Chapitre 63
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 63 : Le chevalier et le fils prodigue (2)
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Un parent alité, hein.
Tushkin Gabi vint à l’esprit de Kriel. Allait-il finir par s’en prendre à une autre personne âgée, cette fois-ci ? Les elfes résistaient naturellement très bien aux Abysses, mais peut-être qu’en contrepartie, les elfes corrompus provoquaient de terribles catastrophes.
L’expression de Kriel se durcit légèrement. Orisin devina à peu près ce qu’il avait en tête. Juste avant d’arriver au domaine de la Famille Lir, Kriel n’avait-il pas déjà pris soin de s’enquérir de la santé des parents de quelqu’un d’autre ?
[Ce salaud a encore une idée bizarre…]
[Quel manque de respect ! Les pensées de mon maître n’ont rien de bizarre. Il réfléchit simplement à une stratégie ingénieuse pour s’assurer une victoire efficace !]
Alberic ajouta que sa mère avait été frappée par les Abysses et qu’elle était malade depuis longtemps. À présent, elle se préparait à mourir. C’était aussi pour cela qu’il insistait sur le fait de n’avoir jamais volé la Coupe de vérité.
« Si Mère change d’avis, je devrai lui verser immédiatement de l’eau purifiée avec la Coupe de vérité. J’ai beau avoir vécu sans me soucier des conséquences, pourquoi aurais-je volé et vendu une chose pareille ? Au procès, ils ont dit : “Tu ne t’es pas dit que tu pouvais la vendre maintenant que le traitement qui maintenait ta mère en vie était terminé ?” »
« Alors, qu’est-ce que tu veux me dire ? »
« Tu te souviens du jeu de mots auquel on jouait dans les cellules voisines ? Si j’ai parlé de Métamorphes, ce n’était pas sans raison. »
Alberic ne s’était clairement jamais approché du caveau souterrain, pourtant les gardes affirmaient l’avoir vu se diriger vers celui-ci ce soir-là. Il soupçonnait quelqu’un de l’avoir imité.
« Tu as dit que la fausse relique que tu avais trouvée était imprégnée de Magie d’imitation, non ? Quelqu’un qui prend mon apparence. Une contrefaçon qui imite la Coupe de vérité. Tu ne trouves pas que ces deux choses se ressemblent ? »
Dès qu’on avait découvert que la Coupe de vérité du caveau était fausse, ses soupçons s’étaient mués en certitude.
Les deux affaires avaient effectivement quelque chose de similaire. Kriel hocha la tête.
« Je crois deviner ce que tu vas me demander. Tu veux que je t’aide à retrouver le coupable qui t’a imité ? »
« Exactement. Si je prétexte que j’ai besoin de matériaux pour purifier des Esprits, ou que je cherche un endroit où les conditions géomantiques conviennent à un rituel de purification, je peux prendre presque tout ce que je veux au domaine et aller où bon me semble ! »
[Hé, il y a une chose qui m’intrigue.]
Orisin intervint. Alberic regarda le fantôme de licorne et laissa échapper un son admiratif.
« Ta fourrure est superbe. Les braconniers devaient bien t’aimer, de ton vivant. »
[Ce fou est sérieux ? Enfin, pourquoi Kriel ? C’est peut-être un chevalier doué, mais ça ne veut pas dire qu’il s’y connaît en filature.]
Le sourire insouciant d’Alberic changea. Il n’avait pas l’air sérieux ni embarrassé, seulement un peu gêné.
« Euh… Je dois vraiment le dire ? »
[Maintenant que j’y pense, c’est louche. Pourquoi fais-tu assez confiance à Kriel pour lui proposer tout à coup de travailler ensemble ? Même si vous êtes amis de cellule, vous vous connaissez depuis moins de dix heures.]
Orisin était exceptionnellement sérieux. Kriel fut impressionné, intérieurement.
« Oh… »
Mais ce n’était pas Kriel qui avait parlé. C’était Oife, debout derrière Alberic comme pour le protéger.
« Bon sang. On dirait exactement Oife. Les gens pointilleux se ressemblent-ils même d’une espèce à l’autre ? »
Après s’être gratté la tête, Alberic leva les deux mains.
« Très bien ! Je vais vous répondre franchement. Parce qu’il a la classe ! »
[Hein ?]
« Les chevaliers ont la classe ! »
[Quoi ???]
« Tu sais de quoi tu parles. À partir de maintenant, je te considérerai comme un ami. »
[Quel cinglé !]
Tuon regarda Alberic et prit note : comprend ce qui fait la « classe » d’un chevalier. Cotisation d’amitié annulée pour un mois.
Oife jeta un regard à la chambre d’amis bruyante, puis leva les yeux vers le ciel.
Dame Fand. Ancien Nawiden. Je crois que le jeune maître s’est vraiment fait son premier ami.
Mais que dois-je faire s’ils sont tous les deux pareils ?
* * *
« Vous êtes sérieux, jeune maître ? »
Oife posa de nouveau la question à Alberic, qui faisait cuire avec adresse le riz qu’il s’était donné tant de mal à obtenir, avant de le mélanger à la soupe de viande. Niam souriait elle aussi en mélangeant son riz à sa soupe, ce qui ne fit qu’aggraver la tension d’Oife.
« Quoi ? »
« Vous avez fait cette demande juste parce qu’il avait la classe ? »
« Tu sais d’où vient la “classe” d’un chevalier ? »
« Non. »
« De sa capacité à ne pas détourner le regard face à l’injustice et à ne pas renier ses convictions. Tu l’as dit toi-même. Dans les six villages que Kriel a traversés pour venir jusqu’ici, il a réglé leurs problèmes en ne prenant qu’une seule pièce. »
Alberic sourit et ajouta que Kriel ressemblait à un chevalier d’un vieux conte de fées. Il ne pouvait faire confiance à personne dans sa famille. Un Métamorphe pouvait prendre l’apparence de n’importe qui.
Mais peut-être ce chevalier méritait-il qu’on lui fasse confiance. Kriel n’avait-il pas déjà prouvé sa noblesse par ses actes, sur la route du domaine de la Famille Lir ?
En se rappelant les vieux récits que sa mère lui racontait quand il était enfant, Alberic sourit.
* * *
« Commençons par rencontrer ta mère. »
« Quoi ? »
« Quand on rend visite à un ami chez lui, la moindre des choses, c’est de saluer ses parents, non ? »
Avait-il choisi la mauvaise personne ?
Alberic sentit soudain poindre un mal de tête.
* * *
Sur l’insistance ferme de Kriel, Alberic n’eut d’autre choix que de le conduire à la chambre de malade de Dame Fand. Devant la porte hermétiquement close, Alberic s’assura que personne ne se trouvait à proximité avant de parler.
« Alors, pourquoi veux-tu voir Mère ? Elle peut ouvrir les yeux, mais même bouger lui est difficile. Elle ne pourra rien faire pour ce qui concerne les Esprits. »
« Pour ce qui est du Métamorphe qui t’a imité, s’il peut prendre ton apparence, ne peut-il pas aussi prendre celle de ton entourage ? »
Kriel lui donna une brève explication. Les autres membres de la Famille Lir avaient chacun leurs propres relations bien établies. Mais qu’en était-il de Dame Fand ?
« Elle doit rester dans sa chambre. Ce serait la personne la plus facile à imiter. »
« Attends. Si ce que tu dis est vrai, alors où est ma vraie mère ? »
« On a peut-être emmené ta mère ailleurs que dans cette chambre, ou bien on s’en est pris à elle lorsqu’elle a décidé d’interrompre son traitement de maintien en vie. »
« …Les défenses de notre famille ne sont pas si laxistes. »
« Je dis seulement qu’il faut rester prudent. »
« Comment comptes-tu déterminer si c’est un Métamorphe ? »
« Le moyen le plus sûr, c’est le sang. Votre famille pratique-t-elle la saignée ? »
« La saignée ? Ce traitement dépassé qu’on trouve dans les livres d’histoire ? Il y a encore des charlatans dans l’Empire qui pratiquent ça ?! »
La saignée consistait à prélever du sang dans le corps. La pratiquer sur un patient gravement malade était dangereux et risquait fort de le tuer sur le coup. Alberic avait toutes les raisons d’être horrifié.
« On y a parfois recours quand du poison s’est répandu dans le corps. »
« Ça se fait avec un prêtre au chevet du patient. Inciser de la chair vivante et en tirer du sang sans la moindre précaution, c’est le genre de barbarie dont seraient capables les Chevaliers Noirs et les mages noirs ! »
Dans son esprit, Kriel rétrograda Alberic du rang d’ami à celui d’ami provisoire.
« Mais c’est le moyen le plus sûr. N’y a-t-il aucune excuse pour prélever du sang ? »
« On prélève du sang pour analyser la concentration de mana dans le sang. Mais pas pour pratiquer cette méthode de traitement aussi risquée. »
Alberic hésita malgré tout. La santé de sa mère s’était déjà dégradée au point qu’elle ne pouvait plus se rétablir. Pourtant, il ne pouvait pas ignorer la possibilité qu’un serviteur des Abysses, un Métamorphe, se trouve parmi eux.
Il finit par hocher la tête. Sa tension était évidente. Kriel garda une expression impassible, mais il était tout aussi tendu.
Tushkin Gabi s’était jeté dans les Abysses, mais il n’était qu’un humain. Dame Fand, en revanche, descendait de l’Arbre-Monde et était plus proche que tout autre elfe de la forme elfique primordiale. Si quelqu’un comme elle succombait aux Abysses, son pouvoir serait incomparable à celui de Tushkin.
Crrr.
La porte s’ouvrit.
Ils se trouvaient au dernier étage du manoir de bois. Une chaude lumière du soleil, qui ne brûlait pas, et une brise fraîche, qui n’avait rien de glacé, emplissaient la pièce. En plein hiver, juste avant le solstice, la magie était certainement à l’œuvre.
Une vieille femme était étendue sous la douce lumière qui venait de derrière elle. Ses cheveux, qui avaient dû autrefois briller d’un or éclatant, avaient pâli jusqu’à devenir presque blancs, mais conservaient une dignité née de l’âge.
Clignement.
Les paupières de la vieille femme se soulevèrent lentement.
« C’est Alberic ? »
« Euh, oui. Mère, c’est moi. Vous êtes réveillée. »
« Niam est passée tout à l’heure. Quelle gentille enfant. Qui est la personne derrière toi ? »
« Un ami. Je l’ai rencontré en prison. »
Orisin était horrifié. Quelle façon de présenter quelqu’un !
Les lèvres de Dame Fand s’incurvèrent légèrement, comme si elle était habituée aux sornettes de son fils. Sans un mot, Kriel s’inclina pour la saluer.
Dame Fand tenta de lever la main, mais le médicament l’en empêcha peut-être. Elle se contenta d’un infime hochement de tête. Même cela semblait difficile ; elle prit plusieurs profondes inspirations.
« Je suis heureuse de vous rencontrer. Nawiden m’a parlé de ce qui se passait à l’extérieur. J’espère que vous trouverez ce que vous cherchez au sein de la Famille Lir. »
« Merci de votre accueil. Je me suis fait un ami ; je crois que j’ai déjà obtenu bien plus que je n’en avais besoin. »
« Oh, Alberic, c’est vraiment ton ami ? »
« Mère… »
Alberic se pressa la tempe comme s’il avait mal à la tête.
« Nous sommes venus prélever du sang. À cause du vol de la relique, nous devons inspecter minutieusement les réserves ; il se peut donc que je ne puisse pas accéder à la réserve d’herbes médicinales que nous utilisons d’habitude. Je dois vérifier votre état avant de modifier la préparation de votre médicament. »
C’était un prétexte qu’il avait préparé à l’avance, et il n’était pas entièrement faux. Parmi les ingrédients des antidouleurs que prenait Dame Fand figuraient des herbes rares, conservées uniquement dans le caveau. On pouvait les remplacer par d’autres, mais il fallait alors prescrire avec soin un traitement adapté à l’état de la patiente.
« Oh, mais Niam est déjà venue m’examiner. »
Alberic jeta un regard à Kriel. Qu’est-ce qu’on fait ?
Kriel lui répondit du regard. Débrouille-toi.
Notes :
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