Chapitre 82
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 82 : Solstice d’hiver (3)
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Le hurlement de la banshee s’amplifia en se mêlant au vent mugissant. Des armées de morts se levèrent partout où les cendres étaient tombées.
Les cendres des frênes retombèrent parmi la foule. Le spectre d’un soldat jaillit soudain de l’épaule d’un habitant, tandis que des mages fantômes semblaient surgir des ombres.
Armede était désemparée. La plupart de ses sorts les plus puissants étaient de fait inutilisables. Elle pouvait recourir à d’autres formes de magie, mais elle était spécialisée dans les sorts de destruction à grande échelle. Impossible de lancer des bombes au milieu des habitants.
Cela faisait-il aussi partie du complot ? Armede tourna les yeux vers les comtesses et leurs enfants.
Ermiha et Hekedian. Ses demi-frère et sœur étaient sous le choc. Ils avaient peut-être convoité le pouvoir, mais n’étaient pas du genre à recourir à des manœuvres aussi cruelles.
La comtesse Esarg. Elle faisait semblant de garder son calme, mais récitait sans relâche des incantations de protection pour son enfant. Elle était bien trop désespérée pour être à l’origine de tout ça.
La réaction de la comtesse Helbrinke était particulièrement étrange. Son visage exprimait le désespoir, mais elle ne faisait rien pour protéger son fils.
Les Nains n’étaient pas particulièrement démonstratifs avec leur famille, mais ils tenaient profondément à leurs proches. La Helbrinke qu’Armede connaissait aurait fait quelque chose pour son enfant, tout comme Esarg. Pourtant, elle semblait incapable de bouger…
Kriel sentit que quelque chose clochait. À peine eut-il dégainé Tuon et bondi au milieu des spectres qu’un malaise l’envahit.
L’armée de spectres ne bougeait pas.
Ils restaient simplement là où ils étaient apparus.
Bientôt, tout le monde remarqua à son tour l’étrangeté de la scène. Les habitants s’éloignèrent des spectres et se dirigèrent vers la demeure du comte. La famille du comte comptait de puissants mages et, surtout, Kriel s’y trouvait.
Alors que la foule se faufilait parmi les spectres, la Chasse sauvage continuait d’observer en silence. Ceux qui avaient participé au cortège de l’Effigie du malheur fuirent vers Armede.
Kriel eut une impression de déjà-vu. La scène s’était déjà déroulée ainsi. Tout le monde avançait dans un sens, tandis que lui seul remontait le courant.
Il serra Tuon et se dirigea vers les spectres.
« Hé, Kriel ! »
« Armede. Fais entrer les habitants dans le château. Et… »
Il ne pouvait pas expliquer clairement ce qui motivait son jugement, mais son instinct lui hurlait qu’il fallait retrouver le comte de Kett. La dernière fois, la Chasse sauvage n’était-elle pas apparue seulement après que le comte de Kett se fut effondré ?
La situation était semblable. Tous les membres de la famille étaient sortis pour assister au Festival du solstice d’hiver, laissant le comte de Kett seul dans le château.
Il y avait des gardes, mais aucun mage parmi eux. Même en tenant compte des défenses magiques du château seigneurial, c’était le moment idéal pour s’y infiltrer.
« Protège ton père. »
« Bon sang, j’ai posté des membres de la Société autour du château ! Tu crois que je ne m’inquiète pas pour papa, moi aussi ? »
Armede désigna Ermiha et Hekedian. En temps normal, ils auraient saisi l’occasion pour lui lancer des piques, mais ils n’en avaient pas le temps.
« Hé ! Vous deux ! »
Armede retira son élastique, en fit une boule et le leur lança. Hekedian réussit de justesse à l’attraper.
« Merde, je pars avec Kriel ! Faites ce que vous voulez des membres de la Société ! »
« Grande sœur, et les habitants du territoire ?! »
« C’est à toi de les guider. »
Ses paroles étaient fermes, mais pas froides. Armede s’exprimait avec tout le calme dont elle était capable dans cette situation.
« Ce sont les gens de Kett, et ce sont tes sujets. Tu comprends ? De toute façon, je comptais quitter ces terres après le Festival du solstice d’hiver. Je ne sais pas lequel de vous deviendra seigneur, mais c’est à vous de les accueillir. »
Ses demi-frère et sœur restèrent bouche bée, mais ils savaient ce qu’ils avaient à faire. Avec les vassaux qui les suivaient, ils se mirent à rassembler les habitants et à les conduire dans le château.
« Je pars avec Kriel voir la tête de ce Roi des spectres. Je n’ai pas pu le voir la dernière fois. »
Kriel esquissa un sourire amer.
« C’est un duel en tête-à-tête. Si tu t’en mêles, ce sera plus dangereux. Pour nous deux. »
* * *
Kriel porta Armede dans ses bras et courut vers l’ouest. Il avait choisi cette solution parce qu’il n’avait pas réussi à la faire changer d’avis.
Ils coururent jusqu’à ce que les autres ne soient plus que des silhouettes au loin et que leurs vêtements noirs se fondent dans la nuit.
« Attends, pose-moi ici. »
Comme ça, tout à coup ? Malgré ses doutes, Kriel la reposa au sol. Ses bras fins, qui s’étaient enroulés autour de son cou, se desserrèrent lentement tandis qu’Armede murmurait :
« Moi aussi, je trouve cette situation étrange. C’est pour ça qu’il faut attaquer par surprise. Le coupable baissera sa garde, croyant que je suis partie. Les mages de la Société auront complètement bouclé l’extérieur du château seigneurial. Si quelque chose s’est passé, c’est forcément à l’intérieur. »
« Il y a un moyen d’entrer ? »
« Petite, j’étais une vraie peste. J’ai moi-même aménagé quelques passages secrets. »
« Orisin et la cape sont dans la chambre d’amis où j’ai séjourné. Orisin en sait long, malgré les apparences, et la cape déborde de Pouvoir divin. Ils seront utiles. »
Kriel acquiesça. La situation était urgente, il fallait prendre des décisions rapidement. Alors qu’il allait repartir, Armede l’interpella.
« Kriel. Gagne et reviens. »
Pour la détendre, Kriel lui répondit sur le ton de la plaisanterie :
« Je n’ai pas pris mon armure. Et ce n’est même pas l’épée que j’utilise d’habitude. »
La lame de Tuon trembla. Elle semblait protester : elle valait bien mieux que ce grand espadon grossier.
Il ne pouvait pas invoquer son armure, puisqu’il avait retiré la cape pour aller avec sa tenue de cérémonie. La Marque du Grand Guerrier lui permettait certes de l’invoquer, mais l’armure elle-même était rangée dans l’ombre de la cape.
Armede soupira. C’était elle qui lui avait dit d’enlever la cape parce qu’elle ne lui allait pas. Si elle avait su que cela arriverait, elle aurait accepté sa proposition : il faisait froid dehors, et la cape irait bien avec sa robe s’il la portait comme un châle.
*Je n’aurais pas dû refuser juste parce que c’était la Sainte qui l’avait fabriquée… !*
Armede soupira de nouveau, puis répondit sur le ton de la plaisanterie. Ses paroles n’en étaient pas moins sincères.
« Tu ne le sais peut-être pas, mais dans un duel de chevaliers, c’est toujours celui qui a une dame à qui dédier son honneur qui l’emporte. »
Elle se présentait comme la dame de Kriel. Celui-ci lui répondit en reprenant une vieille formule chevaleresque :
« La gloire de la victoire sera tienne, et l’opprobre de la défaite sera mien. Quel que soit le dénouement de ce combat, ta dignité ne s’effacera jamais. »
« Oublie la défaite. Gagne, c’est tout. »
* * *
Celui qui occupait le corps mécanique de Dein attendait en brûlant un encens toxique.
Même les membres de la Chasse sauvage pouvaient être anéantis pour de bon. La superposition de plusieurs facteurs — rancunes persistantes, contrats, feu-dragon et cri d’agonie d’un démon — les faisait apparemment ressusciter sans fin, mais ils pouvaient être détruits s’ils subissaient des dégâts dépassant une certaine limite.
En théorie, des attaques répétées de ce genre pouvaient anéantir la Chasse sauvage, ou du moins le Roi des spectres et ses troupes.
Mais la théorie restait théorie pour une raison. Personne n’avait mesuré les limites du Roi des spectres, et ses troupes ne se contentaient pas de diminuer. Leurs effectifs pouvaient aussi augmenter. Le Roi des spectres rassemblait souvent les âmes de ceux qui méritaient de combattre à ses côtés pour en faire ses subordonnés.
Le pouvoir de commander aux âmes appartenait au Roi des spectres, mais il en partageait une partie avec ses généraux. Peut-être estimait-il que ceux qui étaient assez forts et honorables pour mourir en affrontant ses généraux méritaient de rejoindre ses rangs.
*Non, peu importe…*
La légion du Roi des spectres avait sa propre forme de « miséricorde ». Une partie des légendes du Nord venait de la Chasse sauvage : ces récits de faucheurs qui venaient prendre des vies avant l’aube.
Ils apparaissaient devant ceux qui avaient été puissants autrefois, mais qui avaient décliné depuis. Les guerriers et les mages qui n’attendaient plus que la mort se voyaient offrir la possibilité de vivre sous une nouvelle forme.
Le comte de Kett, désormais incapable de se lever, recevrait la même « miséricorde ». Celui qui occupait le corps de Dein en était certain.
Ffou.
Une bourrasque soudaine apporta un froid assez vif pour trancher la chair.
Aucune fenêtre n’était ouverte dans la chambre du seigneur, et la cheminée brûlait toujours ; pourtant, le vent glacial ne faisait aucun doute.
Juste à côté du lit du seigneur apparut un chevalier sans tête, une épée à la pointe émoussée à la main.
L’épée était entièrement en métal, de la garde à la lame, et de délicats motifs dorés étaient gravés sur toute sa longueur. Dans l’autre main, il tenait un casque. Son crâne, absent de son torse, devait se trouver dessous.
Le Venin de Dragon maléfique qui brûlait dans la chambre du seigneur était plus concentré que celui qui avait été placé dans l’Effigie du malheur. Le Roi des spectres avait dû envoyer un subordonné plus digne de confiance là où se trouvait la trace la plus puissante de son ancien adversaire.
Et ici, ils assisteraient à la fin pitoyable d’un mage vieillissant. Ils lui accorderaient sûrement leur « miséricorde ». Le talent magique du comte de Kett se manifestait aussi bien dans son corps que dans son âme.
Ils auraient sincèrement pitié de l’éclat de l’âme du comte de Kett, qui s’éteignait à mesure que son corps déclinait.
« … Pourquoi ? »
Pourtant, l’épée d’exécuteur du chevalier sans tête ne s’abattit pas. Depuis son apparition, il était resté parfaitement immobile, son épée enfoncée dans le sol. L’invocation avait-elle échoué ?
Non. C’était impossible. Ce froid, les flocons de neige qui s’amassaient lentement derrière la fenêtre et le vent qui redoublait de violence comme à l’approche d’une tempête prouvaient tous que le Roi des spectres arrivait.
« Dullahan, pourquoi tu ne bouges pas ?! »
À cet instant, une voix s’éleva du casque terni du Dullahan.
[Le duel n’est pas terminé.]
La voix glaciale du Dullahan résonna. Non, ce n’était pas un écho. Elle en avait l’apparence parce que toutes les forces de la Chasse sauvage présentes dans le Comté de Kett parlaient d’une seule voix.
Ce n’était même pas une réponse au cri qui venait de retentir. C’était un hymne que l’armée du Roi des spectres chantait pour le challenger qui s’approchait.
[Puisque l’inviolabilité de ce territoire a été promise, le duel n’est pas terminé.]
[Puisque le challenger s’est présenté devant le Roi, le duel n’est pas terminé.]
[Puisque le Roi l’a reçu, le duel n’est pas terminé.]
[Héros, prends ton épée et décline ton nom. Il est temps de reprendre le duel interrompu.]
Notes :
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