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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 4 : Le cheval muet et le chevalier silencieux (4)
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Quand la nouvelle que les personnes kidnappées étaient en vie se répandit, leurs proches arrivèrent avec des charrettes pour les ramener chez eux. En tête du convoi, Kriel tirait lui aussi une charrette.
[On ne dirait pas, mais tu es un type bien.]
La tête de cheval flottante continuait de bavarder. Kriel leva la main droite et la chassa d’un geste. Comme s’il éloignait un oiseau, il lui fit clairement comprendre qu’il voulait qu’elle le laisse tranquille.
[Hé, écoute. Si je ne montre pas le chemin, qui sait où aller ? La route est ennuyeuse, alors je vais te raconter une histoire.]
Orisin, l’esprit à tête de cheval, ne semblait pas près de s’arrêter.
C’est le seul à savoir où se trouvent les disparus.
Et puis, si la tête de cheval lui avait tendu un piège, Kriel n’avait pas d’autre choix que de la garder près de lui. Il devrait la supporter jusqu’à ce qu’ils atteignent l’endroit où les disparus étaient retenus.
À moitié parce qu’il pouvait bien l’écouter, à moitié parce que marcher en silence était ennuyeux, Kriel prit la parole.
« Pas la mienne. Raconte-moi la tienne. »
[La mienne ?]
« Pourquoi as-tu enlevé les jeunes filles ? »
[Ah ! Ça. Je te l’ai dit, non ? Je n’avais pas le choix si je ne voulais pas manger des gens.]
Orisin commença par maudire le Rejeton abyssal qui lui avait implanté une Graine abyssale et l’avait maudit. D’après ce que savait Kriel, les Bicorne dévoraient naturellement les maris fidèles.
[Mais j’avais vécu dans ces montagnes pendant des années. Je ne pouvais pas déchiqueter et dévorer des gens qui étaient nés et avaient grandi ici !]
Tuer puis manger sa victime, c’était une corruption irréversible. Orisin s’était tourmenté encore et encore, cherchant comment résister à la Nature démoniaque qu’on lui avait imposée.
« Et alors ? »
[On dit que les licornes aiment les jeunes filles, mais ce qu’elles aiment vraiment, c’est la pureté. Au début, j’ai essayé de tenir en buvant l’eau claire des sources de montagne, mais l’énergie démoniaque qui s’échappait de mon corps a contaminé l’eau.]
« Si changer de régime ne suffisait pas, tu aurais dû aller au temple dès le départ. »
[Cette montagne est étroitement liée à moi, alors je pouvais au moins résister à la corruption ici. Bref, j’ai fini par me dire que les jeunes filles symbolisaient la pureté, et que leurs cheveux symbolisaient aussi la chasteté.]
Espèce de salaud… Ne me dis pas que…
Kriel dévisagea Orisin, incrédule.
[Je me suis dit que manger leurs cheveux arrangerait les choses. Ce n’était pas très bon.]
Dans ce monde, quelqu’un avait préféré manger des trucs bizarres trouvés au hasard plutôt que consulter un médecin. Kriel sentit poindre un mal de tête.
[Personne n’est mort ! Leurs cheveux ont juste un peu raccourci, c’est tout. Des Esprits corrompus apparaissent tout le temps, alors je ne m’en suis pas trop mal sorti, non ?]
« Tais-toi. »
N’en pouvant plus, Kriel tenta de donner une tape au fantôme chevalin. Mais un fantôme restait un fantôme, et sa main le traversa. Orisin tournoya autour de Kriel en poussant des cris exagérés.
[Tu crois qu’une simple tape va me faire déguerpir ? Gyaaaaaah !]
Le gantelet enduit d’eau bénite fonctionnait aussi très bien sur le fantôme chevalin. Après avoir réprimandé Orisin, qui poussait des cris stridents, et lui avoir ordonné d’accélérer, Kriel tourna les yeux vers la chaîne de montagnes.
Plus précisément, il imagina le camp militaire qui se trouvait de l’autre côté. Une fois cette affaire réglée, il serait libéré de l’armée.
L’idée de devoir rentrer et déposer son rapport de libération l’ennuyait encore, mais il ne lui restait que quelques jours à tenir. Kriel se prit à rêver avec joie à ce qu’il ferait une fois parti de l’armée.
* * *
Tandis que les villageois retrouvaient leurs familles séparées et que l’enfant de la maison près du champ de pommes de terre tentait de battre le fantôme chevalin à mort avec un outil agricole, après avoir découvert qu’on lui avait coupé les cheveux presque à ras pendant son inconscience, Kriel fit discrètement ses bagages.
À vrai dire, son équipement de voyage était si rudimentaire qu’il n’avait qu’à nettoyer son épée et entretenir son armure. Le prêtre Jakabil observait Kriel par-derrière.
« Vous comptez déjà partir ? »
« La présence d’un chevalier armé dans un village inquiète ses habitants. Aider les honnêtes gens dans le besoin fait partie des vertus chevaleresques, mais je crois aussi qu’un chevalier a le devoir de ne pas donner aux autres de quoi s’inquiéter. »
Le chevalier arrivé au crépuscule comptait repartir à peu près à la même heure. Le prêtre songea à lui proposer de passer la nuit, puis se ravisa.
« Merci d’avoir tenu votre promesse. »
« Je transmettrai vos remerciements au commandant. Je n’ai fait qu’obéir aux ordres. »
La lune brillait, et grâce aux particularités du Chevalier Noir, le sentier forestier ne lui posait pas de difficulté. Pourtant, au fond de lui, Kriel percevait une étrange dissonance.
« Pourquoi ne sors-tu pas ? »
[Tu m’as repéré. Merde.]
Encore cette tête de cheval.
Kriel se demanda s’il devait encore tremper son gantelet dans l’eau bénite.
[Non, attends, écoute-moi, mon ami. Tu ne peux pas laisser le cadavre d’un Esprit traîner comme ça. Les monstres vont sentir son odeur et rappliquer, non ?]
« Si je le signale au quartier général, ils enverront des érudits pour le purifier et l’étudier. Le prêtre Jakabil était aumônier militaire. Il a déjà pris des mesures provisoires pour éloigner les monstres. »
[Alors je suis foutu…]
Il devait bien y avoir une raison pour que la tête de cheval lui tourne autour. Kriel pesa l’agacement contre la curiosité, puis choisit la curiosité.
C’était un choix que seule pouvait faire la décontraction singulière d’un homme sur le point d’être libéré de l’armée.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Tu me tournes autour depuis tout à l’heure. »
[Tu es perspicace, chevalier. J’aime bien les chevaliers comme toi.]
Orisin révéla rapidement ce qu’il voulait. Sa corruption physique avait disparu avec sa mort, mais il restait à purifier correctement la souillure accrochée à son âme.
« Et le prêtre Jakabil ? »
[Ha ! Ce serait un trop lourd fardeau pour ce vieil homme. Il en serait capable, mais il mourrait d’épuisement. Il faudrait plusieurs prêtres pour purifier une malédiction assez puissante pour affecter un Esprit comme moi.]
Orisin voulait qu’un groupe de prêtres purifie son âme. Ce n’était pas difficile pour Kriel. Pendant son service dans l’Armée de l’Ouest, il avait été forcé de faire connaissance avec ses prêtres, qu’il le veuille ou non.
« Je vais te présenter les prêtres de l’Armée de l’Ouest. »
[Oh !]
« Quand tu me suivras, fais moins de bruit. »
[Tu me comprends bien, mon ami. Dès que je t’ai vu, j’ai su que tu étais un vrai chevalier !]
Pff.
Orisin cracha quelque chose de sa bouche. Kriel reconnut l’objet, qui lui était assez familier.
« Une Corne de Bicorne ? »
[C’est fatigant de sortir et de parler à chaque fois, tu sais. Je n’ai pas la force d’arracher ma vraie corne, et ce serait du gâchis de toute façon, alors j’ai retiré celle qui était plantée dans mon œil. Je vais me reposer dedans, appelle-moi si tu as besoin de moi.]
C’était amusant qu’un bavard pareil prétende que discuter l’épuisait, mais Kriel n’avait aucune raison de refuser alors qu’il proposait de se faire discret. Orisin disparut comme aspiré dans la Corne de Bicorne, et la route nocturne retrouva enfin son calme.
Kriel fila à toute allure vers le camp militaire et sa libération.
* * *
Il ne pouvait pas être libéré.
« Qu’y pouvons-nous ? Le commandant, qui doit approuver votre libération, est absent. »
« C’est impossible. C’est impossible… ! »
« Techniquement, vous êtes un soldat, mais dans les faits, vous êtes plutôt un Chevalier libre. Le commandant vous a bien traité ; je ne comprends pas pourquoi vous tenez tellement à éviter de servir dans l’armée. »
Le vieux trésorier général aux cheveux entièrement blancs prit un ton taquin. Les souvenirs de la vie en caserne, en Corée, revinrent en force à Kriel.
Aussi confortable qu’elle fût, l’armée restait l’armée. Vouloir fuir cette sensation étouffante, si particulière, était un instinct qui s’était imprimé en lui plus tard dans sa vie.
« Trésorier général, vous ne pouvez pas signer mes papiers de libération en tant que commandant par intérim ? »
« Vous dépendez directement du commandant. Si je le faisais, je dépasserais mes prérogatives. »
Kriel, accablé, entendit le trésorier général claquer la langue derrière lui.
« Qui vous a dit de vous battre aussi bien ? Si vous vous étiez retenu et aviez perdu l’épreuve du combat, le commandant ne se serait jamais intéressé à vous. »
« Je vous répète que je ne l’ai pas fait exprès. Bon sang… »
Il voulait laisser libre cours à toutes les insultes créatives qu’il connaissait, mais cela aurait fait baisser sa Noblesse. Kriel résuma tous ses sentiments dans ces mots : « Bon sang. »
Après avoir quitté le quartier général, Kriel traîna les pieds jusqu’au logement des prêtres, où résidaient les religieux de l’armée.
Dès son arrivée au camp de l’Armée de l’Ouest, il avait confié Orisin aux prêtres. Puisqu’il l’avait amené jusque-là, il devait vérifier comment les choses s’étaient passées.
[Pourtant, Orisin ne fut jamais délivré de sa malédiction. Ayant dépensé trop d’énergie à convaincre le chevalier, Orisin fut déclaré irrécupérable pendant la cérémonie de purification qui suivit…]
Ce furent les premiers mots que Kriel entendit en entrant dans le logement des prêtres. Voir une tête de licorne marmonner tristement au sommet de la Corne de Bicorne avait quelque chose d’irréel, même selon les critères qu’il avait acquis depuis son arrivée dans ce monde de fantasy.
« Que s’est-il passé ? »
Son arrivée était soudaine, mais les prêtres s’étaient déjà habitués à l’apparence inquiétante du chevalier calciné et lui répondirent d’un ton posé.
Ils ne savaient pas si la Corne de Bicorne servait de réceptacle à son âme ou si la malédiction était trop puissante, mais les prêtres de l’Armée de l’Ouest n’avaient pas les moyens de purifier l’âme d’Orisin.
[Waaaaah ! Quoi, qu’est-ce que vous racontez, les prêtres ! Je suis un rejeton des Abysses ? Je ne peux pas être purifié ?]
« La purification n’est pas impossible. Seulement, elle risque d’infliger des dommages irréversibles à l’âme de l’Esprit. »
Ils expliquèrent ensuite que purifier une malédiction solidement liée à l’âme d’origine revenait à tenter de récupérer uniquement l’encre dissoute dans l’eau.
« C’est difficile, mais possible. Si vous pouviez vous rendre dans les grands temples de chaque confession, dans la capitale du Royaume Sacré, ou même sans aller jusque-là, si vous pouviez rencontrer quelqu’un que son ordre appelle Sainte ou Saint… »
[Ce sont des mordus de voyages qui parcourent le monde entier pour aider les pauvres gens ! On n’en trouvera jamais !]
Kriel sentit les prêtres le fixer. Tout le monde savait que, parmi ceux qui avaient pris part à l’épreuve du combat qui avait lié Kriel à l’Armée de l’Ouest, quelqu’un était désormais appelé Sainte.
« Je veux aussi aider, mais ma libération doit être approuvée par le quartier général… »
Une idée traversa l’esprit de Kriel.
Ses ordres écrits stipulaient : « Résoudre l’incident anormal survenu au village de Laurang. » Et cette crise de nerfs de la licorne était, au sens large, une conséquence de l’incident de Laurang.
Même si Kriel quittait le camp de l’Armée de l’Ouest pour aider la licorne, il ne désobéirait pas aux ordres !
[Waaah. Je ne peux pas vivre comme un rejeton corrompu. Je devrais mourir. Mais si je meurs enseveli dans les Abysses, même après ma mort…]
« Non. À bien y réfléchir, il y a peut-être un moyen. »
[Quoi !]
« J’emmène cet Esprit avec moi. »
Kriel résolut de devenir un chevalier qui s’échapperait en toute légalité.
Notes de bas de page :
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