Chapitre 48
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 48 : La Compagnie marchande Gabi (2)
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Au plus profond de Kriel, un instinct de survie lui souffla à l’oreille.
« Inutile de dégainer l’Épée démoniaque pour attirer le danger. Tu fais déjà ton devoir d’être humain en essayant de sauver des gens, non ? On ne dit pas pour rien qu’il ne faut pas rajuster ses chaussures dans un champ de concombres. Inutile de rendre les gens méfiants après les avoir aidés. »
À ces mots, une autre part de Kriel se rebella.
« Imbécile ! La chevalerie ne transige pas ! »
« T’es malade ? »
« Comment peux-tu ne pas donner tout ce que tu as alors que des innocents sont en danger ? Et prétendre quand même être un chevalier ? »
« Ta chère chevalerie ne sait pourtant pas faire de compromis quand il s’agit des Abysses ? »
C’est alors qu’une idée brillante vint à Kriel.
Il pouvait se servir de Tuon.
« D’abord, j’utiliserai le pouvoir de Tuon pour éteindre l’incendie. Si quelqu’un soupçonne des traces des Abysses, je n’aurai qu’à rejeter la faute sur le serviteur des Abysses ! »
Un chevalier se devait d’être noble. Combattre les Abysses était généralement un acte noble, tant que cela ne mettait pas des innocents en danger de mort.
Autrement dit, ajouter une bonne dose de soupçons au sujet du serviteur des Abysses Kim Abyss — nom provisoire —, qui avait vraisemblablement fait sauter le troisième étage de la Compagnie marchande Gabi, était sans aucun doute tout aussi noble.
Plus le méchant paraissait dangereux, plus vite le serviteur des Abysses serait capturé. Kriel s’était forgé une justification parfaitement chevaleresque pour lui faire porter le chapeau ; il dégaina Tuon sans hésiter.
[Enfin ! As-tu compris que je suis l’arme qui sied le mieux à la dignité de mon maître ?]
Kriel ne prit pas la peine de répondre. Son Énergie de combat s’écoula le long de la lame. Même si elle n’était pas une Aura de combat noire imprégnée du pouvoir des Abysses, l’Énergie de combat de Kriel était déjà d’une noirceur terrible. Un noir sinistre, comme si les ténèbres elles-mêmes avaient fondu.
Pourtant, l’Énergie de combat qui se déversa dans Tuon et se mêla au pouvoir de l’Épée démoniaque jaillit d’une autre couleur. Comparée à sa forme initiale, une obscurité si profonde que le terme « lueur de l’épée » ne lui convenait même pas, elle se teinta d’un peu de bleu et devint bleu nuit.
Elle ressemblait au ciel nocturne, au point qu’on pouvait au moins la qualifier de radieuse.
À travers l’Énergie de combat qui recouvrait l’épée entière, de la garde à la pointe, Tuon comprit la volonté de son maître. Opposer la glace au feu pouvait sembler insensé au premier abord, mais un froid aussi dense et profond que celui de Tuon pouvait produire un tout autre résultat.
Kriel abattit rapidement son épée, de haut à gauche vers le bas à droite.
L’énergie de l’épée, altérée par l’Épée démoniaque, balaya le couloir en flammes.
Normalement, une telle force destructrice n’aurait fait qu’accélérer l’effondrement du bâtiment. Mais Tuon, gorgée de l’Énergie de combat de Kriel, obéit à la volonté de son maître et atténua autant que possible la puissance destructrice de l’énergie de l’épée, ne laissant derrière elle qu’un froid écrasant.
Un froid neigeux engloutit l’incendie.
[Ces flammes ordinaires ne sauraient arrêter mon pouvoir. Le feu banal et le givre d’une Épée démoniaque n’appartiennent absolument pas à la même catégorie !]
« Tais-toi. »
Même au milieu de ce chaos, Tuon parlait ouvertement d’être une Épée démoniaque. Si quelqu’un l’entendait, les ennuis étaient garantis.
Un froid bleu rayonna depuis la pointe de l’épée et se propagea dans le couloir, vers les étages inférieurs et supérieurs. Le bouillonnement de l’eau et le craquement sec de la glace retentirent en même temps.
Après avoir vérifié que les flammes étaient au moins à peu près maîtrisées, Kriel se mit à courir vers les signes de vie.
* * *
Mazhar Gabi avait mal partout. Une douleur sourde, comme s’il avait reçu des coups, et la brûlure cuisante des flammes l’assaillaient à la fois.
Son corps lui semblait lourd.
« Lourd ? »
En repassant ses souvenirs en revue, Mazhar resta perplexe. Le simple fait qu’il soit encore en vie était déjà étrange. Une explosion soudaine s’était produite tandis qu’il examinait des documents au troisième étage. Son dernier souvenir était celui de l’onde de choc qui l’avait balayé et projeté sur le côté.
L’artefact protecteur qu’il portait toujours sur lui ? Il aurait dû épuiser ses pouvoirs en le sauvant de la mort instantanée lors de la première explosion. Il n’aurait pas pu le protéger des flammes qui l’auraient brûlé vif ni de la fumée qui l’aurait asphyxié.
« Un employé de la compagnie m’aurait-il sauvé ? »
Quelqu’un l’avait tiré du cœur de l’explosion. Se disant qu’il devait être plutôt apprécié au sein de la Compagnie marchande Gabi, Mazhar ouvrit les yeux.
« Oh. »
Des cheveux blancs comme neige remplirent son champ de vision.
« Que faites-vous ici ? »
« Je vous ai sauvé. »
Kriel se caressa le menton en repensant à ce qu’il savait de Mazhar Gabi.
« Il ne ressemblait pas à ça dans le jeu. »
Dans Tirnanog RPG, Mazhar Gabi avait l’air d’un gamin qui venait tout juste d’entrer à la maternelle. La Famille Gabi n’était pas non plus une compagnie marchande aussi prospère.
Dès le début de la quête, Mazhar Gabi mourait dans des circonstances mystérieuses. La mort du benjamin adoré de la famille plongeait celle-ci dans un conflit interne, et la Famille Gabi sombrait dans un marécage terrifiant de meurtres entre proches et de suspicion mutuelle. Tel était le point de départ de la quête secondaire Tragédie de la Famille Gabi.
« Pas étonnant que je ne l’aie pas reconnu. Il est passé de petit gamin à jeune homme tout gras. »
S’étant généreusement pardonné, Kriel repensa à Tragédie de la Famille Gabi.
« Au bout du compte, on n’a jamais découvert qui avait tué Mazhar Gabi. »
Le jeu laissait entendre, sans grande précision, que les Abysses avaient joué un rôle dans la mort de Mazhar Gabi et la chute de la Famille Gabi. À l’époque, cette dernière aurait été chargée de fournir le front des Abysses de l’Empire en matériel militaire.
Suivant cette piste, Kriel conclut que cette tentative de tuer Mazhar Gabi dans une explosion était elle aussi l’œuvre des Abysses.
« Ils ont sûrement utilisé un parchemin magique ou quelque chose du genre. Bien sûr, les restes du parchemin ont dû partir en fumée dans l’explosion. »
Même si le parchemin avait survécu, il aurait été difficile d’en retrouver la trace grâce aux caractéristiques d’un Chevalier Noir, si le serviteur des Abysses ne l’avait pas fabriqué lui-même et s’était plutôt procuré un modèle produit en série dans une tour de mages spécialisée dans l’art de la guerre.
« …Merci. »
Les remerciements calmes de Mazhar tirèrent Kriel de ses pensées.
« J’ai des questions à vous poser, par exemple, pourquoi vous étiez là et pourquoi vous m’avez sauvé. Mais d’abord, je dois m’acquitter de mon devoir envers celui qui m’a sauvé. Je vous suis reconnaissant. »
À ces remerciements sincères, Kriel haussa les épaules.
« Tout chevalier digne de ce nom aurait essayé de sauver les gens dans une telle situation. »
Mazhar acquiesça, mais n’en pensait pas moins. À en juger par les propos de Kriel avant le procès et par leur conversation actuelle, celui-ci se faisait une drôle d’idée des chevaliers. Non, une idée carrément extravagante.
Il n’avait pas envie de contredire l’homme qui lui avait sauvé la vie ; il laissa donc passer. Cela dit, Mazhar avait vu un bon nombre de chevaliers profiter de leur statut de privilégiés pour faire étalage de leur autorité pendant des négociations commerciales.
« Puisque vous me remerciez, puis-je vous poser une question ? »
« C’est en rapport avec votre question précédente ? »
« En quelque sorte… »
Kriel se caressa le menton. Depuis que Mazhar s’était inquiété pour sa famille, il soupçonnait qu’un serviteur des Abysses se cachait derrière tout ça.
Sept incidents étranges sur dix dans Tirnanog étaient l’œuvre des Abysses. Et maintenant qu’il se souvenait de l’identité de Mazhar, ses soupçons frôlaient la certitude.
Mais ce qu’il voulait lui demander, pour l’instant, était tout autre.
« Avez-vous déjà rencontré des héros ? »
« …Des héros ? Comme ça, tout à coup ? »
Kriel acquiesça. Ce monde avait beaucoup en commun avec le jeu, sans pour autant lui être identique.
Le nombre de héros, par exemple. Tirnanog RPG était un jeu solo. Il n’y avait qu’un seul joueur. Pourtant, trois héros étaient apparus avant que Kriel n’atterrisse dans ce monde.
Kriel soupçonnait qu’un des héros arrivés depuis longtemps avait empêché la Tragédie de la Famille Gabi. Mazhar Gabi avait survécu, la famille ne s’était pas disloquée et elle avait pu conserver sa place de compagnie marchande fournissant l’armée. Cette réaction en chaîne avait dû contribuer à en faire la grande compagnie qu’elle était aujourd’hui.
« Ce n’est pas quelque chose que j’aurais des raisons de cacher. Oui, j’en ai rencontré un quand j’étais jeune. »
Kriel acquiesça. La plupart des gens qu’il avait rencontrés en recherchant les héros étaient des personnages de l’histoire principale.
Comme l’intrigue principale de Tirnanog RPG consistait à vaincre le Roi Démon, la plupart des personnages importants possédaient une certaine force au combat. Et son statut de Chevalier errant lui donnait au moins une raison valable de ne pas se faire éconduire par des gens exerçant des métiers chevaleresques similaires.
Peu de gens auraient froidement rejeté un jeune chevalier désireux d’entendre le récit d’un chevalier plus âgé ayant combattu pendant la guerre contre le Roi Démon.
La plupart des témoins des héros que Kriel avait rencontrés en tant que Chevalier errant étaient donc liés à la chevalerie. Ceux qui exerçaient d’autres métiers étaient très rares. Mazhar Gabi était le premier témoin qu’il rencontrait à n’être ni chevalier ni personnage de l’histoire principale.
« Avez-vous revu ce héros après la défaite du Roi Démon ? »
« …Non. J’avais envisagé de lui écrire pour lui demander de l’aide au sujet de ce qui était arrivé à ma famille, mais les héros avaient déjà disparu sans laisser de trace. »
C’était ce à quoi il s’attendait. Il n’avait pas posé la question avec beaucoup d’espoir, aussi ne fut-il pas déçu. Kriel se contentait d’avoir acquis une preuve encore plus solide que ce qui ne pouvait pas changer dans le jeu pouvait bel et bien changer dans la réalité.
L’espoir de pouvoir retirer le mot « Noir » de « Chevalier Noir » déborda en lui.
« Vous vouliez lui demander de l’aide… Il est arrivé quelque chose à votre famille ? »
Mazhar Gabi ferma les yeux. Il ne savait pas s’il devait répondre franchement.
Mais Kriel lui avait demandé s’il avait connu un héros dès le début de leur conversation. Il semblait s’être approché de Mazhar en sachant déjà, dans une certaine mesure, ce qui était arrivé à la Famille Gabi.
« Officiellement, mon père, Tushkin Gabi, se serait retiré des affaires pendant que se déroule l’épreuve visant à désigner le prochain dirigeant de la compagnie. »
« Et en réalité ? »
« Il est alité. Mais ce n’est pas une maladie ordinaire. Je suis certain qu’il s’agit d’une malédiction. »
Après une dernière hésitation, Mazhar ferma les yeux très fort et se força à prononcer ces mots :
« J’ai souffert de la même malédiction quand j’étais jeune. »
Note de l’auteur
La couverture a été remplacée par une illustration de Morgina générée par une IA !
La couleur de l’arme contondante et les détails du pendentif diffèrent légèrement, mais l’impression générale est similaire !
Notes de bas de page :
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