Chapitre 54
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 54 : Hériter de la compagnie marchande (2)
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[Cette épée vulgaire n’a aucune pudeur… J’ai reconnu les courbes indécentes de sa lame.]
[Mais qu’est-ce que tu racontes ?!]
Sans un mot, Kriel leva Orisin et approcha lentement la Dague à corne de son fourreau.
C’était le fourreau silencieux que Morgina avait fabriqué en même temps que l’épée courbe. D’ordinaire, Orisin refusait d’y entrer, prétendant étouffer, si bien que cet équipement avait perdu la moitié de son utilité.
Orisin poussa un cri de surprise.
[Attends ! J’ai raison ! Les chevaliers ne sont pas obligés de se battre à l’épée ! Ils utilisent des lances ! Des haches aussi ! Mais sans cheval, ce ne sont pas des chevaliers !]
[Espèce de malotru. Comment une épée ose-t-elle parler d’autres armes avec autant de désinvolture ?!]
[Mais qu’est-ce qu’il a dans le crâne, ce salaud ?!]
Orisin sentit la Dague à corne glisser lentement dans le fourreau. Cette fois, la sensation était différente. Une terreur sourde lui soufflait qu’une fois enfermé dans les ténèbres, il ne reverrait pas la lumière avant longtemps, au moins une journée entière.
[T-tu serais en train de bouder, noble chevalier ? Je ne cherchais pas à te taquiner. C’est juste la vérité─]
Kriel glissa la Dague à corne dans le fourreau en silence. Le déclic de la fermeture lui parut agréable.
On aurait presque dit qu’une voix au fond de son cœur criait : « Quelle laideur, refuser d’accepter la vérité ! » Kriel décida de mettre ça sur le compte d’une hallucination provoquée par une compétence.
Il n’avait utilisé aucune compétence réservée aux Chevaliers Noirs ces derniers jours. Mais il allait sans doute bientôt s’en servir, alors peut-être entendait-il simplement à l’avance les hallucinations à venir.
Il empoigna Tuon.
[Comme on pouvait s’y attendre de mon maître droit et honnête. Garder près de soi une épée droite et pure comme moi plutôt que cette épée courbe indécente, voilà une attitude admirable.]
Kriel ignora aussi les absurdités de Tuon. S’il avait rangé Orisin et dégainé Tuon, ce n’était pas sans raison.
Lorsqu’il y insuffla son Énergie de combat, la lame prit une teinte bleu nuit, semblable au ciel nocturne. Au-delà de la froideur du métal, elle dégageait un frisson qu’aucune chose naturelle ne pouvait posséder.
L’immense visage de Tushkin Gabi, le monstre de cendres, s’illumina de rouge. Des flammes jaillirent de ses deux yeux.
« Tu as vraiment plus d’un tour dans ton sac ! »
Morgina fit appel à son Pouvoir divin. Si elle avait servi un dieu de la nature, comme un dieu de l’eau ou du feu, son Église aurait peut-être pu accomplir des miracles capables de contrer directement une attaque élémentaire de ce genre. Un dieu de l’eau aurait pu invoquer de l’eau pour éteindre les flammes, tandis qu’un dieu du feu aurait pu accorder une bénédiction protégeant des brûlures.
Mais Eve Kaha était la déesse des guerriers déchus et du repos. Pour Morgina, c’était surtout la déesse des bagarres.
Les miracles capables d’agir sur un élément précis étaient donc extrêmement rares. Face à ce souffle, Morgina n’avait que deux choix : esquiver ou bloquer.
Cette fois, elle choisit de se défendre. Elle puiserait autant de Pouvoir divin que possible pour bloquer l’attaque, puis contre-attaquerait dès qu’elle prendrait fin.
« Hé, tête rose ! »
« Quoi ? »
Cette familiarité, tellement contraire à ses habitudes, surprit Armede. Quelques jours plus tôt, Morgina ne prenait-elle pas des airs et ne débitait-elle pas des sottises en jouant les femmes raffinées ?
« La magie ! Tu n’as pas un sort pour lui arracher la mâchoire ? »
Insensible à la surprise d’Armede, Morgina continua de lui parler avec désinvolture. Après tout, cette mage aux cheveux roses l’avait vue renoncer à toute la dignité attendue d’une Sainte pour se battre au corps à corps contre Kriel. Il était bien trop tard pour faire la raffinée.
Si Armede avait été le genre de personne qu’elle ne voulait pas fréquenter, Morgina aurait continué à jouer les femmes dignes. Mais après avoir combattu Tushkin Gabi à ses côtés, elle trouvait qu’Armede avait un sacré tempérament.
Une mage spécialisée dans les jets de pierres ? N’était-ce pas exactement le genre de personne qu’Eve Kaha apprécierait ?
Au lieu de se plaindre de ne plus avoir de mana, Armede attraperait une pierre pour essayer d’écraser le crâne des Abysses. Eve Kaha approuverait sûrement.
Armede laissa échapper un son qui tenait autant de l’exclamation que du soupir, puis répondit :
« C’était la dernière pierre que j’avais préparée ! »
« Tu n’as vraiment aucun plan ! Je t’aime bien ! Mets-toi derrière moi ! Si tu peux consolider les gravats pour en faire un abri, fais-le ! »
Les deux masses de Morgina se transformèrent en boucliers. Mais ce n’étaient pas des boucliers ordinaires : ils étaient si énormes qu’on aurait dit des portes. Rouges et symétriques, ils étaient conçus pour s’emboîter parfaitement, sans laisser le moindre interstice.
« Kriel ! Toi aussi, mets-toi derrière moi… ? »
Traçant derrière lui un sillage bleu nuit, Kriel fonça vers l’avant. Il chargea en ligne droite, au-delà du mur détruit.
« Sérieusement, quel chevalier borné, obsédé par la chevalerie… ! »
Les yeux gigantesques de Tushkin Gabi suivirent Kriel tandis qu’il franchissait le mur d’un bond. Naturellement, les rayons ardents se tournèrent eux aussi vers lui.
Entre l’ascension et la chute, le soleil dans le dos, Kriel balaya l’air de son épée. Une lame d’Énergie de combat bleu nuit, en forme de croissant, s’enfonça dans les yeux de Tushkin Gabi.
Tushkin Gabi rit devant cette tentative insensée. Il avait pris la forme d’un visage, mais son essence n’était que cendres informes. Même si l’Énergie de combat le tranchait, il lui suffisait de reprendre forme.
Mais l’Énergie de combat qui parcourait Tuon entra en résonance avec le pouvoir de l’Épée démoniaque et porta en elle le froid profond des Enfers.
L’énergie bleu nuit transperça ses pupilles et s’y accrocha comme des épines. Elle se ramifia comme des lianes, refroidissant les cendres. Surpris de sentir son corps se figer, Tushkin cessa de projeter ses rayons de chaleur et les dirigea vers lui-même pour se faire fondre de l’intérieur.
Cette brève seconde suffit à Kriel pour retomber.
En un instant, Kriel retourna Tuon dans sa main et l’enfonça droit dans le front de Tushkin Gabi. Le pouvoir de Tuon, autrefois l’une des Sept Armes démoniaques, se déchaîna. Tushkin sentit la puissance sinistre de l’Épée démoniaque dévorer son essence même.
[Q-qu’est-ce que c’est que ça… ?]
Il ne pouvait pas résister. Comment une simple lame pouvait-elle être plus profondément enracinée dans les Abysses que lui ?!
Une autre question traversa alors l’esprit de Tushkin. Qui donc maniait une telle lame ? Un être qui brandissait une Épée démoniaque abyssale. Quelqu’un dont l’apparence ne trahissait pas la moindre trace de vie ni de vitalité.
Un commandant de légion abyssale.
[C-c’est toi qui as tenté Mazhar et l’as convaincu d’hériter de ma position… ?!]
Kriel ne répondit pas. Il n’avait plus besoin de se faire passer pour une créature des Abysses ni de recourir à des appâts. Que Tushkin meure sans obtenir de réponse à ses questions.
[Et alors ! Grikenkos te punira ! Les Grands-Ducs abyssaux ne savent-ils donc pas qu’ils doivent respecter les territoires les uns des autres ?!]
Naturellement, un Grand-Duc abyssal était ce qu’un serviteur des Abysses appelait un démon. Ce serviteur des Abysses, qui avait gravement mal compris la situation, se mit à proférer des absurdités. Kriel prit enfin la parole.
« Je n’ai absolument rien à voir avec la décision de Mazhar. Sache que c’est ta cupidité qui t’a conduit à ta perte. »
[Ma cupidité… ? Je n’ai encore rien fait─]
Tushkin se sentait réellement lésé, mais Kriel n’avait aucune intention d’écouter un serviteur des Abysses jusqu’au bout.
Il insuffla toute son Énergie de combat restante dans Tuon. Comme la nuit envahissant le ciel, l’énergie bleu nuit se répandit dans tout le corps de Tushkin.
La gemme bleue incrustée au centre de la garde de Tuon étincela. Le froid bleu qui s’étendait sur le visage de Tushkin comme des fissures gagna aussitôt toute la masse de cendres.
L’Énergie de Sang qui bouillonnait au centre du visage de Tushkin se refroidit en un instant. Il tenta encore et encore de rallumer les flammes, mais chaque fois qu’elles s’élevaient, le froid les étouffait.
Les cendres rougeoyantes se refroidirent lentement. Rouges, puis orange, elles redevinrent enfin grises.
Tushkin poussa un dernier râle d’agonie.
[Grikenkos…]
Ce fut la fin. La gemme de Tuon brilla une fois, et les cendres qui formaient le visage de Tushkin s’effritèrent.
Le luxuriant jardin se couvrit de cendres. Au milieu des vagues grises se tenait Kriel, Tuon plantée dans le sol.
[Admire, maître ! Voilà notre pouvoir ! Si tu es avec moi, alors─]
Kriel dégaina Orisin à la hâte et fourra Tuon dans le fourreau vide. La lame était trop longue pour y entrer entièrement, mais cela suffisait à empêcher Tuon de raconter des choses étranges.
[Oh, on me libère ?]
« De quoi tu parles ? On dirait que je t’ai emprisonné. »
Orisin allait répondre, mais son regard se posa sur Tuon, qui vibrait dans le fourreau où on l’avait fourrée quelques instants plus tôt.
Le silence forcé n’était pas du goût d’Orisin.
[C’est vrai ! On dirait que tout est réglé, alors allons voir comment va Mazhar !]
* * *
Morgina se frotta la nuque. Non, cette épée était sans aucun doute le meilleur moyen de régler la situation.
Mais pourquoi avait-il fallu qu’il la dégaine ?
Armede regarda en contrebas, par-dessus le mur, l’air soupçonneux. Kriel était là, visible, en train de leur faire signe.
« C’était quoi, cette épée ? »
Les artefacts aussi puissants étaient rares. Elle avait détruit l’âme d’un serviteur des Abysses d’un seul coup. N’était-ce pas le genre de trésor que maniaient les grandes figures de la guerre contre le Roi Démon ?
« On ne devrait pas descendre ? Mazhar et Kriel sont tous les deux dans le jardin, on dirait. »
Morgina changea précipitamment de sujet. Ce serait une vraie catastrophe si Armede se prenait d’intérêt pour cette épée, puis commençait à s’interroger sur l’identité de Kriel.
Armede avait toujours l’air mal à l’aise, mais elle acquiesça pour le moment. Il fallait régler les conséquences de l’affrontement.
* * *
Mazhar secoua la tête en contemplant les cendres de son père.
« Père… »
Les gardes mages le suivaient de près, comme pour l’escorter. Kriel s’approcha lui aussi lentement de Mazhar.
« Mazhar. Je sais que ça ne te consolera pas, mais essaie de voir les choses ainsi : dès l’instant où les Abysses l’ont corrompu, il n’était déjà plus ton père. Je suis désolé que ça se soit terminé comme ça. »
« Non. Tu as raison. S’il avait accepté les Abysses depuis si longtemps, alors l’homme que j’ai connu avait sans doute disparu depuis longtemps lui aussi. »
Mazhar poussa un long soupir avant de reprendre la parole.
« Y a-t-il autre chose que tu désires ? Tu as sauvé notre famille. Je te donnerai ce que tu voudras. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Nous avons simplement fait ce qu’il fallait. La somme convenue au départ est largement suffisante. »
« Pour si peu─ »
Mazhar allait lui demander s’il comptait vraiment se contenter d’une seule pièce pour avoir vaincu un serviteur des Abysses, lorsqu’il sentit que quelque chose clochait et regarda autour de lui.
Les gardes le fixaient, le visage traversé d’une ferveur étrange.
« Ils s’étaient mis d’accord sur le paiement à l’avance ! Le jeune maître savait déjà que son père était corrompu ! »
« C’est pour ça qu’il nous a fait surveiller Tushkin et qu’il a gagné du temps jusqu’à ce qu’il puisse faire venir des gens capables de l’éliminer ! »
Mazhar entendait leurs pensées dans leurs regards.
« Non ! »
« Comment ça ? »
« Quoi que vous imaginiez, vous vous trompez complètement ! »
Notes de bas de page :
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