Chapitre 53
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 53 : Hériter de la compagnie marchande (1)
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La pointe de lance en obsidienne d’Armede frappa l’épaule droite de Tushkin. L’armure d’os qui recouvrait sa peau se brisa, et les éclats d’obsidienne s’enfoncèrent profondément dans la chair rouge en dessous.
Malheureusement, l’armure d’os était exceptionnellement résistante. L’obsidienne se brisa contre elle, mais les fragments ne perdirent rien de leur élan. L’épaule de Tushkin Gabi se retrouva donc criblée de centaines d’éclats, comme si elle avait été touchée par une décharge de chevrotine.
Gémissant de douleur, Tushkin prit rapidement une décision. Pour une raison quelconque, le saignement de son épaule ne s’arrêtait pas. Mieux valait se trancher le bras à l’épaule et tenter de le régénérer.
Mais les deux autres n’avaient aucune intention de rester là à regarder. Kriel et Morgina se ruèrent sur Tushkin, qui avait pris de l’ampleur.
Tushkin était un marchand, pas un guerrier. Voilà pourquoi il avait si mal jugé la situation. Pour prendre le dessus sur Kriel et Morgina, il s’était contenté de grossir.
Son corps était bien trop imposant pour la pièce, ce qui l’empêchait de se déplacer aisément. Et sa surface ayant considérablement augmenté, il ne pouvait esquiver tous les coups de deux combattants expérimentés.
Même en encaissant les coups, Tushkin Gabi résistait avec acharnement. S’il y avait bien une chose qu’il avait à dire, c’était à propos de la dernière attaque lancée contre lui.
Il était vrai qu’il avait prêté de l’argent aux mages vermineux de la Société d’éradication de l’Abîme à des conditions extrêmement avantageuses. Mais était-ce sa faute si ces salauds n’avaient pas remboursé leurs dettes à temps ?
Tushkin bloqua la matraque de Kriel avec son bras droit, le coude plié dans un sens impossible, et exprima son indignation.
« Tu as perdu la tête, Armede ? C’est à tes membres qu’il faut reprocher leur piètre jugement financier ! En quoi est-ce ma faute ?! »
La fureur indignée de Tushkin résonna dans la pièce. Armede lui répondit froidement.
« Si tu leur as prêté de l’argent en sachant qu’ils avaient la tête dans les nuages, alors tu l’as fait exprès. Tu sais combien j’ai dû en baver pour régler leurs dettes et empêcher la cote de crédit de notre société de s’effondrer ?! »
« Ce n’est pas ta faute si tu n’as rassemblé que des incapables… ? »
La vérité était assez acérée pour transpercer le cœur d’Armede. Mais elle était une mage exceptionnelle, et les inepties désespérées d’un serviteur de l’Abîme ne suffirent pas à l’ébranler.
« La ferme, vieux ! Je vais te tuer ! »
Tout en exprimant calmement son opinion, Armede tira un catalyseur magique de sa bourse spatiale.
Le nouveau catalyseur qu’elle sortit était un objet à la longue histoire, qui avait gardé sa forme malgré les millénaires écoulés. C’était un fragment du passé transmis depuis une époque antérieure à la fondation même du Comté de Kett.
Un matériau qui avait servi de fondement à d’innombrables civilisations, tout en étant un outil de conflit depuis l’Antiquité.
« Qu’est-ce que tu essaies de faire… ? »
C’était un caillou.
Tushkin, sidéré que l’arme secrète qu’Armede exhibait avec tant de fierté ne soit qu’une pierre, ne réagit pas à l’attaque de Morgina. Son corps avait beau être devenu énorme, il avait conservé une forme humaine. Morgina savait très bien comment estropier les gens en pleine possession de leurs moyens.
Morgina fracassa les tibias de Tushkin avec les masses de fer qu’elle tenait dans chaque main.
Tushkin s’effondra en hurlant. Pendant ce temps, Armede termina ses préparatifs et dénoua le ruban qui retenait sa queue-de-cheval.
Le ruban dans la main d’Armede s’était comme par magie transformé en fronde. C’était une arme de secours qu’elle avait choisie après avoir souvent manqué de mana à l’époque où elle était mercenaire.
La fronde chargée se mit à tournoyer dans un sifflement menaçant. Quand elle atteignit sa vitesse maximale, Armede lança la pierre de toutes ses forces.
« Bougez ! »
Kriel ne comprenait pas pourquoi ils devaient éviter un simple caillou, mais il n’était jamais sage d’ignorer les consignes d’une mage sur un champ de bataille.
Il attrapa aussitôt Morgina, la cala sous un bras et courut vers Armede.
La pierre frappa Tushkin.
Une lueur sinistre vacilla en son cœur, puis s’épanouit en un éclat brillant qui engloutit le caillou.
L’éclat se transforma bientôt en boule de feu. La pierre, passée de la taille d’un poing à celle d’une boule de feu aussi grosse qu’un visage, finit par exploser.
Une déflagration brûlante balaya près des deux tiers de la pièce. En tant que chambre du chef de famille, celle de Tushkin Gabi était aussi vaste que toute la surface habitable d’une maison ordinaire.
Plus de la moitié de son mobilier luxueux, ainsi que le maître des lieux, furent réduits en cendres en un instant.
Au-delà du mur éventré, on apercevait le jardin. Le sol n’était pas en meilleur état. Un faux pas, et ils tomberaient au premier étage. Kriel fixa Armede, incrédule.
« Tu peux admirer les talents de ta fiancée. »
Armede haussa les épaules. C’était une solution de secours qu’elle avait préparée pour pallier les deux faiblesses de la magie explosive qu’elle maîtrisait : son énorme consommation de mana et son long temps d’incantation. En gravant les sorts sur des pierres à l’avance, elle avait en quelque sorte créé des parchemins magiques qu’on pouvait lancer.
Ils étaient moins puissants que des sorts lancés avec une incantation appropriée, mais leurs avantages compensaient largement. Pour peu qu’elle ait assez de temps pour récupérer du mana et des pierres dans sa patrie, elle pouvait en préparer autant qu’elle le voulait. Et si elles touchaient leur cible, elles explosaient sans incantation.
Kriel allait faire remarquer, encore sous le choc, que l’arme ultime d’une mage consistait à jeter des cailloux.
Boum !
Les mages gardes engagés par Mazhar défoncèrent la porte, dont le sceau s’était affaibli tandis qu’Armede se concentrait sur sa fronde.
« Jeune maître ! Que s’est-il passé ici… ?! »
La chambre de Tushkin Gabi était dans un état épouvantable. Un mur avait été soufflé, laissant entrer le vent. Tout le mobilier avait été brisé, et presque tout avait brûlé jusqu’à l’état de cendres.
Plus important encore, Tushkin Gabi, le chef de la Famille Gabi, avait disparu.
Il s’était manifestement passé quelque chose de terrible ici.
Les deux mages gardes échangèrent un regard. Mazhar se hâta de s’approcher pour leur expliquer.
« Du calme, tout le monde. Les gens que j’ai amenés ne sont pas les ennemis de la Compagnie marchande Gabi. »
« … Nous avions confiance en vous, jeune maître ! »
« Quoi ? »
« Cela faisait longtemps que nous ravalions notre humiliation et prenions notre mal en patience. Jaren et Arsika ne se soucient pas de l’avenir de la Compagnie marchande Gabi. Ils n’ont d’yeux que pour la richesse. »
« De quoi parlez-vous ? »
« Le chef Tushkin était un homme bon, mais sa simple existence était devenue une entrave pour la Compagnie marchande Gabi. Nous soutenons votre décision audacieuse, jeune maître. »
Ces enfoirés ?
Mazhar resta bouche bée. Ces gens pensaient donc que…
« Nous garderons le silence sur ce qui s’est passé ici. Si nous disons que le chef Tushkin a été corrompu par les Abysses, personne n’osera remettre vos actes en question. »
Ils croyaient que Mazhar Gabi avait éliminé Tushkin Gabi et entamé sa prise de contrôle de la Compagnie marchande Gabi au milieu du chaos !
« Non ! Ce n’est pas ça ! Père a vraiment été corrompu par les Abysses ! »
« Bien sûr ! Nous vous croyons, jeune maître ! »
« Ce n’est pas le moment. Nous ignorons ce que Jaren et Arsika pourraient faire de tout ça. Il faut discrètement répandre la rumeur qu’ils étaient sous l’influence abyssale du chef Tushkin. »
« Si nous absorbons leurs factions pendant qu’ils sont retenus pour les besoins de l’enquête, vous deviendrez le chef de la Famille Gabi, jeune maître… ! »
Alors que Mazhar Gabi s’apprêtait à se tenir la nuque et à s’écrouler, des cendres s’échappèrent au gré du vent qui soufflait par le mur brisé.
Mais elles allaient clairement à contre-courant. Toutes les cendres qui avaient été Tushkin Gabi s’échappèrent d’un seul coup par le mur.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Les corbeaux de Pouvoir divin de Morgina foncèrent sur les cendres et explosèrent, les dispersant un instant, mais ils ne parvinrent pas à les arrêter.
De l’autre côté du mur, les cendres se rassemblèrent pour former un monstre liquide, informe et visqueux. Il se dressa du sol et grandit rapidement, jusqu’à dominer la chambre du deuxième étage de la résidence Gabi. Bien qu’il n’eût pas de bouche, il poussa un cri terrifiant.
[Mazhar !]
Des traits apparurent sur le visage du monstre liquide tandis qu’il criait. Ils étaient horriblement déformés et fondaient sans cesse, mais c’était bien le visage de Tushkin Gabi.
« Mon Dieu ! Le chef Tushkin était vraiment un serviteur des Abysses ! »
« Je croyais que le jeune maître avait inventé cette excuse après avoir effacé les preuves avec sa magie explosive ! »
« Je vous ai dit que ce n’était pas ça ! »
[Je t’ai toujours trouvé faible. Jaren a hérité de mon ambition, et Arsika de ma ruse. Toi seul n’es qu’une loque molle et fragile, un morveux qui n’a hérité que de la beauté de sa mère !]
Un tremblement parcourut toute la demeure. Les autres eurent du mal à comprendre de quoi il s’agissait, mais Kriel, qui était ici le plus proche des Abysses, comprit ce que faisait Tushkin.
Il riait.
[Alors, tu as réuni une équipe d’assassins pour comploter contre moi ! Je t’ai sous-estimé ! Tu es l’enfant qui me ressemble le plus ! Tu es tout à fait digne de devenir mon nouveau corps !]
« Kh, euh… Aah… ! »
Incapable de supporter sa tension artérielle qui montait en flèche, Mazhar était sur le point de s’écrouler. La présence de Tushkin était bien trop inquiétante pour que Kriel puisse l’affronter tout en protégeant Mazhar. Il le confia aux mages gardes.
« Emmenez votre employeur et mettez-vous en lieu sûr. On s’occupe de lui. »
Les mages gardes saisirent Mazhar, qui haletait, et s’enfuirent de la pièce. Quelques secondes plus tard, l’un d’eux lança quelque chose à Kriel.
« Prenez ça ! Je n’ai pas pu apporter l’espadon. Il était trop lourd ! »
Tuon et Orisin. Kriel posa la matraque rouge et attrapa les deux épées.
À l’instant où il les saisit, une force nouvelle emplit son corps. Depuis qu’il était tombé dans ce monde, ce qu’il avait appris, ce n’était pas le maniement de la matraque, mais celui de l’épée.
Ah, cette sensation froide et solide.
« Il est temps que je redevienne Kriel le chevalier. »
[Hé. Mais l’équipement indispensable d’un chevalier, ce n’est pas un cheval plutôt qu’une épée ?]
Kriel se tut.
Notes de bas de page :
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