Chapitre 129
La Transformation quadruple de Tayon était intégrée à la technique de projection d’aura qu’il utilisait habituellement.
Lorsqu’il projetait son aura, sa lumière bleue et sa courbe évoquaient un croissant de lune, ce qui lui avait valu le surnom de Tayon de la Lune Bleue.
La Transformation quadruple de Tayon était aussi une version considérablement améliorée de cette même technique.
Quand Tayon recourait à la Transformation quadruple, la lumière du monde était aspirée par son épée levée et les alentours se teintaient de noir. Seule son arme brillait d’un bleu éclatant.
Dans cet état, lorsqu’il abattait son épée, l’arc d’aura qui aurait normalement porté la lumière de la lune ne se dessinait pas.
Dans un monde aussi sombre que le ciel nocturne, une lune bleue apparaissait soudain juste devant la cible de l’attaque de Tayon, et l’ennemi tombait sans avoir eu la moindre chance d’esquiver.
C’est ainsi que Tayon avait vaincu Nagelmayer.
La seule Transformation quadruple que j’avais vue dans ce monde était celle de Tayon ; le mieux serait donc de m’inspirer de sa méthode.
Mais de même que je ne pouvais pas devenir exactement comme Adjak en prenant exemple sur lui pour orienter ma progression, je ne pourrais pas utiliser la même technique que Tayon en m’inspirant de lui.
« Je devrais passer en revue, une par une, toutes mes capacités. »
Un Cœur de dragon dans mon corps.
Mon escrime reposait sur l’Épée liée.
[Ruée], [Armure intangible], [Ailes d’Ainsitel], [Peur], [Flamme noire], [Manipulation de la gravité]…
La Terminaison.
Et l’Intention, que j’avais récemment appris à manier.
Je me remémorai tout ce que je savais faire et mis même mes capacités à l’épreuve contre le pantin de bois.
Je le pouvais parce que je m’étais habitué à l’affronter.
Avant, il aurait suffi que je pense à autre chose, ne serait-ce qu’un instant, pour que le pantin de bois ne manque pas l’occasion de m’abattre.
Mais à mesure que je m’étais accoutumé au combat, mes techniques et mon instinct s’étaient améliorés, et mes niveaux de Mélodie avaient eux aussi augmenté.
Grâce à cela, je pouvais tester diverses choses contre le pantin de bois, qui n’était qu’une réplique d’Adjak.
« Même si je pars comme ça, je serai bien plus fort qu’avant. Mais je ne peux pas m’en contenter. Je dois réussir une Transformation quadruple. »
De plus, je ne pourrais sans doute pas quitter l’Espace de la Langue des dragons de Hike si je ne parvenais qu’à lutter à armes égales avec le pantin de bois.
J’étais mort et revenu à la vie un nombre incalculable de fois, et j’avais exploré le vaste espace de Myeolji créé par la Langue des dragons, sans toutefois trouver de portail de sortie.
Je sentais ce que Hike attendait de moi : si je ne pouvais pas vaincre le pantin de bois, qui n’était qu’une copie inférieure d’Adjak, inutile d’espérer sortir.
En passant en revue tout ce que je possédais en affrontant le pantin, je compris quelque chose.
Chacune de mes capacités deviendrait une force, mais elles avaient toutes le Cœur de dragon pour noyau.
Boum !
Je lançai [Ruée] sur le pantin de bois, en étendant la zone d’effet de la Terminaison.
La seule raison pour laquelle le pantin pouvait résister à mon épée avec ses minces morceaux de bois, c’était le Mana d’Adjak.
Je devais briser ce Mana.
Boum ! Boum !
Nos épées ne cessaient de s’entrechoquer.
Des explosions retentissaient et, bien qu’elles s’affrontassent avec des épées de bois, des étincelles jaillissaient.
Mon combat contre le pantin de bois ne se résumait pas à l’un qui se défendait pendant que l’autre attaquait.
Nous poursuivions le combat sans relâcher nos assauts, nos épées liées l’une à l’autre.
Mais rien ne changerait ainsi. Nous ne faisions que nous épuiser mutuellement.
« Je dois briser le Mana. »
Je me concentrai sur le combat et y insufflai ma volonté.
La Terminaison était sans conteste une magie irremplaçable, mais je ne l’utilisais pas correctement pour l’instant.
Au lieu de chercher à limiter l’utilisation du Mana de mon adversaire dans la zone, je m’attachais à saisir ses réactions à mesure qu’il bougeait.
C’était différent de l’objectif initial de la Terminaison, et si je ne pouvais l’utiliser que de cette façon, c’était parce que mon adversaire était plus fort que moi.
« Je dois rendre mon adversaire plus faible que moi. »
Comment m’y prendre ?
Je n’avais pas réussi à réfléchir jusque-là.
Mon esprit était seulement occupé par l’idée que je devais briser le Mana du pantin de bois et le rendre plus faible que moi.
À cet instant, un autre phénomène étrange se produisit.
Tout ce qui m’entourait, à l’exception du pantin de bois et de moi, disparut.
Ce phénomène résultait d’une concentration extrême, et je compris en même temps que mon Intention se manifestait.
Je me concentrai sur mon Intention.
Je voulais qu’elle devienne assez puissante pour influer sur le monde extérieur.
Je me remémorai seulement l’aura d’Adjak qui enveloppait le corps du pantin.
Je devais la briser.
Un changement se produisit bientôt.
Le corps du pantin de bois disparut à son tour.
À présent, seule l’épée de bois qu’il brandissait flottait devant mes yeux.
Je ne voyais plus que son épée, la ligne gracieuse qu’elle traçait et l’aura solide qui l’entourait.
« Brise-la. Si je n’y arrive pas, alors au moins, érode-la. »
Je peux le faire.
À tout le moins, je devais le croire.
Je devais surpasser Adjak et trancher la tête du Roi-démon.
Je devais éroder et briser le Mana adverse, ainsi que l’aura condensée par ce Mana.
Était-ce si différent de la façon dont j’avais retiré l’énergie démoniaque qui s’était infiltrée dans les corps de Derix et de Raldetun ?
Oui, c’était différent.
Avec eux, j’avais posé la main sur leur corps et lentement insufflé mon Mana pour en extraire l’énergie démoniaque.
Il s’agissait davantage de la repousser que d’éroder le Mana.
Mais l’Intention permet de surmonter cette différence et d’accomplir ce qu’on n’aurait jamais imaginé pouvoir faire.
La seule chose qui restait dans mon champ de vision était l’épée du pantin de bois.
Je me concentrai sur l’épée et l’aura qui l’entourait.
Mais je réduisis encore davantage mon champ d’action.
Jusqu’au point où mon épée entrait en contact avec la sienne.
Je me concentrai uniquement sur l’aura à cet endroit.
« Repousse-la, érode-la, brise-la, peu importe ! »
Stimulé par mon Intention, un changement se produisit.
L’aura qui entourait l’épée du pantin de bois s’éroda.
C’était la première fois que mon Intention agissait sur le monde extérieur.
Je ne m’arrêtai pas et continuai à frapper de mon épée.
L’aura solide du pantin de bois s’érodait chaque fois que mon épée la touchait.
Mon aura, mon Intention, dévorait celle d’Adjak.
Fchht !
Enfin, une fois toute l’aura érodée, l’épée de bois se brisa elle aussi.
Alors seulement, le monde retrouva son apparence normale.
Le pantin de bois tenait son épée brisée, mais ne la brandissait plus.
Il restait là, sans bouger, le regard vide.
Bien que son visage fût dépourvu de traits, j’eus l’impression de pouvoir en deviner l’expression.
Il… souriait.
Je tranchai le cou du pantin de bois.
***
Après que le cou du pantin de bois eut été tranché, un portail apparut derrière son corps effondré.
Je touchai le pantin tombé à terre.
Il était exactement comme les pantins de bois que je frappais quand je m’entraînais dans les Montagnes de Gullok, enfant.
Il était fait d’un bois assez dur, mais ce n’était qu’un pantin de bois.
Pourtant, le pantin imprégné de l’aura d’Adjak ne pouvait pas être tranché facilement, même avec l’épée de Maron, qui avait subi une transformation de forme.
C’était mon Intention qui l’avait brisé.
J’avais accompli une Transformation quadruple et atteint le huitième rang.
Ce n’était pas une Transformation quadruple aux effets spectaculaires, comme l’invocation d’illusions ou une transformation radicale de l’espace, à l’instar de celles des autres.
Elle consistait simplement à éroder le Mana de l’adversaire.
Mais cela me suffisait amplement.
J’avais atteint le huitième rang.
Je pris une profonde inspiration en assimilant ce que ce combat m’avait appris.
Quand je retirai mon Mana, je sentis distinctement l’atmosphère sinistre et menaçante de Myeolji.
Un jour, je mettrais le pied dans le véritable Myeolji, et pas seulement dans cet Espace de la Langue des dragons.
Ce n’est qu’alors que je pourrais exaucer le souhait d’Adjak, et le mien.
Je retirai ma main du pantin de bois, inclinai la tête et franchis le portail.
***
Je retrouvai Hike dès ma sortie du portail.
Hike se tenait bien droite et me regardait.
Je sentais son regard m’examiner.
Je n’avais rien à cacher ; je soutins donc son regard avec assurance.
Hike n’ouvrit la bouche qu’après avoir longuement observé les changements qui s’étaient opérés en moi.
« Tu as bien travaillé. »
« Non, pas du tout. Grâce à toi, Dame Hike, j’ai beaucoup appris. »
Je la remerciai avec sincérité.
Au cours de la première et de la deuxième épreuve, j’avais gravi deux rangs.
Je savais parfaitement qu’il n’était pas facile de gravir les rangs.
Je compris une fois de plus que, même si l’Épreuve du Dragon était très difficile, une grande récompense attendait ceux qui parvenaient à la surmonter.
« Au fait, combien de fois suis-je mort là-dedans ? »
« Cent quarante-deux fois. »
Je tressaillis.
À un moment, j’avais cessé de compter et je m’étais battu avec un entêtement aveugle.
Même si je revenais à la vie après ma mort, la peur et le choc ressentis en mourant restaient gravés dans mon corps.
Je portai machinalement la main à mon cou.
« Combien de temps s’est écoulé ? »
« Vingt jours. »
Je m’étais battu vingt jours sans manger ni dormir.
Cette expérience de combat intense m’avait permis d’atteindre le huitième rang.
Mais un problème subsistait.
Le portail que j’avais franchi avait disparu.
Mais les trois autres portails continuaient d’émettre une lumière mystérieuse.
Les autres étaient entrés avant moi, mais n’étaient toujours pas ressortis.
« Est-ce qu’ils vont tous bien ? »
J’étais inquiet, car je savais à quel point le combat était désespéré et difficile. S’ils ne parvenaient pas à garder le contrôle de leurs émotions, ils risquaient de craquer.
Voyant que je regardais les portails avec inquiétude, Hike prit la parole.
« Tes compagnons se débrouillent bien. »
« Comment ? »
« Aucun n’a abandonné. Ils se battent tous comme il faut. »
« Tant mieux. »
Les quelques mots de Hike me rassurèrent aussitôt.
« Dans ce cas, pendant que j’attends, pourrais-je recevoir la troisième épreuve ? »
« D’abord, mange et repose-toi. Tu ne peux pas recevoir la troisième épreuve tout seul. »
Sur ces mots, Hike retourna dans la grotte.
Ce n’est qu’alors que je pris conscience de l’état de mon corps.
Même si l’Espace de la Langue des dragons m’avait permis de continuer à bouger sans dormir ni manger, ma fatigue n’avait pas complètement disparu.
Je m’assis et regardai les portails.
« Revenez sains et saufs après avoir surmonté l’épreuve. »
Pour l’instant, je ne pouvais que faire confiance à mes compagnons.
Au bout d’un moment, Hike m’apporta à manger.
La table était couverte de viandes appétissantes et de fruits frais.
« C’est un honneur que Dame Hike m’apporte à manger. »
« Il m’arrivait de donner à manger à Adjak, de temps en temps. »
Je m’en souvenais, moi aussi.
C’était à la fois un honneur et un geste dont je lui étais reconnaissant : elle faisait pour moi ce qu’elle avait fait pour Adjak.
« Écoute-moi pendant que tu manges. La famille Adjak a envoyé une requête. »
« Quelle sorte de requête ? »
« Les Chevaliers du Dragon Blanc ont dit qu’ils avaient besoin de toi. »
Les Chevaliers du Dragon Blanc ?
Vu le temps qu’il m’avait fallu pour accomplir les première et deuxième Épreuves du Dragon, ils devaient être en plein tournoi des chevaliers impériaux.
« Je t’expliquerai les détails demain. Pour l’instant, mange bien, dors une bonne nuit, puis rends-toi dans la capitale impériale. »
Hike n’était pas pressée.
Au contraire, elle semblait simplement vouloir que je mange et me repose comme il fallait.
Hike, la compagne d’Adjak et héroïne du continent, prenait soin de moi.
Tout le monde savait que Hike avait une noble personnalité.
Si les gens savaient ce qui se passait ici, en ce moment, ils en seraient très surpris.
J’allais jusqu’à penser que la situation était plus incroyable encore que le fait que j’étais devenu un apôtre de l’Ordre sacré.
« Merci. Je vais me régaler. »
Je remerciai Hike et mordis dans la viande.
C’était tellement… délicieux.