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« Tu t’appelles Polarin, sans nom de famille ? Ou je laisse la case vide ? »
« Oui, inscrivez simplement mon nom. »
« Ton rang ? »
« Quatrième rang. »
« Faisons une petite vérification. »
Je pris la plume des mains du greffier et l’imprégnai de mana.
Un éclat blanc la parcourut.
Je lui montrai que j’avais atteint le quatrième rang, qui me permettait d’insuffler du mana dans les objets en contact avec mon corps.
L’homme hocha la tête et me tendit un insigne.
[Polarin, Soler de rang 4]
Je terminai mon inscription au bureau de la guilde.
La procédure était simple, mais c’était le premier insigne qui prouvait mon identité dans ce monde.
« … Prenez votre temps pour regarder. Je ne piquerai plus du nez. »
Le greffier, qui s’était assoupi, faisait pourtant preuve d’efficacité.
Il était perspicace et m’épargna toute discussion, ce que j’appréciai.
Je lui fis discrètement remarquer qu’il avait encore de la bave dans la barbe, puis me dirigeai vers le tableau des quêtes.
Le bureau de la guilde était géré par l’Empire.
La plupart des quêtes servaient donc les intérêts de l’Empire et contribuaient à faire avancer ses projets.
Pour empêcher la guerre que l’Empire préparait, je devais accepter des quêtes qui l’aideraient.
La situation avait quelque chose d’ironique, mais je devais m’y mettre au plus vite.
Accumuler assez de points de mérite exigerait beaucoup de temps et d’efforts.
Je résolus de suivre la voie lente, mais sûre.
- Entretien des rues ★ : 1 P de mérite
- Réparation des conduites d’eau ★ : 2 P de mérite
Ces tâches n’étaient-elles pas réservées aux fonctionnaires impériaux ?
Les quêtes à une étoile ne rapportaient que peu de points de mérite.
Mais ce n’était pas un problème.
Il y avait quantité d’autres possibilités.
D’après le greffier, contrairement aux autres bureaux de guilde, celui d’Ostrum recevait rarement la visite de solveurs.
Le bureau de la guilde d’Ostrum n’avait rien d’attrayant pour les solveurs professionnels qui parcouraient l’Empire.
Les mages puissants étaient nombreux, les crimes graves rares, et les mages eux-mêmes s’occupaient des incidents étranges.
Les mages locaux se rendaient rarement au bureau de la guilde, eux aussi.
Obsédés par leurs recherches magiques, ils prêtaient rarement attention au reste.
De plus, les mages se souciaient peu de s’attirer les faveurs de l’Empire.
Le bureau de la guilde était donc généralement désert.
Grâce à cela, je pouvais choisir parmi une multitude de quêtes.
Je les parcourus lentement et en trouvai une qui attira mon attention.
- Enquête temporaire sur Myeolji ★★★☆☆ : 25 P de mérite
Trois étoiles noires, suivies de deux étoiles blanches.
Une quête à cinq étoiles ?
Je n’en étais pas certain, mais les points de mérite étaient considérables.
Plus encore que les points, l’expression « Myeolji temporaire » piqua ma curiosité.
Je n’en avais jamais entendu parler.
Je détachai l’avis du tableau et l’apportai au greffier.
Son expression lasse se mua en effroi, comme s’il venait de voir quelque chose d’épouvantable.
« Il y a plein d’autres quêtes. Pourquoi celle-là ? »
« Je ne m’engage pas encore. Je veux simplement en entendre parler. »
« Dans une vieille forêt près de Manoa, un endroit qui ressemble à un mini-Myeolji est apparu. »
Malgré ses réticences initiales, l’homme m’expliqua calmement la situation.
Un incident s’était produit dans la baronnie de Manoa, à l’ouest de la capitale.
Une forêt ordinaire avait soudain été envahie par l’énergie démoniaque, qui avait attiré différentes espèces de bêtes et rendu les lieux inaccessibles aux humains.
Une soudaine irruption d’énergie démoniaque ? Et plusieurs espèces de bêtes rassemblées, pas une seule…
J’eus un pressentiment.
Un atelier caché de mage noir ou l’énergie démoniaque d’une bête puissante transformait peut-être la région en un lieu semblable à un Myeolji.
Luphtel appelait ce phénomène « érosion ».
« Je prends cette quête. »
« Vous n’avez pas dit que vous vouliez seulement vous renseigner ? »
« Ce que vous m’avez raconté m’a intrigué. »
Que l’érosion fût accidentelle ou délibérée, cette quête ne serait pas facile.
Mais je ne voulais pas laisser passer l’occasion de découvrir l’environnement d’un Myeolji.
« Écoutez, les trois étoiles noires et les deux blanches, vous savez ce que ça signifie ? »
« Expliquez-moi, je vous prie. »
« À l’origine, c’était une quête à trois étoiles, mais plusieurs solveurs ont tenté de la mener à bien et ont échoué. »
« Échoué ? »
« On ignore s’ils sont morts ou vivants. »
« Je vois. »
« Vous voyez ?! C’était une quête à trois étoiles, gérée uniquement par le bureau de la guilde de Manoa, mais tellement de gens ont échoué qu’on a relevé le niveau de danger ! Vous comprenez, maintenant ? »
« Ça a l’air très difficile. »
« Évidemment ! »
Le greffier se frappa la poitrine de frustration, puis se caressa la barbe et reprit : « Écoutez, jeune homme, je vous dis ça comme si vous étiez mon neveu. C’est beaucoup trop dangereux pour quelqu’un du quatrième rang. »
« Un solveur du quatrième rang ne peut pas accepter de quêtes à quatre étoiles ? »
« Si, vous pouvez l’accepter. Mais à votre âge, vous devriez penser à long terme, non ? Il y a plein de quêtes adaptées à votre niveau. »
« Je vais bientôt atteindre le cinquième rang. »
Ce n’était pas une parole en l’air.
J’avais déjà compris ce qui me permettrait de progresser.
Ce que j’avais appris de Labella m’avait aidé.
Les combattants et les mages utilisaient le mana différemment.
Mais comme on dit, tous les chemins mènent au même endroit.
La différence résidait dans leur façon de manier le mana, mais sa puissance, elle, était la même.
En théorie, je savais comment créer une aura.
« Même si vous atteignez le Cinquième rang, ça restera risqué. Le dernier Soler à avoir disparu était un chevalier du Sixième rang ! »
Le greffier fit de son mieux pour m’en dissuader, mais ma détermination était plus forte.
« Quand j’étais jeune, j’étais aussi beau que vous ! C’est pour ça que je vous le dis ! »
À mon regard, il s’éclaircit maladroitement la gorge.
« Merci de vous inquiéter pour moi. Mais je ne partirai pas seul. Quelqu’un m’aidera. »
« … Très bien, assurez-vous que cette personne soit forte. »
Le greffier poussa un profond soupir et inscrivit mon nom sur l’insigne de quête.
« N’oubliez pas que votre mission consiste uniquement à “enquêter”. Et… revenez vivant. »
« Merci de vous inquiéter pour moi. »
Je m’inclinai devant le greffier et quittai le bureau de la guilde.
Quelqu’un de fort pour m’aider.
Plusieurs visages me vinrent à l’esprit.
* * *
Au même moment, à la Tour de magie de givre.
Eidon goûtait à des jours de félicité.
Bien qu’il eût quitté la tour pour travailler sur le terrain, il restait un mage.
Obtenir des résultats sur le terrain grâce à la magie lui procurait autant de joie que de perfectionner et de faire progresser son art.
Peut-être parce qu’il était resté longtemps absent, la tour regorgeait de nouvelles connaissances magiques.
Eidon apprit de nouveaux sorts et partagea avec les mages de la Tour de magie de givre ses techniques de combat magique, éprouvées sur le terrain.
Les mages de combat ayant une expérience du terrain étaient rares, aussi se retrouvait-il toujours entouré de mages avides d’apprendre.
« La puissance brute ne fait pas un bon sort. Je retiens, Eidon. »
« J’espère que ça vous sera utile. Au fait, pourriez-vous m’expliquer le nouveau sort créé par le maître de la tour ? »
Avec ses trois pétales, Eidon était toujours respecté à la Tour de magie de givre et avait accès à une grande quantité de connaissances magiques.
Je devrais revenir à la tour après les grandes missions de Tello. J’en tire plus que je ne le pensais.
Mais quand Eidon et les mages échangeaient sur leurs découvertes magiques, un sujet revenait toujours.
« Ce mage qui vous accompagnait. »
« Qui ça ? Polarin ? Ce n’est pas un mage. »
« Comment ça, ce n’est pas un mage ? Je n’ai jamais vu une magie pareille de toute ma vie ! »
« Ce n’est pas de la magie. Il ne sait même pas tracer un cercle magique. Voyez-le plutôt comme… un chevalier doté d’une grande quantité de mana. »
« Vous avez été trop longtemps loin de la tour. Depuis quand les chevaliers savent-ils faire ça ? Si ce n’est pas de la magie, qu’est-ce que c’est ? »
La maîtrise du mana de Polarin, révélée lors de l’examen d’entrée, continuait de faire parler d’elle parmi les mages.
La rumeur voulait que les autres tours aussi bruissent de discussions à son sujet, pas seulement la Tour de magie de givre.
Eidon tentait de leur expliquer.
Ne voyaient-ils pas l’épée à la taille de Polarin ?
Il était une nouvelle recrue de la même organisation.
Mais la plupart ne le croyaient pas, et Eidon lui-même en était déconcerté.
Est-ce que je passe à côté de quelque chose parce que je ne considère pas Polarin comme un mage ? Sa maîtrise du mana est-elle une forme de magie ?
Il voulait poser la question à Polarin, mais ce n’était pas si facile.
Après avoir intégré le département de recherche magique, Polarin avait quitté l’auberge qu’ils partageaient.
Il vivait dans un logement fourni par le département et y passait la plupart de son temps.
Eidon, lui aussi, était tellement absorbé par la Tour de magie de givre qu’ils ne s’étaient pas vus depuis un moment.
Eidon résolut d’avoir un jour une longue discussion avec Polarin, mais les mages se montraient si insistants qu’il ne pouvait leur résister.
« Eidon, je vous le demande. »
« Oui, maître de la tour. Je poserai la question à Polarin, sans faute. »
La demande venait de Glefild, Seigneur de la Glace et maître de la Tour de magie de givre.
Même Glefild était intrigué par la maîtrise du mana de Polarin. Eidon décida d’aller le retrouver et quitta la tour.
Le soleil de midi inondait Eidon de lumière.
Il lui semblait étrange de se retrouver dehors à cette heure, après avoir passé tant de temps dans la tour.
Il en sortait rarement, tant il était absorbé par ses recherches.
Eidon ferma les yeux et se laissa baigner par le soleil.
Le travail sur le terrain lui convenait mieux que la recherche magique.
Une voix familière retentit alors.
« Eidon-nim ! Comment saviez-vous que je viendrais ? »
« … Je sais tout. »
« Waouh, vous êtes incroyable. J’avais peur de devoir attendre devant la Tour de magie de givre. »
Face à l’expression sincèrement surprise de Polarin, Eidon fut certain qu’il n’était pas un mage.