Chapitre 81
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 81 : Solstice d’hiver (2)
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Même si le Cavalier poursuivant la Rancœur n’était censé que faire semblant de tirer la charrette qui transportait l’effigie de paille, il ne la déplaçait pas seul.
L’effigie de paille était si immense qu’on aurait mieux fait de la qualifier de géante que de poupée. Elle était plus légère qu’elle en avait l’air, puisqu’elle était faite de paille, mais les symboles de malheur entassés à l’intérieur pesaient lourd. Malgré ses roues, sa taille colossale lui donnait un poids considérable.
Aussi, lorsque le cavalier passait la corde sur son épaule et se mettait en marche, plusieurs habitants poussaient généralement la charrette par-derrière pour l’aider à la faire sortir des portes de la ville.
Kriel, lui, s’avança sans hésiter, avant même que les habitants aient pu venir se placer derrière lui. Il fit ainsi une rare démonstration de force.
Les habitants l’acclamèrent en le voyant faire étalage de sa puissance. Kriel garda un visage impassible, mais ses pensées étaient ailleurs.
« Quelqu’un ne va pas tarder à pousser par-derrière, quand même ? »
* * *
On avait préparé quelques jours plus tôt un champ à l’extérieur des portes de la ville pour y brûler l’effigie de paille. Quand Kriel y arriva en la tirant à lui tout seul, les acclamations des habitants redoublèrent.
[On pourrait croire qu’ils réduisent les efforts de mon maître à un simple spectacle, mais la révérence se lit au fond de leurs yeux. Ce n’est pas entièrement désagréable. En tant que seule épée à partager cet instant, je suis d’autant plus émue.]
Comme d’habitude, Kriel laissa les inepties de Tuon lui entrer par une oreille et ressortir par l’autre.
Des gens sans cœur. Ils auraient au moins pu aider.
Il n’avait pas fourni tant d’efforts, mais cela l’agaçait quand même. Pas une seule des personnes qui bavardaient avec lui un peu plus tôt ne lui avait proposé son aide. Était-ce ainsi qu’ils le traitaient parce qu’ils le prenaient pour un voleur cherchant à ravir la fille aînée du comte ?
« Ce sont de fausses fiançailles, et c’est Armede qui les a proposées en premier. »
Il ne pouvait toutefois pas dévoiler des affaires aussi privées à voix haute. Avec tous ces gens qui le regardaient, il ne pouvait pas se montrer aussi grossier que de froncer les sourcils sans raison.
Kriel se contenta de rester silencieusement aux côtés d’Armede. Lorsqu’elle lui prit naturellement la main et passa son bras sous le sien, les acclamations de la foule redoublèrent encore.
Armede claqua les doigts de sa main gauche, restée libre. Une étincelle rouge apparut au bout de son index.
La flamme vacillante levée devant son visage, Armede avait l’air d’une prophétesse de l’Antiquité.
« Aujourd’hui est la nuit la plus longue de l’année. »
« C’est le jour où la rancœur enfouie dans les cœurs et le chagrin errant sans réconfort s’infiltrent le plus profondément. Le jour où les cris du ciel et les longs soupirs de la terre se mêlent pour faire naître la nuit la plus sombre et la plus froide. »
« Mais dès demain, la puissance de la nuit commencera à reculer. De même que nous brûlons les malheurs que nous avons nous-mêmes tissés, les lois des cieux dissiperont les ténèbres qui se sont abattues sur nous. Rejetons ici toute la rancœur de l’année et accueillons le printemps à venir, ainsi que la bonne fortune. »
Le discours d’Armede s’acheva rapidement. Tout le monde savait que le moment le plus important de ce Festival du solstice d’hiver n’était pas la crémation de l’effigie de paille, mais l’annonce qui devait suivre.
Les comtesses et leurs enfants se tenaient un pas derrière Armede et Kriel, à la regarder prononcer son discours. La situation était gênante, mais que pouvaient-ils y faire ? Tous avaient dû se réunir pour la cérémonie officielle de proposition de succession du seigneur, alors qu’Armede allait la refuser.
Kriel jeta un coup d’œil aux deux comtesses et à leurs deux enfants. Cette fois-ci, leurs conseillers n’étaient pas avec eux. Était-ce parce qu’en tant que propriété du seigneur, ils ne pouvaient pas sortir des murs de la ville ?
Sous les regards avides des habitants, la flamme rassemblée au bout du doigt d’Armede jaillit vers l’effigie de paille.
* * *
Armede en était venue à détester la façon dont sa maisonnée négligeait son père, désormais diminué, et voulait échapper aux intrigues de sa famille.
Tous les vassaux n’avaient pas été obsédés dès le début par la succession et les bouleversements qu’elle entraînerait. Même les deux comtesses ne l’avaient pas été.
Les comtesses voulaient guérir le comte Kett.
Naid leur conseilla de faire venir des prêtres, tandis que Dein leur recommanda d’inviter des mages. Les comtesses suivirent les avis de leurs sages conseillers.
La maladie ne s’améliorait pas, qu’elles fassent venir des prêtres ou des mages. Peu à peu, le découragement prit le dessus. Puis vint le moment où le poids conjugué du découragement et de l’ambition l’emporta sur leur sens du devoir.
Dein et Naid, les deux Automates, avaient secrètement fait naître ces pulsions en elles.
La distorsion commença lorsque le duo, qui aurait dû présenter des points de vue divergents, désigna à l’unanimité Armede, qui s’était retirée de la lutte pour la succession, comme la plus grande menace. Pourtant, personne ne soupçonna les conseillers.
Les Automates se déchaînaient sous l’influence de la conscience collective qui les dirigeait. Depuis le jour où on avait découvert Dein et Naid, elles avaient été coupées de cette conscience collective et, à chaque modification, on avait bloqué tous les moyens possibles de les reconnecter.
En conséquence, les conseillers étaient devenus complètement indépendants du réseau reliant les Automates. Pour que la conscience collective les corrompe, elle devait envoyer son propre avant-garde établir le contact directement. Mais tant que l’Armée de l’Ouest tenait la ligne de front, elle ne pouvait pas envahir les conseillers qui avaient établi leur nid dans le comté.
Plus d’un siècle de service auprès de la famille du comte, renforcé par des inspections répétées, avait bâti une confiance inébranlable. Forts de cette confiance, les conseillers parlaient avec persuasion.
Plutôt que de recourir aux flatteries habituelles qui attisaient le désir de pouvoir, ils préparèrent une stratégie plus efficace.
Des insinuations sournoises visant l’instinct maternel des comtesses.
Si Armede s’emparait de tout ce que possédait la famille, laisserait-elle quelque chose aux autres enfants ?
Elle ressemblait tout particulièrement à son père. Les deux comtesses ignoraient-elles comment le comte Kett actuel avait traité son propre frère et sa propre sœur ?
Dans la famille Kett, le critère de succession était le « talent magique ». Le moyen le plus fiable de le mesurer consistait à organiser un duel entre les héritiers. Le comte Kett avait écrasé son frère aîné, qui était ensuite parti quelque part.
On disait qu’il était « parti », mais tout le monde pensait que le comte avait pris une décision impitoyable. C’est ainsi que le cœur des comtesses fut peu à peu corrompu.
À vrai dire, ce n’étaient pas les comtesses, mais une seule d’entre elles. La comtesse Esarg changea lentement d’avis, mais Helbrinke, la mère d’Hekedian, n’eut même pas l’occasion de changer.
Helbrinke était issue d’une famille naine illustre et, naturellement, c’était une artisane accomplie. Elle ne refusa pas l’occasion de manipuler et de modifier de ses propres mains des reliques antiques.
Comtesse et mécanicienne en chef des conseillers. Tels étaient les titres d’Helbrinke. C’est pour cette raison qu’elle était mieux placée que quiconque pour remarquer rapidement la corruption des Automates.
Dein, ou ce qui résidait en elle, avait anticipé cette éventualité et attaqua la comtesse Helbrinke.
Les vis alignées le long de la colonne vertébrale d’Helbrinke renfermaient un art secret des anciens Nains. Il projetait le contrôle exercé par la conscience collective des Automates, enfouis dans les profondeurs des terres occidentales.
À l’origine, cette technique ne pouvait pas s’appliquer à un être vivant. La comtesse Helbrinke, qui le savait en tant que maîtresse artisane naine, perdit le contrôle de son corps sous le choc.
Le temps passa. La tension entre Armede et les deux comtesses atteignit son paroxysme, et les offrandes faites durant plusieurs années pour invoquer la Chasse sauvage franchirent un certain seuil. La conscience qui contrôlait les Automates comprit enfin qu’il était temps de mettre son plan à exécution.
Invoquer la Chasse sauvage.
Personne n’arrêta l’Automate tandis qu’il se dirigeait vers la chambre du seigneur. Une machine qui ne se fatiguait jamais et ne trahissait jamais était la gardienne idéale pour un seigneur dans le coma.
Dein avait dissimulé un morceau de bois de frêne et une bouteille sous les fournitures de soin, parmi lesquelles se trouvaient des linges humides. La bouteille contenait un poison extrêmement dilué. Même diluée, une seule goutte suffisait à tuer quelqu’un, mais ce poison n’avait pas été préparé pour tuer qui que ce soit.
Aujourd’hui, l’âme du comte Kett serait récoltée par la Chasse sauvage.
* * *
Au moment où la flamme toucha l’effigie de paille, Armede sentit que quelque chose clochait.
Une odeur étrange flottait dans l’air.
« Du poison ? »
Non. Même s’il s’agissait de poison, le répandre sur une place aussi vaste n’avait aucun sens. Il leur suffisait d’éteindre le feu immédiatement.
Armede se mit aussitôt à éteindre les flammes, remettant à plus tard toute hypothèse sur cette odeur étrange.
Kriel trouva lui aussi cette odeur plutôt désagréable, sans toutefois savoir exactement de quoi il s’agissait. La faim du Chevalier Noir se délectait des cris qui s’attardaient dans cette odeur ; tout ce qu’il pouvait sentir, c’était que rien de normal ne brûlait là.
Tuon, elle, fut horrifiée.
[L’odeur du venin de Dragon maléfique… ! Maître, éteignez immédiatement le feu !]
Armede était déjà en train de l’asperger de magie aqueuse. Kriel tira lui aussi Tuon et libéra de l’Énergie de combat glacée.
« Mais pourquoi un Dragon maléfique ? Quel rapport avec tout ça ? »
[Le Dragon maléfique dort, un de ses crocs venimeux planté dans l’une des racines les plus profondes de l’Arbre-Monde.]
Tuon se hâta de ne lui en expliquer que l’essentiel.
C’était l’histoire du Roi des spectres.
Le Roi des spectres avait autrefois été chevalier et avait juré de protéger l’Arbre-Monde. Kriel se remémora les informations de fond de Tirnanog RPG. Les trois Calamités étaient liées les unes aux autres, dans une certaine mesure.
Le Dragon maléfique qui avait brûlé l’Arbre-Monde. Le Roi des spectres qui avait repoussé le dragon et vaincu un Démon. Les anciens corrompus par les Abysses qui avaient trahi le Roi des spectres. Les Automates créés pour purifier les corrompus par les Abysses.
[Il y a un peu de la puissance de l’Arbre-Monde dans chaque plante du monde, mais le frêne est celle qui ressemble le plus à sa forme.]
Kriel avait entendu une histoire semblable sur Terre. Dans la mythologie nordique, l’Arbre-Monde était censé être un frêne portant les neuf mondes. Plus Tuon expliquait, plus le pressentiment de Kriel se faisait fort.
[Un frêne couvert de venin de Dragon maléfique brûle. En ce lieu, où l’on a répandu des cendres de frêne encore et encore pendant des années, le serment du Roi des spectres a été violé.]
Ah.
Kriel se figea un instant.
Cela voulait dire…
[Il va venir.]
* * *
Un cri de banshee retentit depuis un cimetière lointain.
Notes de bas de page :
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