Chapitre 128
Je franchis le portail.
Un lieu entièrement différent de la forêt où se trouvait le Nid du Haut Dragon s’étendit devant mes yeux.
Dès que j’entrai dans cet espace, je sentis une aura inquiétante d’énergie démoniaque.
Cette terre grise, enveloppée d’une telle atmosphère, ne m’était pas inconnue.
Je me rappelai naturellement la quête impériale que j’avais accomplie avec Eidon lorsque je séjournais à Ostrum.
« Cette aura ressemble à celle de la forêt où s’est produite l’Érosion. Est-ce que… ce serait Myeolji ? »
Je n’étais probablement pas réellement entré dans Myeolji.
Le Dôme qui entourait Myeolji n’était pas un endroit où l’on pouvait aller et venir à sa guise en créant simplement un portail.
Hike avait dû recréer Myeolji grâce à la Langue des dragons.
Elle n’avait peut-être pas été capable de créer un portail qui m’aurait conduit à Myeolji, mais la puissance de la Langue des dragons était stupéfiante.
Elle avait reproduit Myeolji avec une telle précision que j’avais du mal à croire qu’il s’agissait d’un espace artificiel.
Je sentais même l’énergie démoniaque dans le vent qui m’effleurait, et chaque pas que je faisais soulevait des cendres.
Bien sûr, il y avait une différence.
J’avais beau marcher longtemps, rien ne m’attaquait.
Dans la zone d’Érosion, chaque arbre se jetait sur moi pour me tuer, mais ici, j’avais l’impression d’être le seul être vivant.
Malgré tout, la tension montait peu à peu.
Ce n’était pas seulement parce que Baden m’avait prévenu que cette épreuve serait difficile.
Je me demandai si c’était ainsi que l’on se sentait en allant à Myeolji.
L’énergie démoniaque, si concentrée, m’oppressait au point que j’avais du mal à respirer.
« Hike a dû vouloir me faire découvrir Myeolji par avance au moyen de cette épreuve… mais il doit y avoir autre chose, non ? »
Elle ne m’aurait pas soumis à une épreuve consistant simplement à m’adapter à l’environnement de Myeolji.
C’était difficile, mais pas impossible.
Je stimulai mon Cœur de dragon et libérai du mana.
En dominant les environs grâce à mon mana, je parvins à respirer un peu mieux.
— Essaie de le transformer en aura.
— Tu veux que je recouvre tout mon corps d’aura, pas seulement ma lame ?
— Exactement.
— À partir de maintenant, efforce-toi de maintenir cet état.
Je me remémorai les enseignements de Hike et, au lieu de simplement libérer mon mana, je le transformai en aura.
La première fois avait été difficile, mais ce n’était plus si compliqué.
J’avais pris le coup de main, et les enseignements du Seigneur Dragon, transmis pendant la deuxième étape de la Gravure du cœur, y étaient aussi pour beaucoup.
« Je dois m’entraîner pour pouvoir maintenir cet état même en plein combat. »
Et si j’utilisais la Terminaison en plus de ça ?
Il faudrait effectuer un calcul très complexe dans ma tête.
Mais je sentais instinctivement que, si je parvenais à m’adapter, je pourrais encore progresser.
Je m’exerçai à utiliser mon mana en y ajoutant la Terminaison.
Sans même m’en rendre compte, j’étais si concentré que j’avais oublié me trouver dans une épreuve, et que cet endroit n’était qu’un espace créé à l’image de Myeolji.
Recouvrir tout mon corps d’aura et utiliser la Terminaison me devenait peu à peu plus familier.
Insatisfait, je m’entraînai aussi en maniant mon épée.
M’entraîner au beau milieu de Myeolji, où tourbillonnait une épaisse énergie démoniaque, m’était assurément profitable.
J’apprenais peu à peu à manier le mana.
Clac-clac, clac-clac.
Alors, j’entendis un étrange bruit de pas.
Je regardai dans sa direction.
Un mannequin de bois tenant une épée d’entraînement s’approchait de moi en grinçant.
Il avait l’apparence de ces ennemis qu’on croisait dans les tutoriels des jeux vidéo.
Un mannequin de bois sur lequel on s’exerçait à coups d’épée.
Pourtant, malgré son apparence banale, presque familière, il dégageait une aura terrifiante.
La créature s’avança en agitant ses bras et ses jambes grêles, puis s’arrêta devant moi. Elle leva son épée et prit position.
Sans qu’on me fournisse la moindre explication, je compris instinctivement que c’était l’adversaire que je devais vaincre dans cette épreuve.
Je serrai Maron à mon tour et adoptai une garde défensive.
Bientôt, du mana jaillit du corps du mannequin.
Mes yeux s’écarquillèrent aussitôt.
« C’est proche de… mon mana ? Non, je devrais plutôt dire que c’est identique ? »
Le mannequin prit son élan et fonça sur moi.
La créature abattit simplement son épée de bois. Je n’eus pas le temps de réagir : ma tête fut tranchée.
***
« Ha… ha… »
Je respirai bruyamment et portai la main à mon cou.
Contre toute attente, ma tête tenait toujours à mes épaules.
Je n’en ressentis aucun soulagement.
La peur m’envahit.
J’avais plusieurs fois pensé que je pourrais mourir dans ce monde.
Je croyais m’y être préparé.
Mais la sensation que j’avais éprouvée au moment où ma tête avait été tranchée était atroce.
La douleur avait été si vive que j’avais du mal à croire que j’étais encore en vie.
Mais je ne pouvais pas rester là, étendu.
Clac-clac.
J’entendais de nouveau des pas.
Je raffermis ma prise sur Maron pour empêcher ma main de trembler.
Je réfléchis à la façon dont je devrais réagir si le mannequin se jetait encore sur moi.
J’avais déjà déployé l’Armure intangible et étendu la zone de Terminaison au prix d’un effort considérable.
Heureusement, j’avais réussi à l’étendre davantage qu’avant, et la zone où se tenait le mannequin faisait désormais partie de mon domaine.
Le mannequin prit position.
Il prit appui sur la pointe de ses pieds et se rua sur moi.
Vlan !
L’épée de bois et Maron s’entrechoquèrent avec un bruit pareil à l’explosion d’un boulet de canon.
Heureusement, je me trouvais dans la zone de Terminaison : je pus réagir.
Ma main était si engourdie que j’avais l’impression qu’elle s’était déchirée, mais je n’avais pas le temps de m’attarder sur la douleur.
L’épée du mannequin dessina une courbe gracieuse et fendit de nouveau l’air dans ma direction.
Je recourus moi aussi à l’Épée liée.
L’attaque et la défense se poursuivirent longuement.
Mais j’étais terriblement inférieur au mannequin.
L’Armure intangible céda sous une attaque qui dépassait ses limites, et mon bras gauche, grièvement blessé, pendit mollement le long de mon corps.
Malgré tout, je continuai à brandir mon épée.
Au moins, tant que je combattais, rien ne venait me distraire.
J’effaçai même de mon esprit le fait que j’étais mort avant de revenir à la vie dans cet espace de la Langue des dragons créé par Hike.
J’étais simplement absorbé par le combat.
Le mannequin avait des membres grêles et aucun visage distinct, alors je ne pouvais pas lire son expression.
Mais, pour une raison ou une autre, j’avais l’impression qu’il se battait contre moi de toutes ses forces.
« …La prochaine fois, ce sera différent. »
Alors que je finissais par m’effondrer, le mannequin abattit son épée sur moi.
***
Je ne savais plus combien de fois je m’étais battu ni combien de fois j’étais mort. J’avais compté jusqu’à cent.
Non, je commençais même à oublier depuis combien de temps j’étais dans cet endroit.
La peur ? Je m’en étais presque entièrement débarrassé.
Je n’étais pas calme au moment de mourir, mais à présent, j’étais davantage animé par l’obstination que par la peur.
Bien sûr, cela ne voulait pas dire que j’étais assez présomptueux pour croire avoir surmonté la peur de la mort.
Depuis que j’avais appris que je ne mourrais pas dans cet espace, j’essayais tout ce qui me passait par la tête.
Je ne pensais pas avoir manqué d’expérience pratique jusque-là, mais celle que j’accumulais au cours de cette deuxième épreuve était indéniablement en train de porter ses fruits.
Vlan ! Vlan !
À chaque choc des épées, tout mon corps me faisait souffrir comme si on me le déchirait, mais je ne baissais plus les bras si facilement.
Je serrai Maron de toutes mes forces, comme si je voulais l’essorer, et l’abattis.
Vlan !
Sous la puissance de mon attaque, le mannequin vacilla et recula de quelques pas.
Mais la créature déploya son épais mana et se rua sur moi.
[Mélodie : le niveau de « Flamme noire » a augmenté.]
[Flamme noire niv. 4 -> Flamme noire niv. 5]
[Mélodie : le niveau des « Ailes d’Ainsitel » a augmenté.]
[Ailes d’Ainsitel niv. 6 -> Ailes d’Ainsitel niv. 7]
[Mélodie : le niveau de « Manipulation de la gravité » a augmenté.]
[Manipulation de la gravité niv. 2 -> Flamme noire niv. 3]
[Mélodie : le niveau de « Peur » a augmenté.]
…
Même si cet endroit était un espace virtuel créé par la Langue des dragons, les progrès que j’y accomplissais n’avaient rien d’illusoire.
Mes efforts, à mourir encore et encore tout en maniant mon épée et en utilisant mes Mélodies, portaient leurs fruits.
Le niveau de mes Mélodies augmentait, et la zone de Terminaison s’étendait. Envelopper tout mon corps d’aura me semblait également naturel, à présent.
L’épaisse énergie démoniaque qui m’entourait ne m’étouffait plus.
« Malgré tout… je n’arrive pas à gagner. »
J’en connaissais la raison.
Ce mannequin de bois utilisait le même mana que moi.
Au début, j’avais cru qu’il s’agissait d’une version future de moi-même.
Il avait le même mana que moi et maniait son épée d’une façon similaire, avec l’Épée liée.
J’avais été brièvement exalté, en pensant qu’en devenant plus fort, je pourrais atteindre ce niveau.
Mais après être mort des dizaines de fois de plus, je compris.
Le mannequin de bois n’était pas une version future de moi.
C’était Adjak.
Plus précisément, une réplique façonnée à son image.
Ironie du sort, Hike m’avait fait combattre Adjak.
Bien sûr, il n’était probablement pas aussi puissant qu’Adjak.
La créature ne pouvait même pas utiliser de Mélodies et était limitée par son corps de mannequin de bois.
Si elle pouvait imiter le mana d’Adjak, c’était ce qui empêchait son corps de se briser.
Ce mannequin de bois, entouré d’aura de la tête aux pieds, n’était pas un simple morceau de bois.
J’avais l’impression qu’un arbre géant, impossible à briser, se dressait devant moi.
Un arbre géant que je ne pouvais même pas égratigner, peu importe le nombre de fois où j’abattais ma hache. Et pourtant, je devais le faire tomber.
Mana, aura, intention, Mélodie, magie.
Je mobilisai tout ce dont je disposais pour combattre le mannequin.
Je ne me contentais pas d’utiliser ces éléments séparément : je les combinai et les transformai au fil du combat.
Ma technique avait elle aussi considérablement progressé.
Je sentais instinctivement qu’une fois la deuxième épreuve terminée et de retour dans le monde extérieur, j’aurais atteint un tout autre niveau — non, un niveau incomparable.
Mais combattre le mannequin de bois était trop difficile.
Tout ce que je parvenais à faire, c’était le faire vaciller et reculer de quelques pas.
Je devais changer.
Si je ne progressais pas de façon considérable, je ne ferais que mourir ici, encore et encore.
Peu importait à quel point la mort dans cet endroit différait de la mort véritable, et peu importait que mon esprit ne soit pas encore brisé.
Je ne savais pas combien de temps je pourrais tenir.
Je ne me ruai pas sur le mannequin, qui avait reculé de quelques pas.
À quoi bon ? Tout ce que je pourrais faire, ce serait pousser ses jambes frêles à reculer de quelques pas supplémentaires.
Je fis de nouveau tournoyer mon épée.
« Je dois atteindre la Transformation quadruple. »
Je n’avais atteint le septième rang que quelques jours plus tôt.
On ne pouvait pas gravir les rangs en un claquement de doigts.
Atteindre le septième rang en un peu plus de trois ans depuis le début de ma progression officielle était déjà un exploit remarquable.
Dans le monde, d’innombrables gens ordinaires ne parvenaient pas à dépasser le quatrième rang, même après toute une vie d’entraînement, et bien des personnes talentueuses n’atteignaient jamais le septième.
Pourtant, mes compagnons et moi avions tous atteint le septième rang.
Nous méritions d’être salués comme les plus grands talents du continent.
Mais je ne pouvais pas me contenter d’être un génie parmi tant d’autres sur le continent.
Je devais devenir l’être le plus puissant de ce monde.
Un être irremplaçable.
Pour cela, je devais atteindre le huitième rang, qui me permettrait d’utiliser la Transformation quadruple.
La Transformation quadruple, forme ultime de l’intention, désignait le stade où l’intention d’une personne pouvait agir sur le monde.
Je me remémorai la Transformation quadruple de Tayon.
C’était la seule que j’avais jamais vue ; je ne pouvais donc pas m’inspirer d’autres exemples.
Mais cela suffisait.
Je repassai en revue les techniques que j’utilisais d’ordinaire.
Comme j’avais tout employé au cours de mon combat contre le mannequin, il ne m’était pas difficile de me les rappeler.
Parmi elles, laquelle pouvait être renforcée et développée avec l’intention d’agir sur le monde ?
Il n’y en avait qu’une.