Chapitre 71
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 71 : La bonne idée et la bonne décision (2)
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« C’est complètement fou. »
Kriel ferma les yeux. C’était la première chose qu’il entendait à son réveil ?
Clap. Alberic frappa dans ses mains pour détendre l’atmosphère.
« Bon, parlons de ces choses déprimantes après avoir mangé. Les elfes vivent de… Ah. C’est vrai, tu n’es pas un elfe. Les gens vivent de nourriture ! »
À bien y réfléchir, Alberic devait être celui qui avait le plus de raisons d’être tiraillé. Son amie d’enfance allait être exécutée pour avoir aidé les Abysses, et le sort de l’âme de la mère que celle-ci avait tenté de sauver en se tournant vers les Abysses s’annonçait bien sombre.
Et pourtant, il parvenait à plaisanter en proposant de manger d’abord. Kriel admirait sa force de caractère.
Après le repas, Alberic voulut parler des remerciements et des récompenses que sa famille lui offrirait. Kriel secoua la tête.
« Comment pourrais-je penser à mon intérêt personnel dans une situation aussi lamentable ? Mais j’aurais tout de même une chose à te demander. »
« Une demande ? »
« Je pense que je devrais voir Niam. »
La requête avait dû le surprendre, car Alberic afficha un air dubitatif. Mais il hocha bientôt la tête. Kriel était le héros qui avait pénétré de son plein gré dans un Domaine abyssal pour en chasser les ombres. En tant que principal artisan de la découverte de l’aide apportée par Niam aux Abysses, il avait tout à fait le droit de formuler une telle demande.
* * *
Niam était assise en silence, les yeux fermés. Elle avait conservé l’apparence de « Niam Lir », plutôt que de reprendre sa forme d’esprit.
Peut-être parce qu’elle avait passé si longtemps sous cette apparence, elle s’y sentait plus à l’aise que dans sa véritable forme.
Des pas approchèrent.
« Jeune maître, je vous avais dit de ne pas venir. »
« C’est moi, idiote. »
L’elfe à la peau brun foncé était Oife. Les péchés de Niam étaient graves, et elle les avait trompés pendant longtemps. Qu’Alberic soit venu l’écouter était déjà assez étonnant. Elle avait trouvé tout naturel que les membres de la Famille Lir lui tournent le dos.
« Je ne sais pas comment je devrais t’appeler, mais je vais continuer comme avant. Niam. J’ai entendu ceci et cela de la bouche du jeune maître, mais il y a une chose qui ne colle pas. »
« Une chose qui ne colle pas ? »
« Cette maladie abyssale agit comme un piège pour l’âme. Depuis la guerre contre le Roi Démon, personne dans la famille ne le savait, pas même les étrangers qui passaient de temps à autre. »
Quoi ?
Niam inspira brusquement.
Oife avait raison. Même Niam n’avait pas remarqué le piège alors qu’elle s’occupait de Dame Fand depuis tout ce temps. Après les aveux de Niam, les mages de la famille avaient examiné la question de près et confirmé que la maladie abyssale existait bel et bien.
Mais qu’est-ce qui avait permis à Niam, la première à la découvrir, de déceler ce piège ?
Niam était encore plongée dans la confusion quand des pas retentirent.
[Y a-t-il quelqu’un ?]
Puis une voix s’éleva.
« Hein ? Oife, qu’est-ce qui se passe ? »
« C’est le jeune maître. Vous n’êtes pas encore complètement rétabli, alors pourquoi ne pas aller vous reposer ? Je demandais à Niam comment elle avait découvert la véritable nature de la maladie abyssale. »
« Ça… Je l’ignore moi aussi. »
Alberic posa une main sur son menton. En effet, c’était étrange. Oife disait que Niam elle-même était incapable d’expliquer comment elle avait appris la vérité sur la maladie abyssale, ce qui ne fit qu’accroître les soupçons d’Alberic.
« Mais pourriez-vous sortir un instant ? Ce type veut parler seul à seul avec Niam. Enfin, ce n’est pas vraiment privé puisqu’un esprit l’accompagne. »
« Je ne crois pas que ce soit nécessaire. »
« Hm ? »
« Ce que je voulais demander, c’est la même chose qu’Oife. Tu ne sais pas… »
[Quelqu’un lui a-t-il délibérément révélé la vérité sur la maladie abyssale, avant d’effacer ce souvenir ? Pourquoi se donner tant de mal ? C’est étrange, même si c’était l’œuvre d’un serviteur des Abysses. En les laissant faire, l’âme d’une elfe ancienne serait tombée tout droit entre leurs mains.]
Se donner tant de mal.
Kriel voyait les choses autrement. Il se rappela le message de Kromnagha dans le Domaine abyssal, au sujet de « ceux qui rêvent de devenir la troisième Vaillance ».
« Kromnagha m’a dit de mettre mon temps à profit. »
Kromnagha avait qualifié Kriel de « troisième prétendant à émerger parmi les Sept Sièges ». Le septième siège des Abysses était le trône du Roi Démon. Aux yeux de Kromnagha, Kriel était l’héritier légitime de ce trône.
Pourtant, Kromnagha n’avait pas affirmé que les autres prétendants ne pourraient pas devenir Roi Démon. Tant que Kriel, l’héritier légitime, refusait de prendre cette place, les autres prétendants pouvaient eux aussi accéder au trône.
« Laisse-moi te poser une question. Quel Démon est à l’origine de la maladie abyssale ? »
« … Grikenkos. »
Ah. Le Démonide qui avait créé une pointe abyssale à partir d’un fragment de Gratuon avait aussi lancé des sorts comme la Brume de Grikenkos. Grikenkos était-il un Démon qui préférait la chasse automatique ?
« Tu le sais sans doute mieux que moi, mais le Démon que j’ai rencontré dans le Domaine abyssal n’était pas Grikenkos. Tu as essayé d’utiliser l’autorité de Kromnagha pour éliminer la maladie de Grikenkos. »
Niam hocha la tête.
« Grikenkos ne renoncerait jamais à une âme dont il était déjà certain de s’emparer. J’ai pensé qu’un autre Démon était le seul moyen de sauver Fand sans souiller l’âme de qui que ce soit. Ils ne voudraient pas qu’un autre Démon étende son influence. »
Kriel était convaincu que l’un des prétendants avait modifié les souvenirs de Niam. Ils faisaient obstacle aux plans de Grikenkos, renforçaient l’influence de Kromnagha et manipulaient l’équilibre des forces entre les Démons abyssaux pour se faciliter l’ascension au trône.
« Je dois en apprendre davantage sur celui qui a parlé à Niam de la maladie abyssale… »
« Si tu ne t’en souviens pas directement, cherchons par un autre moyen. À quel moment as-tu commencé à te sentir menacée ? »
* * *
Niam se souvenait, au moins dans les grandes lignes, du moment où elle avait commencé à se sentir menacée et où elle avait tenté de conclure un marché avec Kromnagha.
Kriel ajouta à sa liste de suspects le personnel extérieur qui avait été appelé pour soigner Dame Fand à cette époque.
Niam Lir, qui était aussi Niv, le Jardinier de l’Arbre-Monde, était un Esprit supérieur. Modifier les souvenirs d’un esprit pareil exigeait de passer du temps en tête à tête avec lui.
Comme Niam était pratiquement la soignante attitrée de Fand, le personnel médical extérieur était le seul à pouvoir facilement la voir seule puis repartir sans laisser de traces.
Kriel demanda à Alberic d’enquêter sur la liste des personnes étrangères à la famille qui avaient pénétré dans le domaine.
« Un étranger à la famille ne devrait pas consulter des documents importants comme le registre. »
Comme Kriel avait pris soin de se soustraire aux formalités, Alberic n’eut d’autre choix que d’embarquer Oife avec lui.
Tous deux s’enfermèrent dans les archives, espérant que Niam serait condamnée à une peine moins sévère que l’exécution.
Il ne resta alors plus que Kriel et les deux esprits dans sa chambre d’amis. Pendant que Tuon entretenait l’espadon, qui avait été mis à rude épreuve la veille au soir, Orisin et Kriel échangèrent à voix basse.
[… Alors, qu’est-ce que tu comptes faire pour Dame Fand ?]
« Je suppose que je n’ai pas d’autre choix. Il s’agit de sauver quelqu’un. »
Orisin connaissait les mots que Kriel n’avait pas prononcés. « Je vais devoir recourir au pouvoir des Abysses. »
[Hé. Ne fais pas ça.]
C’était hors de question. L’état de Kriel tenait du miracle : un Chevalier Noir qui n’avait jamais accepté les Abysses.
Son intention de sauver Dame Fand était noble. Mais même s’il s’en servait pour sauver quelqu’un d’autre, les Abysses restaient les Abysses.
[Tu ne pourras pas revenir en arrière.]
« Normalement, la corruption peut être purifiée quand on n’a atteint que le stade du monstre. »
[Exact. Si quelqu’un a seulement été corrompu par les Abysses et que la Nature démoniaque commence à peine à germer, on peut la purifier. Mais crois-tu que récupérer un peu de Nature démoniaque quelque part, c’est la même chose que de se relier directement aux Abysses depuis les profondeurs de son être ?]
Orisin se remémora les capacités de Kriel. Il n’avait toujours pas appris en détail ce que Kriel avait vécu dans les profondeurs du Domaine abyssal, mais il avait forcément livré un combat sanglant et terrifiant.
Kriel était assez puissant pour pénétrer au cœur des Abysses, trouver le Cœur de l’Abîme et le réduire en miettes sans s’appuyer sur les Abysses. Si quelqu’un comme lui cherchait à s’emparer de leur pouvoir, jamais les Abysses ne se contenteraient de lui insuffler une ou deux gouttes de Nature démoniaque.
[Au mieux, tu deviendras une Bête démoniaque. Au pire, tu te changeras directement en Démonide.]
« Mais, Orisin, l’âme de quelqu’un… » [Alors, transférons la maladie abyssale sur moi.]
« Quoi ? »
[Pour faire simple, je suis déjà un cas désespéré, non ? Je suis aussi un esprit sans corps physique, donc je résiste mieux. Et grâce à la fonction de purification que cette Sainte brute m’a greffée, je peux continuer à purifier la Nature démoniaque. Ça vaut le coup d’essayer.]
« Ça ne reviendrait pas à te sacrifier ? »
[… Et qu’est-ce que tu t’apprêtais à faire, toi ?]
Tandis qu’Orisin et Kriel se chamaillaient, Tuon termina d’entretenir l’espadon et les dévisagea froidement.
« Voilà ! Crois-tu que le personnel médical n’a jamais essayé de transférer la maladie abyssale dans un autre objet ? De toute façon, il faudrait pour ça recourir au pouvoir des Abysses ! »
[Je peux utiliser l’Énergie de Sang et la Rancœur pour tracer un passage grossier, puis lui montrer l’élément abyssal qui se trouve en moi. Le noyau de la maladie se déplacera de lui-même !]
Tuon resta assise, les bras croisés, en tapotant légèrement le sol du pied. Elle semblait décidée à voir jusqu’où irait leur dispute stérile.
[Tu détruis déjà des Domaines abyssaux sans recourir aux Abysses. Si quelqu’un comme toi tombait vraiment entre leurs griffes, je préférerais souffrir davantage moi-même plutôt que de risquer l’apparition d’un Démonide du niveau d’un Démon !]
« Ça… »
Orisin avait soulevé la question : « Et si tu étais corrompu ? » Après avoir entendu le message de Kromnagha, Kriel ne pouvait pas facilement le contredire. Comme Kriel ne parvenait pas à poursuivre, Orisin se tut à son tour.
Ce ne fut qu’alors que Tuon prit la parole.
« Vous n’avez pas l’impression d’oublier quelque chose ? »
« Hein ? » [Quoi ?]
Ses yeux bleus exprimaient une totale incrédulité.
« Qui suis-je ? »
[Euh… l’Épée droite pure ?]
« Exact. Mais encore ? »
« L’Épée fantôme ? »
« C’est ça ! »
Tuon se leva d’un bond.
« Une épée qui a évolué au-delà d’une simple Épée dévoreuse de cadavres ! Une épée vivante, un cran au-dessus des Sept Armes démoniaques ! Vous discutez de la manière de soigner la maladie abyssale en m’ignorant complètement ? »
« Ah. »
À bien y réfléchir, elle avait raison. Tuon avait déjà absorbé le sang d’une wyverne dans la Cité-portail, lu les souvenirs des Abysses et retrouvé Collin Lir.
Le pouvoir d’origine de l’Épée dévoreuse consistait à absorber la vie et les souvenirs de ceux qu’elle tranchait. S’ils parvenaient à maîtriser cette capacité comme il fallait, la solution devenait toute simple.
Notes de bas de page :
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