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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 8 : Il y a trop d’Abysses (1)
──────
Finalement, ce fut Kriel qui fit taire Orisin.
« Hé. »
[Hahahaha ! T’as vu ça ? J’ai remporté mon duel contre cette méchante sorcière─]
« Il n’y a pas de quoi se réjouir. »
[Quoi ?]
« Ça veut dire que même une Sainte ne peut pas purifier ta malédiction. À moins que plusieurs prêtres se réunissent pour accomplir un Grand Rituel, tu vivras à jamais souillé par les Abysses. »
[Hein ? Attends. Ça… ça veut dire que… ?]
Orisin garda le silence un moment, puis disparut dans la Corne de Bicorne en criant : « Ce n’était pas censé finir comme ça ! »
Kriel avait espéré pouvoir enfin savourer un dîner paisible, mais il dut plutôt faire face à Morgina, qui ne cherchait même pas à dissimuler son irritation.
Un plateau à la main, Morgina se laissa tomber sur la chaise juste en face de Kriel et murmura à voix basse :
« … Ce n’est pas que je manque de talent. »
« Je sais. »
Kriel répondit calmement. À sa connaissance, Morgina était la prêtresse la plus capable qui soit. Si elle n’avait pas réussi à régler le problème malgré tous ses efforts, c’est que la malédiction avait été impossible à lever par une seule personne dès le départ.
« Ça doit être une malédiction particulièrement vicieuse. »
« La malédiction en elle-même n’est pas si puissante. Le problème, c’est sa mèche. »
« Sa mèche ? »
« Ce qui forme le noyau de la malédiction. Quelque chose qui ronge l’âme de cette tête de cheval complètement dingue. J’ai utilisé des bénédictions pour purifier les esprits encore et encore, mais je n’ai pas réussi à nettoyer la source la plus profonde. »
Tant que le noyau de la malédiction ne serait pas purifié, la corruption continuerait de progresser, ne serait-ce qu’un peu. Kriel demanda :
« Attends. Si le problème vient de sa structure, un Grand Rituel ne serait-il pas inutile, lui aussi ? »
« Si on déversait autant de Pouvoir divin à l’aveuglette, je ne pourrais pas garantir le résultat… Mais en principe, c’est impossible. Les bénédictions empruntent les lois des dieux, alors il faut comprendre exactement quelle loi agit et comment. »
Morgina lui donna brièvement un exemple. Quelqu’un avait contracté une maladie mortelle et avait reçu plusieurs bénédictions censées le guérir. Son état s’était quelque peu amélioré, mais la maladie n’avait jamais disparu.
En réalité, la personne n’était pas malade. Elle avait été infectée par des parasites.
« Enfin, certains recueils disent que la véritable cause était les parasites, tandis que d’autres parlent d’un poison. Peu importe. C’est une histoire destinée à enseigner que si l’on utilise des bénédictions à tort et à travers sans comprendre la situation, on ne peut pas régler le problème à la racine. »
Kriel étudia la Corne de Bicorne qu’il tenait dans sa main. S’il n’existait aucun moyen de mettre fin à la corruption, que devait-il faire de ça ?
La voix d’Orisin résonna soudain dans sa tête.
[A-attends. On a quand même noué des liens ces derniers jours. Tu ne vas pas me croquer tout cru, là ?]
Kriel ne répondit pas. Après avoir entendu Orisin le supplier de patienter de huit façons différentes, sous prétexte que ce n’était pas le bon moment, Morgina marmonna, toujours aussi boudeuse :
« Le pauvre bougre a fait tout ce chemin. Je ne peux pas le laisser finir comme ça… »
« Hé. Donne-moi ça. »
« La corne ? »
« Ouais. Je vais trouver une solution. »
[Attends ! Tu vas me livrer à cette brute ? Kriel ! Messire le chevalier !]
Orisin cria désespérément. Contrairement aux nuisances mentales de tout à l’heure, il devait être trop affolé pour envoyer une onde de pensée, car tout le monde pouvait l’entendre.
« Orisin. »
[Tu vas me sauver ?!]
« On récolte ce qu’on sème. Tu aurais dû surveiller ta langue. »
Sans prêter attention aux cris d’Orisin, Kriel tendit la corne à Morgina. Il ne faisait pas ça uniquement pour tourmenter Orisin. Il voulait empêcher la corruption de s’aggraver.
Morgina esquissa un sourire féroce.
* * *
Kriel revit Morgina trois jours et trois nuits plus tard. Elle, qui débordait toujours d’énergie ou d’Énergie de Sang, avait maintenant les yeux creux, ce qui le marqua profondément.
« Prends ça. »
Morgina lui lança une dague dans un élégant fourreau de cuir. La poignée et le fourreau étaient noirs ; de loin, on aurait pu croire à une courte matraque noire.
Kriel tira la dague. Sa lame, aiguisée à la perfection, avait la couleur de l’os d’un animal fraîchement abattu.
Elle était blanche, mais une faible lueur rouge persistait en son centre, comme si tout le sang ne s’en était pas encore écoulé.
La lame, étrangement ondulée, brillait lorsqu’elle captait la lumière et prenait l’apparence singulière d’écume marine ou de flammes.
À cet instant, la voix bavarde désormais familière lui perça les oreilles.
[Il s’en est passé, des choses. Je suis épuisé.]
« C’est quoi, ça ? »
« Une dague fabriquée à partir de cette corne. Le fourreau est doté d’un effet de silence. Cette chose était vraiment trop bruyante. »
La Corne de Bicorne était assez tranchante pour fendre une armure de plates. Mais ce tranchant était concentré à son extrémité. Il avait fallu déployer de gros efforts pour le répartir sur toute la lame.
« Si tu vas poignarder des gens avec ça, la corruption sera purifiée. Nettoyer la source est impossible, vu que l’esprit de cette tête de cheval est irrécupérable, mais tu pourras la laver chaque fois qu’elle sera souillée. »
Morgina faisait passer ça pour une broutille, mais les efforts qu’elle avait fournis rivalisaient avec ceux nécessaires aux préparatifs de la grande fête du temple.
Eve Kaha était la déesse qui guidait les morts à la guerre. Elle avait donc également une nature de déesse guerrière. Parfois, le combat honorable lui-même devenait une offrande qui lui était destinée.
Morgina s’en était servie pour bénir la Dague à corne et faire des combats menés avec elle des rituels offerts à Eve Kaha. Tant que Kriel ne lâcherait pas la dague, le cheval ne deviendrait pas soudain fou furieux et ne lui foncerait pas dessus.
« Bon, prépare-toi. »
« Me préparer ? »
« Je te l’ai dit. Dans quelques jours, on rencontre le Roi-Prêtre. Tu comptes te présenter avec cette armure encombrante ? C’est une audience, après tout. »
L’objection de Kriel, qui prétendait que l’armure était la tenue d’apparat d’un chevalier, ne pesa pas lourd lorsque Morgina lui lança des vêtements.
L’uniforme soigné, mais sans ostentation, était noir comme le plumage d’un corbeau, à l’image des vêtements de Morgina. Un corbeau brodé de fil rouge ornait la poitrine, ce qui permettait de reconnaître facilement l’uniforme de l’Église d’Eve Kaha.
Quand Morgina vit Kriel après qu’il se fut changé, elle hocha la tête, satisfaite.
« L’habit fait vraiment le moine. Allons-y. »
* * *
Le Roi-Prêtre détestait sa fonction.
Il aurait dû se douter que quelque chose clochait lorsque personne ne s’était porté volontaire lors de l’élection. Cela avait eu l’air d’être le sommet de l’autorité des temples, mais ce n’était que le sommet du travail administratif. Une véritable arnaque.
« Dieux du Panthéon… »
Faites que le mandat du Roi-Prêtre soit plus court. Il ne parvenait pas à prononcer le reste à voix haute. Non pas qu’il craignît le blasphème, mais ça ne servirait à rien.
« Votre Sainteté. Les Saintes des différentes églises sont arrivées. »
Un vieux prêtre lui annonça la nouvelle depuis l’extérieur de son bureau. Si le Roi-Prêtre avait pu échanger sa place avec ce prêtre, il aurait payé une fortune en or.
« Faites-les toutes entrer, je vous prie. »
La porte du bureau s’ouvrit et les Saintes entrèrent lentement. Au début de son mandat, elles s’étaient toutes trouvées loin de la Sainte Cité de Temlis et lui avaient semblé étrangères. Mais à force de les rencontrer, leurs visages lui étaient devenus familiers.
Tiens ?
Un inconnu se trouvait parmi les Saintes réunies. Le Roi-Prêtre avait dit : « Je vous confierai une mission. Vous pouvez donc vous faire accompagner de compagnons de confiance qui vous aideront à l’accomplir. » Comme il s’agirait d’une mission secrète, chaque groupe ne devait pas compter plus de trois personnes.
Certaines Saintes avaient suivi son conseil et s’étaient fait accompagner d’un ou deux paladins de leur église. Le Roi-Prêtre les connaissait tous.
Pour être exact, le Roi-Prêtre connaissait tous les prêtres qui se rendaient dans la Sainte Cité. En tant que dirigeant suprême du Royaume Sacré, il supervisait les nominations et les promotions du clergé, et mémorisait le visage de chaque membre du clergé qu’il rencontrait.
Mais le paladin aux cheveux blancs, reconnaissable à la marque de Champion de l’Église d’Eve Kaha, était quelqu’un qu’il n’avait jamais vu.
« Morgina. Qui est-ce ? »
« Le Champion de notre église. Je l’ai nommé il y a deux jours. »
Le Roi-Prêtre y réfléchit un instant, puis hocha la tête. Chaque église était seule habilitée à nommer son Champion. À moins que Morgina n’ait agi de son propre chef, une décision prise par l’Église d’Eve Kaha elle-même était digne de confiance.
« Je suppose que vous avez tous entendu un bref exposé de la situation. Des artefacts abyssaux ont été découverts. »
« Combien y en a-t-il pour que vous nous ayez tous convoqués ? »
« Beaucoup. »
« Combien, exactement ? »
Celui qui insistait pour avoir une réponse était un vieil homme dont les muscles bien entraînés saillaient sous ses vêtements. C’était un moine martial, expert en combat à mains nues. Lorsque le vieux moine martial posa de nouveau la question, le Roi-Prêtre prit une bourse sur la table et la retourna.
Des fragments de métal tombèrent en couches dans un tintement. Quand tous furent sortis de la bourse, le Roi-Prêtre en dénoua une autre.
Puis une autre, et encore une autre. Des tas de fragments de métal s’accumulèrent.
« Ce sont tous des coins abyssaux. »
« Des fragments si minuscules ? Ils ne sont pas trop petits pour être des artefacts ? »
Le Roi-Prêtre s’apprêtait à expliquer, mais Morgina posa deux doigts sur l’épaule du Champion.
« … Oui, vous avez raison. Ce sont tous des artefacts abyssaux. »
Oh ? Une lueur d’intérêt passa dans les yeux du Roi-Prêtre. Quel qu’il fût, il avait manifestement des sens exceptionnels pour avoir été choisi comme Champion de son église.
« Mais ce ne sont pas des artefacts distincts. On dirait qu’un seul artefact a été divisé en plusieurs morceaux─ »
Quelle perception remarquable. Le Roi-Prêtre applaudit.
« Bon sang, Morgina. Où as-tu trouvé quelqu’un comme ça ? C’est une véritable porte de temple humaine ! »
Kriel, que cette même porte de temple avait failli chasser sans même le laisser entrer dans la Sainte Cité, ne savait pas quelle expression afficher.
Notes de bas de page :
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