Qui aurait cru que la Cérémonie de la majorité me semblerait familière ?
Moi-même, je trouvais cette idée absurde.
C’était la première fois que je participais à ce rituel et, lorsque j’incarnais Adjak, la Région autonome d’Adjak n’existait pas.
Il n’y avait donc pas non plus de cérémonie de la majorité.
Pourtant, depuis la première épreuve, celle où j’avais brisé le cristal avec du mana, un étrange sentiment de familiarité ne me quittait pas.
L’épreuve en elle-même était nouvelle, mais j’avais l’impression de l’avoir déjà vécue quelque part.
Et ce n’était pas seulement la première épreuve qui m’était familière.
Je savais parfaitement où se trouvait la Forteresse de Chilgong, et même où se terrait un Carnot vieux de trois cents ans, dans une certaine fosse.
D’où venait cette impression de déjà-vu ?
J’obtins la réponse en découvrant une petite grotte à côté du cadavre du Carnot.
C’était à cause d’une quête qu’Adjak avait accomplie dans le jeu.
Une quête à étapes intitulée « L’Épreuve du Dragon ».
Comme Adjak était à moitié humain, à moitié dragon, les dragons ne le reconnaissaient pas comme l’un des leurs. Seul Hike faisait exception. La quête lui avait été confiée par les dragons.
« Argh, ils avaient dit que je devais réussir toutes les étapes de l’épreuve pour être reconnu comme l’un des leurs… À l’époque, c’était vraiment interminable. »
Je me remémorai les détails de l’Épreuve du Dragon.
La première étape consistait à briser le cristal, la deuxième à récupérer un élixir dans la Forteresse de Chilgong, et la troisième…
En comparant l’Épreuve du Dragon à la Cérémonie de la majorité, je constatai que les détails différaient légèrement, mais que la structure de base était la même.
Il semblait que, durant les trois cents ans qui avaient suivi la disparition d’Adjak, la Cérémonie de la majorité, événement symbolique, avait été conçue sur le modèle de ses épreuves.
La personne qui avait imaginé cette Cérémonie de la majorité connaissait probablement le parcours d’Adjak lors de l’Épreuve du Dragon et s’en était inspirée.
Dans ce cas, la deuxième tâche de la Cérémonie de la majorité devait être une variante de l’une des épreuves du Dragon : « récupérer un élixir ».
Cet élixir poussait sans aucun doute en abondance dans une grotte située à côté du cadavre du Carnot, dans la fosse 4.
Je me faufilai dans la petite grotte.
À la sortie du tunnel, je relevai la tête : une grotte baignée d’une vive lumière s’étendait devant moi. Elle rayonnait sans même qu’on ait besoin de lui insuffler du mana.
La scène me laissa sans voix, la bouche grande ouverte.
« Waouh… »
Ici, aucune suppression des perceptions.
Grâce à cela, j’entendis ma propre voix pour la première fois depuis un bon moment et pus contempler le spectacle éblouissant des fleurs violettes.
« … Il n’y en avait qu’une seule, il y a trois cents ans. Maintenant, elles forment toute une colonie. »
L’élixir qu’Adjak avait récupéré était une plante appelée Rahsorn.
Adjak avait eu pour tâche de rapporter n’importe quel élixir de la Forteresse de Chilgong.
Au départ, il avait eu l’intention d’offrir le cœur d’un Carnot, réputé pour ses puissantes propriétés.
Mais, à l’époque, il n’était pas assez fort pour tuer un Carnot.
Après avoir vainement cogné contre la carapace du Carnot, Adjak avait fini par abandonner. Se demandant s’il ne trouverait pas autre chose, il avait percé un mur à proximité de la bête et découvert cette grotte.
J’examinai les Rahsorn.
Quelques fleurs luisaient faiblement d’une lueur bleue.
C’étaient sûrement des repères laissés par les superviseurs.
« Alors, les superviseurs sont descendus jusqu’ici, ont laissé des repères, puis sont remontés ? »
Impressionnant.
Ça se tenait.
Si la personne qui avait conçu cette épreuve connaissait le parcours d’Adjak, elle aurait veillé à marquer les Rahsorn.
Je m’approchai des plantes.
Au centre des pétales violets se pressaient des étamines et des pistils jaunes.
« Puisque je suis allé si loin, autant suivre l’exemple d’Adjak. »
Je déracinai délicatement un seul Rahsorn, dont la tige portait un repère bleu, puis retournai la fleur.
Les graines jaunes qui y étaient accrochées s’éparpillèrent dans la pièce.
« Je réussirai l’épreuve en imitant celle qu’Adjak a passée lors de l’Épreuve du Dragon. »
Je gardai cette idée à l’esprit en agissant.
La raison pour laquelle je n’avais pris qu’une seule fleur, alors qu’il y en avait tant, était la même.
Puisque j’avais décidé de suivre l’épreuve d’Adjak, je voulais montrer que je le connaissais bien.
Dans une famille qui vénérait Adjak, prouver que je le connaissais pouvait améliorer ma position au sein du clan.
C’est alors que la restauration de [l’Armure intangible] s’acheva.
Comme on pouvait s’y attendre d’une Mélodie, je sus instinctivement qu’elle était terminée.
La restauration avait pris environ une heure.
À mesure que [l’Armure intangible] se développait, son seuil de défense et son temps de restauration diminueraient.
J’enveloppai soigneusement le Rahsorn déraciné dans [l’Armure intangible].
Je sortis la montre qu’on nous avait fournie.
« Il me reste environ une heure. »
Difficile de dire que j’avais largement le temps.
J’étais descendu dans une fosse profonde sans savoir jusqu’où j’avais été.
L’obscurité m’empêchait de voir et d’innombrables bêtes pouvaient rôder dans les environs.
« Est-ce que j’arriverai à remonter à temps ? »
Mais je secouai vite la tête.
Il le fallait.
Qu’avais-je d’autre à faire ?
Je commençai à remonter la fosse.
* * *
« Pourquoi Polarin n’est-il toujours pas revenu ? »
Siriel posa la question d’une voix inquiète, inhabituellement contenue.
« … Il va revenir. »
Kiyot tenta de la rassurer, mais lui aussi ne cessait de jeter un coup d’œil à sa montre.
[00:01:03]
Il restait à peine plus d’une minute.
Ceux qui étaient capables de réussir l’épreuve étaient revenus depuis longtemps.
La plupart des participants ayant accompli leur tâche peinaient à ressortir de la fosse.
— Aaaah !
Un long cri perçant résonna depuis les profondeurs de la fosse.
Peut-être parce que la suppression des perceptions avait cessé d’agir à l’intérieur de Chilgong, ce cri semblait plus strident et plus glaçant encore.
Même ceux qui avaient réussi à sortir de la fosse n’étaient pas en bon état.
Beaucoup gisaient éparpillés, grièvement blessés après avoir affronté des bêtes.
« Emmenez vite ceux qui ont besoin de soins. »
Diana, la superviseure de l’épreuve, ordonna aux soldats de prêter main-forte pour soigner les participants à la Cérémonie de la majorité. Tout en jetant fréquemment un coup d’œil à sa montre, elle se préparait à annoncer la fin de l’épreuve.
Ni Kiyot ni Siriel ne le dirent à voix haute, mais tous deux commençaient à penser qu’à ce rythme, il leur faudrait prier pour que Polarin revienne sain et sauf plutôt que pour sa réussite à l’épreuve.
[00:00:04]
[00:00:03]
[00:00:02]
[00:00:01]
Biiiiip !
Le signal sonore annonçant la fin de l’épreuve retentit. Au même instant, une main surgit de la fosse dans un bruit sourd.
« Argh… »
S’agrippant au bord avec peine, une silhouette parvint à s’extirper de la fosse.
C’était Polarin, couvert de terre et d’égratignures.
« … Lui aussi a réussi. L’épreuve est terminée. »
Diana, la superviseure de la deuxième épreuve, baissa les yeux vers Polarin, puis annonça la fin de l’épreuve.
* * *
« Ouah ! J’ai cru que tu n’y arriverais pas ! »
« … Je savais que tu reviendrais. »
Sans le vouloir, j’attirai l’attention de tout le monde.
De nombreux regards se tournèrent vers moi — ou, plus précisément, vers le Rahsorn enveloppé dans [l’Armure intangible], à ma taille.
Siriel, incapable de contenir sa curiosité, me questionna.
« Waouh ! Il y avait des fleurs, là-dessous ? Je n’en ai pas vu. »
« Haha, oui. J’ai eu de la chance. »
Siriel avait rapporté une bête semblable à un lapin, tandis que Kiyot avait capturé un énorme bouquetin.
Je jetai un coup d’œil discret autour de moi.
Je croisai le regard de Blaze.
Il tressaillit, surpris, puis baissa aussitôt la tête.
Je ne me souciais guère de ce que les autres avaient rapporté.
Peu importait ce qu’ils avaient trouvé, rien ne pouvait rivaliser avec le Rahsorn, ni par la difficulté à l’obtenir ni par son lien avec Adjak.
« À présent, remettez les objets de votre tâche. Vous passerez dans l’ordre d’arrivée. »
Les participants remirent un à un à Diana les « créatures vivantes » qu’ils avaient rapportées.
Certains avaient réussi à sortir de la fosse sans rapporter l’objet demandé.
D’autres avaient capturé une créature marquée, mais étaient incapables de poursuivre les épreuves et se retirèrent de la Cérémonie de la majorité.
Enfin vint mon tour, le dernier.
Je retirai soigneusement le Rahsorn de [l’Armure intangible] et le tendis à Diana.
Comme elle avançait la main pour toucher la fleur sans précaution, je pris la parole.
« Euh, superviseure, excusez-moi, mais pourriez-vous la manipuler délicatement ? »
Diana parut perplexe, mais acquiesça brièvement. Puis elle saisit la tige du Rahsorn entre le pouce et l’index et la déplaça avec précaution.
« Elle ne doit pas bien connaître l’histoire d’Adjak. Alors qui… Hike, peut-être ? »
« L’évaluation prendra un peu de temps. Tout le monde peut se reposer sur la place. »
Diana s’exprima d’un ton froid, presque glacial, puis se détourna.
Mais elle n’avait pas fait plus de quelques pas lorsqu’elle s’arrêta brusquement.
Elle se mit à marmonner dans le vide, comme si elle recevait un message de quelque part.
Je l’observai, intrigué, en me demandant ce qu’elle disait, quand elle se retourna soudain et m’interpella.
« Polarin Adjak. »
« Oui ? »
« Vous, venez avec moi. »
Pour une raison que j’ignorais, son ton était tranchant.
* * *
Je suivis Diana en silence.
Elle se dirigea vers la Forteresse de Chilgong, faisant léviter dans les airs les objets rapportés par les participants à la Cérémonie de la majorité.
Qu’il s’agisse de magie télékinétique ou d’une capacité de Mélodie, cette technique semblait très polyvalente.
Nous gravîmes les marches de la Forteresse de Chilgong, montant toujours plus haut jusqu’à atteindre l’entrée de la flèche.
Ce ne fut qu’alors que Diana se tourna brusquement vers moi et me demanda :
« Quel est votre lien avec les Anciens ? »
« Je n’ai aucun lien avec eux. »
« Et la raison pour laquelle le seigneur Tayon vous a accordé une Recommandation spéciale n’a rien à voir avec eux non plus ? »
« C’est exact. »
« Hmm… Voilà qui m’intrigue. »
Sur ces mots, Diana me fit signe de franchir la porte.
Puis, tandis que les objets et les cadavres flottaient derrière elle, elle redescendit l’escalier.
« Les Anciens de la famille Adjak. »
C’étaient eux qui prenaient toutes les décisions administratives de la famille Adjak, y compris au sujet de la Cérémonie de la majorité.
On savait peu de choses sur leur nombre ou leur identité.
Pourtant, ils détenaient l’autorité suprême et dirigeaient tout le clan.
Je devais découvrir qui ils étaient, en commençant par voir leurs visages.
* * *
Au moment où Polarin ouvrit la porte de la flèche, hermétiquement close, pour faire face aux Anciens,
Blaze sentit son cœur s’emballer.
Il avait combattu des bêtes toute sa vie à Myeolji et pensait avoir totalement surmonté sa peur de la mort.
« J’ai toujours cru être prêt à mourir, mais n’était-ce qu’une illusion ? »
Blaze s’interrogea sur lui-même.
La mort de son père, de sa mère, de ses compagnons et de ses amis avec qui il avait parcouru le monde ne lui était plus étrangère.
Mais assister à la mort des autres et se retrouver soi-même face à la mort semblaient être deux choses complètement différentes.
Blaze reconnut que sa conception de la mort était erronée.
Il se rappela le visage démoniaque de Polarin, au fond de la fosse 4.
Il revit Polarin briser la carapace d’un Carnot plusieurs fois plus grand que lui, puis dévorer un cœur plus gros que sa tête.
Le sang qui coulait entre ses dents, ses yeux dorés et perçants qui semblaient le transpercer du regard.
« C’était la première fois que je voyais une chose pareille. Polarin… ce type est-il vraiment humain ? »
La première impression qu’il avait eue de lui, celle d’une fragile fleur de serre, s’était envolée.
Aux yeux de Blaze, Polarin Adjak n’était pas différent d’un démon dévorant le cœur de créatures vivantes.
« Je ne peux pas l’affronter. Non, je ne devrais même pas avoir affaire à lui ! »