Chapitre 163
[Vous avez vaincu seul le serviteur du Dieu de la Mer.]
[La Bénédiction du Dieu de la Mer vous est transférée.]
La Bénédiction du Dieu de la Mer.
Tous ceux qui avaient contribué à la réussite de l’événement de l’Autel de la Mer pouvaient la recevoir.
Elle permettait notamment de respirer librement sous l’eau et augmentait toutes les caractéristiques.
Grâce à elle, je parvenais à entendre clairement les messages, même tandis que je sombrais dans la mer, vidé de toutes mes forces.
[Récompense supplémentaire : vous recevrez le trait du Dieu de la Mer.]
La liste des récompenses supplémentaires que je pouvais recevoir résonna dans ma tête.
J’étais surpris qu’un trait soit offert en récompense.
– Maîtrise des marées
– Seigneur des profondeurs
– Invocation d’un tsunami
« Maîtrise des marées », qui me permettait de contrôler à ma guise les courants marins ; « Seigneur des profondeurs », qui pouvait invoquer les monstres des abysses ; et « Invocation d’un tsunami », qui faisait déferler un raz-de-marée assez puissant pour submerger les terres.
C’étaient tous des traits incroyables.
Si je parvenais à en obtenir un seul, je pourrais peut-être régner sur les mers.
« Mais ce n’est pas ce dont j’ai besoin pour l’instant. »
Si j’avais grandi près de la mer, avec elle pour horizon, j’aurais été prêt à débourser une fortune pour l’obtenir, mais les circonstances étaient différentes.
Je devais finir par me rendre à Myeolji.
Si je pouvais choisir un trait, autant en prendre un qui me serait utile là-bas aussi.
Pour moi, qui ne possédais aucun trait notable en dehors du « Cœur de dragon », c’était une occasion précieuse.
– Géant des mers
– Vent salé
Ces deux traits pouvaient servir aussi bien sur terre qu’en mer, mais d’autres ne convenaient pas à ma situation actuelle.
Je n’avais aucune raison de choisir « Géant des mers » alors que Keldric possédait déjà la [Gigantification], même si les attributs différaient ; et je n’avais pas besoin d’ajouter un nouvel attribut de vent quand j’avais déjà le feu et la foudre.
Mon build actuel était plus ou moins complet.
Surtout du côté offensif : il était sans défaut.
J’avais élaboré un build offensif bien meilleur que je ne l’aurais imaginé en arrivant dans ce monde.
Dix mille foudres fracassant les cieux et Tranchant dévoreur d’étoiles.
En plus de ces deux Transformations quadruples, je possédais plusieurs Mélodies utilisables en attaque.
[Ruée], [Tranchant], [Flamme noire], [Manipulation de la gravité], [Fil rouge]…….
J’avais aussi une Mélodie défensive, [Armure intangible], et une compétence de mobilité, les [Ailes d’Ainsitel].
Ce qui me manquait le plus, à présent, c’était une Mélodie liée à la régénération.
Pour les blessures légères, le mana jaillissant du Cœur de dragon accélérait quelque peu la guérison. Et j’avais pour compagnon fiable Everchen, qui pouvait utiliser Soin.
Mais il me fallait une compétence de récupération que je puisse utiliser moi-même.
Je l’avais bien compris en affrontant la Pieuvre aux dix mille yeux.
Si j’avais frôlé la mort et que Mutis s’était activé, ce n’était pas parce que la Pieuvre aux dix mille yeux m’avait attaqué.
C’était tout simplement parce que mon propre corps ne supportait pas mes propres attaques.
Si j’obtenais un trait lié à la récupération, mes chances de sortir indemne d’une situation critique augmenteraient, et mes attaques me coûteraient moins cher.
C’est alors que je souhaitai désespérément obtenir une compétence de récupération.
– Guérison de la Mer
La voilà.
***
Grâce à la Bénédiction du Dieu de la Mer, je pouvais respirer sous l’eau. Mais mon corps manquait de force.
Je ne cessais de sombrer.
Pourtant, dès que j’obtins le trait « Guérison de la Mer », mon état changea instantanément.
J’avais été réduit à l’état d’épave sous ma forme de foudre.
Les blessures accumulées marquaient encore ma chair.
La résistance de l’air avait broyé mon corps rien que parce que je tenais une épée à la vitesse de la lumière.
Et j’avais même brandi l’arme ; mon état était donc épouvantable.
Pourtant, au contact de l’eau de mer, mon corps se mit aussitôt à guérir.
Mes mains déchirées se refermèrent, et mes os brisés commencèrent à se ressouder.
Le Cœur de dragon, bien décidé à ne pas être en reste, battit à toute allure et déversa du mana dans tout mon corps.
« Je suis descendu trop profond. »
Nous étions dans les abysses, là où la lumière du soleil parvenait à peine.
D’énormes poissons tournaient autour de moi, guettant le moment propice.
À cet instant, des bulles remontèrent et quelqu’un s’approcha rapidement.
Je distinguai son visage à mesure qu’il avançait. C’était Keldric.
« Ueuaeogeuk…… ! »
Keldric m’attrapa le poignet et marmonna quelque chose.
Bien sûr, ses paroles ne me parvenaient pas clairement ; seules des bulles s’échappaient en rafale de sa bouche.
Emmène-moi, s’il te plaît.
Je le lui dis, mais ma voix ne devait pas mieux lui parvenir.
L’eau salée envahit ma bouche et seuls des bulles en sortirent.
Mais Keldric, comme s’il m’avait compris, commença à remonter en me tenant le poignet.
Everchen apparut bientôt à son tour dans l’eau.
Il me saisit l’autre poignet et nagea vers la surface.
Je commençai peu à peu à retrouver mes forces, mais l’épuisement accablant ne faiblissait pas.
« Merci. Je vais juste me reposer un peu. »
Je me laissai aller, abandonnant à mes compagnons le soin de me ramener à la surface.
Plus nous nous rapprochions, plus ma vision s’éclaircissait.
Plouf !
Nous sortîmes de l’eau tous ensemble.
« On a réussi ! On a réussi ! »
Keldric cria en me serrant dans ses bras.
Tout mon corps tremblait, et j’avais même la tête qui tournait.
Mais je ne pus m’empêcher de rire.
« Haha, haha, c’est vrai. On a réussi. »
Le soleil brillait sur mes compagnons et moi.
***
Quand je fus complètement sorti de l’eau, mon corps avait déjà entièrement récupéré.
Je retirais mon haut pour en essorer l’eau lorsque le Roi lézard Urseca apparut devant moi.
Un cercle flottait derrière sa tête, telle une auréole.
C’était l’effet produit quand les hommes-lézards recevaient la Bénédiction du Dieu de la Mer.
Urseca n’était pas le seul à en avoir une : les autres hommes-lézards aussi portaient une auréole.
« Vous avez beaucoup souffert, monsieur. »
Urseca s’exprimait avec déférence, contrairement à la fois précédente.
Voir un homme-lézard s’efforcer de parler comme un humain était étrange, mais je souris et lui répondis :
« Pas du tout. Vous allez bien, seigneur Urseca ? »
Au lieu de répondre, Urseca s’agenouilla.
…… Pourquoi faisait-il ça ?
***
Urseca était un Roi lézard renommé.
Il faisait toujours passer sa tribu avant tout et se dévouait aux hommes-lézards placés sous son autorité.
Sa façon d’agir différait nettement de celle des Rois lézards des époques précédentes.
Quand des difficultés survenaient, il ne cherchait pas à les résoudre uniquement au sein de sa tribu, mais sollicitait activement l’aide de l’extérieur.
Sous le règne d’Urseca, les hommes-lézards n’étaient plus une race isolée, coincée entre le marais et la mer.
Faire entrer le Voile Noir sur son territoire comptait notamment parmi les accomplissements d’Urseca.
Les bêtes marines représentaient une menace considérable si on ne les exterminait pas régulièrement.
En effet, elles pouvaient rassembler leurs forces en un instant et envahir le territoire des hommes-lézards.
Si Urseca avait fait appel au Voile Noir, ce n’était pas seulement parce qu’il manquait de puissance militaire, mais aussi parce qu’il voulait apprendre à organiser une force extérieure.
Le Voile Noir ne s’était pas contenté de faire la démonstration de ses talents d’organisation.
La fille du chef de la troisième Région autonome d’Adjak.
Soler, qui dirigeait le Voile Noir, combattait les bêtes en première ligne.
Et même après avoir été avalée par l’une d’elles, elle n’avait pas renoncé : elle l’avait déchirée de l’intérieur pour s’en extraire.
En voyant Soler agir ainsi, Urseca eut une révélation.
Il se demanda quel exemple un chef devait donner aux membres de son organisation.
Par la suite, Urseca se jura de ne plus se contenter de jouir de son pouvoir de Roi lézard, mais d’agir pour sa tribu en prenant la tête du combat.
C’est alors que l’Autel de la Mer, l’objet des espoirs de longue date des hommes-lézards, s’illumina d’une lueur verte.
Urseca savait à quel point l’autel comptait pour sa tribu.
Alors, pour le bien de tous, il comptait remplir les conditions de l’autel et accorder la « Bénédiction du Dieu de la Mer » à tous les hommes-lézards.
…… Jusqu’à ce qu’il voie les pupilles de sa femme virer au vert.
« Moi. Ça va. Pour lézards. Je meurs. »
« Non. Reste maison. Ne sors pas. »
Dichenbe, la femme d’Urseca, savait elle aussi combien l’Autel de la Mer comptait à ses yeux. Elle voulut donc se sacrifier, mais Urseca l’en empêcha.
Il devait bien exister une autre solution.
Urseca comptait cacher aussi longtemps que possible le changement de couleur des pupilles de sa femme.
Finalement, il trouva dans les archives de ses ancêtres un moyen de recevoir la Bénédiction du Dieu de la Mer sans offrir de sacrifice.
Il fallait présenter un faux sacrifice à la place de l’homme-lézard aux yeux verts réclamé par l’autel, puis tuer le serviteur du Dieu de la Mer pour s’emparer de la bénédiction divine.
Urseca n’était pas un sot.
Il savait aussi qu’en choisissant cette méthode, de nombreux hommes-lézards seraient sacrifiés.
C’est pourquoi il n’osait pas proposer à ses proches de combattre le serviteur du Dieu de la Mer.
Tandis qu’Urseca continuait de s’inquiéter, Dichenbe le suppliait toujours de la sacrifier.
Elle savait combien Urseca tenait à la tribu des hommes-lézards, autant qu’à l’Autel de la Mer.
Les deux hommes-lézards se disputaient lorsque……
« Roi. Nous savons. »
« Inquiet. Dis-nous. »
Les guerriers lézards vinrent trouver Urseca.
Tous les hommes-lézards connaissaient bien la légende de l’Autel de la Mer.
Certains avaient remarqué que la femme du roi n’avait pas quitté son foyer depuis plusieurs jours et étaient venus prendre de ses nouvelles.
« Pourtant. Je m’inquiète toujours. »
Urseca, décontenancé, détourna la conversation.
Mais les hommes-lézards ne laissèrent pas leur roi seul face à ses soucis.
« Autel. Pas nécessaire. Roi, Reine. Doivent vivre. »
« Sans Bénédiction de la Mer. Lézards. Forts. »
« Ou. Autre moyen. Existe ? »
Urseca avait craint que les hommes-lézards ne lui demandent de sacrifier sa femme pour exaucer le vœu de la tribu.
Mais ils souhaitaient le bonheur d’Urseca plus encore que la réalisation de ce vœu.
Ils n’ignoraient pas les efforts du roi pour faire renaître leur tribu.
Après de longues discussions, les hommes-lézards décidèrent finalement de tuer le serviteur du Dieu de la Mer sans sacrifier l’un des leurs en offrande.
Ils demandèrent l’aide du Voile Noir, qui accepta volontiers.
Urseca fabriqua aussitôt une poupée en plâtre, tout en préparant une stratégie avec le Voile Noir.
C’est alors que Polarin Adjak et ses compagnons arrivèrent.
Soler adressa une requête à Urseca.
« Polarin et ses compagnons sont plus forts que moi. S’ils nous aident, ils nous seront d’un grand secours. »
« Apôtre de la Divinité. Je sais. Demandez de l’aide. Je vous en prie. »
« Je comprends. Mais on dirait qu’ils veulent quelque chose, eux aussi. »
« Quoi donc ? »
« Le soutien des hommes-lézards et du Voile Noir. Serait-ce possible ? »
« Bien sûr. Pour lézards. Ceux qui combattent. Lézards. N’oublieront pas. »
C’est ainsi que Polarin et ses compagnons se joignirent au plan.
Au début, Urseca n’était convaincu qu’à moitié.
Il n’avait jamais affronté le serviteur du Dieu de la Mer, mais les hommes-lézards comptaient parmi les races d’hommes-bêtes les plus puissantes.
De plus, le Voile Noir, dirigé par Soler, était lui aussi une force redoutable.
Bien que Soler eût une haute opinion de Polarin et de ses compagnons, Urseca croyait en réalité pouvoir vaincre le serviteur du Dieu de la Mer avec ses forces habituelles.
Quand il apprit que Polarin savait maîtriser les courants électriques, il lui confia l’équipe d’assaut, mais ne lui accorda pas pour autant toute sa confiance.
« Si plan. Échoue. Lézards. Interviendront. »
« Roi. Ordres. Obéirons. »
Tout en confiant la mission au groupe de Polarin, Urseca veilla à préparer minutieusement ses propres hommes.
Après avoir tout mis en place, il envoya d’abord les guerriers lézards dans la mer.
Avant d’y entrer à son tour, il dit à Soler :
« Si je m’évanouis. Dans le dos. Plantez un couteau. S’il vous plaît. Moi. Réveiller vite. »
« …… Je le ferai. »
Urseca avait aussi envisagé que Polarin échoue à vaincre le serviteur du Dieu de la Mer.
Dans ce cas, il lui faudrait aller jusqu’au bout lui-même.
Urseca et Soler entrèrent dans la mer.
Jusqu’à l’autel d’où émanait la lueur verte, aucun obstacle ne se dressait sur leur chemin.
Urseca déposa sur l’autel la poupée de plâtre qu’il avait fabriquée avec tant de soin.
Bien qu’il s’agît d’un faux sacrifice, Urseca l’avait façonnée à l’image de sa femme.
Il voulait renforcer sa détermination en détruisant la poupée de plâtre à son effigie.
« De nombreux hommes-lézards sont morts à la place de Dichenbe. Leur vie compte aussi. Je vais me dire que ma femme est morte ici et devenir désormais un roi qui fait passer les hommes-lézards avant tout. »
La lueur verte de l’autel se mit à se déverser sur la poupée de plâtre.
Quand elle s’intensifia peu à peu, Urseca lança un harpon et la pulvérisa.
Alors, une lumière explosive jaillit de l’autel.
Au même instant, toutes sortes de malédictions s’abattirent sur lui, et Urseca, incapable d’y résister, perdit connaissance.
…… Urseca reprit ses esprits, évanoui, lorsqu’une douleur atroce lui transperça le dos.
Soler l’avait poignardé dans le dos.
Elle le hissa sur son dos et nagea vers la surface.
Grâce au couteau profondément enfoncé dans son dos, Urseca avait pu sortir de son évanouissement.
La douleur l’avait réveillé.
Mais il ne parvenait pas à se débarrasser des autres altérations d’état.
Des parties du corps d’Urseca se pétrifiaient ou fondaient, et ses sens étaient gravement atteints.
Mais plus surprenant encore que l’état de son propre corps était le serviteur du Dieu de la Mer.
La Pieuvre aux dix mille yeux.
Une pieuvre de la taille d’une île était entrée en furie.
On aurait dit une catastrophe devenue vivante, qui se déplaçait.
Urseca était si loin de pouvoir combattre la Pieuvre aux dix mille yeux qu’il n’avait même plus le courage de brandir son sabre courbe fétiche.
La Transformation quadruple de Soler, devenue Unmu rouge, attaqua la Pieuvre aux dix mille yeux, mais ne lui infligea aucun dégât.
La Pieuvre aux dix mille yeux fonça rapidement vers la surface pour tuer ceux qui lui avaient offert un faux sacrifice.
Ce n’est qu’alors qu’Urseca comprit à quel point sa décision avait été insensée.
Il avait osé élaborer un plan pour affronter le serviteur par ignorance.
Un sinistre pressentiment lui vint : sa décision allait entraîner la mort de tous les hommes-lézards qu’il aimait.
Mais Soler réussit à remonter à la surface avec Urseca.
Soler haletait.
Aussi exceptionnelle fût-elle, il n’était pas facile de nager vite en portant Urseca, bien plus grand qu’elle, après avoir abandonné sa Transformation quadruple.
Mais la récompense d’Urseca, qui avait encaissé de tout son corps la malédiction de l’autel, et celle de Soler, qui avait échappé de justesse au danger, étaient sur le point de leur échapper.
La Pieuvre aux dix mille yeux, folle de rage, jaillit la première hors de la mer et tenta de tuer Soler et Urseca.
« C’est fini…… »
Au moment où Urseca s’avoua vaincu, un éclair s’abattit soudain du ciel.
Kwarururung !
Polarin avait foncé sur la Pieuvre aux dix mille yeux.
La lumière grava la catastrophe.