Chapitre 50
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 50 : La Compagnie marchande Gabi (4)
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L’argent, c’était du sérieux.
Quand j’avais agi en chevalier, je n’avais accepté qu’une seule pièce au nom de la noblesse. Mais quand je travaillais comme mercenaire, pourquoi m’étais-je donné tant de mal à récupérer jusqu’à la dernière pièce de mes honoraires ?
[Ça me rend dingue. Franchement, impossible de savoir quelle part de tes délires chevaleresques est sincère et quelle part relève de la comédie.]
[Tu doutes de la dévotion de mon seigneur envers la chevalerie ? Espèce de rustre.]
[Oui, oui. Toutes mes excuses. …Non, même si je suis un rustre, est-ce que je pourrais être plus rustre qu’une Épée démoniaque forgée dans les Abysses ?]
Morgina et Armede parurent toutes deux étrangement dépitées après m’avoir entendu, mais elles affirmèrent qu’elles ne voulaient pas être payées.
Bon, l’une était une Sainte, son ordre religieux devait donc lui verser une allocation pour qu’elle puisse tenir son rang. L’autre avait assez d’argent et de pouvoir pour se permettre des activités non rémunératrices, comme la Société d’éradication de l’Abîme.
Sur les trois personnes qui allaient prendre d’assaut — non, rendre visite à — la Compagnie marchande Gabi, j’étais le seul à me soucier d’argent.
J’aurais peut-être dû demander plus d’argent à Mazhar. Un bref pincement de regret me saisit.
« Au fait, Orisin. Qu’a dit Armede après t’avoir examiné ? »
[Rien de bien différent de Morgina. J’ai déjà subi toutes sortes de magies destinées à purifier les êtres naturels, y compris les esprits.]
Le récit d’Orisin, dont la lame avait été frottée après qu’on lui eut suggéré de l’asperger d’eau, était empreint d’une profonde lassitude.
En fin de compte, le diagnostic était le même que celui de Morgina. Quelque chose du genre : « Je ne sais pas pourquoi ça ne part pas, mais cette saleté tenace n’est pas près de disparaître. »
[Je ne peux pas accepter cette réalité ! Comment la souillure des Abysses a-t-elle pu tacher la crinière d’un blanc pur d’Orisin ?!]
[Ta crinière n’a-t-elle pas été coupée au quart ? Il ne te reste que le cou, après tout.]
[……]
« Allez, garde la tête haute. Un mage et un prêtre ont échoué, mais il nous reste encore un spirite. »
Après que Tuon l’eut accablé de ses remarques sans pitié, Orisin baissa la tête, puis retrouva vite sa détermination. En voyant cela, je hochai la tête, satisfait.
Il me fallait rapporter au moins trois avis d’experts à présenter à mon retour dans l’Armée de l’Ouest.
Les spirites étaient encore plus rares que les mages. Alors, quand on me demanderait : « Qu’est-ce que tu fabriquais pour rentrer aussi tard dans ton unité ? », je pourrais répondre : « Ha ha, ce n’était pas facile de trouver un spirite assez sociable et compétent pour examiner l’esprit de quelqu’un d’autre. »
L’armée ne prêtait jamais vraiment attention aux avis d’experts qu’on lui présentait. Il en fallait environ trois pour qu’ils se disent : « Ce salaud est sérieux », et daignent écouter.
Je ne comptais pas demander une réforme médicale, mais j’avais l’intention de me servir de la mission qui s’éternisait comme excuse. Plus j’aurais d’avis, mieux ce serait.
Hum. Si je prétends qu’il m’a fallu deux ou trois mois pour rencontrer chacun d’eux, est-ce que je pourrais prendre six mois de congé avant de retourner dans l’Armée de l’Ouest ?
C’était un excellent plan. À mon retour, je recevrais enfin mon certificat de démobilisation, en retard, et retrouverais la vie civile.
* * *
Ces visiteurs étaient inattendus.
Mazhar Gabi dévisagea, déconcerté, les personnes qui se tenaient devant lui.
Kriel avait annoncé la veille qu’il reviendrait, sa visite était donc attendue. Ce furent Morgina et Armede qui surprirent Mazhar.
Une personne de rang Sainte peut vraiment se déplacer aussi librement ?
À moins qu’il ne s’agît d’un ordre religieux exceptionnellement puissant, une Sainte était une figure de haut rang, à raison d’environ une par ordre. Plus précisément, une Sainte vivante. Les personnes qui recevaient de leur vivant les stigmates divins d’un dieu n’apparaissaient pas au rythme d’une par ordre religieux. Il arrivait même qu’aucune ne naisse pendant toute une génération.
C’était uniquement parce qu’ils vivaient encore sous l’ombre de la guerre contre le Roi Démon que les Saints apparaissaient aussi nombreux qu’à l’âge mythique. Avant cette guerre, on pouvait ne jamais en croiser un de toute sa vie.
Kriel avait promis de venir avec Morgina, mais Mazhar n’avait pas été certain qu’elle accepterait vraiment de l’aider.
Elles étaient pratiquement des ressources stratégiques, qu’il aurait fallu mobiliser pour des affaires bien plus importantes aux yeux de leur ordre religieux.
Mazhar s’était demandé comment une personne aussi importante qu’une Sainte avait pu se mêler à son épreuve du combat, mais comme il s’agissait des fiançailles d’un Champion, il avait supposé que l’ordre ne pouvait pas rester les bras croisés.
Ce à quoi Mazhar ne s’attendait pas, c’était que la plupart de ces « ressources stratégiques » étaient des personnes particulièrement obstinées, qui accordaient plus de valeur aux doctrines et aux croyances de leur ordre qu’à ses intérêts.
Au lieu de se rendre officiellement dans le duché en tant que représentante de son ordre, de rencontrer la famille du duc et d’étendre l’influence d’Eve Kaha, Morgina avait voulu suivre Kriel et écraser la tête des Abysses.
C’était ainsi que Mazhar Gabi s’était retrouvé face à une Sainte qui accordait aux malades des miracles de guérison avec une expression compatissante, peu conforme à une adepte d’Eve Kaha.
Et puis, il y avait…
« Qu’est-ce que tu fais là ? »
« Gestion de clientèle. »
Armede, qui affichait un air las.
Kriel était légalement le fiancé d’Armede pour le moment ; il n’était donc pas étonnant qu’elle ait trouvé un prétexte pour l’accompagner.
Mazhar laissa échapper un rire sans joie, sensible à toute l’ironie de la situation.
S’il avait réussi à se fiancer à Armede, il avait prévu de l’emmener lever la malédiction de son père. Il avait cru que c’était le seul moyen de sauver sa famille.
Après avoir perdu l’épreuve du combat, il avait pensé que tout était fini. Son père dépérirait lentement, et la famille se déchirerait. Il ne leur restait qu’un avenir où ses frères et sœurs se disputeraient férocement le pouvoir à la mort de leur père.
Il s’était résigné à cette issue, et pourtant, les choses avaient bien mieux tourné que dans son plan initial.
C’était absurde, mais porteur d’espoir.
« Ha ha. Je vous en suis reconnaissant. J’aurais dû faire examiner la santé de mon père bien plus tôt. »
« Exactement. Tu n’aurais pas dû t’épuiser pour des fiançailles. Tu aurais pu nous le dire franchement. »
« Tu crois que je pouvais parler de ça à n’importe qui ? La Compagnie marchande Gabi a autant d’ennemis que de richesses. »
Mazhar haussa les épaules. Il n’avait parlé si facilement à Kriel que parce que celui-ci l’avait abordé après lui avoir sauvé la vie, en parlant des Héros comme s’il savait tout. En temps normal, Mazhar avait l’intention de garder secret jusqu’au bout le fait que les Abysses avaient maudit sa famille.
C’est sûrement pour ça que ma sœur et mon frère s’opposent à ce qu’on rassemble des gens en grand nombre pour aider Père…
Et si la rumeur se répandait que le chef de la Compagnie marchande Gabi ne s’était pas retiré temporairement du front pour regarder ses enfants s’affronter, mais qu’il avait été maudit et se trouvait sans défense, incapable de parer la moindre attaque ?
Les rivaux de la Compagnie marchande Gabi ne laisseraient jamais passer une occasion pareille.
Il y avait aussi cette histoire de malédiction qui viendrait des Abysses. Cela ne manquerait pas de faire naître des soupçons sur ce qu’ils avaient fait pour s’attirer une malédiction des Abysses.
Les Abysses avaient fomenté tant de complots pour dresser les gens les uns contre les autres que le simple fait d’être maudit ne suffirait pas à les faire condamner. Mais la réputation de la Compagnie marchande Gabi en souffrirait à coup sûr.
Pendant que ses frères et sœurs gardaient le silence, son père se mourait. Mazhar ne pouvait pas l’accepter.
« Très bien. Tu es en état de voyager ? »
« Avec assez d’argent, on soigne facilement des blessures de cette gravité. Je peux supporter un court trajet entre le duché et chez moi. »
« Alors, partons tout de suite. »
« …Maintenant ? »
« Tu as quelque chose à terminer ? »
Mazhar réfléchit attentivement aux affaires de la Compagnie. S’il avait suivi Armede Kett dans le Duché d’Argetlam, c’était avant tout pour la courtiser. Maintenant que tout était complètement tombé à l’eau, il ne lui restait que les affaires de la succursale de la Compagnie.
Mais même ces affaires avaient été mises en pause parce que quelqu’un avait incendié le bâtiment. Rien ne justifiait de retarder leur départ.
« Non. Tu as raison. Je vais faire atteler une voiture. »
* * *
La richesse de Mazhar, qui lui permettait de faire venir une voiture sans difficulté, était une bonne nouvelle pour Kriel. Grâce à la Marque du Grand Guerrier, la nature du Chevalier Noir était suffisamment dissimulée pour que les chevaux acceptent de le transporter, à condition qu’il monte dans la voiture plutôt que directement sur leur dos.
Contre toute attente, le voyage fut confortable.
« …D’abord, j’ai quelque chose à vous demander avant que nous entrions dans le domaine familial. »
« Une demande ? »
« Voir mon père ne posera pas de problème. Mais vous devrez laisser toutes vos armes ici. »
Il était absurde d’approcher un malade lourdement armé. Kriel hocha silencieusement la tête.
« Et, si possible, veuillez ne suivre que les endroits où je vous conduirai. Mon frère aîné Jaren et ma sœur aînée Arsika restent rarement au domaine ces temps-ci, mais si nous les croisons, ils pourraient chercher inutilement la bagarre. »
Jaren, l’aîné, et Arsika, la deuxième des trois enfants Gabi. Ce duo ambitieux se souciait davantage de ce que la mort de leur père leur apporterait que de sa mort elle-même. S’ils apprenaient que Mazhar avait fait venir quelqu’un pour prolonger la vie de leur père, ils tenteraient aussitôt de s’y opposer.
Kriel acquiesça sans protester. Il était venu pour écraser les Abysses, pas pour prendre parti dans les conflits de la Famille Gabi ; les ennuis inutiles ne l’intéressaient donc pas.
Cela dit, même s’il n’avait aucune raison de soutenir publiquement qui que ce soit dans la Famille Gabi, il pouvait avoir une raison de s’en prendre publiquement à quelqu’un.
« Laisse-moi te poser une question. Et si la personne derrière la malédiction était liée à ta famille ? »
Mazhar se tut. Il dut déglutir plusieurs fois et prendre une grande inspiration avant de pouvoir répondre.
« Je pense que mon frère et ma sœur sont avides d’argent et de pouvoir, mais ce ne sont pas des gens qui s’allieraient aux Abysses pour assassiner leur propre père. Mais si c’était le cas… »
Mazhar baissa la tête. Après un profond soupir, il reprit d’une voix grave :
« Préviens-moi au moins avant. Il me faut du temps pour me préparer. »
* * *
« Un mot. »
« Quoi ? »
Dix minutes après leur arrivée au domaine, Kriel leva le poing.
Notes de bas de page :
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