Il me fallait trouver une nouvelle Mélodie.
La situation était différente de celle où j’avais obtenu [Ruée].
[Ruée] était une capacité que je pouvais acquérir à coup sûr grâce à la Prédation du cœur.
Mais cela n’était possible que parce que je possédais le trait du « Cœur de dragon ».
Dans ce monde, obtenir une Mélodie était bien plus difficile qu’on aurait pu le croire.
Elle pouvait être cachée dans un temple du désert ou suspendue à un arbre, au cœur d’une forêt ; celle que je devais trouver à présent se dissimulait parmi les innombrables pierres qui recouvraient cette montagne.
Bien sûr, elle se distinguait nettement d’une pierre ordinaire.
Je la reconnaîtrais au premier coup d’œil.
C’était une pierre en forme d’étoile, qui n’avait pas pu se former naturellement.
Mais malgré sa forme particulière, la retrouver au milieu de cette immense montagne de pierres n’avait rien de facile.
À y repenser, Adjak était vraiment un personnage béni des dieux.
Quand Adjak avait obtenu cette Mélodie, il n’avait rencontré aucune difficulté particulière.
J’avais simplement ramassé une pierre à la forme intrigante, et elle s’était révélée être une Mélodie.
C’était, au sens propre, le fruit d’une chance insolente.
J’avais gravi plusieurs fois la montagne de pierres de Panata en faisant progresser d’autres personnages, mais jamais je n’avais obtenu une Mélodie comme celle que j’avais trouvée avec Adjak.
En me remémorant mes souvenirs d’Adjak, un soudain pressentiment m’envahit.
« Est-ce que je vais réussir à la trouver aujourd’hui ? Il faut que je la déniche avant le coucher du soleil. »
Rien que cette pensée me semblait déjà bien optimiste.
Je me penchai et me mis à fouiller parmi les pierres.
Par pitié, montrez-vous.
* * *
Cinq heures plus tard.
Je dus me rendre à l’évidence : retrouver chaque pierre de cet endroit tout seul relevait de l’impossible.
« J’aurais dû emmener quelqu’un ? »
Kiyot, Siriel, ou même Tayon ?
Mais c’était impensable.
Pour leur demander de l’aide, j’aurais dû révéler qu’une Mélodie se trouvait ici.
Il aurait été difficile d’expliquer clairement comment je savais qu’elle était là, et même la personne la plus digne de confiance aurait pu être tentée de convoiter une Mélodie en la voyant.
Désespéré, je saisis mon épée, la secouai et lui demandai :
« Donne-moi un petit coup de main. »
Depuis que j’avais compris que l’esprit de l’Arbre-Monde résidait dans mon épée, je lui avais demandé de l’aide à plusieurs reprises.
Mais en vain.
[Ah… Aah…]
Un esprit de la trempe de celui de l’Arbre-Monde devait bien avoir une conscience, mais il n’arrivait toujours pas à parler correctement.
Il ne dégageait pas non plus de lumière blanche, contrairement à ce qui s’était passé lors de mon combat contre Pinnon.
« Patientons encore un peu. Un jour, il finira bien par parler correctement. »
Ce n’était tout de même pas un esprit inférieur dépourvu d’intelligence ?
Je chassai mon inquiétude et repris mes recherches parmi les pierres.
La nuit tomba rapidement. J’avais été tellement absorbé par ma quête que je n’avais pas vu le soleil se coucher.
Je n’avais qu’une journée.
J’ignorais quand je pourrais revenir à Panata.
Il fallait que je la trouve aujourd’hui, quoi qu’il arrive.
Si je parvenais à obtenir cette Mélodie, elle me serait indéniablement utile pour la prochaine Cérémonie de la majorité et pour la suite.
La nuit était tombée, mais il me restait une solution.
Après avoir obtenu la Prédation du cœur, j’avais appris à maîtriser le Cœur de dragon, ce qui me permettait de réaliser une sorte de tour.
Je concentrai une bonne partie du mana qui jaillissait de mon cœur dans le bout de mes doigts.
Le mana s’accumula dans ma main et émit une lumière blanche.
Je m’en servis comme d’une lanterne pour éclairer le sol et continuai à fouiller la montagne de pierres.
Alors que je poursuivais mes recherches, une voix m’interpella soudain.
« Excusez-moi~. »
Je levai les yeux et aperçus une inconnue.
Elle souriait légèrement, mais ses cheveux argentés, qui ondulaient dans la brise nocturne, lui donnaient un air étrangement froid.
« Vous cherchez peut-être ceci ? »
Malgré son allure glaciale, elle avait une voix douce. Dans sa main, elle tenait la pierre en forme d’étoile.
C’était précisément la Mélodie que je cherchais.
Mon cœur s’emballa.
Je n’avais pas senti sa présence avant qu’elle ne s’approche autant.
Elle ne semblait pas vouloir m’attaquer, mais je ne pouvais pas baisser ma garde.
Son apparence me permettait aussi de deviner qui elle était.
Des cheveux argentés aux reflets violets.
Des yeux bleu profond, comme le crépuscule.
Elle avait sans aucun doute du sang de Lupandel, la lignée dirigeante du district 3, dans les veines.
Me rappelant un nom que Pinnon avait mentionné en passant, je lui demandai :
« Êtes-vous Soler ? »
« Hum, c’est Dame Soler. »
Elle réclama son titre comme si cela allait de soi, puis gloussa avec un léger sourire.
À l’origine, Lupandel était une illustre famille noble de l’Empire.
Même après s’être alliée à la famille Adjak et avoir été intégrée à celle-ci, la lignée Lupandel n’avait rien perdu de son élégance aristocratique.
« Dame Soler, pourriez-vous me donner cette pierre ? »
« Hum… »
Même sa façon de fredonner était élégante.
J’avais dû fouiller toute la montagne pour trouver cette pierre, tandis qu’elle se tenait là, impeccable, sans le moindre signe de désordre.
« On dirait une Mélodie, non ? »
La situation se compliquait.
Une pierre en forme d’étoile.
Sa forme était inhabituelle, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle devine si vite qu’il s’agissait d’une Mélodie.
Et une Mélodie était un pouvoir que tout le monde aurait avidement convoité.
En tant que descendante de Lupandel, elle avait probablement eu maintes occasions d’en voir ou d’en posséder.
Malgré tout, je ne pensais pas qu’elle me la céderait facilement.
Et puis, dans cette situation, il m’était difficile de prétendre qu’elle m’appartenait.
« Argh… C’est l’une des Mélodies essentielles d’Adjak. Si je la laisse passer… »
Mais Soler me fit une proposition inattendue.
« Je ne vous la donnerai pas gratuitement. Faisons un marché. »
« Y a-t-il quelque chose que je puisse vous offrir, Dame Soler ? »
« Ha ha, j’aime bien cette attitude. »
… Elle est folle ?
Mais cette Mélodie était quelque chose dont j’avais absolument besoin.
« La prochaine fois que nous nous verrons, je te ferai signe. Alors, prends mon parti une fois, c’est tout. »
« Prendre votre parti ? »
À ma question, Soler hocha la tête.
Je m’étais attendu à une demande plus difficile, mais si elle ne me demandait que cela, je pouvais bien accepter. Même si j’ignorais ce qu’elle manigançait.
Je hochai la tête à mon tour.
Soler sourit radieusement et me tendit la Mélodie.
« Parfait. Tiens, c’est un cadeau. »
J’acceptai le cadeau avec précaution, puis plongeai les yeux dans ceux, bleu profond, de Soler et lui demandai :
« … Merci. Puis-je vous poser une question ? »
« Oui ? Laquelle ? »
« Comment avez-vous trouvé cette pierre ? »
Il y avait beaucoup de choses que je voulais lui demander.
Des renseignements sur les participants venus des régions autonomes supérieures pour la Cérémonie de la majorité, ou des détails sur les épreuves, qu’une personne de son rang, descendante directe d’une dirigeante de district, avait peut-être pu entendre.
Mais Soler n’avait pas l’air du genre à transmettre facilement des informations précieuses.
Surtout, je ne pouvais pas réprimer ma curiosité : comment avait-elle mis la main sur la Mélodie que je n’avais pas réussi à trouver malgré tous mes efforts ? Pourtant, elle répondit comme si la question était sans importance.
« Elle était juste là. »
« Juste là ? »
« Je vous ai vu ramper par terre et je me suis demandé ce que vous cherchiez avec tant d’acharnement. Alors j’ai baissé les yeux, et elle était là. Une pierre à l’apparence un peu particulière. »
Est-ce que c’est aussi un personnage béni des dieux ?
Je fus saisi d’un sentiment de découragement.
Combien de temps avais-je passé à retourner la terre ?
« Bon, à bientôt. »
Soler me fit un petit signe du bout des doigts et tourna les talons.
« Je me demande si tu suivras vraiment la voie d’un héros. »
Sur ces paroles énigmatiques, Soler disparut dans l’obscurité.
Pendant que je discutais brièvement avec elle, le soleil s’était complètement couché.
« Enfin, j’ai obtenu [Armure intangible]. »
Même lors du périple d’Adjak jusqu’au château du Roi Démon, [Armure intangible] avait joué son rôle à merveille.
Parmi les Mélodies défensives, elle figurait parmi les plus puissantes. C’était une capacité familière, que j’avais su utiliser efficacement dans le jeu.
J’examinai la pierre en forme d’étoile — non, la Mélodie d’[Armure intangible] — que Soler m’avait donnée.
Puis, la serrant fermement dans ma main, je fendis la Mélodie en deux.
Vroum.
Une auréole lumineuse apparut. Des informations affluèrent dans mon esprit.
[Vous avez obtenu la Mélodie « Armure intangible Nv. 1 ».]
[Une armure transparente dont la forme peut être modifiée librement.]
[Elle résiste aux attaques jusqu’à la limite de son niveau, puis se brise. Après sa destruction, un certain temps est nécessaire à sa restauration.]
Une voix résonna dans mon esprit.
Sans même avoir besoin de réfléchir consciemment à ces informations, je compris naturellement comment utiliser
[Armure intangible].
C’était comme si le savoir en avait été gravé dans mon âme.
J’activai [Armure intangible].
Je sentis une couche protectrice se poser sur mon corps.
Une pellicule transparente m’enveloppa. Je testai différentes formes, guidant l’armure par la pensée.
[Armure intangible] pouvait se concentrer uniquement autour de ma main droite ou prendre la forme d’une sphère.
Malgré son nom, elle ne se limitait pas à protéger : c’était une capacité très polyvalente, qui pouvait entraver les mouvements d’un adversaire ou permettre des attaques imprévisibles.
« C’est fait. J’ai maintenant une vie de plus. »
Après avoir testé ma nouvelle capacité, je me mis à redescendre la montagne.
* * *
« … Polarin. Tout s’est bien passé ? »
« Tu as été absent si longtemps, je m’inquiétais ! Ça va ? »
Les voix de Kiyot et de Siriel me parvinrent.
Je ne leur avais pas dit à l’avance où j’allais.
Pourtant, Kiyot et Siriel avaient remarqué mon absence.
« Oui, j’avais quelques trucs à régler pour la suite. »
« … Tu as l’air plutôt content. On dirait que tu as réussi ? »
La fin du piétinement des pousses ne signifiait pas que les menaces avaient disparu.
Le véritable jeu, la Cérémonie de la majorité, n’avait même pas encore commencé.
« Pourquoi tu demandes ça ? Polarin a déjà tout prévu, pas vrai ? »
La confiance que Siriel plaçait en moi me fit rire malgré moi.
« Ha ha, oui. Tout s’est bien passé. Réussissons aussi la Cérémonie de la majorité ! »
Atteindre le district 1 sains et saufs.
Réussir la Cérémonie de la majorité et atteindre chacun nos objectifs.
À partir de maintenant, je n’avais besoin de me concentrer que là-dessus.
* * *
Le lendemain matin.
Sur la place du district 9, Tayon annonça les noms des participants à la Cérémonie de la majorité.
« Waouh, regardez leur équipement ! »
« On dirait le genre d’objets que de vrais chevaliers utiliseraient. »
Les participants étaient vêtus d’un équipement splendide.
Certains portaient une armure lourde, d’autres arboraient à la ceinture de luxueuses épées haut de gamme.
Leur équipement avait l’air encore meilleur que celui des Bigfoots qui étaient venus nous écraser.
Voilà ce que permettait la richesse de la région la plus prospère des districts autonomes d’Adjak.
« Tous les noms de la liste ont été appelés. Quelqu’un manque à l’appel ? »
Mais je me ressaisis et refusai de me laisser intimider.
Un combat ne se jouait pas uniquement sur l’équipement.
Entre-temps, je m’étais appliqué à mieux maîtriser [Armure intangible].
J’avais trouvé la Mélodie plus facile à utiliser que dans le jeu.
Je n’avais pas besoin d’appuyer sur des touches de raccourci : je pouvais la manipuler par la seule force de ma volonté.
Je m’habituais aussi à diviser [Armure intangible] et à l’enrouler autour de mon corps pour m’en servir comme d’une armure.
[Ruée], [Armure intangible].
Posséder deux Mélodies à un si jeune âge était un exploit enviable, mais, vu le chemin qui m’attendait, cela ne suffisait toujours pas.
« En route. »
Alors que j’allais suivre la voix solennelle de Tayon, la maîtresse de Panata, dans le district 9, leva son éventail et prit la parole.
« Tayon, avant votre départ, pourriez-vous m’accorder un instant pour parler avec mon adjoint ? »
… Avec moi ?