une fois les muscles cuits, c’était terminé.
Mais le Danseur avait une Résistance à la chaleur assez élevée.
Il possédait aussi Déchaînement élastique.
Peut-être n’était-ce qu’un ultime geste désespéré.
Il prit appui au sol de toutes ses forces et percuta le mur qui lui barrait la route.
Fracas !
Le mur de pierre créé par magie vola en éclats.
Hellfire réussit tout de même à dévorer deux des jambes du Danseur.
Avec deux jambes en feu, le Danseur se tortilla en essayant de fuir.
「Vous utilisez Rayon niv. 3.」
Je frappai son arrière-train d’un rayon tandis qu’il essayait de se relever.
J’avais visé son mollet, en fait, mais ça revenait au même : il s’effondra.
« Saaaauk ! »
« Laisse-moi faire ! »
Jannil accourut.
L’odeur qui s’approchait me donna de nouveau la nausée.
Heureusement, Jannil me dépassa et courut vers le Danseur.
J’eus un instant peur qu’il ne me vole le coup de grâce, mais, heureusement, pareil sacrilège n’eut pas lieu.
À la place, il lança à tout-va des couteaux de lancer enduits de poison paralysant, puis jeta un filet.
Le Danseur, qui s’était débattu jusqu’au bout, fut enfin maîtrisé.
« Hop là ! »
Jannil attrapa le filet et tira lentement le Danseur vers lui.
Bon, j’avais assez insisté.
C’était moi qui allais l’achever.
« Quel entêté… »
Jannil s’approcha avec un grand sourire.
Tu pues trop, alors n’approche pas.
J’arrêtai Jannil devant moi.
« Beau travail. »
« Hé hé. Ce n’était rien. »
Il se massa le dos comme si sa taille lui faisait mal.
Pendant ce temps, j’utilisai prudemment Main transparente pour essayer de retirer Sunset du corps du Danseur.
« Franchement, chaque fois que je viens dans la chaîne de montagnes, je dois me donner autant de mal… J’aurais mieux fait de ne pas me mêler une nouvelle fois des affaires des wyvernes. »
Les paroles de Jannil me figèrent.
« Tu t’es mêlé des affaires des wyvernes ? »
Quand j’écrivis ça dans mon carnet, Jannil prit un air étrange.
Il semblait ne pas savoir s’il devait répondre ou non.
Je ne suis pas une personne, je suis un serpent. Alors, dis-le-moi.
« À bien y réfléchir, Serpent, toi aussi, tu te battais contre des wyvernes. »
Je me battais contre des wyvernes ?
Bon, pour les humains qui nous observaient en cachette de loin, ça avait dû en avoir l’air.
Ils n’avaient quand même pas pu imaginer que deux reines wyvernes me prenaient pour leur petit.
« J’accomplissais une mission confiée par l’Empire. »
Jannil ne donna pas plus de détails.
Mais il y avait deux points importants.
« J’ai aidé des aventuriers à voler l’œuf de Seleta. Je me demande s’ils ont réussi à s’échapper. Bande d’incapables… »
Premièrement, Jannil avait participé au vol de l’œuf de Maman Wyverne.
Et deuxièmement…
« De mon temps, ce n’était pas comme ça. J’ai réussi à voler le petit d’une reine wyverne nommée Chugota. »
Jannil avait l’air extrêmement fier.
« Mes trois compagnons sont morts, mais j’ai porté ce bâtard jusqu’à la capitale impériale. »
C’était vraiment incroyable.
Honnêtement, je n’avais pas envie de crier : « Alors c’était toi ! »
Mais…
« C’était à cause de toi ? »
J’étais sidéré.
L’humain qui avait eu un impact aussi énorme sur Seleta et Chugota, ces deux puissants monstres nommés, se trouvait juste devant moi.
Les deux wyvernes elles-mêmes l’ignoraient complètement.
Mais apparemment, je n’étais pas le seul à être surpris.
Le Danseur, qui pendait mollement comme s’il était mort, semblait avoir entendu l’histoire lui aussi.
Il se redressa soudain et agita les jambes.
Qui aurait pu s’attendre à voir du cartilage rouge vif jaillir autour de ses articulations de la hanche ?
Clac !
Un éperon osseux acéré traversa la poitrine de Jannil et ressortit dans son dos.
C’était la journée « parler comme un pirate » ou quoi ?
« Argh… »
Jannil Feje lâcha soudain : « Aaar… ! »
Ce furent ses derniers mots. Son cœur avait éclaté, ils ne pouvaient donc être que ses derniers mots.
« Jurererererek ! »
D’autres jambes de cartilage rouge vif poussèrent entre celles, brisées et brûlées, du Danseur.
Il en avait désormais huit en tout.
Comme une araignée.
Pas étonnant que son trait comprenne Araignée.
Avec ses nouvelles jambes, il se mit à courir dans tous les sens.
— Rattrape-le !
J’en avais déjà l’intention.
J’aurais dû voir son trait et comprendre qu’il serait mon ennemi juré.
« Jurererek ! »
« Saaaauk ! »
Nous nous lançâmes à sa poursuite en nous retenant de vomir.
Je l’avais déjà éventré, et plusieurs couteaux de lancer enduits de poison paralysant étaient fichés dans son corps. Qu’il puisse encore courir tenait du miracle.
Il continuait de courir, en laissant du sang partout derrière lui.
Fracas !
Il dévala l’escalier et atteignit un couloir horizontal.
Pelerian serra les dents.
— Là… !
Quelqu’un se tenait à l’autre bout du couloir.
On aurait dit une personne, mais ce n’en était pas une.
La créature qui se tenait là était bel et bien une Chimère.
La Chimère numéro neuf, qui ressemblait plus à un elfe que toutes les autres. Son nom était peut-être Indécis.
La Chimère nous dévisagea, le visage impénétrable.
Que la Chimère l’ait remarqué ou non, le Danseur continuait de courir.
« Et si la Chimère prenait le parti du Danseur parce qu’ils sont tous les deux des Chimères ? »
Cette idée me traversa l’esprit un instant.
Mais apparemment, non.
Je ne savais pas comment la Chimère s’y était prise.
Son mouvement avait-il été trop rapide pour que mes yeux le suivent ?
La Chimère numéro neuf saisit en un instant le Danseur, pourtant blessé, mais toujours rapide et puissant.
La Chimère lui serra fermement le cou et se tourna vers nous.
Puis quelque chose d’inattendu se produisit.
« … Échec. »
La Chimère numéro neuf parla.
La voix était hésitante, mais le mot était parfaitement compréhensible.
Et c’était même de l’elfique.
En l’entendant, Pelerian entra dans une colère noire.
— Espèce de misérable !
Je me mis en colère moi aussi.
Parce que la Chimère resserrait sa prise.
Crac !
Le corps du Danseur devint tout mou.
— Ce salaud !
« Il essaie de me voler le coup de grâce ! »
Indécis.
Je ne te le pardonnerai pas.
「Vous utilisez Écailles noires niv. 3.」
「Vous utilisez Accélération niv. 7.」
「Vous utilisez Bond dévoreur de cœur niv. 4.」
Je fus projeté en avant comme un éclair noir.
Ce n’était pas pour venger l’Essence magique qu’on m’avait volée.
Je n’étais pas du genre à fermer l’écurie une fois le cheval parti.
「Vous utilisez Tranchant niv. 5.」
Ce que je tranchai, ce fut le cou brisé du Danseur.
Fschht !
Je le décapitai complètement, et le corps du Danseur, déjà à l’agonie, s’effondra au sol.
Autrement dit, j’avais porté le coup de grâce.
「Vous avez vaincu “Sujet d’expérience n° 8 : Danseur niv. 90”.」
L’Essence magique afflua en moi.
Il avait vraiment été puissant.
Comparé aux Chimères qui l’avaient précédé, le Danseur m’avait rapporté nettement plus d’expérience.
「Votre niveau a augmenté.」
Mon niveau avait lui aussi augmenté, ce qui me rendit particulièrement heureux.
「Une évolution est possible.」
J’avais hâte de découvrir mes nouvelles possibilités.
Bien sûr, pour ça…
Je devais d’abord m’occuper du monstre devant moi.
« É… chec. »
Qui était ce monstre, qui avait l’air d’un poisson et d’un elfe vigoureusement malaxés ensemble avec de la pâte à modeler, pour traiter qui que ce soit d’échec ?
La Chimère resserra sa prise et la tête du Danseur éclata.
Pop !
Les morceaux de sang projetés dans les airs ressemblaient à des graines de grenade.
Je reculai aussitôt pour mettre de la distance entre nous.
D’abord, je devais évaluer mon adversaire.
« … Hein ! »
Je sursautai.
La Chimère était si puissante que je distinguais à peine son niveau.
Et elle portait un autre nom qu’Indécis.
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【Sujet d’expérience n° 9 : Échec niv. ???】
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Échec.
Pelerian avait dû continuer à appeler la Chimère ainsi.
La Chimère, née injustement avec l’apparence d’un elfe, me vouait une haine profonde.
« Pélé… rian ! »
La Chimère s’approcha de moi.
Jusqu’à ce qu’elle me donne un coup de pied.
Je ne vis rien de tout ce qui s’était passé.
Boum !
C’était sûrement l’Échec le plus puissant du monde.
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