Chapitre 102
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Je suis devenu le serpent de l’Apocalypse ◈
Chapitre 102 : Aube et crépuscule
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L’Association continentale des aventuriers.
L’Association, pour faire court.
Avant, elle s’appelait l’Association multinationale des aventuriers du continent.
On aurait donc dû l’abréger en AMAC.
Bien sûr, rares étaient les assez idiots pour appeler l’Association des aventuriers « l’Association » ou « l’AMAC ».
L’Association des aventuriers était une organisation transnationale, qui ne se limitait pas à un seul pays.
Naturellement, les aventuriers eux-mêmes n’avaient pas bâti ce vaste réseau d’information et cette organisation à l’échelle du continent.
Les aventuriers étaient encore plus individualistes que les chasseurs. Autrefois, ils se réunissaient seulement de temps à autre en petites guildes.
Ils avaient formé une alliance à l’échelle du continent parce que l’Empire avait fermé les yeux et leur avait apporté son soutien.
Toutes sortes de requêtes étaient devenues des quêtes classées par rang, tandis que leurs récompenses et leur attribution faisaient l’objet d’une gestion stricte. Les aventuriers avaient eux aussi reçu un rang, ainsi qu’un insigne leur servant de pièce d’identité.
Quand on savait que les aventuriers avaient autrefois été pratiquement synonymes de « rêveurs au chômage » ou de « voyous en quête d’argent facile », c’était un changement remarquable.
L’aventure était devenue un vrai métier.
Le royaume avait lui aussi son Association des aventuriers.
L’Antenne de Solion Impel de l’Association continentale des aventuriers.
À la mesure de la prospérité du royaume, elle comptait plusieurs aventuriers de rang S et un aventurier qui sortait du lot.
L’un des Huit Héros du royaume était cet aventurier hors norme affilié à l’Association des aventuriers.
L’une des missions affichées à l’Antenne de Solion Impel se déroulait actuellement ici, dans la chaîne de montagnes.
Sept aventuriers traversaient les montagnes.
Deux étaient de rang A, et les cinq autres de rang B.
Même sans aventurier de rang S, c’était une équipe impressionnante.
La mission qui leur avait été confiée n’avait donc rien d’ordinaire.
Au minimum, il devait s’agir d’une quête de rang A.
« L’air est vif, le ciel est clair, les sommets alpins sont escarpés. »
L’un des aventuriers de rang A marmonna ces mots.
« Dire qu’une si belle chaîne de montagnes s’appelle le Royaume démoniaque. C’est ridicule. Enfin, j’imagine que ça ne paraît comme ça qu’aux humains… »
C’était un jeune homme au regard limpide.
L’ascension était déjà assez pénible, pourtant il parlait avec tant de désinvolture que les autres aventuriers lui jetèrent des regards perplexes.
« Pandan, cette chaîne de montagnes est un endroit pourri, bon sang. »
« Ah bon ? Moi, je la trouve belle. »
Un jeune homme au menton un peu long et aux joues creuses ricana.
« Pandan, tu as dit que tu venais de l’est de l’Empire, non ? J’imagine que tu n’as jamais mis les pieds dans la chaîne de montagnes avant d’atteindre le rang A. »
Depuis que l’Association des aventuriers s’était étendue à tout le continent, Pandan était un aventurier de l’Empire.
« C’est possible. Jericho, tu es souvent venu dans la chaîne de montagnes ? »
« C’est le Royaume démoniaque le plus proche de Solion Impel. »
« Je n’ai connu que des prairies et des déserts. C’étaient tous les deux des endroits horribles. Ici, ça a l’air mieux. »
« Tu changeras d’avis dès que tu croiseras des wyvernes et des termites. »
L’homme appelé Jericho dirigeait cette quête.
Il avait pensé pouvoir s’en charger seul, mais l’Association avait insisté pour lui adjoindre un autre aventurier de rang A, Pandan.
Jericho avait obtenu son rang A après avoir survécu à toutes sortes d’épreuves.
Pandan, en revanche, était non seulement jeune, mais avait aussi l’air complètement à côté de la plaque. Ça ne plaisait pas à Jericho.
« Oh, de la fumée. »
Pandan désigna le bas de la pente.
Jericho déplia une carte, puis hocha la tête.
« Nous sommes arrivés au Village du Marteau Gris. »
Comme dans la plupart des Royaumes démoniaques, il n’y avait pas de frontière précise où le paysage changeait soudain de nature.
Les monstres apparaissaient souvent, mais il y avait encore des régions où les gens pouvaient vivre et gagner leur vie.
Le Village du Marteau Gris se trouvait près de cette frontière.
Les aventuriers et les chasseurs qui s’enfonçaient dans la chaîne de montagnes s’y ravitaillaient.
« Les nains du Marteau Gris sont cupides. Ils pourraient essayer d’arnaquer les visiteurs, alors restez sur vos gardes. »
Jericho parla d’un ton grave.
Les autres acquiescèrent avec sérieux, mais pas Pandan.
Il se contenta de marmonner à voix basse : « Je vais pouvoir boire de la bière naine… »
Jericho claqua la langue et reprit sa marche.
Pourtant, à mesure qu’ils approchaient du village, quelque chose leur parut étrange.
« Pourquoi il n’y a personne… ? »
Jericho fit aussitôt taire l’aventurier qui venait de prendre la parole.
Lentement, il posa la main sur l’arme à sa ceinture.
Il n’y avait personne au Village du Marteau Gris.
D’habitude, le village résonnait de vie. La situation était inattendue.
Et tout aventurier digne de ce nom savait se méfier de l’imprévu.
Seul Pandan suivait Jericho d’un air indifférent.
Clang ! Clang !
Dans le village, silencieux comme un cimetière, seul résonnait le bruit du métal frappé.
Qu’une forge fasse du bruit dans un village nain n’avait rien d’étrange, mais l’absence totale de tout autre son mettait mal à l’aise.
« Ça sent le feu. »
La remarque de Pandan rompit le silence.
Jericho fronça les sourcils et le fusilla du regard.
Pandan parlait comme s’il n’avait pas du tout conscience de l’ambiance.
« Vous ne trouvez pas qu’il fait chaud ? »
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Regardez. Un vent brûlant souffle. »
Un vent brûlant.
Étonnamment, Pandan avait raison.
Le bruit venait de la forge.
Plus ils s’en approchaient, plus l’air devenait chaud.
Naturellement, les abords d’une forge étaient chauds.
Mais si cette chaleur s’était répandue dans tout le village, à quel point la forge elle-même devait-elle être brûlante ?
« La porte est ouverte. »
Un nain travaillait dans la forge, dont la porte était grande ouverte.
Ils comprirent vite pourquoi.
Une chaleur immense se déversait par l’ouverture.
Une chaleur meurtrière.
S’ils avaient fermé la porte pendant que le travail se poursuivait, la forge serait devenue un four géant.
« Urgh ! »
Les aventuriers de rang B se couvrirent le visage pour se protéger du vent brûlant.
Pandan et Jericho, eux, écarquillèrent les yeux et observèrent le travail dans la forge.
Clang ! Clang !
Le nain artisan martelait une masse de métal rougeoyant.
C’était un vieux nain, courbé par l’âge.
Son avant-bras et ses cheveux étaient trempés de sueur.
Incroyable, le nain n’avait qu’un seul bras.
Et pourtant, la force avec laquelle il frappait le métal n’avait rien d’ordinaire.
Des étincelles jaillissaient dans tous les sens à chaque coup de marteau.
Sans ciller une seule fois, il répétait le geste à un rythme régulier.
« …Un Maître d’art. »
Pandan murmura.
« Un Maître d’art forge une épée. »
Il parlait avec précaution, non par peur d’être remarqué, mais par crainte de l’interrompre.
Jericho comprit aussitôt, lui aussi.
En tant qu’épéiste, il était extrêmement rare d’avoir l’occasion d’observer un Maître d’art forger une lame.
Même chez les nains, les véritables forgerons étaient rares, et les humains n’avaient pratiquement aucun moyen d’assister à leur travail.
Helmut, le nain Maître d’art, repliait le métal chauffé encore et encore, puis le martelait de nouveau.
Dès qu’il refroidissait, il le remettait dans le fourneau pour le chauffer une nouvelle fois.
« Ah. »
Ils découvrirent l’origine de cette chaleur insensée.
Des flammes violettes dansaient dans le fourneau.
Quand Helmut y plaça le métal refroidi, les flammes jaillirent.
On aurait dit un démon tirant sa langue violette.
Puis une chaleur d’une violence inimaginable se dégagea.
« …Magnifique. »
Pandan parla à voix basse.
Le dos de Jericho était déjà trempé.
Et ce n’était pas seulement à cause de la chaleur.
Il assistait de ses propres yeux à une œuvre ayant atteint le sommet absolu.
Comme la grande magie qu’un archimage déchaînait à lui seul.
Ou la brillante Lame d’aura libérée par un maître d’escrime.
Voir ce vieux nain forger une épée était tout aussi bouleversant.
Le nain ne regarda pas une seule fois les aventuriers qui l’observaient.
Il consacrait toute son âme à façonner une épée parfaite, à en affûter le tranchant.
Pandan et Jericho observèrent le processus, oubliant le temps qui passait.
Même lorsque les autres aventuriers, lassés de ce travail répétitif, s’installèrent pour se reposer, ils continuèrent à regarder.
Enfin, le nain termina son ouvrage.
« Ouf… »
L’arme achevée était une épée longue.
Elle ressemblait à la dague qu’Helmut avait déjà forgée, comme si elles étaient sœurs.
Sa lame noire luisait, preuve qu’elle n’était pas faite d’un métal ordinaire.
Clap, clap, clap, clap, clap.
C’était Pandan qui applaudissait.
« C’était magnifique. Un spectacle d’une beauté incroyable ! »
Helmut s’essuya la sueur avec une serviette, puis sortit.
Sa peau avait rougi, et ses mains comme ses pieds tremblaient après ce long travail.
Il avait respiré de l’air brûlant à bout portant, et sa gorge était complètement rauque.
« Des humains ? Hum… »
Pandan essaya de lui parler chaleureusement.
« Puis-je connaître le nom du grand Maître d’art ? »
« Si vous aviez interrompu mon travail ne serait-ce qu’un peu, je vous aurais tous battus à mort. »
Les artisans nains avaient la réputation d’être excentriques, mais commencer par une menace ?
N’importe qui aurait été offensé, pourtant Pandan ne fronça pas le moins du monde les sourcils.
« Jamais je ne me serais permis une telle impolitesse ! »
« Tu parles bien. »
« Si ce n’est pas trop indiscret… cette paire, la dague et l’épée longue, a-t-elle déjà un propriétaire ? »
Ces armes avaient manifestement une valeur immense.
Même les aventuriers fortunés n’auraient pas pu les acheter facilement.
Pourtant, Pandan ne pouvait pas s’empêcher de poser la question.
« Elles ont déjà un propriétaire. »
« Ah… ! »
Pandan ouvrit la bouche, déçu.
« J’aimerais parler à leur propriétaire, si possible. Est-ce qu’il est dans les parages… ? »
« Moi aussi, j’ai une question à te poser. »
Helmut s’assit sur une caisse.
« Est-ce que tu peux t’entendre avec les monstres ? »
« Pardon ? »
Ce fut Jericho qui posa la question, déconcerté.
« Les humains ont particulièrement peur des monstres, non ? Je te demande si tu pourrais t’entendre avec l’un d’eux, à condition de pouvoir communiquer. »
« Ah… »
« Surtout s’il s’agit d’un serpent. »
Jericho ne sut quoi répondre, mais Pandan répliqua aussitôt :
« Bien sûr ! Si on peut communiquer, où est le problème ? J’ai toujours eu envie de me lier d’amitié avec des monstres ! »
« Bien. Alors parle avec l’un d’eux. »
« Ah, oui ? »
« Tu as dit que tu voulais parler au propriétaire de ces épées. »
Jericho se demanda si ce nain n’avait pas perdu la tête.
Et alors…
Boum.
Il sentit quelque chose de froid contre sa nuque.
Quelque chose de lourd s’enroulait autour de son cou et de ses épaules.
Quand était-ce arrivé ? D’où cela venait-il ?
Jericho, aventurier de rang A, s’apprêtait à réagir par instinct.
Un bruissement.
Le glissement des écailles lui glaça la nuque.
Un serpent était sur le point de le mordre.
S’il bougeait ne serait-ce qu’un doigt, il serait mordu à mort.
Si un serpent au venin mortel lui mordait le cou, l’issue était évidente.
Le fait qu’il ait réussi à se retenir à cet instant prouvait le sang-froid de Jericho.
Une feuille de papier s’éleva dans les airs.
Une plume se mit à bouger toute seule.
« Si tu convoites mes épées, tu mourras. »
Grattement, grattement. Elle écrivit ces mots.
« Et si tu dégaines ton épée, tu mourras. »
Pandan s’empêcha de dégainer.
Puis il éclata de rire, émerveillé.
« Incroyable ! »
* * *
Un aventurier de rang A. La classe.
Je demandai si les monstres avaient eux aussi des rangs comme ça.
Malheureusement, non.
Ça aurait été sympa que j’aie un rang, moi aussi.
Un monstre de rang S, Urooros, le Serpent de l’Apocalypse.
Un truc dans ce genre-là.
Est-ce que j’aurais ma place dans l’encyclopédie des monstres, moi aussi ?
Les humains avaient peur de moi, mais ils trouvaient fascinant que je communique en écrivant.
Pandan, en particulier, ne manquait pas de cran.
Apparemment, il venait de l’Empire, pas du royaume.
« Je veux acheter les épées. »
Il me faisait cette offre parce que je les avais appelées mes épées, non ?
Au moins, sa réaction était meilleure que celle de l’humain à côté de lui, qui n’en revenait pas qu’un serpent ait commandé des épées.
« Combien ? »
Quand je le lui demandai…
« Cinq cents pièces d’or impériales pour l’Aube et mille pièces d’or impériales pour le Crépuscule. Qu’en dis-tu ? »
Qu’est-ce que j’en pensais ?
Pour l’instant, j’écrivis : « Hmm… »
L’Aube et le Crépuscule étaient respectivement la dague en fer météorique et l’épée longue en fer météorique.
Helmut avait forgé une dague et une épée longue en fer météorique.
C’étaient des épées sœurs. La dague évoquait la faible lueur de l’aube, tandis que l’épée longue représentait l’éclat intense du crépuscule.
Helmut avait même imaginé une histoire pour donner un nom à ses œuvres : voilà qui prouvait qu’il était vraiment un Maître d’art.
« C’est trop peu. »
« Urgh… Alors, que dirais-tu de deux mille pièces pour les deux ? »
« Hmm… »
Vous avez vu ça ? Le prix avait grimpé d’un coup.
J’allais encore le faire mariner un peu, mais je m’arrêtai là.
« Pas à vendre. »
J’avais déjà largement assez d’argent.
Même si j’en avais davantage, je n’avais pas vraiment d’endroit où le dépenser.
Comment aurais-je pu accepter de l’argent pour des épées en fer météorique forgées avec tant de soin ?
J’avais de la peine pour Rania, car j’avais perdu Ashira, la Dague de l’Aube, mais je chérirais ces deux nouvelles épées.
Cela dit, l’offre de Pandan semblait représenter une somme colossale.
Les autres humains étaient stupéfaits.
« I-Il a vraiment autant d’argent ? »
« Il n’est pas juste en train de jeter son argent par les fenêtres ? »
Je les entendis chuchoter.
— Ça représente peut-être une fortune pour les aventuriers fauchés de ce monde. Tss, tss. Pandan essaie d’acheter deux épées en Célestium forgées par un nain Maître d’art pour seulement deux mille pièces d’or ?
« Exactement, hein ? »
— Tue cet humain sans vergogne, Serpent !
Je devrais ?
J’ajournai tout de même ma décision.
J’aimais la façon dont Pandan me regardait.
Son regard débordait d’envie et d’admiration.
Personne ne m’avait jamais regardé comme ça.
Rosena et cette étrange femme nommée Langrey s’étaient intéressées à mes écailles, bien sûr.
Mais leurs regards étaient loin d’être envieux.
Pandan, lui, me regardait avec une envie brûlante.
Comment ne pas apprécier ça ?
« Mais, monsieur Serpent, vous n’avez même pas de mains, alors vous ne pouvez pas manier une épée… »
Ça, par contre, je ne pouvais pas le tolérer.
« Je manie très bien l’épée, tu sais ? »
« Allons, tu plaisantes… »
« On fait un duel ? » écrivis-je en soulevant une épée avec la Main transparente.
Je levai la dague de l’Aube et la fis tournoyer dans les airs.
« Hein… ? »
« Tu croyais que je plaisantais ? »
Pandan sembla sentir son esprit de compétition s’éveiller, lui aussi.
Il bondit, fit un salto en l’air et retomba au sol.
« Pour reprendre une expression de chez moi… »
Puis il se plaça devant la dague flottante et dégaina la sienne.
« Ça te dirait de croiser le fer ? »
Ça me va.
Au lieu de répondre, je frappai le sol de ma queue.
Ma dague fendit l’air.
La dague de Pandan fusa à son tour, avec une précision fulgurante.
Héhé.
Mais mes arts de la dague n’avaient rien d’ordinaire.
*« Vous utilisez les Arts de la dague de l’école Perran, niveau 1. »
Ma dague plongea soudain tout droit, puis remonta sous le menton de Pandan avec un mouvement si inattendu qu’il en était terrifiant.
À l’instant où ma dague plongea…
Celle de Pandan plongea aussi.
Comme dans un miroir, les dagues suivirent exactement la même trajectoire et s’entrechoquèrent dans les airs.
Clang !
À cause de la différence de qualité, seule la dague de Pandan s’ébrécha.
Mais ce n’était pas l’important.
L’important, c’était que nos arts de la dague correspondaient parfaitement.
Pandan demanda d’une voix tremblante…
« …Tu appartiens à la même école que moi ? »
Est-ce que j’avais donc acquis des condisciples sans même le savoir… ?
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