Chapitre 130
Le lendemain matin.
Je me lavai dans le ruisseau, puis me rendis au Nid du Haut Dragon.
Une barrière se dressait là, mais, contrairement à la fois précédente, elle ne m’empêcha pas de passer.
Je suivis l’unique chemin qui s’enfonçait dans le Nid et, une fois encore, Baden n’était pas là. Seule Hike m’attendait.
Après m’être incliné pour la saluer, je lui demandai où se trouvait Baden.
« Le seigneur Baden serait-il encore parti se recueillir ? »
« Vous craignez qu’il ne disparaisse à nouveau pendant trois ans ? »
« Pour être honnête, oui. Il est annoncé que le Dôme de Myeolji disparaîtra d’ici là. »
« Ne vous inquiétez pas. Une rumeur disait qu’un dragon vivait encore quelque part ; il est parti vérifier. »
Je ne pus cacher ma surprise.
J’avais cru que Hike et Baden étaient les deux derniers dragons.
S’il en restait un autre quelque part sur le continent, ce serait une bonne nouvelle pour eux.
« Vous semblez vous en réjouir. »
« Ha ha, c’est une bonne nouvelle, après tout. »
« Savez-vous que si vous surmontez la troisième étape de la Gravure, vous aussi, vous pourrez être considéré comme un véritable dragon ? »
« Oui, j’ai entendu dire que cet honneur pouvait même être accordé à un être à moitié humain et à moitié dragon. Alors, je me demandais si je ne pourrais pas bientôt recevoir la troisième étape de la Gravure. Mon cœur est plutôt puissant et… »
« Pas encore. »
Hike balaya aussitôt mes espoirs.
« Mais cela ne devrait pas prendre aussi longtemps que la dernière fois. Le rebord transplanté prend déjà racine dans votre cœur. »
« Merci. Je ferai de mon mieux. Alors, que devrai-je faire une fois arrivé chez les Chevaliers du Dragon Blanc ? »
« Le Tournoi des chevaliers se tient dans la capitale impériale. Vous devez y participer. »
« Cela ne pose pas de problème si je ne fais pas partie de l’ordre des chevaliers ? »
Hike m’expliqua brièvement la situation.
« À partir des demi-finales, il est possible de remplacer un combattant blessé lors des affrontements précédents. Apparemment, il n’est pas nécessaire de faire partie des Chevaliers du Dragon Blanc. »
« Alors, j’ai été choisi comme remplaçant. »
« C’est cela. C’est pourquoi les demi-finales sont réputées encore plus difficiles. Des mercenaires affluent de tout le continent. Vous vous en sortirez ? »
« Bien sûr. Si je déploie ma force là-bas, je pourrai me faire un nom encore plus grand. »
J’avais déjà acquis une certaine renommée.
J’avais d’abord été connu sur le continent sous le titre de Cinq Étoiles du Matin, puis, après être devenu un apôtre de l’Ordre sacré, rares étaient ceux qui ignoraient mon nom.
Mais il n’y avait aucun mal à gagner encore en notoriété.
C’était d’autant plus vrai que mon objectif, à terme, était de diriger une expédition.
« Oui. Dans votre état actuel, vous devriez vous en sortir. »
Hike le dit comme si elle avait confiance en moi.
Puis elle ouvrit un portail.
Il devait mener à la capitale impériale.
Avant de partir pour la capitale impériale, je sortis la Jarre des esprits de ma bourse de sous-espace.
Lors des combats à Myeolji, j’avais libéré tous les esprits qui s’y trouvaient.
Certains étaient revenus dans la jarre, mais les autres avaient suivi leur propre chemin.
La jarre m’avait été très utile à l’époque ; je voulais donc la remplir à nouveau d’esprits.
Hike reconnut l’artefact que j’avais posé et me demanda :
« Vous voulez la remplir d’esprits ? »
« Oui. Je la laisserai ici et je reviendrai la chercher. Il me semble qu’il y a beaucoup d’esprits puissants près du Nid. »
« Si j’en vois, je leur conseillerai d’entrer dans la jarre. »
« Oui, j’ai déjà demandé au seigneur Arandir de rassembler les esprits des sables. »
Je tournai ensuite les yeux vers l’Espace de la Langue des dragons, où se trouvaient mes compagnons.
Personne n’en était encore sorti, mais je croyais qu’ils réapparaîtraient sains et saufs.
« Alors, j’y vais. »
***
De retour dans la capitale impériale.
Je pensais bien avoir un jour une raison d’y revenir, mais je ne m’étais pas attendu à ce que cela arrive si tôt.
« Je vous attendais. »
« Ah, seigneur Balan. Cela faisait longtemps. »
Je retrouvai enfin Balan, qui avait participé à la même Cérémonie de la majorité que moi et s’y était classée quatrième.
Nous n’avions jamais été dans le même groupe pendant la Cérémonie de la majorité ; nos rapports étaient donc plutôt distants. Pourtant, la rencontrer ainsi, loin de là, me fit plaisir.
Balan devait ressentir la même chose, car elle sourit et me tendit la main.
Avant que je puisse la saisir pour la serrer, je remarquai le bandage qui l’enveloppait étroitement.
Comme je fixais le bandage, Balan retira la main et dit :
« Ce n’est rien. »
« Mais il y a du sang qui le traverse. »
« Les quarts de finale se sont terminés juste avant que je vienne vous chercher, seigneur Polarin. C’est parce que je l’ai bandée à la hâte. »
Balan parla rapidement, comme gênée, puis prit les devants.
Je la rattrapai aussitôt et lui dis :
« Serrons-nous quand même la main. Vous allez bien ? »
« Oui, je vais bien. »
Nous nous serrâmes la main, puis échangeâmes des nouvelles.
« Nous entendons souvent parler de vous, dans l’ordre des chevaliers aussi, seigneur Polarin. Vous êtes vraiment impressionnant. »
« Oh, pas tant que ça. Et vous, comment se passe la vie dans l’ordre ? »
« De l’entraînement, encore de l’entraînement, des exercices de combat… C’est éprouvant, mais gratifiant. »
Balan l’affirma avec un sourire.
Sa vie était sûrement aussi éprouvante que gratifiante, car son aura était solide.
Elle ressemblait à celle de Pasion.
« Nous avons récemment axé notre entraînement sur les combats contre les bêtes et les démons, plutôt que sur les affrontements entre humains. Le seigneur Pasion y a tenu. »
« Ah, seigneur Pasion… »
« Le seigneur Pasion souhaite vous aider, seigneur Polarin. »
En effet, c’était sans doute Pasion qui m’avait fait venir.
Dans la famille Adjak, qui comptait tant de personnes puissantes, il ne devait pas manquer de candidats au poste de mercenaire pour le Tournoi des chevaliers.
Pourtant, le fait qu’il m’ait choisi, moi, concordait avec ses paroles : il voulait m’aider à devenir un héros.
« Moi aussi, je m’entraînerai dur pour vous aider, seigneur Polarin. »
Balan le dit comme pour affermir sa résolution.
« Oui, je ferai moi aussi de mon mieux pour ne pas être un poids. »
Tandis que nous bavardions gaiement, nous arrivâmes au terrain d’entraînement où se tenait le Tournoi des chevaliers.
Le terrain d’entraînement de la capitale impériale était immense et extrêmement robuste.
Des cercles magiques y étaient incrustés en divers endroits, afin d’empêcher sa destruction, quoi qu’il arrive à l’intérieur.
« Nous y sommes. Si vous allez par là, le seigneur Pasion vous attend. »
« Merci de m’avoir guidé. À bientôt ! »
Je pris congé de Balan et nous nous séparâmes.
Pasion m’aperçut et m’accueillit avec un grand sourire.
« Vous vous entendiez bien avec Balan ? »
« Pas vraiment, mais cela m’a fait plaisir de la revoir. »
« Je comprends. Les liens entre personnes d’une même promotion sont plus précieux qu’on ne le croit. Et votre promotion compte un nombre surprenant de talents. »
« Vous connaissez bien les gens de ma promotion ? »
« Il y a vous, et Soler, qui a été choisi parmi les Cinq Étoiles du Matin avec vous, est également prometteur. En outre, Keldric et Blaze attirent aussi l’attention de leurs familles. »
« Et seigneur Balan ? »
« Parmi les Chevaliers du Dragon Blanc qui participent à ce Tournoi des chevaliers, Balan est la plus jeune. »
« Cela veut dire qu’elle est d’autant plus prometteuse. »
« Exactement. Elle grandira assez pour diriger un jour les Chevaliers du Dragon Blanc. Elle a le corps et l’esprit solides. »
Je ressentis une joie inexplicable.
Je voulais voir le jour où, même si c’était dans un avenir lointain, les membres de notre promotion auraient grandi chacun de leur côté et se retrouveraient pour unir leurs forces.
« N’oubliez pas non plus Kiyot et Siriel. »
« Je sais. Ce sont ceux dont vous êtes particulièrement proche, n’est-ce pas ? »
Comme s’il jugeait les salutations suffisantes, Pasion reporta son regard sur le terrain d’entraînement.
« Les demi-finales vont bientôt commencer. »
« J’ai entendu dire que les quarts de finale venaient de se terminer. Les demi-finales s’enchaînent tout de suite ? »
« Le Tournoi des chevaliers se déroule à un rythme soutenu. Nous étions dans le dernier groupe des quarts de finale et, malheureusement, nous avons été placés dans le premier groupe des demi-finales. »
« Ce n’est pas de chance. Alors, que dois-je faire ? »
« Regardez. »
« Quoi ? Vous ne m’aviez pas fait venir pour participer au Tournoi des chevaliers ? »
Pasion esquissa un sourire.
Il semblait déborder d’assurance.
« Vous avez fait équipe avec Tello de votre côté tout ce temps ; vous ne savez probablement pas à quel point notre famille est puissante. »
« Euh, oui. Je n’ai pas vu beaucoup des autres organisations de la famille. »
« Alors, ce sera une bonne occasion. Voyez par vous-même à quel point nous sommes forts, observez bien et réjouissez-vous. Quand vous deviendrez un héros, ils seront tous là pour vous aider. »
Ha ha ha !
Pasion éclata d’un rire triomphant.
Sa voix débordait de fierté pour les Chevaliers du Dragon Blanc.
Peu après, le vice-commandant des Chevaliers du Dragon Blanc s’avança et fit son rapport.
« Les préparatifs pour le match des demi-finales sont terminés. »
« Allez-y, remportez la victoire et revenez. »
« À vos ordres. »
J’étais perplexe intérieurement, car je m’étais attendu à ce que Pasion participe lui aussi.
Le Tournoi des chevaliers était une compétition où chaque ordre s’affrontait avec son honneur en jeu.
J’avais donc naturellement supposé que Pasion, le meilleur combattant de l’ordre, y participerait également.
Pourtant, il confia le commandement au vice-commandant et m’expliqua calmement les règles.
« Aux demi-finales, vingt chevaliers combattent dans une mêlée générale. Vous n’avez pas pu vous entraîner avec eux ; si vous vous joigniez à eux, vous ne pourriez pas apporter votre contribution. »
« Oh, mais je pourrais peut-être bien me débrouiller en faisant preuve de présence d’esprit. »
« Non. Un combat de chevaliers ne se gagne pas simplement grâce à la vivacité d’esprit ou à des capacités individuelles exceptionnelles. La force d’un ordre réside dans des centaines d’hommes qui avancent comme un seul corps pour anéantir l’ennemi. »
« … Je vois. Je ne le savais pas. »
« Observez attentivement le combat des chevaliers. »
Pasion poursuivit d’un ton assuré.
Il n’avait probablement aucune idée que, de mon côté, je me disais que c’était une très bonne chose de ne pas avoir rejoint l’ordre des chevaliers.
« Nous allons maintenant commencer le premier match des demi-finales. Les Chevaliers du Dragon Blanc contre les Chevaliers de Guberger. En place ! »
Cling, cling, cling.
Cling, cling, cling, cling.
Les deux ordres de chevaliers apparurent en formation parfaite.
Surpris, je posai une question à Pasion.
« Les Chevaliers de Guberger… C’est l’ordre de la famille du Chancelier de fer ? »
« C’est exact. »
« … Cela ne posera pas de problème si vous ne participez pas, seigneur Pasion ? »
« Il paraît que ce vieux Fesler dirige l’Empire ces derniers temps, en l’absence de l’empereur. »
Le Chancelier de fer, Fesler Guberger.
Le nom du deuxième homme de l’Empire, incontesté, venait d’être évoqué.
La famille Guberger régnait depuis longtemps à la deuxième place de l’Empire.
Leur puissance était donc immense, et l’on disait qu’ils avaient énormément investi dans leur ordre de chevaliers.
… Et Pasion venait de traiter cet homme de « vieux Fesler ».
« La famille Guberger peut bien diriger l’Empire, elle ne pourra pas s’en prendre à la famille Adjak. Dois-je vous rappeler pourquoi ? »
« … Vous avez dit que nous étions puissants, nous aussi. »
« C’est cela. Vous et moi n’avons qu’à observer d’ici. »
L’assurance de Pasion ne vacillait pas le moins du monde.
« Nous serons victorieux. »
— Prochain affrontement : les Chevaliers de Guberger contre les Chevaliers du Dragon Blanc ! Les deux ordres comptent parmi les favoris de ce Tournoi des chevaliers !
Juste avant que les deux ordres ne s’affrontent pour de bon, le commentateur les présenta.
— Les Chevaliers de Guberger, qui ont terminé à la deuxième place au dernier Tournoi des chevaliers, après leur défaite face aux Chevaliers de Rosamund, sauront-ils prendre leur revanche cette fois-ci ?
Boum, boum !
Les membres des Chevaliers de Guberger tapaient du pied et semblaient pleins d’assurance.
— Ou les héros, les Chevaliers du Dragon Blanc de la famille Adjak, qui participent après une très longue absence, sauront-ils à nouveau dominer le Tournoi des chevaliers comme ils le faisaient autrefois ?
À mesure que la voix du commentateur s’élevait, l’enthousiasme des spectateurs montait lui aussi.
« Nous montrerons une fois encore au continent à quel point la famille Adjak est puissante. »
Les deux camps allaient combattre avec leur fierté en jeu. De plus, cet affrontement ne mettait pas seulement en jeu la fierté et l’honneur des ordres de chevaliers.
Le Chancelier de fer, Fesler, était un homme qui, en l’absence de l’empereur, menait la guerre de l’Empire aux côtés du premier prince et du grand-duc du Nord.
Les partisans de la paix entre les humains et ceux qui soutenaient la guerre.
C’était sur cette scène que ces deux forces allaient s’affronter.
Je regardai la foule innombrable venue assister au Tournoi des chevaliers.
Le Tournoi des chevaliers était l’un des plus grands festivals de la capitale impériale ; les spectateurs étaient donc nombreux.
Mais je remarquai également que plusieurs grands personnages étaient installés çà et là.
Du premier prince, assis à la place d’honneur, au deuxième prince, que je voyais pour la première fois, en passant par le troisième prince, qui me jetait des coups d’œil.
À côté de la famille impériale, Fesler était lui aussi assis, l’air épuisé.
De nombreux autres nobles assistaient également au Tournoi des chevaliers.
« Je ne vois pas le marquis Rodos. »
« Je lui ai dit de ne pas perdre son temps et de se préparer à la suite. »
J’aurais dû commencer à m’habituer à l’assurance de Pasion.
« Contentez-vous d’observer attentivement de vos propres yeux et préparez-vous à entrer en finale. »
À peine Pasion eut-il prononcé ces mots que le commentateur cria d’une voix puissante :
« À l’attaque ! »