Chapitre 66
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 66 : Le Démon et le chevalier (1)
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Alberic ferma les yeux. Depuis qu’il avait parlé avec Kriel, une pensée lui trottait dans la tête. Un soupçon avait germé en lui.
Il se hâta de fouiller toutes les sources à sa disposition. Après avoir relu les livres encore et encore, il parvint à une conclusion.
Il s’était peut-être trompé sur quelque chose d’essentiel. À contrecœur, Alberic prit le chemin du jardin.
« Oh ? Jeune maître ? Que faites-vous ici ? »
Niam se promenait près du jardin. Alberic lui fit signe et elle lui répondit avec entrain.
Alberic était venu en sachant que Niam se trouverait là. Il la suivait depuis le début.
« J’ai quelque chose à vous dire. »
« À cette heure de la nuit ? Je n’accepterai pas une déclaration d’amour. Commencez au moins par arrêter de boire. »
Niam répondit d’un ton taquin. Alberic essaya de lui rendre son sourire, mais ses lèvres refusèrent de se relever.
« Niam. Tu es à mes côtés depuis ma naissance. »
« C’est vrai. J’ai toujours été avec toi, jeune maître. »
« Oui. Tu étais ma seule amie et ma grande sœur. Même si tu ne faisais que jouer ce rôle parce que Mère te l’avait demandé. »
« Jouer ce rôle ? Je tiens vraiment à toi, jeune maître. »
« Alors, en tant que ton contractant, héritier du contrat de Mère, je vais te poser une question. »
Cette fois, Niam se raidit.
« J’y ai réfléchi. Il ne devait pas y avoir beaucoup de relations comme celle de Père et Mère pendant la guerre contre le Roi Démon. Mais je ne crois pas qu’il n’y en ait eu que deux, toi et moi. Alors, pourquoi ? »
Il prit une grande inspiration.
Au début, il s’était rebellé parce que ses parents ne s’occupaient pas de lui. Plus tard, il avait continué ses frasques et son oisiveté dans l’espoir que Mère change d’avis et décide de vivre encore un peu, au moins jusqu’à ce que son fils bon à rien apprenne à se débrouiller.
Tout cela s’évanouit.
« Parmi tous ces orphelins de guerre, pourquoi as-tu été la seule à devenir ma sœur de lait ? »
« Parce que j’étais la fille d’un subordonné de l’ancien Nawiden. Tout le monde connaît cette histoire, alors pourquoi me poses-tu la question ? »
Niam reprit contenance. Alberic secoua la tête.
« Les grandes familles elfiques sont étrangement fières de leur lignée. Même après avoir abandonné toutes leurs idées sur leur prétendue élection. Voilà pourquoi leurs registres généalogiques sont si détaillés. Et, bien sûr, elles tiennent aussi des listes de leurs morts, en hommage à ceux qui ont péri pendant la guerre contre le Roi Démon. »
Kriel lui avait dit : « Niam est suspecte. » Alberic avait nié que ce fût possible devant Kriel, mais plus il examinait les circonstances, plus il se rendait compte que certains aspects de l’identité de Niam restaient inexplicables.
Pourtant, ce soupçon n’était pas directement lié au vol de la Coupe de vérité. Si elle avait servi les Abysses depuis le début, elle aurait eu d’innombrables occasions de la dérober.
« J’ai consulté les archives familiales concernant les membres directs de la Famille Lir morts pendant la guerre contre le Roi Démon. Plusieurs avaient épousé des Elfes de l’Arbre-Monde, mais aucun n’avait eu une fille prénommée Niam. »
Alberic pria pour que le secret de Niam ne concerne que son identité. Qu’elle se soit simplement fait passer pour quelqu’un d’autre afin de protéger le jeune maître, et qu’elle n’ait rien à voir avec les troubles qui secouaient maintenant la famille.
« Mes parents, oui. Ils réfléchissent beaucoup. La guerre contre le Roi Démon était l’âge d’or des espions des Abysses. Ils auraient forcément craint qu’un serviteur des Abysses se cache dans la demeure principale. »
La seule autre personne à qui Dame Fand pouvait confier entièrement son enfant. Un esprit jardinier de l’Arbre-Monde lié par contrat à Dame Fand.
Alberic se remémora le passé. Niv. Chaque fois que cet esprit s’asseyait là, déguisée en Dame Fand, il s’approchait, ignorant tout, à la recherche de sa mère. Puis il la voyait s’effondrer sous ses yeux et, pris de panique, s’asseyait pour pleurer à chaudes larmes.
L’esprit lui ébouriffait les cheveux de ses mains humides, comme si ses pleurs lui semblaient d’une attendrissante absurdité.
Niv était un esprit né avec les attributs du Miroir d’eau et du Mirage. Elle était encore jeune, mais son déguisement était si précis qu’un enfant ne pouvait pas la reconnaître, même lorsqu’elle prenait l’apparence de sa mère.
Il n’était que naturel que personne ne l’ait remarquée, même si elle avait vécu sous le nom d’elfe Niam Lir depuis qu’Alberic était arrivé dans la demeure principale.
Un esprit de l’eau. Quelqu’un qui pouvait gouverner la nature de l’eau, présente aussi bien dans l’Anneau empoisonné que dans la Coupe de vérité.
« Maintenant que j’y pense, j’ai toujours trouvé ça un peu étrange. Tu préférais le bouillon de la soupe avec du riz au riz lui-même ou à tous les autres ingrédients. Je me demandais si tu ne vivais pas seulement d’eau. »
C’était une remarque comme une autre. En temps normal, Niam aurait déjà répliqué quelque chose du genre : « C’est parce que tu ne connais pas le plaisir de sentir un bouillon bien chaud couler doucement dans ta gorge, jeune maître. »
Mais Niam resta silencieuse.
« Réponds-moi franchement à une seule question. C’est toi qui as volé la Coupe de vérité ? »
« … Jeune maître. »
Niam esquissa un léger sourire. Alberic en comprit les véritables intentions et s’apprêtait à la lier par le sort de leur contrat.
« Dormez un instant. Dame Fand ira mieux. »
Une brume commença à s’échapper de sous les longues robes de Niam. Ce brouillard épais portait une force soporifique. Le corps d’Alberic vacilla.
« Arrête, Niv… »
Au moment où Alberic allait s’effondrer, une lame gris cendré jaillit de nulle part. Elle était si acérée qu’elle s’enfonça dans le sol sans un bruit. Un froid qui semblait lui geler la moelle épinière émanait de la lame.
Les minuscules gouttelettes qui formaient la brume gelèrent et tombèrent au sol. De petits grêlons tambourinèrent sur la terre. Alberic s’efforça de relever la tête.
« On dirait que le temps n’est pas idéal pour une promenade nocturne. »
« Pour toi non plus… »
***
« Qu’est-ce que ce type faisait ici ? »
Alberic tenta de reprendre son souffle et de chasser sa torpeur, mais il avait déjà inhalé trop de brume. Il ne semblait plus capable de tenir debout.
« Reste près de cette épée. Elle ne bloquera peut-être pas tout, mais elle devrait condenser l’humidité qui approche et en atténuer les effets. »
Kriel tira son espadon de son dos. Le sifflement de la lame fendant l’air retentit clairement.
« Je suis un peu en retard ? Toutes mes excuses. Je n’ai pas l’habitude d’accepter les invitations des autres. »
« …… »
« Je préfère le préciser tout de suite. J’ai tenu ma promesse. Je suis venu sans en parler à qui que ce soit dans la Famille Lir. Le fait que je sois armé te déplaît ? Il fallait y penser avant de m’envoyer une invitation aussi barbare. »
Le mot qu’il avait souligné était « je ». Il avait demandé à Orisin de poser une bombe à retardement, mais c’était bien lui qui avait fait cette promesse à l’invité indésirable.
Niam lança à Kriel un regard grave, puis leva la main droite.
Ce n’était pas le début d’une attaque. Niam enfonça sa main droite dans la région de son propre cœur. Aucun sang ne coula. Son corps ondula et oscilla comme la surface d’une vague déferlante.
Niam retira sa main. Une grande coupe s’y trouvait.
Elle n’avait pas l’éclat argenté de la contrefaçon qu’il avait vue dans le caveau souterrain. Des taches noires, semblables à celles de la peste, souillaient son lustre. Les Abysses ne l’avaient pas entièrement corrompue, mais même les parties encore argentées avaient perdu leur éclat, ternies.
Dès que Kriel aperçut la coupe, la sonnette d’alarme retentit dans sa tête.
Les Abysses se trouvaient à l’intérieur.
En revanche, aucune Nature démoniaque des Abysses n’avait pris racine en Niam. En préservant la pureté de sa nature d’esprit, elle s’était servie de son propre corps comme d’un rempart pour dissimuler la présence des Abysses.
Kriel crut comprendre pourquoi l’instinct de licorne d’Orisin avait plaidé en faveur de Niam. L’instinct de la licorne, qui privilégiait les énergies pures, avait dû détecter l’esprit de l’eau limpide.
Le contraste saisissant entre les Abysses et un esprit. Kriel le déplora en silence.
« Je ne m’attendais pas à ça. »
Il le savait en théorie. Certains refusaient la Nature démoniaque des Abysses, mais se laissaient tenter par les récompenses offertes par les démons ou leurs serviteurs et travaillaient pour eux.
Au début de la guerre contre le Roi Démon, ceux qui concluaient des contrats avec les Abysses en échange de l’immortalité, de la richesse, du pouvoir ou d’autres avantages ne manquaient pas.
« Imaginer qu’un esprit aussi puisse servir les Abysses… »
« J’ai respecté le contrat, Démon. »
Sa voix était calme et mesurée. Une profonde mélancolie s’y faisait entendre.
[Ah, mon amie. Pas encore. J’ai quelque peu modifié les conditions.]
Une voix s’éleva de la Coupe de vérité. Un assemblage de voix innombrables, cousues les unes aux autres. C’était la voix d’un démon.
Il était évident que la Coupe de vérité corrompue était devenue un catalyseur reliant un démon des Abysses au monde réel.
« Ce n’est pas ce que tu m’avais dit ! Tu avais dit que je n’aurais pas à te remettre la coupe tout entière, qu’il me suffisait de te mettre face à ce chevalier ! »
[L’affaire entre le chevalier et moi n’est pas encore réglée. Si tout se termine sans encombre, notre contrat sera rempli.]
[Eh bien.]
Aucun visage de démon n’apparut dans le jardin, mais Kriel sentit distinctement son regard fixé sur lui.
[Ce n’est pas un lieu convenable pour discuter tous les deux. Puisque c’est moi qui t’ai invité, je devrais nous préparer un endroit digne de ce nom.]
Le contenu de la Coupe de vérité bouillonna et se mit à déborder. Des gouttes d’eau, luisant d’une lueur sinistre et malveillante, éclaboussèrent les alentours.
Partout où l’eau bouillante frappait, tout noircissait. Une obscurité irréelle, comme si elle absorbait jusqu’à la lumière.
Le signe d’un Domaine abyssal.
Kriel regarda Tuon. Tandis que le démon étendait son ombre et s’approchait de lui, quelle aide cette puissante Épée démoniaque pourrait-elle lui apporter ?
Au milieu des ténèbres qui se répandaient comme une marée montante, un Mur de glace hémisphérique s’était formé autour de l’endroit où Tuon était fichée. Il ne vacilla pas, même lorsque le Domaine abyssal s’étendit. C’était la preuve de l’autorité de l’Épée démoniaque.
Et, à l’intérieur du mur de glace, près de la lame gris cendré, il aperçut une silhouette à terre.
Il n’hésita plus. Kriel lança un seul ordre.
« Protège-le. »
Une armure noire enveloppa le corps de Kriel. Le chevalier se rua en avant. Une cape flottait autour de son armure et laissait derrière elle une traînée noire. Sa teinte sombre, noire comme l’encre, n’avait rien à voir avec le Domaine abyssal qui engloutissait la réalité. Ses pas le portèrent vers la source du déferlement.
Le chevalier serra son épée. Il visa la Coupe de vérité, d’où jaillissait le Domaine abyssal.
Sans hésiter, il abattit sa lame sur la source des ténèbres.
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