Chapitre 141
Un unique Fil rouge s’enroula autour de mon bras.
Il absorba mon mana et s’élargit peu à peu.
À mesure qu’il s’épaississait, la pression exercée sur mon bras se faisait de plus en plus forte.
Je sentais mon mana s’épuiser en temps réel.
C’était le pouvoir du Dieu de la Tromperie : il grossissait peu à peu en aspirant le mana de sa cible hypnotisée.
L’immense quantité de mana que je possédais me freinait à présent, ironiquement.
« C’est dangereux… »
Le Fil rouge, qui avait enflé sans retenue, m’enveloppa comme une momie.
J’avais beau me débattre, il ne se rompait pas.
Boum ! Boum !
Le Cœur de dragon se mit à résister.
Comme s’il n’appréciait pas que mon mana s’épuise en temps réel, il se mit à libérer celui qu’il contenait.
Cependant, plus le Cœur de dragon déversait de mana, plus le Fil rouge exerçait de pression sur moi.
Je finis par réprimer le Cœur de dragon.
Je lui ordonnai de ne plus libérer de mana.
Heureusement, le cœur d’Adjak m’obéit et se calma bientôt.
Mais la situation n’avait rien de réjouissant.
Le Fil rouge m’enserrait si étroitement qu’il m’était difficile de bouger ne serait-ce qu’un bras.
Vu de l’extérieur, on aurait dit un cocon de Fil rouge, non ?
Je ne pouvais pas abandonner sous prétexte que je peinais à bouger.
Je limitai mon mana et mobilisai lentement mon corps.
Le Fil rouge tendu m’enveloppait toujours, mais je commençai à bouger peu à peu.
Je sentais chacun des faisceaux musculaires de mon corps.
Mes muscles tressaillaient, luttant contre la pression du Fil rouge.
Je bougeai la main, elle aussi prise dans les fils, et brandis mon épée.
Fschh.
Il fallait reconnaître que le corps d’Adjak, doté de toutes sortes de caractéristiques exceptionnelles, était incroyable.
Après tout, j’avais réussi à trancher le Fil rouge, pouvoir d’un dieu, par la seule force physique.
Pourtant, dès que je coupai un fil, plusieurs autres fusèrent vers moi et m’enlacèrent.
« Kugh… »
La douleur infligée à mon corps était insoutenable.
La situation revenait à affronter à mains nues le pouvoir d’un dieu.
Mais je ne pouvais pas capituler.
Je mis à profit ce que j’avais compris lors de la première Épreuve du Dragon que Hike m’avait fait passer.
Utiliser mon corps et ma volonté à leur limite absolue.
Sans l’aide du mana, je ne m’appuyai que sur les muscles de mon corps, l’escrime dont il se souvenait et ma volonté pour trancher les fils rouges.
Avant l’apparition du Fil rouge, j’étais resté seul très longtemps dans cet espace.
Ce n’était peut-être qu’une impression, mais j’avais eu le sentiment que des mois, voire des années, s’étaient écoulés.
C’était assez long pour briser l’esprit de n’importe qui, mais je ne m’étais pas reposé.
Dans cet endroit, je n’avais besoin ni de manger ni de dormir.
J’avais donc perfectionné mon escrime dans le corps d’Adjak.
Au début, j’avais pratiqué l’escrime que j’avais apprise « en tant que Polarin ».
Mais peut-être était-ce parce que j’avais manié l’épée si longtemps.
À un moment, sans m’en rendre compte, j’étais entré dans un état de détachement absolu.
Et j’avais aussi fini par utiliser l’escrime dont ce corps se souvenait : « l’escrime d’Adjak ».
Ce n’était pas une méthode où la tête donnait des ordres et où le corps exécutait les mouvements.
Le corps exécutait l’escrime dont il se souvenait, et la tête l’apprenait.
Depuis longtemps, je ne ressentais plus l’étrangeté d’habiter le corps d’Adjak.
Sans même m’en apercevoir, j’avais aussi acquis une compréhension profonde de son escrime.
Je pratiquai alors l’escrime d’Adjak et celle de Polarin ensemble.
Ces deux styles, semblables et pourtant différents, fusionnèrent.
L’escrime d’Adjak exécutée dans le corps d’Adjak. Les Mélodies d’Adjak.
Et toutes les heures d’efforts que j’avais accumulées en tant que Polarin.
Tout cela s’unit pour résister au Fil rouge.
À chaque coup d’épée dans le vide, le Fil rouge s’effilochait.
Fschh ! Fschh !
Chaque fois que je tranchais un fil, trois ou quatre autres s’enroulaient autour de moi.
Quand je coupais ces trois ou quatre fils, plusieurs fois plus encore s’abattaient sur moi.
Mais ce n’était pas grave.
Je brandis lentement mon épée, une fois, puis encore une fois.
À chaque mouvement, le Fil rouge se rompait.
Alors que je me perdais de nouveau dans cet état de détachement absolu en résistant au Fil rouge, une énergie chaleureuse et lumineuse se répandit sur mon corps.
« Le Dieu de la Paix… »
L’épée qu’Adjak tenait désormais dans sa main était l’Épée sainte Eusebia.
Le pouvoir divin contenu dans Eusebia brillait de mille feux.
Le Dieu de la Paix m’aidait à résister à la tyrannie du Dieu de la Tromperie.
Il ne pouvait rivaliser avec la puissance déployée directement par le Dieu de la Tromperie, qui subsistait dans ce monde comme un spectre, mais le Dieu de la Paix me prêtait également main-forte en ajoutant son pouvoir divin au mien.
Je voyais toutefois qu’à ce rythme, je ne pourrais que résister au Fil rouge, sans parvenir à le dominer.
« Il n’y a qu’un moyen de surpasser un dieu qui s’est manifesté dans le monde… »
Je concentrai ma volonté pour utiliser la Transformation quadruple.
Clac.
La Transformation quadruple s’activait rarement dans le corps d’Adjak.
Clac. Clac.
Mais je ne pouvais pas abandonner ainsi.
Ma volonté n’était-elle pas indépendante de mon corps ?
Si je renforçais suffisamment ma volonté, je pourrais utiliser mes capacités dans le corps d’un autre.
Je stimulai fortement ma volonté.
La volonté était l’expression ultime de celle d’un individu.
J’ignorais à quel point le corps et l’esprit étaient liés, mais, à cet instant, je devais me concentrer au maximum sur mon esprit plutôt que sur mon corps.
Je cessai de bouger.
Les fils se resserraient autour de moi en temps réel, mais je n’y prêtai aucune attention.
Je me concentrai uniquement sur ma volonté, et plus encore sur mon intention.
Clac.
J’avais presque ouvert la porte, mais on aurait dit qu’un énorme bagage avait été posé devant elle.
« Je crois que j’y arriverai si je pousse plus fort. »
Dans ce cas, il s’agissait de ma volonté.
Je tendis de nouveau mon esprit à l’extrême.
En stimulant fortement ma volonté, j’eus l’impression de foncer de toutes mes forces contre la porte.
Je parvins à repousser l’obstacle qui la bloquait.
La porte s’ouvrit à la volée.
Je pris conscience de l’énergie que je désirais tant voir, à présent enroulée autour de l’Épée sainte.
« … ! »
Ma Transformation quadruple s’était activée.
Aussitôt, je brandis mon épée.
D’un seul coup, des centaines de fils rouges furent tranchés.
Au même instant, d’autres fils fondirent sur moi, mais je ne m’arrêtai pas.
Fschh, fschh.
Je commençai par trancher les fils rouges qui m’enserraient.
Des milliers de fils rouges s’abattirent alors sur moi, mais j’avais déjà coupé tous ceux qui entouraient mon corps.
Grrrrr !
L’espace obscur où je m’étais trouvé seul n’existait plus.
L’espace entier, teinté de rouge, se précipita sur moi.
« Le Dieu de la Tromperie a aussi accru sa divinité. »
Il avait renforcé sa divinité, voulant voir l’issue de ce combat, et l’espace tout entier s’abattait sur moi.
Moi aussi, je déchaînais la Transformation quadruple dans le corps d’Adjak.
Nous forcions tous deux nos limites.
À chaque coup d’épée, le Fil rouge — non, l’espace rouge lui-même — était entaillé.
Libéré des fils, je me lançai dans une véritable frénésie.
Je brandis mon épée, d’où jaillissait la foudre de Tayon.
Chaque fois que ma lame touchait quelque chose, l’espace cramoisi se découpait et disparaissait.
Je stimulai le Cœur de dragon.
Boum !
En un seul battement, une immense quantité de mana jaillit.
C’était sans doute sa façon de se rebeller après avoir été écarté du combat.
Je fis de nouveau appel au pouvoir de la Transformation quadruple.
Des pans entiers de l’espace rouge furent arrachés.
À ce rythme, si je parvenais à découper tout l’espace, la victoire serait mienne.
— Maudain humain ! Même si ma divinité périt ici, je te tuerai !
Depuis que j’étais entré dans cet espace, le Dieu de la Tromperie n’avait pas dit un mot. À présent, sa voix retentissait.
Les fils rouges virèrent au rouge sombre, couleur du sang. Un torrent gigantesque déferla vers moi.
Un humain maudit, hein.
Le Dieu de la Tromperie ne savait rien de moi.
« Je suis mi-humain, mi-dragon. »
C’était vrai pour moi comme pour Adjak.
Le Dieu de la Tromperie ne répondit pas.
Il n’en avait pas le loisir.
Craaaac !
Le courant électrique d’Adjak, ma Transformation quadruple et même le pouvoir divin de l’Épée sainte.
Tout se mêla et déchira l’espace.
« Encore un peu… Si je peux trancher un peu plus vite, je devrais réussir à sortir. »
Il me suffisait de brandir mon épée plus vite que les fils rouges ne se multipliaient.
Mon regret se mua en désespoir.
Encore un peu, juste un peu plus vite !
Je déployai la Ruée grâce aux cornes de dragon, et le mana prodigieux d’Adjak vint soutenir mon corps.
L’aura, la volonté et le pouvoir divin d’Eusebia enveloppèrent mon corps.
Craaaaaac !
Un formidable coup de tonnerre retentit dans l’espace.
Au même instant, d’innombrables éclairs s’abattirent.
Je compris que mon corps était devenu foudre.
« La Transformation quadruple d’Adjak ? »
Un état terrifiant, où le corps physique se changeait en foudre.
J’avais activé le Tonnerre fracassant le ciel.
Crac ! Crac !
Des milliers d’éclairs s’abattirent dans un vacarme qui semblait déchirer le ciel.
Mon corps se transforma en éclair et lacéra l’espace.
Inutile de brandir mon épée.
La vitesse à laquelle mon corps avançait dépassait celle d’un coup d’épée.
— Qu-Qu’est-ce que c’est ?!
Le Dieu de la Tromperie avait libéré sa divinité de force.
La majeure partie de l’espace rouge qu’il avait tissé avait déjà disparu.
J’avais fini par trancher tous les fils rouges.
Fzzzt…
Une faible étincelle jaillit de mon corps, puis le courant électrique se dissipa à son tour.
L’effet du Tonnerre fracassant le ciel avait pris fin.
« Je ne pourrai certainement pas l’utiliser plusieurs fois. »
Peu après, l’espace disparut.
***
Lorsque je revins sain et sauf, mes compagnons s’approchèrent pour s’assurer que j’allais bien.
« Ça va. »
« Ton corps crépite encore d’électricité… »
Les effets du Tonnerre fracassant le ciel ne s’étaient apparemment pas complètement dissipés, même après la fin de la technique.
Avec la Plaque de foudre, ce serait très efficace.
Je n’avais probablement pu déclencher un Tonnerre fracassant le ciel que parce que j’étais dans le corps d’Adjak, mais le souvenir de son utilisation et la manière de mobiliser ma volonté restaient gravés dans mon esprit.
Je résolus de le mettre à l’épreuve dès que cette épreuve serait terminée.
— Ugh… J’ai attendu des milliers d’années.
Étonnamment, le Fil rouge pouvait encore parler.
De fait, un être qui avait autrefois été un dieu ne semblait pas mourir si facilement.
Je levai l’Épée sainte et avançai entre les pierres tombales.
— Si tu m’épargnes, je te donnerai du pouvo…
Fschh.
Le Fil rouge n’eut pas le temps d’achever sa phrase.
J’avais brandi l’Épée sainte et tranché le fil.
Je ne voulais pas laisser un tel spectre se trouver des excuses, ni lui donner une nouvelle occasion de tromper qui que ce soit.
Le fil tranché s’enroula autour du sceau que je tenais à la main.
Il prit une forme semblable au cocon que j’avais connu dans l’espace.
Le chef du village était prosterné à terre, en larmes.
Je m’approchai de lui et lui tendis le sceau enveloppé dans le Fil rouge.
Le chef continua de pleurer en tripotant le joyau.
Après l’avoir caressé un long moment, il me le rendit.
« Merci. Grâce à vous, j’ai été libéré de ce cycle. Ce sceau… J’espère qu’il sera entre les mains d’un héros. »
Je hochai silencieusement la tête.
Peu après, un portail se forma au-delà de l’endroit où se trouvaient les pierres tombales.
On aurait dit que la troisième épreuve s’achevait ainsi.
Le Monde de la Récurrence n’était qu’un monde qui rejouait le passé.
Mais, tout comme j’étais parvenu à une conclusion différente de celle d’Adjak, je voulais aussi offrir une autre fin à ce monde.
« Tiens ta promesse. Mets fin à la guerre que tu as déclenchée. »
Je n’imitais plus la façon de parler d’Adjak.
Après tout, il était temps de partir.
Nous laissâmes le chef hocher la tête derrière nous et nous avançâmes dans le portail.
***
[Vous avez accompli un exploit. Vous avez réécrit l’histoire passée.]
[Cela ne sera pas consigné dans l’« Histoire officielle », mais un monde se souviendra de vous.]