Chapitre 58
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 58 : À la recherche de l’héritage perdu (1)
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J’ai froid et j’ai faim.
Kriel le pensa.
[Ce n’était pas pareil quand tu es entré dans le Royaume Sacré ?]
Kriel se trouvait dans le cachot du domaine de la Famille Lir.
[Maître. Puisque nous en sommes là, allons donc dans les Abysses─]
[Silence !]
Les murmures de Tuon le tentaient, l’incitant à embrasser les ténèbres qui l’habitaient. Orisin étouffa aussitôt ce sophisme pernicieux. Les hennissements stridents d’une licorne avaient largement de quoi couvrir les chuchotements d’une Épée démoniaque.
En écoutant leur sempiternelle dispute, Kriel réfléchit.
Qu’est-ce que j’ai encore fait pour me retrouver ici ?
Je n’ai même pas enfilé mon armure avant de venir.
* * *
Contrairement à ce que croyait Kriel, la Famille Lir ne l’avait pas jeté en prison à cause de son apparence.
Bien sûr, Kriel avait une allure extrêmement intimidante. À Tirnanog, personne ne rêvait de devenir le roi des pirates, alors, en voyant un homme porter trois épées, les gens ne se demandaient pas s’il prenait les bandes dessinées trop au sérieux, mais s’il était fou.
Surtout lorsque le regard de l’homme était traversé par une lueur meurtrière rouge et que sa peau était si pâle qu’il semblait être un cadavre. Dans ce cas-là, mieux valait peut-être trouver un casque qui lui couvrirait entièrement le visage.
Cela dit, une prestigieuse famille elfique avait forcément croisé au moins une fois de vieux vampires ayant vécu des siècles ou des dragons antiques ayant survécu à des âges plus anciens que les montagnes elles-mêmes.
La Famille Lir avait souvent accueilli des visiteurs aussi étranges qu’extraordinaires. Kriel avait beau ressembler un peu — non, beaucoup — à un serviteur des Abysses, elle n’était pas assez déraisonnable pour jeter les gens en prison sans distinction pour cette seule raison.
Si Kriel avait été emprisonné, c’était à cause de Lewein Lir.
Après avoir compris que son frère cadet était tombé dans les Abysses et avait comploté pour le tuer et prendre sa place, Lewein s’était rongé les sangs. Il avait depuis longtemps écrasé les serviteurs des Abysses venus le tuer, mais qui pouvait affirmer qu’il ne restait pas d’autres complices à comploter dans l’ombre ?
Alors, pour la première fois depuis longtemps, Lewein écrivit aussi à la branche principale de la Famille Lir.
De Lewein Lir, membre d’une branche collatérale de la Famille Lir et Mage-conseiller actuel de la Cité-portail, à la frontière du Royaume Sacré et de l’Empire, aux sages membres de la branche principale de la Famille Lir.
Son pitoyable frère cadet, Collin Lir, était tombé dans les Abysses et avait comploté pour usurper son identité. Le plan de Collin avait été déjoué et celui-ci avait trouvé le repos éternel, mais il pouvait encore rester des complices abyssaux. Prenez garde à toute personne se faisant appeler Lewein Lir.
La lettre fut envoyée plusieurs jours après le départ de Kriel de la Cité-portail. À cette époque, il avait été bien occupé, passant d’une affaire à l’autre avec Armede dans le Duché d’Argetlam.
Puis, à peu près au moment où la lettre arriva, un héritage fut dérobé au sein de la Famille Lir.
La Famille Lir prit l’affaire extrêmement au sérieux, mais le dénouement fut étonnamment décevant. L’héritage avait été retrouvé dans la chambre d’un parent de la branche principale, presque déshérité par la famille en raison de sa débauche. De nombreux indices circonstanciels montraient que, incapable de rembourser ses dettes de jeu, il avait voulu mettre l’héritage en gage pour obtenir un prêt.
Cela dit, qu’un héritage ait pu être volé avec autant de facilité n’augurait rien de bon.
Quelles terribles conséquences auraient pu s’ensuivre si le voleur avait été un serviteur des Abysses plutôt que le débauché de la famille ?
Ainsi, lorsque Kriel arriva chez la Famille Lir, la sécurité contre les Abysses était déjà passée discrètement à son niveau d’alerte maximal.
En vérité, même alors, tout aurait pu se passer sans incident.
Lewein Lir avait envoyé un avertissement : il fallait se méfier d’un imposteur qui usurpait son nom. Puis Kriel était arrivé, avait montré la lettre de délégation de Lewein Lir et tenté de prouver son identité. En plus, il avait une allure particulièrement suspecte.
Malgré tout, la Famille Lir était raisonnable.
Le fait que la maisonnée soit en émoi ne signifiait pas qu’elle allait arrêter et emprisonner un voyageur sous le seul prétexte qu’il avait l’air suspect. Et s’il avait vraiment reçu une lettre de délégation de Lewein Lir ?
Les vieux elfes auraient peut-être tenté d’exécuter sommairement un humain suspect qui n’avait fait qu’approcher de leur territoire.
Pourtant, si une prestigieuse famille descendante des Anciens Elfes était encore reconnue comme noble dans l’Empire moderne, c’était bien parce qu’elle avait abandonné l’élitisme et la discrimination caractéristiques des vieux elfes.
Tout en se méfiant de ce visiteur suspect, la Famille Lir décida d’abord de l’écouter et envoya un membre de sa lignée directe, comme il l’avait demandé.
Alors, sous leurs yeux, Kriel sortit un anneau imprégné d’énergie abyssale.
C’était un anneau qui exsudait du poison, responsable de la contamination de la source d’eau d’un village de montagne près du domaine des Lir.
Et Kriel déclara :
« Pour commencer, veuillez prendre ceci. »
Du point de vue de Kriel, c’était tout naturel. Le village où l’Anneau empoisonné avait été découvert relevait de la juridiction de la Famille Lir. Ne devait-il pas signaler que les Abysses étendaient leur ombre près de leur territoire ?
La capacité à s’occuper d’objets abyssaux était une autre question. Kriel ne possédait pas les pouvoirs magiques nécessaires pour purifier des artefacts abyssaux. Bien sûr, les jeter au lieu de les purifier, c’était autre chose.
En tant que Chevalier Noir, il pouvait utiliser son autorité pour absorber les résidus des Abysses.
Mais Kriel ne voulait pas renforcer ainsi les ténèbres en lui.
Le mage envoyé par la Famille Lir accepta l’artefact abyssal en gardant soigneusement un visage impassible, puis prétexta qu’il avait une affaire urgente et s’en alla.
Il se précipita ensuite auprès des anciens de la famille, s’écria : « Ah ! C’est un serviteur des Abysses ! », puis s’effondra.
C’est ainsi que Kriel, qui jouait au jeu du mot suivant avec les deux épées parce qu’il ne supportait plus l’ennui, fut envoyé au cachot sans comprendre pourquoi.
* * *
Assis dans un coin du cachot, Kriel soupira.
L’elfe nerveux était revenu et lui avait dit : « La personne qui va s’entretenir avec vous se trouve par ici », avant de l’entraîner dans un dédale de couloirs.
À peine Kriel était-il entré dans la pièce après avoir entendu que son interlocuteur s’y trouvait qu’il fut téléporté au centre d’une cellule de prison.
On aurait dit qu’un cercle de téléportation avait été installé à l’avance.
Kriel n’avait pas l’intention de s’évader de force. Il savait que cela ne ferait qu’aggraver le malentendu.
Ils étaient tellement occupés à m’envoyer en prison qu’ils ne m’ont même pas pris mes armes. Un garde va bientôt venir s’occuper de moi.
Il lui suffirait de demander poliment au garde, quand il arriverait.
Il y a dû y avoir un malentendu. Pourriez-vous contacter le Mage-conseiller Lewein, à la Cité-portail, et lui demander s’il connaît quelqu’un qui s’appelle Kriel ?
Il devrait peut-être attendre un jour ou deux dans le cachot, mais une fois la vérité révélée, la Famille Lir ferait sûrement plus d’efforts pour trouver un spirite, après avoir commis une offense aussi grave.
* * *
Les elfes de la Famille Lir se disputaient avec passion. Ils ne comprenaient pas les intentions du serviteur des Abysses qui avait dévoilé sans détour un artefact abyssal dès son arrivée au domaine des Lir.
« Révéler un artefact abyssal aussi ouvertement… Il y a forcément un adepte des Abysses parmi nous. Cet anneau était probablement un signe convenu à l’avance pour organiser une rencontre avec un complice. »
— « Calmez-vous. Vous allez beaucoup trop loin ! Ce que le jeune Lewein a traversé était cruel et pénible, mais croire que les Abysses ont infiltré jusqu’à la branche principale des Lir à cause de cela, c’est manquer de discernement. »
« Et s’il n’y avait pas réfléchi ? Peut-être a-t-il trouvé l’anneau au bord de la route et nous l’a montré, à nous qui dirigeons de fait cette région, pour le signaler. »
— « Pff, ridicule ! »
« Nous devons le forcer à avouer tout de suite qui le soutient et quel est son but ! »
L’une de celles qui observaient en silence les anciens elfes se quereller se leva discrètement. En vérité, peu de gens avaient même remarqué sa présence. Elle était entrée dès le début en dissimulant sa présence.
Même ceux qui l’avaient remarquée ne lui prêtèrent guère attention. Il était normal que la garde secrète de la Famille Lir accompagne les réunions de la lignée directe.
Une fois sortie de la salle de réunion, elle se fondit dans les ténèbres.
* * *
Une heure s’était déjà écoulée depuis qu’il attendait un garde. N’en pouvant plus de s’ennuyer, Kriel lança une nouvelle partie de jeu du mot suivant.
[Ténèbres.]
[Chevalier noir.]
« Tricheur. Orisin, tu as encore perdu. »
[Espèces de chevaliers obsédés par la chevalerie ! Vous vous liguez tous les deux pour me tomber dessus ?!]
Quand ils jouaient à trois, Orisin perdait neuf fois sur dix. Pour une raison quelconque, Tuon et Kriel faisaient une équipe redoutable.
Kriel lui conseilla d’accepter sa défaite avec dignité, puis se prépara pour la manche suivante.
« Chevalerie. »
« Métamorphe. »
[… Hein ?]
Une voix inconnue s’éleva de l’autre côté de la prison. Éraillée, elle semblait porter une sorte de gueule de bois, même à travers le mur.
« Il y a quelqu’un ? »
— « C’est plutôt moi qui devrais te poser la question. C’était ma cellule privée. Tu viens d’une branche collatérale et tu as offensé l’un des anciens de la famille ? Il faut vraiment qu’on te déteste pour t’enfermer dans un endroit entouré d’un champ de force antimana. »
« Je ne fais pas partie de la Famille Lir. Qui es-tu ? »
— « Ah. Je me disais bien que je n’avais jamais entendu cette voix. Alberic Lir. Tu peux m’appeler Al, ou Rick, si tu préfères. »
« Comment as-tu atterri ici ? »
— « Ils disent que j’ai volé un héritage ou je ne sais quoi. Je ne m’en souviens pas, mais tout le monde n’arrête pas de le répéter. »
Il est fou ?
Kriel se gratta la tête.
Notes :
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