Chapitre 70
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 70 : Le bon calcul et la bonne décision (1)
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Kriel retira lentement sa main. Dans un sifflement, du sang noir souillé par les Abysses s’écoula de la plaie où l’épée avait été enfoncée. Gila Dekair s’effondra au sol.
[Oh, mon pauvre. Dekair. Quelle fin pitoyable. Tu n’avais vraiment aucun sens artistique.]
La voix d’un démon, impossible à dire si elle se lamentait ou se moquait, résonna dans l’arène. Kriel leva les yeux vers le ciel d’où elle provenait et lança un regard noir.
« Mais ne t’inquiète pas. Je ne t’abandonnerai pas. »
C’était la voix de Dekair.
Kriel se retourna. Dekair, qui était bel et bien tombé le cœur transpercé, se tenait de nouveau debout.
Kriel savait que ce qui animait désormais le corps de Dekair n’était pas un Chevalier noir, mais le démon qu’il servait. Les ténèbres du Domaine abyssal affluèrent dans l’espace vide où se trouvait son cœur et le comblèrent.
« Ma démonstration a laissé à désirer. Pardonne-moi pour cet incident regrettable, dû à mes insuffisances. Mais regarde. Dekair a perdu son cœur, et pourtant, il n’est pas mort. Après avoir séjourné quelque temps dans le Domaine abyssal, il retrouvera sa forme. »
Kriel ne répondit pas au démon. Il se contenta de resserrer sa prise sur son épée et de prendre une profonde inspiration.
« Toi aussi, tu peux devenir comme lui. Pas seulement mourir puis revenir à la vie, mais t’élever vers l’éternité et atteindre un paradis où la vie et la mort n’auront plus aucun sens. »
« L’immortalité, hein ? Ça a l’air sympa, mais je n’ai aucune envie de passer l’éternité dans un endroit aussi sinistre. »
Une voix descendit du ciel, telle une révélation.
[Ton destin est scellé.]
Le démon, qui avait revêtu la peau de Dekair, sourit.
« Ta voie est toute tracée. »
La voix dans les airs et celle de Dekair s’exprimèrent à l’unisson.
『La Voie royale, qui mène aux profondeurs du Domaine abyssal, t’attend.』
Son ton était doux, mais ferme, et ne souffrait aucune objection. Kriel imagina la réponse qu’un noble chevalier devait donner face aux tentations d’un démon, puis prit la parole.
« Va te faire foutre. »
Bon. Ses vrais sentiments lui avaient échappé avant le reste. Et alors ? Il n’allait pas perdre sa noblesse pour avoir insulté un démon.
Un grondement retentit.
Le Domaine abyssal poussa un cri. Ce n’était qu’une ombre maintenue de force alors que la Coupe de vérité n’avait pas encore été totalement corrompue. Selon la providence de Tirnanog, elle aurait déjà dû disparaître.
Le démon avait accepté de subir quelques pertes pour préserver cette ombre et attirer Kriel à lui. Il avait aussi fait surgir un Démonide, qui servait de coin pour maintenir le Domaine abyssal en place. Voilà pourquoi il avait tenu aussi longtemps.
À présent que Dekair avait été vaincu, le Domaine abyssal allait peu à peu se résorber. Il ne pouvait pas non plus ignorer ceux qui l’attaquaient de l’extérieur. Pour promettre une prochaine rencontre, le démon laissa un message derrière lui.
« Je suis certain que nous nous reverrons un jour. Quand ce moment viendra, j’espère que ta volonté accueillera la vérité de meilleure grâce. »
Kriel lui répondit en s’appuyant sur la noblesse qu’il avait jusque-là feint d’incarner. Ce n’était pas son destin qui était scellé, mais sa volonté. À cet égard, le démon avait peut-être raison sur un point. La voie qu’il devait suivre était claire.
« Ma volonté est ferme, et ma voie est donc claire. »
« La Voie royale s’ouvre devant toi. Où pourrais-tu bien aller d’autre ? »
« Sur la voie étroite et difficile. »
C’était la Voie chevaleresque : aucune gloire ne vous y attendait, sinon celle que vous gagniez vous-même.
Kriel remercia en silence le vieux chevalier errant qui lui avait appris cette maxime, puis leva son épée.
Ses doigts craquèrent, ses jambes hurlèrent. Malgré tout, Kriel se força à faire quelques pas vers le corps de Dekair, que les Abysses aspiraient.
Le démon qui avait revêtu la peau de Dekair ne l’évita pas. Il se contenta de sourire. Le Domaine abyssal trembla et se disloqua. Une lumière filtra de l’extérieur.
[Ta volonté est ferme, pour l’instant.]
Le démon Kromnagha lui laissa un conseil empreint de bienveillance.
[Mais souviens-toi de ceci. Chacun de nous, les Grands-Ducs, peint son propre tableau, et Tirnanog regorge de gens prêts à nous aider à y ajouter le moindre coup de pinceau.]
C’était en partie une démonstration d’assurance.
Ce chevalier, le Futur Roi, avait rejeté la Voie royale pour choisir la Voie chevaleresque. Le fait qu’il ne portât pas la moindre trace des Abysses en lui indiquait que ce choix remontait à longtemps et s’était solidement enraciné.
Pourtant, si Niv, l’esprit de l’eau, s’était retrouvée mêlée à cette affaire, c’était à cause d’un piège que le démon avait soigneusement préparé de longue date. Un coup habile, qui pousserait Kriel vers la Voie royale précisément parce qu’il suivait la Voie chevaleresque.
[Et parmi les alliés des Grands-Ducs se trouve quelqu’un qui rêve de devenir la troisième Vaillance. Le temps n’est pas infini : fais-en bon usage.]
Kriel abattit son épée de toutes ses dernières forces.
Le corps décapité de Dekair s’enfonça dans les Abysses, et le Domaine abyssal s’effondra enfin.
* * *
À l’extérieur du Domaine abyssal en expansion, Tuon figea l’espace autour d’Alberic pour l’empêcher d’être emporté. Niam se tenait à ses côtés.
« Pourquoi… ? »
« Le maître ne m’a pas indiqué qui protéger. »
L’ordre de Kriel avait été simple : protéger.
Tuon aurait voulu demander qui elle devait protéger, pendant combien de temps, où, avec quoi, comment et pourquoi. Mais son maître s’était précipité vers la source du Domaine abyssal sans même la consulter.
Si cet esprit avait abrité les Abysses en lui, Tuon l’aurait volontiers poussé dans le Domaine abyssal. Hélas, il n’y avait pas la moindre trace des Abysses chez lui. Tuon aurait voulu l’abandonner au flot, mais cela n’aurait fait que créer un autre Esprit corrompu.
Il ne pouvait pas y avoir davantage de Serviteurs des Abysses. À vrai dire, nul besoin de Serviteurs des Abysses qui ne se prosterneraient pas aux pieds de son maître. Plutôt que de voir un autre misérable Serviteur des Abysses prêter allégeance à un autre démon, Tuon avait décidé de protéger cet esprit.
Niam s’affala au sol. Alberic ouvrit péniblement la bouche.
« Je savais que j’avais du flair… Il est exactement comme le chevalier de l’histoire que ma mère me racontait. »
Niam connaissait bien cette histoire, elle aussi. Elle l’avait entendue au chevet d’Alberic.
C’était l’histoire d’un chevalier qui se battait seul pour ses convictions, même quand personne ne le reconnaissait.
Elle avait l’impression que le chevalier de cette vieille histoire racontée par Dame Fand se tenait devant elle et lui faisait la leçon.
[Argh ! Tout le monde ! Faites quelque chose !]
Une voix enjouée retentit au loin, tandis que tous les membres de la Famille Lir en mesure d’accourir se ruaient sur les lieux.
Toutes les attaques possibles, les esprits, la magie et l’Énergie de combat s’abattirent sur le Domaine abyssal qui avançait. L’ombre qui s’étalait comme de l’encre dissoute dans l’eau, souillant la terre et le ciel, se mit à reculer au lieu de progresser.
Alors, une lueur jaillit au centre du Domaine abyssal.
Une lumière d’épée.
Le cœur du Domaine abyssal éclata. Les elfes qui avaient combattu lors de la guerre contre le Roi Démon reconnurent le phénomène. C’était ce qui se produisait lorsqu’un Serviteur des Abysses devenu le Cœur de l’Abîme était vaincu.
Les ténèbres convergèrent autour du Cœur de l’Abîme détruit. Le jardin, plongé dans une obscurité irréelle, commença enfin à retrouver sa silhouette d’origine.
Mais ses couleurs avaient changé. Le vert éclatant avait pâli, comme délavé par la lumière, et même les objets inanimés, comme les pierres, étaient couverts de la suie des Abysses.
À l’endroit où le Domaine abyssal s’était retiré se tenaient la Coupe de vérité et Kriel.
Kriel se tenait debout, soutenu de justesse par une seule épée. Il fit signe à Orisin.
[Non ! Ça n’a duré qu’environ cinq minutes ! Qu’est-ce qui s’est passé là-dedans, bordel ?!]
Cinq minutes ? À l’intérieur du Domaine abyssal, cela lui avait paru bien plus long.
Kriel essaya de le dire, mais sa bouche refusa de s’ouvrir.
Ah, merde.
Il allait s’écrouler.
Kriel perdit connaissance.
* * *
Quand Kriel rouvrit les yeux, la première chose qu’il vit fut Tuon. Elle épluchait une pomme avec le tranchant de sa main.
« … Qu’est-ce que tu fais ? »
« J’épluche une pomme. »
La réponse était si absurde qu’il ne sut pas quoi répliquer. Voyant la question dans les yeux de Kriel, Tuon pencha la tête et ajouta :
« La vulgaire épée courbe m’a conseillé d’utiliser une autre lame. J’épluche cette pomme pour prouver que je suis la seule épée dont mon maître a besoin. »
Kriel comprit alors ce qui s’était passé. La Famille Lir avait sans doute préparé des fruits imprégnés de bénédictions spirituelles pour qu’il en mange à son réveil, et Orisin avait probablement demandé à Tuon d’en éplucher un avec un couteau à fruit.
Tuon avait pris cela pour une provocation et s’obstinait à l’éplucher avec le tranchant de sa main.
Le fait qu’elle s’en sorte plutôt bien rendait la scène encore plus ridicule.
« Où est Orisin ? »
« Iel est parti quelque part avec l’elfe qui aime le riz. »
[Hé ! Ouvre la porte !]
« Arrête. Arrête. Arrête. Qui est-ce ? »
[C’est moi ! Tu reconnais ma voix !]
« Qui est-ce ? »
[Argh ! Orisin !]
« Qu’est-ce que tu veux ? »
Kriel ne pouvait plus supporter cet échange militaire.
« Ouvre, tout simplement. »
« Compris. »
Tuon s’approcha et tourna la poignée. Derrière la tête de cheval familière se tenait Alberic, l’air épuisé. Il esquissa un sourire forcé.
« Vous allez bien ? Quel beau matin plein de vie ! Du porridge ou du pain ? »
« Du porridge. Il me faut quelque chose de facile à digérer. »
[Oh, Kriel est réveillé ! Tu es sorti de là à moitié mort, alors je me suis fait du souci !]
« D’habitude, je suis plutôt solide. Qu’est-ce qui s’est passé après que je me suis évanoui ? »
Orisin pencha la tête d’un côté, puis de l’autre. Alberic ferma les yeux un instant.
« Niam a avoué. Elle est enfermée dans la prison souterraine qui était ma chambre jusqu’à avant-hier. La famille n’a pas encore prononcé sa sentence, mais elle mourra probablement. »
« Je vois… »
C’était normal. Les Abysses étaient le plus grand ennemi de Tirnanog. Ceux qui complotaient avec eux sans être corrompus par leur influence étaient punis encore plus sévèrement.
« A-t-elle dit pourquoi elle avait fait ça ? La Nature démoniaque des Abysses ne s’est pas accrochée à son âme. Elle n’a donc aucune raison de craindre qu’un démon l’emporte après sa mort. »
[Eh bien, à ce sujet…]
Orisin répondit. En tant qu’esprit qui craignait de mourir avec les Abysses tout en portant encore une trace de contamination abyssale dans un recoin de son âme, il pouvait comprendre dans une certaine mesure ce que pensait Niam.
[La maladie abyssale de Dame Fand. Une vraie bombe à retardement.]
Elle se manifestait par une maladie physique, mais sa véritable nature était une magie noire qui comprimait l’âme. Elle entraînerait dans les Abysses l’âme qui aurait dû rejoindre la providence après la mort, pour la leur offrir.
Kriel claqua la langue.
Il venait de penser à un moyen de libérer l’âme de Dame Fand de l’emprise d’un démon.
Quelqu’un capable de manier les pouvoirs des Abysses à la place d’un démon pourrait s’emparer de l’âme de Dame Fand tandis qu’elle tomberait dans les Abysses, puis la libérer.
Aucun autre Serviteur des Abysses ne libérerait une âme obtenue sans contrepartie.
Mais Kriel était là.
Cela signifiait aussi qu’il devrait enfin débloquer la compétence abyssale qu’il s’obstinait à refuser jusque-là.
Notes de bas de page :
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