L’elfe qui se tenait devant moi, incapable de cacher son agitation, était-elle une descendante de Gawen ?
J’étais curieux, mais je ne pouvais pas obtenir de réponse sur-le-champ.
Fiuu— !
Une flèche fila vers l’elfe.
Pendant que nous nous faisions face, les fées avaient dû nous rattraper.
Je guidai ma volonté et déployai aussitôt [Armure intangible].
Pop !
Une barrière translucide se forma dans les airs.
La flèche, qui visait précisément la tête de l’elfe, fut arrêtée par [Armure intangible].
Mais l’affaire ne s’arrêta pas là.
Bien qu’elle eût été bloquée, la flèche tremblait violemment.
On aurait dit qu’elle était imprégnée d’une volonté de transpercer sa cible, même stoppée.
Fouish.
Soudain, des flammes jaillirent de la flèche.
Je brandis mon épée et tranchai la flèche enflammée.
Ce n’est qu’alors qu’elle perdit sa force et tomba au sol.
« Les fées qui nous poursuivent semblent plus fortes que les précédentes. »
« … »
« Une fée qui tire des flèches enflammées ? Il se passe quelque chose d’étrange. »
L’elfe se retourna et prit la fuite.
Au-delà de la forêt en flammes, j’aperçus un groupe de fées bien plus important qui approchait.
Je me lançai à la poursuite de l’elfe, qui filait à toute allure.
Je déviais les flèches qui arrivaient avec mon épée ou les bloquais grâce à [Armure intangible].
À présent, les flèches ne visaient plus seulement l’elfe.
Elles avaient dû croire que j’étais avec elle, car elles se dirigeaient aussi vers moi.
Pop !
Une flèche silencieuse m’effleura la joue.
Si je n’avais pas esquivé juste à temps, j’aurais pu mourir. Cette pensée me glaça le sang.
À vrai dire, je n’avais aucune raison de venir en aide à l’elfe.
Nous venions tout juste de nous rencontrer et aucun lien ne nous unissait.
Je m’étais juré d’empêcher les guerres, alors je ferais de mon mieux, mais cela ne signifiait pas que je devais prendre le parti de l’elfe.
Pour l’instant, je pourrais peut-être rallier les fées, qui semblaient plus fortes.
Si je voulais recruter une tireuse d’élite, les fées qui prenaient part à ce combat feraient parfaitement l’affaire.
Flèches silencieuses, flèches guidées… Elles semblaient maîtriser les techniques secrètes des fées.
Mais je choisis d’aider l’elfe, simplement parce que l’abandonner ne me semblait pas juste.
La voir fuir me rappela Gawen.
Elle lui ressemblait tant que je décidai de lui venir en aide.
Je voulais entendre l’histoire de cette elfe qui ressemblait à Gawen.
Je libérai [Annihilation].
La technique ne pouvait peut-être pas arrêter la force physique des flèches, mais elle pouvait affaiblir le mana qu’elles contenaient.
Et lorsqu’elles entraient dans son domaine, je pouvais lire leur trajectoire.
Je m’enfuis aux côtés de l’elfe.
Étrangement, nous nous éloignions du cœur de Kipaso, le domaine des elfes situé près de l’Arbre-Monde.
J’avais supposé qu’elle s’y rendrait pour demander l’aide des autres elfes, mais je m’étais trompé.
Cette elfe qui avançait seule me rappelait vraiment l’ancienne Gawen.
Gawen, l’elfe exilée.
Celle qui suivait Adjak en silence, décochant des flèches dans la tête d’innombrables démons et bêtes.
« Où vas-tu ? »
Je posai la question à l’elfe en esquivant les flèches.
Bien sûr, elle ne répondit pas.
Elle avait sûrement compris que je l’aidais, mais je n’avais encore rien appris.
Ni la raison de la guerre, ni sa destination.
J’avais besoin d’en savoir plus pour élaborer un plan.
Mais il fallait que je trouve une solution.
Adjak était autrefois intervenu dans une guerre entre races et avait servi de médiateur, ce qui lui avait valu une grande renommée.
Cette guerre avait opposé des hommes-bêtes, mais suivre ses traces revenait au même.
Qu’elle ait deviné ou non mes pensées embrouillées, l’elfe continua de courir en silence.
Je soupirai, puis la suivis sans tarder.
C’était mon choix de l’aider, mais c’était à elle de décider si elle acceptait ou non. Cette pensée m’allégea l’esprit.
L’elfe se dirigea vers la périphérie de Kipaso.
Le nombre d’arbres en flammes diminuait peu à peu.
Comme le village humain, cette région n’avait pas encore été touchée par les flammes de la guerre.
« Des flèches enflammées tirées par des fées ? C’est étrange. Les elfes et les fées devraient chérir la nature. »
Mes questions se multipliaient. Et les attaques des fées s’intensifiaient.
Dans le domaine d’[Annihilation], je pouvais percevoir la direction des flèches, mais c’était à moi seul de les arrêter.
[Armure intangible] se faisait déjà déchirer par les innombrables flèches et leurs flammes.
Bientôt, elle passerait en mode récupération et deviendrait inutilisable.
Je criai à l’elfe :
« Arrête de courir. Battons-nous ! »
Nous avions déjà parcouru une longue distance.
L’elfe et les fées devaient être épuisées.
Le nombre de fées à nos trousses avait diminué.
L’elfe ignora ma suggestion et continua sa route, puis s’arrêta devant un arbre gigantesque.
Crac— !
Une flèche finit par briser [Armure intangible].
Je devais désormais les dévier avec mon épée, rien d’autre.
Je me plaçai de façon à protéger l’elfe.
Trois fées nous encerclèrent.
Leurs yeux brûlaient d’hostilité, dirigée contre l’elfe autant que contre moi.
Quatre fées bandèrent simultanément leurs petits arcs.
Clang— ! Clang— ! Clang— ! Clang— !
Je déviai les flèches à la hâte, puis utilisai [Peur].
Alors que je m’apprêtais à fondre sur les fées étourdies avec [Ruée], l’elfe m’attrapa par les vêtements.
Elle me tira fermement en arrière.
Malgré sa silhouette frêle, elle avait une force phénoménale.
Mais avant que j’aie pu comprendre ce qui se passait…
Crac !
Un énorme loup jaillit de la forêt à toute vitesse.
Il avala d’une seule bouchée la fée de tête, celle qui tirait les flèches guidées.
Grrr…
Le loup fixa les fées, du sang dégoulinant de ses mâchoires.
« Pourquoi la bête sacrée de Kipaso nous est-elle hostile ? »
Une fée, déconcertée, interrogea le loup.
Mais il se contenta de montrer les crocs et de gronder.
Affolées, les fées se mirent à discuter.
« Même si c’est une bête sacrée, notre mission passe avant elle. Devons-nous la tuer ? »
« … Non, ne l’attaquez pas. C’est la bête qui a protégé Kipaso après que l’expédition l’eut affaiblie. »
La fée ordonna à ses subordonnées de se retirer, puis lança sèchement à Gawen :
« Tu ferais mieux de continuer à te cacher, elfe exilée. Tu n’échapperas pas à la colère des fées. »
« … »
L’elfe ne répondit pas non plus aux fées. Ce n’était donc pas un préjugé propre aux humains.
Bientôt, les fées poussèrent des grognements inquiets et s’éloignèrent.
Je regardai le loup et murmurai :
« … Nihel ? »
Son nom m’était venu spontanément.
En entendant son nom, le loup se tourna vers moi.
Un loup gigantesque au pelage d’un blanc éclatant, les mâchoires tachées de sang rouge.
L’elfe me regarda à son tour. Nihel avait autrefois été la monture de Gawen.
Après la mort de Gawen, il avait refusé de suivre qui que ce soit dans l’expédition et avait quitté Myeolji.
Était-il encore en vie ?
Mais je n’obtiendrais de réponse ni de l’elfe ni du loup en posant la question.
Cette fois, je choisis donc de garder le silence.
Grrr—
Nihel s’approcha, découvrant ses longs crocs d’un air menaçant.
Le loup qui avait dévoré une puissante fée d’une seule bouchée me glaça le sang.
Mais je ne laissai rien paraître. Je soutins calmement le regard argenté de Nihel, sans jamais détourner les yeux.
L’elfe caressa le cou du loup.
Nihel se détourna, dissimula ses crocs et se frotta contre elle comme un chiot.
« Comment un humain peut-il connaître ton nom ? C’est étrange, n’est-ce pas ? »
L’elfe parla tout en caressant Nihel. Elle semblait s’adresser au loup, mais sa question m’était presque destinée.
Je questionnai l’elfe, qui se concentrait sur le loup.
« Es-tu une descendante de Gawen ? »
Cette fois, son visage ne trahit aucune surprise.
Tout en lissant calmement le pelage de Nihel, elle me retourna la question :
« Comment connais-tu Nihel et Gawen ? »
Elle ignorait mes paroles et répondait à une question par une autre.
Elle s’adressait à Nihel, ce qui m’agaçait un peu, mais j’avais moi aussi beaucoup de questions.
« Puisque nous sommes tous les deux curieux, je te répondrai si tu fais de même. »
L’elfe acquiesça légèrement.
« Je m’appelle Polarin Adjak, héritier d’Adjak. Grâce à ses mystères, je connais Gawen et Nihel. »
Elle ouvrit de grands yeux en me regardant.
« En effet… Il semble qu’un autre phénomène mystérieux se soit produit dans le monde des humains. »
« Réponds à ma question. Es-tu une descendante de Gawen ? »
« Oui. Je m’appelle Bea Hellinger. Je suis la petite-fille de Gawen Hellinger. »
Gawen était morte depuis trois cents ans ; même si Bea était sa petite-fille, elle ne devait pas être jeune.
L’âge des elfes était difficile à deviner.
« Pourquoi t’es-tu coupé l’oreille, comme Gawen ? Elle commandait l’armée des elfes lors de l’expédition. »
« Ma grand-mère était la commandante de tous les elfes. Mais avant cela, elle était une elfe exilée. »
La voix de Bea se fit grave.
Je ne comprenais pas tout à fait.
À proprement parler, la persécution de la famille Adjak par l’Empire était de leur propre fait.
Ils avaient choisi de s’opposer à l’Empire, convaincus qu’Adjak surpassait l’Empereur.
L’Empire avait voulu collaborer avec ses héros et leurs descendants.
Mais les héritiers d’Adjak, persuadés de sa supériorité, avaient refusé la main tendue de l’Empire.
Ainsi, la famille Adjak vivait dans des régions autonomes au sein de l’Empire, mais sa situation actuelle n’était pas vraiment enviable.
Aucun héritier d’Adjak n’avait égalé son héroïsme, et le temps avait passé.
L’Empire n’avait jamais oublié l’arrogance de la famille. Il la surveillait sans relâche, ce qui en faisait la cible d’une surveillance intérieure.
Mais les elfes, eux, étaient différents.
Ils étaient moins nombreux que les humains et très soudés.
Si Gawen avait été leur commandante, sa petite-fille aurait dû être traitée comme telle.
Bea semblait avoir hérité d’une grande partie du sang de Gawen.
Son adresse à l’arc était impressionnante, et son jugement au combat semblait exceptionnel.
Une personne comme elle aurait dû occuper une haute fonction parmi les elfes. Pourtant, elle s’était coupé l’oreille et avait été exilée.
Bea désigna ses cheveux.
« Les elfes méprisent les cheveux gris cendré. Jusqu’à la génération de mes parents, la gloire de Gawen nous a protégés, mais même cela a fini par s’estomper. »
Des cheveux gris cendré. C’était donc la raison ?
« Aussi héroïque qu’ait été ma grand-mère, elle ne pouvait pas changer les préjugés profondément enracinés des elfes. Pour échapper à ces discriminations sans fondement, je me suis coupé l’oreille et j’ai quitté les elfes. »