Chapitre 46
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 46 : Un duel… truqué ? (4)
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Kriel agit à l’opposé des intentions de Morgina, qui voulait se battre à mains nues.
[Hé, ça va casser ! J’ai dit que ça allait caaaaaasser !]
Kriel s’agrippa à la Dague à corne et résista. Morgina se prêta volontiers à ce bras de fer. Portée par son abondant Pouvoir divin, elle rivalisa de force avec Kriel jusqu’à ce que, soudain, ses pieds quittent le sol.
La force qui la tirait dans une direction propulsa Morgina. Son corps vola vers lui, comme si la Dague à corne l’entraînait.
La chaîne se tendit. Les yeux de Morgina, derrière son voile, croisèrent ceux de Kriel, qui luisaient sous l’ombre de son casque. Ils étaient assez proches pour se voir reflétés l’un dans les yeux de l’autre.
Je savais qu’elle ferait ça. Morgina préférait le combat rapproché, surtout la bagarre à mains nues.
Kriel sourit. L’heure était venue de tenter son dernier coup.
Il lâcha la Dague à corne. Orisin rebondit sur le sol en poussant un cri, mais personne n’y vit autre chose qu’une plainte.
Kriel saisit Morgina par l’avant-bras droit.
Sa main énorme lui enserra le bras, et Morgina laissa échapper un petit « Hein ? » perplexe.
Puis Kriel la projeta.
Le Pouvoir divin avait augmenté sa force musculaire, mais pas son poids. La porte par laquelle Morgina était entrée était restée ouverte. Le lancer de Kriel l’expédia droit à travers.
Naturellement, Morgina n’était pas du genre à se laisser éliminer par une attaque aussi timide. Elle se retourna en plein vol, prit appui contre le mur de la salle d’audience et repartit à pleine vitesse. Des fléaux rouges luisaient méchamment dans ses deux mains.
Kriel ne réagit pas à son attaque.
Il se contentait de ramasser la Dague à corne sur le sol.
« … Qu’est-ce que tu fais ? »
Cette scène absurde sembla ôter toute sa force à Morgina, qui lui posa la question.
« J’ai gagné. »
« Quoi ? »
« Juge religieux ! Veuillez confirmer le précédent en matière de jugement par combat ! »
« Vous parlez de la règle de la sortie de l’aire de combat ? Il est d’usage, dans un jugement par combat, de reconnaître la défaite de celui qui quitte l’aire, mais… »
Ils n’avaient pas parlé d’une défaite par sortie de l’aire au début du duel. Le juge religieux eut l’air perplexe.
« Le jugement par combat relève du droit coutumier, n’est-ce pas ? Si aucun accord particulier n’a été conclu au préalable, il me semble raisonnable de suivre le précédent. »
Kriel n’avait aucune intention d’affronter Morgina sérieusement pour régler les choses. Qu’aurait-il eu à gagner en se battant contre cette Sainte aussi baraquée qu’un sanglier ?
« Hé, c’est pas juste ! »
Morgina souffla bruyamment en abaissant les deux bras. Si elle n’avait pas tenu des fléaux, le geste aurait pu paraître plutôt mignon.
Le juge religieux pencha la tête. Puis Armede s’approcha et lui tendit un document.
On y trouvait le coût du remplacement des dalles brisées de l’aire de combat, ainsi que celui des réparations du mur que Morgina avait frappé si fort qu’il en était profondément fissuré.
Armede avait tout calculé à la hâte dès l’instant où Kriel avait projeté Morgina hors de l’aire.
Le juge religieux rajusta ses lunettes. Les dégâts étant survenus naturellement au cours du procès, il n’aurait pas à les indemniser de sa poche. Il était toutefois évident que le juge en chef lui demanderait pourquoi il avait laissé la situation dégénérer à ce point.
« … Le duel est terminé ! »
« Hé, non. Votre Honneur ! Je proteste ! »
« Le vainqueur du duel est Messire Kriel, Champion d’Armede Kett ! »
Daucrius admirait la sagesse avec laquelle Messire Kriel avait réglé la situation : quel que fût le perdant, le Champion ou la Sainte aurait perdu la face. La défaite par sortie de l’aire avait permis d’éviter cela. Il était néanmoins déçu qu’aucun sang n’ait coulé à la fin, hormis celui dont Morgina s’était servie pour créer ses armes.
« Ha. Je pensais que j’allais enfin voir la Sainte se battre à coups de poing, ça faisait longtemps. »
Mazhar Gabi ne comprenait pas ce que racontait ce gentil vieux prêtre.
« N’est-ce pas vraiment dommage ? Le combat est devenu plutôt ennuyeux quand Messire Kriel a enfilé son armure dès qu’il a compris qui elle était. Une dispute d’amoureux, ça a besoin d’un peu de sang versé pour rapprocher les deux parties… »
« Vieux, de quoi vous parlez ? »
Mazhar demanda, incrédule. Daucrius haussa tranquillement les épaules.
« Je dis seulement que vous ne devriez pas croire que la Sainte s’est retenue exprès. Si j’avais su que ça finirait comme ça, je les aurais fait combattre dehors. »
Attendez… la Sainte ?
Mazhar ignorait exactement qui était Morgina. Enfin, il comprit, et en resta stupéfait.
« Ce prêtre a regardé le Champion et la Sainte de son ordre se battre, puis a dit que c’était dommage qu’il n’y ait pas eu de sang versé ? »
C’était un ordre complètement fou. Son préjugé contre Eve Kaha s’accentuant, Mazhar baissa la tête.
Le jugement par combat s’était soldé par une défaite.
« Père… »
Boum.
Quelqu’un s’assit à côté de lui. Mazhar se tourna vers la silhouette.
Une expression sévère et froide, non, glaciale. Des cheveux couleur d’os et des yeux rouge sang, inquiétants.
« … Vous êtes venu vous moquer du vaincu ? »
« Je me suis enfui. »
« Hein ? »
Kriel désigna discrètement l’aire de combat. Morgina s’y tenait, l’air furieux, un objet semblable à une cape noire à la main, et regardait autour d’elle.
« Elle a dit que le duel étant terminé, elle allait se défouler à titre personnel, puis elle a essayé de me foncer dessus. Je lui ai couvert les yeux avec une cape avant de filer. Elle ne s’attendra pas à me trouver de l’autre côté, ça devrait me faire gagner un peu de temps. »
Mazhar laissa échapper un rire sans joie devant l’absurdité de la situation que Kriel décrivait avec tant de calme.
« Eh bien. On dirait que vous avez trouvé l’amour. Félicitations. N’est-ce pas ça, la romance d’un chevalier ? »
« Vouer son amour à une noble dame est l’un des aspects de la chevalerie. »
« Alors retournez auprès de la noble dame qui recevra cet amour. »
Mazhar agita la main. La salle d’audience n’était pas chez lui, mais son intention de congédier Kriel était claire. Contre toute attente, celui-ci ne partit pas.
« Je ne crois pas que se moquer d’un vaincu soit digne d’un chevalier. »
« Refuser de tourner le dos à quelqu’un en difficulté, ce n’est pas aussi une vertu chevaleresque ? »
Kriel haussa les épaules.
« Le premier mot que vous avez prononcé après avoir accepté votre défaite, c’était “Père”. C’est révélateur. Est-ce lié à votre ambition de devenir le chef de votre famille à tout prix ? »
« … »
Mazhar allait lui dire de ne pas se mêler de ses affaires, mais Kriel se leva brusquement, ne lui laissant pas le temps de parler.
« Oh, mince. Elle regarde par ici. Je ferais mieux de descendre. »
Il sauta des gradins jusqu’à l’aire de combat. Il atterrit avec légèreté après une chute équivalant à deux ou trois personnes empilées les unes sur les autres. Pour un chevalier entraîné, ce n’était rien d’extraordinaire, mais de près, l’effet était impressionnant.
« Si vous avez un jour besoin du chevalier Kriel plutôt que du fiancé d’Armede, faites appel à moi ! »
Kriel descendit avec une dignité exagérée, avant de devenir aussitôt la cible d’un coup de pied sauté de Morgina.
Il ne se contenta pas d’encaisser le coup. Il bloqua le pied avec le plat de son espadon, puis rattrapa doucement Morgina lorsqu’elle rebondit et la prit dans ses bras.
« Nous sommes toujours dans une salle d’audience. Vous ne pouvez pas vous tenir convenablement ? »
« Hé, on recommence ! »
« Non. Le vaincu doit accepter le résultat. »
« Espèce de lâche ! »
Mazhar Gabi jeta un coup d’œil à Armede, qui observait leur querelle depuis les gradins opposés.
Pour une raison ou une autre, il frissonna.
* * *
À l’instant où je mis fin au tumulte du duel par un stratagème, Orisin me chuchota :
[J’ai le flair pour ce genre de choses, tu sais. À mon avis, ce Mazhar n’est pas complètement pourri. On dirait qu’il a une raison de vouloir à tout prix devenir le chef de sa famille. Pourquoi ne pas essayer de lui poser la question en douce ?]
J’écoutai les conseils de cette tête de cheval et trouvai une occasion de sonder les intentions de Mazhar, mais bon sang…
« Tu es content d’avoir gagné comme ça ? Hein ? »
Morgina me tenait par le col. Je n’aurais jamais dû écouter cette tête de cheval.
[C’est pas ma faute. C’est toi qui l’as provoquée sans raison en disant un truc bizarre, non ?]
« Je ne répondrai pas à ça. »
« Qu’est-ce que t’as dit, petit con ? »
« Ah. Je ne vous parlais pas, je parlais à Orisin… »
« Ça suffit. »
Armede s’interposa au milieu du tumulte. Elle lança un regard méfiant à Morgina.
« Il est mon fiancé, reconnu comme tel par jugement par combat. »
Morgina se demanda si elle devait révéler sa véritable nature à cette femme ou continuer à jouer le rôle qu’elle adoptait en public.
Elle n’hésita pas longtemps.
Alors que Kriel, toujours retenu par elle, essayait discrètement de se dégager pour rejoindre Armede, les mots lui échappèrent tout seuls.
« Vraiment ? Je suis ravie de vous rencontrer, dame Armede Kett. Je suis Morgina, Sainte d’Eve Kaha, et c’est moi qui ai nommé Messire Kriel Champion. »
N’avait-il pas dit qu’il n’avait jamais été officiellement nommé où que ce soit ? Armede regarda Kriel, avec ce qui semblait être une pointe de trahison dans les yeux.
Kriel eut l’air déconcerté.
« Moi ? Par vous ? »
« Oui. Vous, par moi. »
Morgina sourit et ajouta :
« Vous avez entendu le chef de l’ordre expliquer que c’est la Sainte qui choisit le Champion, n’est-ce pas ? »
Notes de bas de page :
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