Chapitre 61
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 61 : À la recherche de l’héritage disparu (4)
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[Argh !]
Orisin, qui s’apprêtait à enchaîner par un « Espèce de taré ! », se figea. Il savait que Kriel possédait la capacité de détecter les Abysses, un don qu’Orisin ne pourrait jamais reproduire.
Orisin avait même une vague idée de l’origine de cette capacité. Si Kriel insistait tant pour fracasser l’héritage d’une autre famille, c’était sûrement parce que l’objet avait été corrompu par les Abysses.
« Ça ne rend pas la chose acceptable pour autant ! »
Au domaine de la Famille Gabi, il avait attaqué un vieil homme dès qu’il avait vu le père de Mazhar. Et maintenant, il sortait le coup du « Cet héritage est à moi, désormais » ? Est-ce qu’il se jetait instinctivement sur tout ce qui avait un lien avec les Abysses ?
Du point de vue de Nawiden, c’était encore plus incompréhensible que si quelqu’un avait volé l’héritage. Il aurait pu comprendre que Kriel le convoite, mais celui-ci avait essayé de le réduire en miettes dès qu’il l’avait aperçu.
Orisin se tourna vers Nawiden.
Même le doux Nawiden ne savait pas comment réagir à une situation aussi inattendue. Il regardait Kriel, complètement déconcerté.
[… Hé ! Qu’est-ce que tu comptes faire ? Arrange-moi ça, et vite !]
« Ah. J’ai agi sans réfléchir. »
[Tu pourrais au moins dire quelque chose !]
Mazhar Gabi avait lancé exactement la même phrase à Kriel, qui lui avait répondu d’un simple : « Quelque chose. » Puis il avait roué Tushkin Gabi de coups jusqu’à le mettre hors de combat.
Pourtant, contrairement à ses deux épées, Kriel était un jeune homme droit et parfaitement à l’aise en société. Du moins, c’était ce qu’il croyait. Il ne se mit donc pas à raconter toute l’histoire sur-le-champ.
« J’imagine que cet incident soudain a dû vous alarmer. Je vous prie de m’excuser. »
Nawiden ne sut que répondre. S’il le savait, n’aurait-il pas dû éviter d’agir ainsi dès le départ ?
« Je vous prie tout de même d’examiner la Coupe de vérité. C’est à la fois mon excuse et la raison de mon geste. »
La Coupe de vérité gisait en morceaux, méconnaissable. C’était une fin pitoyable pour un artefact transmis depuis des siècles, à l’époque où la Famille Lir était encore une prestigieuse maison d’Anciens Elfes.
Alors que Nawiden s’apprêtait à pousser un long soupir, il s’interrompit.
« Hum ? »
Il examina de nouveau la Coupe de vérité. Elle n’aurait pas dû se briser aussi facilement.
Nawiden s’approcha des débris et ramassa un fragment. Il brillait comme de l’argent et dégageait même une faible impression de sainteté.
Pourtant, ce n’était pas la Coupe de vérité. Le métal qui la composait n’était pas de l’argent ordinaire. Il s’agissait d’un métal spécial appelé argent elfique, forgé grâce à un art secret des Anciens Elfes.
Elle n’aurait pas pu se briser aussi facilement.
Nawiden comprit qu’un sort extrêmement subtil avait été lancé sur les fragments de la Coupe de vérité. C’était, en quelque sorte, un pouvoir d’imitation. Une coupe de forme similaire, fabriquée dans un autre matériau, avait été imprégnée de Magie d’imitation pour reproduire la véritable Coupe de vérité.
Une perle de sueur froide glissa sur le front de Nawiden. La Coupe de vérité avait été remplacée.
Qui, pourquoi, et quand ? Les questions se bousculèrent dans l’esprit de Nawiden. Kriel poursuivit d’un ton calme :
« Après la confiscation de la Coupe de vérité à Alberic, quelqu’un est-il entré dans la réserve ? »
« … Il faudrait que je consulte le registre des visiteurs pour en être certain, mais probablement pas. Après avoir récupéré la Coupe de vérité auprès d’Alberic et l’avoir remise à sa place, nous devrions être les premiers à être entrés dans la réserve. »
« Alors, la coupe était probablement déjà une contrefaçon à ce moment-là. »
Kriel reconstitua les événements. Celui qui avait volé la Coupe de vérité avait exploité l’image publique d’Alberic, celle d’un prodigue imprudent.
« Peu après avoir volé la Coupe de vérité, le coupable a dû se retrouver coincé par l’arrivée soudaine de la lettre du conseiller Luwain. La sécurité de la réserve a été renforcée, l’empêchant d’y remettre la coupe. Il a donc dû se servir d’Alberic pour remplacer l’original par une contrefaçon. »
« Il y a quelque chose qui ne colle pas. S’il avait placé la contrefaçon dès le début, son crime aurait été plus parfait. »
Kriel se rappela la nature des Abysses. Ils aimaient agir dans l’ombre pendant longtemps, en dissimulant des pièges là où personne ne les remarquerait. Les Abysses ne cherchaient pas à provoquer une destruction ordinaire. Ils voulaient la chute du monde.
Parfois, même les plus pieux pouvaient succomber. Comme ces chevaliers sacrés renommés qui sombraient dans les Abysses et devenaient des Chevaliers Noirs.
Kriel fronça les sourcils en repensant à l’instant où il avait vu la Coupe de vérité pour la première fois. Non, la Coupe du mensonge.
En voyant son expression, Nawiden lui demanda : « Qu’y a-t-il ? »
Kriel secoua la tête, comme si de rien n’était.
« Je réfléchissais simplement à quelque chose. Vous souvenez-vous de l’Anneau empoisonné que j’ai apporté ici au début ? »
« Bien sûr. Vous avez beaucoup souffert à cause de lui. »
« La Coupe de vérité et l’Anneau empoisonné ont un point commun. Leur fonction diffère, mais tous deux altèrent l’eau. »
Kriel pensait que la contamination d’une source par l’Anneau empoisonné avait servi d’expérience. Comment réagiraient les humains qui boiraient une eau chargée de l’énergie empoisonnée des Abysses ? Comment l’environnement naturel touché se transformerait-il ?
L’affaire s’était limitée à des symptômes ordinaires comme des maux de ventre, des vomissements et de la diarrhée parce que Kriel était intervenu à temps. Mais si quelqu’un avait inspecté la source par des moyens ordinaires, s’était dit : « L’eau n’a pas l’air contaminée », puis avait cherché la cause ailleurs, en laissant le problème s’aggraver longtemps ?
Le village corrompu par les Abysses aurait pu devenir un foyer de reproduction pour les monstres. Pire encore, un Domaine abyssal aurait pu s’abattre sur lui. Nawiden avait servi pendant la guerre contre le Roi Démon. Il avait vu d’innombrables régions s’effondrer de cette façon.
« Le coupable ne voulait probablement pas voler l’héritage pour en tirer de l’argent. Il comptait plutôt corrompre la Coupe de vérité pour en faire une source de contamination, comme l’Anneau empoisonné, puis la remettre à sa place. »
Un tel plan aurait normalement dû être exécuté rapidement, avant que quiconque ne s’en aperçoive. Pourtant, avant que la corruption soit achevée, la sécurité de la réserve avait été renforcée et le vol découvert.
« … Ils comptaient se servir de notre héritage pour en faire un bassin baptismal des Abysses ? »
[Un bassin baptismal. Comme c’est désuet. Tout à fait ce qu’on peut attendre d’un elfe.]
Chaque religion avait ses propres rites d’initiation, mais les plus courants faisaient appel à l’eau : on versait de l’eau bénite sur la tête des fidèles ou on les y immergeait. L’idée était que l’eau les débarrasse des souillures du monde profane.
Un bassin baptismal était un récipient où l’on conservait l’eau bénite destinée à ces baptêmes. Si la Coupe de vérité était corrompue, son pouvoir ne purifierait plus : il précipiterait plutôt ceux qui s’en servaient dans les Abysses. La comparaison de Nawiden touchait juste.
« C’est ce que je crois. Cela dit, cette déduction ne tient que si le fabricant de l’Anneau empoisonné a un lien avec le voleur de la Coupe de vérité. »
Le visage grave, Nawiden ramassa les fragments brisés. Leur magie se dissipait maintenant qu’ils avaient été détruits, mais ils restaient des preuves.
« Je souhaite convoquer un conseil de famille. Accepteriez-vous de témoigner ? »
Kriel hocha la tête.
* * *
« Jeune maître. »
Oife s’adressa à Alberic à travers les barreaux.
Alberic se tourna vers Oife avec un sourire paresseux.
« Alors ? Comment ça s’est passé ? »
« Rien. Il n’y a aucun indice. Le seul témoignage qu’on a trouvé disait que tu traînais près de la réserve ce jour-là. »
« Ce n’était pas moi. Pourquoi est-ce que je serais assez dingue pour voler l’héritage ? »
Oife allait taquiner le jeune maître comme d’habitude, mais elle secoua la tête en voyant son sérieux inhabituel. Jusqu’à récemment, la Coupe de vérité avait servi à maintenir Dame Fand en vie.
Elle empêchait les cicatrices des Abysses, enfouies au plus profond de sa moelle, de dévorer son corps. Elle ne pouvait pas la guérir, mais elle empêchait ses blessures de s’étendre. Tout cela était devenu de l’histoire ancienne après que Dame Fand avait renoncé au traitement qui prolongeait sa vie pour se préparer à mourir.
Alberic voulait que sa mère vive ne serait-ce qu’un jour de plus. Il jurait n’avoir jamais eu l’intention de vendre la Coupe de vérité, qui pourrait servir si Dame Fand changeait un jour d’avis.
« Mais écoute. Tu as aussi dit que tu t’étais soûlé et que tu avais perdu connaissance quelque part ce jour-là. Tu ne sais même pas où tu étais, alors discuter de l’existence d’un Métamorphe en te fondant uniquement sur ton témoignage, c’est… »
« Je n’ai pas l’intention d’en parler ouvertement avec la famille. Ce qui m’a imité ne doit pas découvrir qu’on l’a démasqué. C’est bien pour ça que je t’ai fait venir, non ? »
Oife soupira en regardant le jeune maître. Il restait son ami et, quand l’ancien Nawiden entrerait dans le repos éternel, il deviendrait son seigneur.
« D’accord. Je vais continuer à chercher. Mais ne t’attends pas à des miracles. »
Alors qu’elle se retournait pour quitter la prison souterraine, quelqu’un l’appela.
« Grande sœur ! Grande sœur ! »
« Hum ? Niam ? »
« Grande sœur, on est yeot ! »
« C’est quoi, le yeot ? »
« Hum ? Ah, tu ne sais pas ? Comme prévu, vous n’êtes que des elfes à moitié formés. Le yeot, c’est un dessert à base de riz et d’orge. »
Alberic ajouta son explication. Était-ce une sorte d’aliment végétal étrange, propre aux Elfes de l’Arbre-Monde ? Oife se prit la tête entre les mains.
« Bon, je vois à peu près à ton ton. Qu’est-ce qui se passe ? »
« On dit que la Coupe de vérité a été fracassée ! Non, elle a complètement disparu ! »
« Quoi ? »
Oife regarda Alberic. Il sourit de toutes ses dents.
« Tu vois ? Je t’avais dit que ce n’était pas moi. »
* * *
Il fallut un bon moment pour convoquer le conseil de famille. En attendant, Kriel vérifia ses vêtements dans la chambre d’amis où on l’avait conduit.
« Maître, venez ici. Si on ne peut rien faire pour votre apparence, au moins, il faut que vos vêtements soient présentables. »
« … Je ne suis pas laid, quand même ? »
« Vous n’êtes pas laid. Mais vous avez l’air étrange. »
Tuon accula Kriel avec une attaque anodine. Par « étrange », elle désignait l’impression d’étrangeté qui se dégageait de l’apparence de Kriel, mêlée à l’aura sinistre propre à un Chevalier noir. Il avait l’air froid, comme quelqu’un qui se tenait à la frontière entre les vivants et les morts. Kriel renonça à discuter.
« Vous n’auriez pas autre chose que des vêtements légers de voyage ? Un chevalier doit se tenir avec la dignité qui sied à son rang. »
Kriel ouvrit la bouche d’un air assuré, prêt à répondre que l’armure était la tenue de cérémonie d’un chevalier. Dès que Tuon vit ses lèvres former le mot « armure », elle coupa court à ses espoirs.
« Si vous tenez à dire : “J’ai rapporté un anneau des Abysses et je porte une armure extrêmement suspecte, mais je ne suis pas un Chevalier noir”, je ne vous en empêcherai pas. »
Plutôt que de prétendre que l’armure n’avait pas été fabriquée par les Abysses, mais qu’il s’agissait d’une armure sacrée forgée par la Sainte d’Eve Kaha, Kriel accepta silencieusement l’avis de Tuon.
« Il doit bien y avoir quelque chose dans le sac. »
Après avoir peigné les cheveux de Kriel et terminé sa coiffure, Tuon se mit à fouiller dans le sac. Orisin chuchota à Kriel.
[Tu n’avais pas l’uniforme de cérémonie que Morgina t’a donné ? Il serait parfait pour une réunion officielle.]
C’était un uniforme noir luxueux, confectionné en soie de corbeau nocturne. Kriel secoua la tête.
« Il porte le symbole d’Eve Kaha. Pourquoi révéler sans raison que je suis un Champion ? »
[Si cette affaire est liée aux Abysses, je pense que tu finiras quand même par révéler cette identité…]
« Je me suis dit qu’il valait mieux la cacher pour le moment. »
[Pourquoi ?]
« Au moment où j’ai vu la Coupe de vérité contrefaite, j’ai entendu : “Toi et moi avons le même objectif…” »
Notes de bas de page :
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