Chapitre 62
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 62 : Le chevalier et le prodigue (1)
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« Hein ? » Orisin resta stupéfait.
[Tu as déjà reconnu les Abysses, mais est-ce que les Abysses t’ont déjà reconnu ? Même quand quelqu’un l’a fait, c’est parce que tu as délibérément cherché à l’attirer dedans.]
C’était ce qui s’était passé avec Collin, celui qui n’était pas parvenu à devenir un Démonide. Quand Kriel s’était approché, tout armuré, Collin ne l’avait pas pris pour un serviteur des Abysses malgré son apparence terrifiante, du moins pas avant que Tuon ne se mette à débiter toutes sortes de choses avec grandiloquence.
« À moins qu’il s’agisse d’un artefact ancien du niveau de la Porte du Temple, personne ne pourrait me reconnaître. Et avec le collier que Morgina m’a donné, il est normal qu’ils ne me reconnaissent pas, à moins que je ne libère mon Énergie de Sang sous leurs yeux. »
[Mais lui, il t’a reconnu ?]
« C’est ce que j’ai cru comprendre. »
Kriel se remémora cet instant.
Dès que la Coupe du mensonge entra dans son champ de vision, le monde se brouilla brusquement.
Ce n’était pas comme du brouillard ou des ombres qui lui obscurcissaient la vue. Il avait plutôt l’impression que tout était devenu flou.
Alors que plus rien dans le monde n’était net, seule la lueur argentée de la Coupe du mensonge brillait avec clarté. Son argent d’une pureté parfaite la rendait d’autant plus sinistre.
La coupe murmura.
Kriel sentit instinctivement qu’elle s’intéressait profondément à lui.
『Toi et moi poursuivons le même but…』
Sa voix était glaciale.
Le son en lui-même n’avait rien de particulièrement étrange. Il n’avait ni la platitude inhumaine ni le timbre éraillé du métal raclant du métal. Prises séparément, chacune de ces voix paraissait ordinaire.
Pourtant, on aurait dit que la voix changeait à chaque syllabe. Le mot « toi » avait le murmure d’une vieille femme. La syllabe suivante était prononcée d’une voix aiguë et claire, celle d’un enfant dont il était impossible de déterminer le sexe. Quand vint le « moi », la voix était devenue grave, comme celle d’un chanteur d’opéra.
Une sorte de chimère vocale chuchota à Kriel.
Sans réfléchir, il leva son Aura de combat. Sa Soif de sang et sa Rancœur tentèrent de répondre à l’appel comme si elles avaient oublié leur place, mais malgré sa confusion, Kriel conserva son sang-froid. Il réprima les pouvoirs du Chevalier Noir et fracassa la relique familiale.
[Non, espèce d’idiot, tu n’étais pas calme du tout !]
Il avait simplement sursauté et frappé par réflexe, non ?
Kriel se gratta la tête.
« Ce n’était pas garder son calme, ça, puisque j’ai quand même eu assez de jugeote pour ne pas utiliser de mana noir ? »
Orisin rejeta cette pitoyable excuse et reprit le fil des événements.
Des Bêtes démoniaques comme Tushkin Gabi et Collin Lir ne pouvaient pas percevoir la présence de Kriel en tant que Chevalier Noir, à moins qu’il ne se dévoile lui-même.
Satranak, le Démonide qui avait possédé Gratuon, était du même acabit. Il n’avait pas reconnu Kriel à sa présence, mais l’avait déduit logiquement d’après les circonstances et l’Énergie de Sang que Kriel avait utilisée.
Autrement dit, même un Démonide ne pouvait pas percer le déguisement de Kriel.
*Cela dit, je ne peux pas en être certain avec un seul Démonide comme spécimen.*
[Quiconque s’en prend à cette famille doit être au moins un Démonide. Plus probablement, un Démon.]
Kriel partageait l’avis d’Orisin.
Cette présence désagréable dépassait de loin ce dont un simple serviteur des Abysses était capable. Ce n’était pas un serviteur des Abysses, mais l’un de ses maîtres. Un Démon devait être impliqué.
Même en étant très optimiste, il s’agissait forcément d’un Démonide avec une solide expérience.
« Le Chancelier impérial actuel est issu de la Famille Lir, n’est-ce pas ? »
[Tu me l’as dit à la Cité-portail. S’ils avalent la Famille Lir, pourront-ils ébranler l’Empire ?]
Un nom leur vint à l’esprit, à Kriel et Orisin.
Le nom de l’Archidémon que Tushkin Gabi avait crié en mourant.
Grikenkos.
À la mention d’un Démon, l’atmosphère de la pièce s’assombrit. Après la victoire de Tirnanog lors de la guerre contre le Roi Démon, pouvait-il encore exister une menace plus grande dans ce monde ?
« Maître, cela ne va pas du tout. Je vais bien dissimuler l’emblème du corbeau, alors mettez cet uniforme. C’est celui qui vous va le mieux. »
Les paroles solennelles de l’Épée démoniaque domestique rompirent le lourd silence.
* * *
On échangea quantité de propos au conseil de la Famille Lir, mais la réunion finit par se concentrer sur une seule question.
*Où est la Coupe de vérité ?*
« Silence, je vous prie. »
En l’absence du chef de famille, qui occupait le poste de Chancelier impérial, Nawiden Lir présidait la réunion. Tous les membres de la Famille Lir le respectaient, qu’ils appartiennent à la branche principale ou à une branche collatérale.
« Tout d’abord, accueillons Messire Kriel, qui a révélé que la Coupe de vérité conservée dans le coffre-fort était une contrefaçon. »
Les portes de la salle de réunion s’ouvrirent et Kriel entra.
Ses cheveux pâles, brillants comme des os, et ses yeux rouges, qui semblaient pleins de rancœur, avaient toujours autant d’allure.
Sa tenue adoucissait cette impression.
Il portait un uniforme luxueux, manifestement confectionné par un maître artisan. Ses cheveux étaient soigneusement peignés en arrière. Il avait l’allure robuste et sévère d’un officier supérieur de l’armée impériale.
Il avait bien changé depuis son arrivée au domaine. Les membres de la famille Lir réunis dans la salle braquèrent leurs regards sur Kriel.
« Salutations. Je suis Kriel, et j’ai été invité comme témoin dans cette affaire. »
Kriel avait longuement réfléchi avant de venir.
Sa plus grande inquiétude était de savoir quoi répondre à la question : « Comment avez-vous compris que la coupe était fausse ? »
Il avait prévu de se servir une nouvelle fois d’Orisin comme prétexte, comme à la Cité-portail.
Pourtant, à sa grande surprise, personne ne posa la question qu’il attendait.
« J’ai entendu dire que vous aviez relevé des similitudes entre l’Anneau empoisonné et la Coupe de vérité. »
« C’est exact. »
« Vous avez également réglé le problème qui frappait un village situé sur les terres de notre famille. »
« C’est exact également. »
« Pourriez-vous nous indiquer où se trouvent les autres villages qui ont connu des incidents liés aux Abysses et impliquant des monstres ? »
Une grande carte de la région environnante, dessinée avec force détails, était posée sur la table.
Kriel indiqua les villages où des monstres ou la corruption abyssale étaient apparus.
« Merci. Si un serviteur des Abysses capable de manier un artefact comme l’Anneau empoisonné était à l’œuvre, il a forcément aussi attisé les monstres. Nous commencerons nos recherches dans ces environs. »
Bien qu’ils le rencontrassent pour la première fois, pas une seule personne ne mit son témoignage en doute.
C’était une expérience plutôt inhabituelle pour Kriel.
Pendant une pause dans la réunion, Kriel demanda à Nawiden pourquoi.
« Hum ? Vous voulez savoir pourquoi notre famille ne se méfie pas de vous, Messire Kriel ? »
« Oui. »
« Ha ha. Nous nous sommes méfiés de quelqu’un dont nous n’aurions pas dû nous méfier et l’avons envoyé en prison. Nous n’avons pas soupçonné la personne qu’il fallait et avons perdu notre relique familiale. Pourquoi douter d’un chevalier qui a dévoilé au grand jour le complot contre notre famille ? »
Waouh. Ça, c’était une première.
Une chaleur discrète, mais sincère, envahit le cœur de Kriel.
* * *
Après cela, le conseil n’eut plus rien à traiter au sujet de Kriel.
La famille annonça que, comme la Coupe de vérité ne pouvait pas être utilisée immédiatement, elle trouverait le spirite le plus doué parmi les membres de la Famille Lir encore en mesure d’agir.
Même en réfléchissant à la manière dont ils devraient affronter un Démon aux côtés de Kriel, Orisin ne pouvait renoncer à l’espoir de rencontrer un spirite.
Peu après la fin de la réunion, quelqu’un frappa à la porte de la chambre d’amis de Kriel.
« Messire Kriel, c’est Oife. »
[Oh. On dirait que le spirite est déjà là ! Qui a-t-elle amené ? Ou bien est-ce l’elfe d’hier ?]
Orisin s’exprima avec empressement.
Kriel, lui, s’attarda sur les derniers mots d’Oife.
« Euh… la Famille Lir avait promis… Non, c’est bien ça ? »
« Hé, pourquoi tu mets autant de temps ? J’ai même joué au jeu du mot qui commence par la dernière lettre avec cet ami ! On s’est aussi promis de boire un verre ensemble ! J’ai fait tout ça ! »
[Ah.]
L’espoir s’évanouit dans la voix d’Orisin.
[C’est la voix d’un drôle d’elfe.]
La remarque définitive de Tuon acheva les espoirs d’Orisin, et la porte s’ouvrit à la volée.
« Salutations ! Alberic, votre compagnon de repas, est arrivé ! »
[Pardon ! Pardon, Oife ! Nawiden a dit qu’il enverrait un elfe talentueux !]
Oife baissa la tête.
Son jeune maître était trop embarrassant pour être présenté aux autres.
« Ah, c’est simple. Je suis le spirite elfe le plus doué, après tout ! »
[Quoi ?]
« Le jeune maître a hérité du sang de Dame Fand, autrement dit du sang des Elfes de l’Arbre-Monde. Il descend de ceux qui vivent au plus près de la nature originelle ; il possède donc bel et bien le plus grand talent de spirite de toute la Famille Lir actuelle. »
[Non !]
« Allez, allez. Viens par ici. Commençons par regarder ton dos ! »
[Ahhh ! Ce type est un charlatan !]
« Ça ne piquera qu’un peu ! »
Au milieu du tumulte, Oife soupira et s’approcha discrètement de la porte pour la fermer.
Et ce n’était pas tout.
Oife lança un sort d’insonorisation sur la pièce, puis plusieurs sorts de détection.
Les sorts s’activèrent les uns après les autres, en plusieurs couches, comme il convenait à la garde secrète de la Famille Lir.
Kriel observait attentivement.
« Alberic. »
« Hum ? »
« Oife a terminé de sécuriser la pièce. On en vient au fait ? »
Alberic esquissa un sourire en coin.
Ce n’était pas un rictus désagréable, mais un sourire teinté de malice et de curiosité.
« Bien sûr ! »
Alberic relâcha Orisin. La Dague à corne cliqueta en tombant sur la table.
[Qu’est-il advenu de la dignité d’une illustre maison elfique ?!]
« Alors, de quoi s’agit-il ? »
« D’abord, il est vrai que je suis le meilleur spirite de la Famille Lir. J’espère que vous ne penserez pas que notre famille prend ses promesses à la légère. »
Alberic avait l’air tout à fait sérieux.
Était-ce parce que l’honneur de sa famille était en jeu ?
« Mais ce titre est assorti d’une condition. »
« Une condition ? »
« La condition, c’est que je suis le meilleur parmi ceux qui peuvent agir actuellement. En réalité, la meilleure, c’est ma mère. »
Des ombres tombèrent sur les yeux baissés d’Alberic.
Notes de bas de page :
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