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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 5 : Le cheval sans voix et le chevalier silencieux (5)
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« Alors, il est parti comme ça ? »
Le chevalier âgé, tout juste rentré de campagne, laissa échapper un rire creux en faisant confirmer une nouvelle fois le rapport du grand trésorier. Il ne posait pas la question parce qu’il ne comprenait pas la situation. C’était simplement si absurde qu’il avait du mal à y croire.
« Oui. Il a dit que ce qu’il s’apprêtait à faire relevait aussi de vos ordres, puis il est sorti tout droit du quartier général. »
« Il est vraiment intéressant, celui-là. »
« Intéressant, mon cul. Qu’est-ce que tu comptes faire, Excellence, mon commandant ? »
« C’est irrespectueux. On dirait de l’insubordination, ça. »
Le grand trésorier ricana. Ils avaient passé des décennies ensemble sur le Front occidental, et ce genre de plaisanteries n’avait rien de nouveau entre eux.
« C’était dommage de laisser un Chevalier libre comme lui sans affiliation. J’allais donc lui confier un étendard en bonne et due forme. Mais il est déjà parti. »
« Qu’est-ce que tu veux y faire ? On ne peut pas vraiment le traiter comme un déserteur. »
Ils ne pouvaient pas traiter Kriel comme un déserteur, compte tenu de sa situation particulière. Il n’avait jamais été un chevalier officiellement rattaché à l’Armée de l’Ouest. Il n’était qu’un mercenaire engagé pour une courte période.
Bien que Kriel fût remarquablement fort, personne ne l’avait remarqué. L’Armée de l’Ouest s’était intéressée à lui après l’épreuve du Jugement par le combat organisée à la caserne.
Lors de cette épreuve, Kriel avait représenté celle qu’on appelait la Sorcière et avait vaincu cinq chevaliers à la suite.
L’épreuve avait été organisée dès le départ pour condamner la Sorcière. Gagner un Jugement par le combat ne signifiait donc pas qu’on reconnaîtrait son innocence. Ils avaient simplement tenté de renverser le verdict de force, en répandant des rumeurs absurdes comme : « La Sorcière a utilisé la sorcellerie des Abysses pour entraver de valeureux chevaliers ! »
Le commandant avait exigé que Kriel, qu’on traitait de sbire de la Sorcière, serve directement sous ses ordres. En échange, il garantissait que ces nuisibles garderaient le silence, lui accordait autorité dans la caserne et reconnaissait la validité de l’épreuve.
Kriel n’avait donc aucun supérieur direct dans la chaîne de commandement à part le commandant. Il était parti exécuter l’ordre de son seul supérieur direct : impossible, dans ces conditions, de parler de désertion.
« Laissons-le faire. S’il veut être officiellement libéré de ses fonctions, il devra bien finir par me revoir. La prochaine fois, je lui proposerai le poste de porte-étendard de l’armée ou celui de chevalier en chef de ma maison. »
« Je pense qu’il insistera pour quitter l’armée. »
« Son talent est trop précieux pour qu’on le laisse se perdre. »
Même le grand trésorier, qui avait envie de contredire son seigneur à chacune de ses paroles, ne pouvait le nier. Plutôt que d’approuver la plaisanterie du vieux commandant et de le laisser se rengorger inutilement, il changea naturellement de sujet.
« Les mouvements du Royaume Sacré sont inquiétants. »
* * *
[Alors, on va dans un village de montagne chercher un saint ou une sainte ? Tu en connais, des saints ?]
Kriel secoua la tête. Il connaissait plus ou moins la Sorcière, mais pas assez pour vouloir devenir son ami. N’était-ce pas à cause d’elle que son nom figurait encore sur les registres de l’armée ?
« Je vais au Royaume Sacré. Comme tu l’as dit, les saints et les saintes vont d’un endroit à l’autre, alors on risque facilement de se croiser sans se voir. »
Bien sûr, il comptait aussi profiter du voyage pour s’éloigner le plus possible de l’Armée de l’Ouest. L’intérêt du commandant, qui ressemblait à celui d’un sergent-major poussant un soldat à faire carrière dans l’armée, finirait par s’émousser.
[Ça me va. Ça fait un moment que je n’y suis pas allé.]
« Un moment ? »
À bien y réfléchir, Orisin avait dit qu’il occupait une fonction officielle à l’époque de l’ancien royaume uni. Voyant le regard intrigué de Kriel, Orisin se mit à se vanter de son passé.
[Avant que les races ne se séparent. Avant que les Abysses ne deviennent puissants. À l’époque où la frontière entre prêtres et rois était encore floue !]
Kriel se rappela le contexte de Tirnanog RPG et se figea. L’ancien royaume uni dont parlait Orisin n’était pas le royaume uni des débuts, celui qui défendait alors le Front occidental. Il s’agissait de l’antique royaume uni de toutes les races.
« Tu as vécu longtemps. »
[Pas vrai ? Quand on vit assez longtemps, on voit toutes sortes de choses bizarres.]
Orisin commença son récit comme s’il allait révéler quelque chose d’important, puis se mit à fanfaronner sur les célébrités qu’il avait rencontrées. Il prétendit avoir vu les trois héros qui avaient fondé le royaume uni, et même s’être querellé avec le célèbre Caladripa.
« Comment un Esprit aussi célèbre a-t-il pu se faire corrompre par les Abysses ? »
[Bon sang. Tu sais vraiment comment me clouer le bec.]
« Je ne cherche pas à te le reprocher. Je n’ai jamais entendu parler d’une méthode capable de corrompre un Esprit ancien comme toi sans sacrifices humains massifs ni rites sacrificiels. »
[Eh bien… Moi non plus, je ne sais pas vraiment.]
Orisin fit hocher son corps d’Esprit, qui n’était qu’une tête, puis lui fournit une explication peu utile. Lorsqu’il reprit ses esprits, sa corne s’était changée en deux cornes.
« Donc, c’est tout ce que tu sais. »
[Si je savais d’où venait cette malédiction, je l’aurais déjà levée moi-même. Tu es dur avec moi.]
La tête de cheval grommela, mais sa plainte ne semblait pas sincère. Orisin en faisait simplement des tonnes, comme d’habitude.
[Je crois que je t’ai tout raconté sur moi. Et toi ? Je t’avais posé une question semblable à Laurang, mais tu as fait comme si tu ne m’entendais pas.]
« Mon histoire ? »
Kriel réfléchit un instant. Tirnanog RPG. Sa transformation en personnage de ce jeu. Ses efforts désespérés pour échapper aux pénalités liées à la classe de Chevalier Noir.
Au bout du compte, il n’avait trouvé aucun moyen d’utiliser les compétences du Chevalier Noir sans perdre la raison. Il avait scellé ses compétences propres à cette classe et passé des années à ne s’entraîner qu’aux techniques communes aux classes de chevalier.
D’innombrables pensées lui vinrent à l’esprit, puis s’évanouirent. Mais une seule chose lui venait à l’esprit, à cet instant.
« Je suis tombé sur la mauvaise personne et j’ai failli me retrouver coincé dans l’armée pour de bon. Je me suis servi de toi comme excuse pour m’échapper. »
[Tiens. Tu as la langue plus pendue quand il n’y a personne d’autre.]
Kriel haussa les épaules. Comme l’avait dit Orisin, il n’avait besoin de se donner des airs de chevalier solennel que devant les autres. C’était loin de sa vraie personnalité ; et sa tentative de protéger une victime de persécutions, comme un chevalier digne de ce nom, avait failli le piéger dans l’armée.
Maintenant qu’il était loin des militaires, il voulait se détendre un peu. À moins de se mettre à jurer sans raison, laisser filtrer quelques-unes de ses véritables pensées devant une ou deux personnes ne ferait pas baisser sa Noblesse.
… Pas vrai ?
Tandis que Kriel réfléchissait aux conditions qui faisaient monter ou baisser la Noblesse dans Tirnanog RPG, la voix d’Orisin lui parvint.
[Combien de temps nous faudra-t-il pour atteindre le Royaume Sacré ?]
« Même si je marche plutôt vite, je pense qu’il vaut mieux compter dix jours. »
[C’est rapide, ça !]
« Plutôt vite » ne rendait pas justice à l’allure de Kriel. Il fallait plus de quinze jours pour aller du camp de l’Armée de l’Ouest à la capitale du Royaume Sacré, même avec un cheval ordinaire.
Contrairement aux chevaux, qui peinaient à courir sur les terrains accidentés, Kriel pouvait franchir des chaînes de montagnes sans ralentir. Il comptait aussi réduire ses pauses en dormant moins, mais sa vitesse restait stupéfiante. C’était possible grâce à l’Aura de combat, le pouvoir surnaturel que les chevaliers apprenaient à maîtriser.
Renforcer son corps avec l’Aura de combat était le résultat des efforts qu’il avait fournis pour survivre sans dépendre de pouvoirs propres aux Chevaliers Noirs, comme l’Énergie de Sang ou la Rancœur.
En tant que classe de chevalier, les Chevaliers Noirs possédaient naturellement leurs propres techniques d’Aura de combat. Mais comme celles-ci étaient fusionnées à l’Énergie de Sang ou à la Rancœur, on les classait dans l’Aura de combat noire.
Kriel n’avait aucune raison de s’entraîner à l’Aura de combat noire, lui qui tenait à garder l’esprit et le corps sains. Il avait réussi à se procurer les méthodes d’entraînement ordinaires utilisées par les chevaliers, et s’y était exercé pendant des années.
Une semaine après le début de leur voyage, alors qu’ils traversaient montagnes et rivières à la force du poignet, Orisin posa une question à Kriel.
[Au fait, tu es chevalier. Tu n’as pas de cheval ?]
« Ce n’est pas seulement un cheval qui me manque. Je n’ai pas d’argent non plus. »
Orisin sembla un instant ne pas savoir quoi répondre à la réplique calme de Kriel, puis éclata de rire.
[Hahahahahaha ! Tu es un drôle d’humain ! C’est vraiment toi, le chevalier si digne ?]
« C’était devant les autres. Sur le champ de bataille, un chevalier, c’est comme un presse-papier. »
[Un presse-papier ? Le truc qu’on pose sur les feuilles pour qu’elles ne s’envolent pas ?]
Kriel hocha la tête. Cette idée lui était venue peu à peu, au fil de ses expériences de chevalier, à errer d’un endroit à l’autre.
« Même si tu vacilles, tu ne dois pas faire vaciller les autres. Même si tu doutes de toi, tu dois inspirer confiance aux autres. Qui suivrait un commandant en qui il n’a pas confiance ? »
[Oh ? Mais tu es généralement seul, non ? Je ne te connais pas depuis longtemps, mais je vois bien que tu es du genre à préférer tout faire seul.]
Kriel eut un rire sec sous son casque.
« Voilà pourquoi je n’ai pas de cheval. Si j’avais eu une quelconque réputation, le quartier général m’en aurait peut-être donné un. »
[Pas faux !]
Kriel dissimula discrètement la partie qui ne le mettait pas à son avantage. Dans ce monde où le mana et l’Aura de combat étaient des pouvoirs surnaturels courants, les chevaux de guerre possédaient eux aussi des capacités particulières. Les meilleurs étaient ceux élevés dans le Royaume Sacré.
Les meilleurs chevaux de guerre du Front occidental avaient reçu des bénédictions qui leur donnaient une excellente capacité de régénération et une vue perçante dans la nuit. Chaque fois qu’ils voyaient Kriel, ils crachaient un « Pff ! » et détournaient la tête. Il était tout naturel que les créatures ordinaires, qui vivaient selon l’ordre naturel, reculent devant les Chevaliers Noirs. Aux yeux des bêtes bénies, il devait paraître non seulement répugnant, mais aussi digne d’être éradiqué.
Pourtant, les chevaux ordinaires craignaient la seule présence de Kriel. Il était donc hors de question qu’il monte quoi que ce soit.
« C’est bien pour ça que les Chevaliers Noirs se donnent tant de mal pour trouver des Bicorne et conclure un pacte avec eux… »
Kriel regarda Orisin sans raison particulière. Un fantôme réduit à une tête de cheval flottante ne semblait pas du tout fait pour servir de monture.
* * *
La capitale du Royaume Sacré. La magnifique Sainte Cité de Temlis, où résidait le Roi-Prêtre, choisi parmi les prêtres.
« Lâchez votre arme et levez les mains ! »
« Je le répète : je n’appartiens pas aux Abysses. »
Kriel se retrouvait soumis à un contrôle auquel il ne s’attendait pas.
Notes de bas de page :
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