Chapitre 74
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ I Became the Dark Knight in the Game World ◈
Chapitre 74 : Avant le Festival du solstice d’hiver (1)
──────
Sur la route du Comté de Kett, Kriel entendit Orisin lui faire une remarque inattendue.
[À bien y réfléchir, tout ça ne suit-il pas un schéma similaire ?]
— Un schéma ?
[Pense à la Famille Gabi et à la Famille Lir. Grikenkos était mêlé aux affaires des deux, pas vrai ?]
C’était vrai. La maladie de Tushkin Gabi avait été simulée, tandis que celle de Dame Fand était bien réelle, mais le schéma de base se ressemblait beaucoup : un ancien de la famille était tombé malade d’un mal lié aux Abysses.
[Je me souviens de ce qu’on a entendu à Argetlam. Le père de cette mage aux cheveux roses, le comte de Kett, était lui aussi tombé gravement malade du jour au lendemain.]
[Exactement. Un membre de la famille tombe malade, et tout le clan est plongé dans le chaos. Je pense que c’est la stratégie actuelle de Grikenkos.]
Il s’agissait d’un stratagème visant à semer le désordre dans l’Empire. En secret, Grikenkos avait répandu une épidémie au sein des familles nobles de l’Empire qui se trouvaient sous son influence, y semant le chaos.
— Ça se tient, mais il y a une différence entre les Familles Gabi et Lir, d’une part, et l’état du comte de Kett, de l’autre.
[Une différence ? On n’a pas encore trouvé de preuve que les Abysses étaient impliquées ?]
— Pas loin. La différence, c’est le moment où ils ont été en contact avec les Abysses.
Tushkin Gabi avait semblé tomber malade assez récemment, mais sa corruption abyssale remontait en réalité à la guerre contre le Roi Démon.
La maladie de Dame Fand avait suivi le même schéma. La blessure qu’elle avait reçue pendant la guerre contre le Roi Démon ne la faisait-elle pas souffrir depuis tout ce temps ?
Autrement dit, Grikenkos était comme un fermier qui aurait semé des graines pendant la guerre contre le Roi Démon et ne viendrait les récolter que maintenant.
— Mais le comte de Kett s’est effondré brusquement, peu avant mon combat contre la Chasse sauvage. Le calendrier ne colle pas tout à fait.
[C’est vrai. Si tout avait été simulé, comme dans le cas de Mazhar Gabi, l’infection par les Abysses aurait pu remonter à la même époque.]
Orisin pencha la tête. Si la maladie avait été simulée, rien n’expliquait qu’elle soit apparue en même temps que l’attaque de la Chasse sauvage. Il n’y avait aucune raison de plonger le comté dans la crise à l’arrivée de la Chasse sauvage plutôt qu’à celle d’une invasion abyssale.
[C’est certain. Ça ne peut pas être une mise en scène comme celle de Mazhar Gabi.]
Tuon n’en démordait pas. Kriel lui demanda pourquoi elle en était si sûre.
[Si le comte pouvait se lever quand bon lui semblait, il aurait empêché la mage aux cheveux roses de fonder la Société d’éradication de l’Abîme. Que ce soit pour les Abysses ou en tant que chef de famille. La laisser faire, ce serait comme jeter des pièces d’or à la mer, non ?]
— Tuon, ne dis pas ça devant Armede…
***
Le comté était en pleine effervescence. Les champs à l’extérieur de ses murs en témoignaient eux aussi. Les récoltes de l’année avaient déjà été ramassées, mais les préparatifs du Festival du solstice d’hiver battaient leur plein dans les champs couverts de neige.
On construisait des clôtures et on armait des épouvantails de lances et d’épées. Ces épouvantails-soldats et ces fortifications étaient censés repousser les Abysses. Pourtant, l’agitation n’avait rien de la tension d’une armée se préparant à la guerre. C’était le joyeux branle-bas d’avant les festivités.
Les marchandises alignées le long de la route menant à la porte du comté témoignaient de cette bonne humeur. Chaque habitant y avait déposé l’un des meilleurs produits de sa dernière récolte.
Ces récoltes servaient d’offrandes, ou d’appâts, pour attirer la « bonne fortune » sur cette route. La nouvelle tradition du solstice d’hiver, qui consistait à se protéger des Abysses, côtoyait toujours l’ancienne coutume : brûler les vieilles rancœurs et prier pour que l’année à venir soit prospère.
— L’ambiance a bien changé depuis ma dernière visite.
Kriel se rappela l’époque où il était venu dans le Comté de Kett comme mercenaire. Les monstres avaient soudain commencé à apparaître en nombre anormal. Pourtant, le moral des habitants n’était pas complètement au plus bas. Ils faisaient confiance aux forces du comté, menées par le comte de Kett.
Le comté avait atteint son pire moment après l’effondrement du comte de Kett et l’apparition des premiers signes annonçant la Chasse sauvage. Toute la région semblait s’être changée en un paysage gris et sans couleur.
Quand Kriel était parti après avoir combattu la Chasse sauvage, les effets secondaires de l’utilisation des pouvoirs d’un Chevalier Noir avaient déformé et bouleversé le comté.
La dernière image qu’il avait vue du comté avec une vision normale était celle d’un paysage désolé et lugubre, qui semblait désespérer face à la catastrophe imminente.
C’était sans aucun doute bien mieux que cette morosité.
Un large sourire aux lèvres, Kriel se dirigea vers la porte du comté.
Les gardes l’arrêtèrent.
***
Les gardes se montrèrent étonnamment polis.
— Messire. Si vous portez votre costume du Festival du solstice d’hiver aussi tôt, les gens risquent de mal comprendre. Vous pouvez le garder à l’intérieur des murs, mais veuillez éviter de le porter à l’extérieur.
Il existait en gros deux types de costumes pour le Festival du solstice d’hiver : les costumes beaux et élégants, qui symbolisaient la bonne fortune à venir, et les costumes effrayants, qui représentaient les rancœurs à chasser.
Les gardes avaient manifestement pris Kriel pour l’un des seconds, d’où leur conseil.
Après lui avoir tout expliqué avec gentillesse, ils s’éloignèrent en lui souhaitant joyeusement un bon Festival du solstice d’hiver. Orisin éclata de rire.
[Ah. Pff, hahahaha ! Waouh. C’est la première fois que des gens t’abordent aussi gentiment après avoir vu ta tête, non ?]
Tuon entra dans une colère noire.
[Quelle bande d’ingrats ! Comment pouvez-vous oublier le chevalier qui a sauvé ce comté ? Ma fureur atteint les cieux !]
— Calme-toi. C’est compréhensible.
À l’époque où Kriel avait travaillé comme mercenaire dans le Comté de Kett, il portait son casque dès qu’il sortait en public. Il ne l’enlevait que pendant ses pauses, après avoir chassé des monstres. Il était donc naturel que les habitants ordinaires ne sachent pas à quoi il ressemblait.
Même parmi les soldats qui étaient partis chasser des monstres avec lui, ceux qui ne connaissaient pas son visage étaient sans doute plus nombreux que ceux qui le connaissaient. Kriel savait bien l’effet que son apparence produisait sur les gens ; il gardait donc son casque dès qu’il le pouvait.
Au lieu de se rendre directement au donjon intérieur, où logeaient Armede et la Famille Kett, Kriel prit le temps de visiter le comté. Il débordait de vie.
À l’approche du Festival du solstice d’hiver, certains magasins préparaient toutes sortes de plats de fête, tandis que d’autres vendaient des accessoires de costume, un peu comme Halloween sur Terre.
Sur la place de la Fontaine se dressait aussi une statue de chevalier fort séduisant, qu’il n’avait jamais vue. Kriel acheta un pain tout juste sorti du four à un étal voisin, le mordit à belles dents et contempla la place.
***
Kriel se rendit au donjon intérieur. Les gardes remarquèrent brièvement son apparence inhabituelle, mais se rappelèrent que le Festival du solstice d’hiver approchait et ne se méfièrent pas outre mesure.
Avec une épée à la ceinture, il avait certes l’air plutôt effrayant, mais quelqu’un qui avait pris la peine de s’habiller pour se fondre dans l’ambiance du comté devait être assez sociable, non ?
Comme prévu, l’homme au costume inhabituel s’approcha lentement et s’adressa à lui selon le protocole.
— Je viens rendre visite aux occupants du donjon intérieur.
— Euh, qui souhaitez-vous voir ? Le capitaine de la garde et l’intendant sont absents pour le moment.
— Dame Armede Kett. Dites-lui que je viens au sujet de la Société d’éradication de l’Abîme.
— … Nous ne sommes en retard sur aucun paiement envers une compagnie marchande !
C’était donc la première chose qui leur venait à l’esprit ? « Nous ne sommes pas en retard sur nos paiements » ? Kriel imagina les difficultés qu’Armede avait dû affronter pour diriger la Société d’éradication de l’Abîme. Il leur servit une excuse comme une autre.
— Je ne viens pas réclamer d’argent. Je viens en apporter. Dites-lui que je suis l’investisseur qu’elle a rencontré dans le Duché d’Argetlam, elle comprendra.
Comment était-ce possible ? Même la Compagnie marchande Gabi, qui avait bel et bien versé de l’argent, n’avait payé qu’une indemnité pour le contrat d’envoi des mages, non ?
Le garde, décontenancé par la mention d’un investisseur de la Société d’éradication de l’Abîme, finit par reprendre ses esprits. En tant que représentant du Comté de Kett, il ne pouvait pas continuer à avoir l’air aussi ridicule devant un visiteur.
— Compris. Veuillez patienter un instant.
***
— Armede !
Armede avait déjà annoncé qu’elle se retirait de la lutte pour la succession au sein de la Famille Kett. Depuis, elle préférait qu’on l’appelle par son nom plutôt que « jeune dame », un titre qui la rattachait à sa famille. C’était pourquoi les domestiques ne lui donnaient aucun titre honorifique particulier.
Si elle devait être appelée par une fonction, elle préférait « présidente de la Société » ou « mage ». C’étaient des identités qu’elle avait choisies elle-même.
— Quelqu’un est venu voir la présidente de la Société !
Ces derniers temps, toutefois, les affaires qui découlaient de son rôle de présidente n’avaient rien d’agréable. Des mages dépourvus du moindre sens des réalités sociales ou financières lui causaient des problèmes depuis bien plus d’un jour ou deux.
Armede maîtrisa son expression et demanda :
— Qu’y a-t-il ?
— Quelqu’un est venu au sujet de la Société d’éradication de l’Abîme.
— Merde. Quel enfoiré a encore fait des siennes…
— Il a dit que vous sauriez de qui il s’agit si nous vous disions que c’est un investisseur que vous avez rencontré dans le Duché d’Argetlam.
C’était Kriel. Armede s’empressa de demander à quoi il ressemblait. Elle se demandait pourquoi il mettait autant de temps à arriver. Il aurait dû être là bien plus tôt, surtout qu’elle devait lui trouver des vêtements et régler toutes sortes d’autres détails.
Elle avait craint qu’il soit assez à côté de la plaque pour ne se pointer que le jour même du Festival du solstice d’hiver. Il était enfin là !
— À quoi ressemble-t-il ?
— Je n’en suis pas sûr. Il est venu déguisé.
— Déguisé ?
— Oui. Ses cheveux blancs, passe encore, mais il avait l’air d’avoir la peau poudrée. Je crois aussi qu’il portait des lentilles ou des gouttes magiques pour se donner les yeux rouges. Sa cape était noire, et il avait une épée à la ceinture. J’ai pensé que c’était le Fantôme des neiges de ces montagnes, ou le Roi des spectres de la Chasse sauvage.
Armede se couvrit le visage.
Il n’était pas déguisé en Roi des spectres. C’était le chevalier qui avait chassé le Roi des spectres…
Notes de bas de page :
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