Chapitre 120
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu le Serpent de l’Apocalypse ◈
Chapitre 120 : Compte à rebours
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Les bonnes manières et la morale étaient vraiment tombées bien bas.
Sinon, ils n’auraient pas insulté quelqu’un qu’ils venaient de rencontrer en lui disant qu’il était moche.
Enfin, si ça s’était arrêté là, j’aurais peut-être laissé couler, dans mon infinie générosité de serpent.
Mais tirer à l’arbalète sans hésiter, c’était pas un peu exagéré ?
Si je n’avais pas été un épéiste de premier ordre, capable d’attraper une lame à mains nues, je me serais fait transpercer la tête et tuer sur-le-champ.
Ce type était sans aucun doute un psychopathe.
Alors, naturellement, je le punis en brandissant un poignard.
Et le fait que je me sois contenté de trancher les doigts qui tenaient l’arbalète, c’était déjà assez charitable pour que Bouddha joigne les mains.
Ses yeux en trous de nœud étaient donc incapables de reconnaître une compassion aussi immense ?
« Argh ! Espèce de putain de serpent, argh ! »
Le vieil homme serra sa main contre lui et cracha des insultes.
Il avait parlé de Chugota tout à l’heure et, franchement, être comparé à cette wyverne, c’était aussi une insulte pour moi.
Je décidai de lui prendre deux doigts de plus.
« Reculez, docteur ! »
Le grand gaillard à côté de lui me donna un coup de pied.
Mes réflexes étaient assez rapides pour que je tourne la tête et attrape une flèche avec la bouche, mais, en réalité, seules ma tête et mon cou pouvaient bouger aussi vite.
Son coup de pied partit si vite que l’éviter ne fut pas évident.
Si je devais encaisser, autant emporter quelque chose avec moi.
Dès que son pied toucha mon corps, je mordis son tibia.
Crac !
Mes crocs ne s’enfoncèrent pas facilement.
Ce salaud portait des jambières.
Je rebondis, rétablis mon équilibre dans les airs et retombai au sol.
« C’est quoi, ce bordel… ! »
Je n’avais pas pu lui injecter de venin à travers ses jambières, mais j’avais réussi à les briser.
Quand l’homme secoua la jambe, des morceaux de bois cassés tombèrent de son pantalon.
« Espèce de nabot ! »
C’était lui qui m’avait insulté et attaqué le premier. C’était injuste.
Quand l’homme sortit la main de sous ses vêtements, cinq couteaux sans manche étaient apparus entre ses doigts, je ne savais comment.
Ils ressemblaient à des couteaux de lancer en forme de feuille de saule.
Fouish !
D’un geste ample, il lança les cinq couteaux dans les airs.
Si je reculais maintenant, je passerais pour un amateur.
Si j’esquivais calmement et sans peur, je serais un maître.
Comme j’étais au sommet de mon art, je m’approchai plutôt.
Clang !
Ah !
J’avais failli me faire toucher par un couteau de lancer.
Bizarrement, les couteaux décrivaient des trajectoires absurdes dans les airs.
L’une des lames effleura mes écailles.
Si elles n’avaient pas été aussi solides, j’aurais probablement été blessé.
Malgré tout, j’en avais déjà esquivé deux.
*「Vous utilisez Bond dévore-cœur niv. 4.」
J’accélérai brusquement et esquivai les trois autres d’un seul coup.
Puis, avec l’intention de lui arracher le cœur, je lui déchirai la poitrine.
Crac…
Mais cette fois encore, la sensation sous mes crocs était différente.
Le salaud portait clairement une cotte de mailles fine sous ses vêtements.
Et ce n’était pas de l’acier ordinaire. Même coincée entre mes crocs, elle ne bougea pas d’un pouce.
*« Bien. Je vais remonter jusqu’à sa nuque comme ça… »*
C’était ce que je comptais faire.
J’allais lui arracher un bon morceau de la nuque exposée.
Puis, par réflexe, j’eus un haut-le-cœur.
« Saaauk ! »
J’avais voulu rugir, mais la nausée me fit produire ce son à la place.
Je me demandais d’où venait cette odeur rance.
Elle ne venait pas d’ailleurs. Elle venait de cet humain…
« Ah, c’est vrai ! »
L’homme afficha un grand sourire.
« Alors, tu aimes le goût de l’ampoule, espèce de salaud ? »
« Saaauk ! »
« Bon sang, j’ai eu peur d’un minuscule serpent comme toi. Prends ça ! »
Quel taré.
L’humain me donna alors un coup de poing.
Je fis un tour dans les airs avant d’être projeté au loin.
L’odeur était si atroce qu’elle me donnait le vertige.
Je m’étais pris un coup de poing, mais m’éloigner me faisait en réalité du bien au ventre.
Je finis par vomir.
Ouf, je peux respirer à nouveau.
« Quel casse-pieds. »
L’humain, qui bondissait et criait à propos de son coup de poing quelques instants plus tôt, reprit une posture sérieuse.
Puis il arracha sa cape.
Je me demandais ce qu’il fabriquait, mais lorsqu’il la déplia, elle prit la forme d’un filet.
« Pour un si petit gabarit, tu as l’air d’avoir un pouvoir spécial… Je vais te capturer. »
Étonnamment, pas mal d’humains que j’avais rencontrés avaient réagi comme ça.
Aux yeux des braconniers, je devais ressembler à un monstre extrêmement rare et précieux.
Comme un Léviator rouge, seul spécimen de sa couleur.
Ça ne voulait pas dire que j’allais me laisser prendre dans un filet.
J’en avais aussi marre des remarques sur ma petite taille.
« Hop ! »
L’humain lança le filet.
Je dégainai Coucher de soleil et frappai légèrement le filet qui volait vers moi.
Crac !
Le filet se déchira en deux et roula lamentablement sur le sol.
Coucher de soleil poursuivit sa course et se ficha dans l’épaule de l’homme, qui en resta bouche bée.
« Ghh ! »
Comme prévu, sa cotte de mailles n’était pas faite d’un matériau ordinaire.
Coucher de soleil, forgé par un nain Maître d’art, s’était enfoncé d’à peine deux centimètres et demi.
L’humain serra les dents.
« Comment Jannil Feje a-t-il pu subir une telle humiliation… ! »
À cet instant, de la fumée jaillit du corps de l’humain.
Ce n’était même pas un ninja, et pourtant il venait de déclencher une bombe fumigène.
Quand la fumée se dissipa, il ne restait que Coucher de soleil.
Ce salaud n’avait apparemment aucune honte. Il était déjà en train de fuir à toutes jambes.
« Saaak ! »
Je l’aurais poursuivi en lui criant de revenir si Pelerian n’avait pas hurlé.
-Kyaaaaaah !
Depuis notre rencontre, je n’avais jamais vu Pelerian pousser un cri aussi pitoyable.
Pelerian n’avait même pas réagi comme ça quand j’avais délibérément donné à manger à un animal l’anneau où Pelerian habitait.
Y avait-il quelque chose de plus terrifiant que de finir en merde et d’être enterré pour l’éternité ?
À en juger par le visage de Pelerian, oui.
-Non, non, non !
*« Pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »*
-C’est un rêve. Ça ne peut pas arriver !
*« Calme-toi d’abord. »*
Pelerian semblait sur le point de fondre en larmes. Je m’empressai donc de l’apaiser.
-Calme-toi. O-Oui, je dois me calmer.
*« Prends une grande inspiration. »*
-V-Va par là. Doucement.
Pelerian me désignait la direction opposée à celle où les humains avaient fui.
D’habitude, Pelerian aurait crié : « Déchiquette ces rats qui ont envahi les lieux, Serpent ! » Alors pourquoi ?
Je n’en savais rien, mais je pris la direction indiquée.
J’avais jeté un rapide coup d’œil en entrant dans cette salle, et d’étranges cuves avaient été installées le long des murs.
Des créatures très grotesques flottaient à l’intérieur.
Impossible de savoir si elles étaient vivantes ou mortes.
-Elles sont toutes en hibernation.
La voix de Pelerian était faible.
Nous étions revenus à l’entrée du couloir circulaire.
Dans la première cuve se trouvait une masse de chair si hideuse que j’avais du mal à la regarder.
Des choses qui ressemblaient à des membres sortaient de toutes parts de cette boule de viande.
*« C’est aussi une Chimère, non ? »*
-Oui. C’est une Chimère.
*« Comparée à la Chimère que tu as créée avant, celle-là est vraiment horrible. »*
La Chimère Pafnacha.
La Chimère de Pelerian, la première que j’avais affrontée et vaincue.
Non, à l’époque, cette chose m’avait paru terrifiante. Mais avec le recul, elle était vraiment faible.
Malgré tout, elle avait au moins l’air normale.
Par « normale », je ne voulais pas dire qu’elle était belle. Je voulais dire que son corps fonctionnait correctement.
Les Chimères d’ici, en revanche, n’avaient pas l’air normales.
*« Tu n’avais pas encore la technologie nécessaire ? »*
-Qu’est-ce que tu racontes…
Pelerian me répondit d’une manière inattendue.
-La technologie de création des Chimères devait être bien plus avancée à l’époque de la construction de ce Donjon.
*« …Alors pourquoi ? »*
-Continuons.
Nous nous dirigeâmes vers la cuve voisine.
La plaque métallique indiquait :
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〔Sujet expérimental n° 02〕 : Unijambiste
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La deuxième Chimère, surnommée Unijambiste.
Elle avait une seule jambe, donc Unijambiste, évidemment.
À titre de référence, la première Chimère avait été surnommée Boule de viande.
Pelerian n’avait manifestement pas non plus le sens de la dénomination.
Mais pourquoi l’appelait-on « sujet expérimental » ?
-La suivante.
Je passai à la cuve suivante.
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〔Sujet expérimental n° 03〕 : Trois-Yeux
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Elle avait trois jambes et trois yeux.
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〔Sujet expérimental n° 04〕 : Écailles de sang
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Une Chimère dégoûtante, dont la peau était couverte d’écailles qui poussaient ici et là.
Pelerian avait dit qu’à cette époque, la technologie de création des Chimères était plus avancée que lorsqu’on avait créé Pafnacha.
Je commençais à comprendre ce que Pelerian voulait dire.
Au fil des expériences, les Chimères d’ici avaient convergé vers certains traits et s’étaient améliorées.
Même moi, qui n’y connaissais rien, je le voyais.
Le premier trait, c’était une peau lisse.
À mesure que leur nombre augmentait, la peau poilue et bosselée des Chimères devenait plus lisse.
Le deuxième, c’était d’avoir des membres bien formés.
Des membres, c’est-à-dire deux bras et deux jambes.
Autrement dit, elles évoluaient pour finir avec deux bras et deux jambes.
Ça avait dû être assez difficile. Certaines Chimères avaient trois ou quatre jambes, tandis que d’autres avaient des tentacules à la place des bras.
Il fallut attendre la huitième Chimère pour en voir une avec des membres bien formés.
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〔Sujet expérimental n° 08〕 : Danseuse
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Je compris tout de suite d’où venait ce surnom.
Ses jambes s’étiraient avec grâce et fluidité.
Elles étaient blanches comme une statue de plâtre, et ses bras comme ses jambes semblaient parfaitement formés.
Les orteils d’une vraie danseuse seraient sûrement plus rugueux, usés par la réalité.
Était-ce un peu cruel de dire que c’était le genre de nom qu’aurait trouvé Pelerian, qui avait passé tout son temps à étudier dans une petite pièce ?
Ses bras, eux aussi lisses et allongés, pendaient avec élégance, comme ceux d’une ballerine.
Mais je remarquai rapidement quelque chose d’anormal.
*« Ses mains… »*
J’avais trouvé ses bras un peu longs, mais à la place de ses mains, il y avait des pieds.
Autrement dit, elle avait quatre jambes et pas de bras.
Son visage était tout aussi grotesque.
Elle n’avait ni yeux ni nez, juste une bouche.
-La suivante.
Pelerian s’exprima d’une voix lasse.
La neuvième cuve.
La chose à l’intérieur avait l’air humaine.
*« Cette… »*
Oui.
Plus précisément, elle ressemblait à une elfe.
De longs membres fins.
Et surtout, de longues oreilles.
La dernière cuve contenait une Chimère aux traits elfiques.
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〔Sujet expérimental n° 09〕 : Nom indéterminé
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Une Chimère qui n’avait pas reçu de nom.
La raison pour laquelle on ne l’avait pas appelée « fée » ou « elfe » était évidente.
-Hideuse.
Avoir des membres et de longues oreilles, ça en faisait une elfe ?
Bien sûr que non.
Même sans l’examiner de près, personne n’aurait pu la confondre avec une elfe.
Sa peau était humide et pâle, comme celle d’une grenouille qui vivrait uniquement dans des grottes. Ses yeux troubles ressortaient de chaque côté, comme ceux d’un poisson.
Une Chimère qui imitait une elfe.
Dans quel but avait-on créé une chose pareille ?
La note griffonnée à côté de la plaque me donna une idée.
On pouvait y lire :
「Trop hideuse et inadaptée pour que je puisse m’y transférer.」
Pelerian trembla.
Son corps véritable.
Avant sa mort, le mage connu sous le nom de Défenseur du Ciel avait prévu de transférer son esprit dans un autre corps.
Pelerian avait même créé une Chimère qui lui ressemblait, avec des traits elfiques.
-C-C’est… c’est impossible…
Pelerian parlait comme un animal blessé qui gémissait.
Que resterait-il de Pelerian si on lui retirait sa fierté et son amour-propre ?
Seulement un corps méprisable. Pelerian devait au moins croire que son esprit était noble.
Je me sentis coupable, comme si j’avais lu le journal intime de quelqu’un sans sa permission.
Ou comme si j’avais entendu par hasard une confession que je n’aurais jamais dû entendre.
Le mage connu sous le nom de Défenseur du Ciel, qui avait tellement peur de mourir qu’il ne pouvait pas mourir en elfe.
Qui avait prévu de transférer son esprit dans une poupée hideuse de sa propre fabrication.
-…
J’assistais à l’instant où la dignité de Pelerian s’effondrait.
L’alarme déchira ce silence sinistre.
Biiiiiiiiip…
On aurait dit qu’une sirène d’alerte DEFCON venait de se déclencher.
Des lumières rouge vif clignotèrent tout autour de nous.
Puis la voix de l’Esprit magique, que j’avais déjà entendue dans le Donjon de Pelerian, retentit.
-La Formation défensive de niveau 4 est toujours activée. Lancement de la séquence d’incinération et de démolition.
-La procédure d’incinération commencera dans 30 secondes.
*« Quoi ! »*
Trente secondes ?
Ma Résistance à la chaleur était élevée, mais est-ce que j’irais bien une fois l’incinération commencée ?
Non. Je ne le croyais pas.
Euh… euh…
Trente secondes ne suffisaient pas pour fuir, et il n’y avait nulle part où se cacher.
-B-Bien !
Pelerian s’écria soudain ces mots.
Je tendis l’oreille, me demandant si Pelerian avait un plan.
-Brûlons tous ensemble ! C’est parfait !
*« J-Je ne veux pas ! »*
-Qu’on réduise tout en cendres !
Je ne voulais pas encore mourir.
-25.
Le compte à rebours semblait déjà lancé.
-24, 23, 22…
Notes de bas de page :
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