Chapitre 45
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Order
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 45 : Un duel truqué… ? (3)
──────
« Attendez, dame ? »
Orisin s’exclama intérieurement : Enfin !
Morgina se montrait un peu brutale et parlait sans détour, mais, avec un peu de recul, elle exprimait son affection pour Kriel à sa manière, tout simplement.
Même cette tête de mule cinglée, obsédée par la chevalerie, comme l’appelait Morgina, finirait peut-être par comprendre si elle se montrait aussi directe, non ?
« Vous vous êtes mariés dans mon dos ? »
« Quoi ? »
« Bien sûr, je trouve convaincante l’analyse selon laquelle la vénération religieuse des êtres sacrés s’est muée en désir pour de véritables dames, donnant naissance aux usages de l’amour courtois. Mais il y a deux problèmes à ce que vous vous qualifiiez de dame. »
[C’est vraiment un sale type obsédé par la chevalerie…]
Orisin marmonna. L’esprit à tête de cheval comprenait désormais parfaitement pourquoi Morgina avait surnommé Kriel ainsi.
« D’abord, tout dépend des critères du Royaume Sacré, du Royaume-Uni, de l’Empire, d’un autre pays ou d’une autre race. Mais, en général, une dame désigne une femme mariée. »
« Prenez les critères du Royaume Sacré. Chez nous, on ne juge pas une femme selon qu’elle est mariée ou non, mais selon sa dignité et son honneur. Quel est le deuxième problème ? »
Dans le code chevaleresque du Royaume Sacré, principalement observé par les paladins, le mariage n’entrait pas dans la définition d’une dame. La raison était simple : la doctrine comptait de nombreuses clercs célibataires, et beaucoup de paladins souhaitaient les servir en tant que dames.
« Le deuxième problème ressemble à ce que vous venez de dire. »
Kriel posa un regard calme sur Morgina. De l’extérieur, on aurait dit un commandant de l’armée démoniaque lançant un ultimatum à un prêtre.
« Et votre digni… »
« Ça suffit. Je vais vous tuer. »
* * *
[Espèce de malade ! Tu n’es pas censé être un noble chevalier ?!]
« Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?! »
Kriel cria tout en bloquant désespérément les assauts furieux de Morgina. Ce n’était guère un cri digne d’un chevalier, mais le fracas de l’acier contre l’épée et le fléau couvrait largement sa voix. Personne n’entendrait cet écart de conduite.
[Tu peux insulter quelqu’un comme ça et prétendre rester chevaleresque ?!]
« Les camarades n’ont pas besoin de toutes ces formalités entre eux ! »
[Quoi, petit morveux ?]
[Le maître veut dire qu’il ne voit pas Morgina comme une personne à protéger ni comme une suzeraine à qui il doit prêter allégeance, mais comme une camarade égale à lui. Et entre camarades, trop de courtoisie devient une impolitesse. Une certaine insolence n’est-elle pas une preuve de proximité ?]
Kriel hocha la tête, satisfait. Son visage était dissimulé sous son casque noir à cornes, mais Orisin imaginait sans peine l’air content qu’il affichait dessous.
[Bande d’obsédés de la chevalerie ! Pourquoi vous chamaillez-vous sans arrêt, pour être ensuite d’accord sur les choses les plus absurdes ?!]
* * *
Le combat était d’une rare intensité.
Mazhar Gabi avait failli perdre la tête en apprenant que sa Championne était bel et bien venue truquer le match.
La Championne qu’il avait engagée à prix d’or s’était révélée être une fraude. Une clerc avait-elle le droit de faire ça ? Le roi-prêtre avait répondu officiellement à cette question : « Selon la confession, l’“esprit” d’un clerc peut être interprété de façon très large. »
Mais à présent, il était sur le point de perdre la tête pour une tout autre raison.
Les corbeaux noirs qui s’élevaient sans cesse ressemblaient chacun à un projectile mortel. Au milieu de leur nuée, qui cherchait la moindre ouverture dans la défense de Kriel et frappait de toutes parts de son propre chef, deux lignes rouges, encore plus meurtrières, ondulaient.
Chaque fois que les extrémités des fléaux à chaîne jaillissaient et s’abattaient sur les dalles, le sol de l’arène se fendait et éclatait en morceaux.
Le combat était si féroce que nul n’aurait deviné que les deux adversaires se connaissaient. À moins que, justement, on l’ait deviné : il fallait être des ennemis jurés pour se battre avec une telle violence.
Daucrius les encouragea.
« Ô Déesse ! Que le vainqueur soit de Votre côté ! »
Pour une raison qu’elle ignorait, Armede se préoccupait davantage des paroles de cette femme appelée Morgina que du combat lui-même.
Morgina avait parlé comme si elle avait un lien avec l’armure de Kriel, puis s’était proclamée sans détour sa dame.
Ses origines posaient un problème encore plus sérieux. Mazhar Gabi, qui avait amené Morgina ici, ne semblait pas s’en rendre compte, mais le Pouvoir divin sanglant qui invoquait ces corbeaux était une bénédiction sacrée, une spécialité de l’Église d’Eve Kaha.
Une Sainte de l’Église d’Eve Kaha venait de crier au Champion de l’Église : « Je suis ta dame ! » Voyant le prêtre Daucrius applaudir et suivre le combat, Armede soupçonna que l’Église d’Eve Kaha n’interdisait pas le mariage dans sa doctrine.
Un sentiment de crise monta en elle, sans qu’elle puisse définir exactement pourquoi.
* * *
Kriel pensa qu’il finirait par perdre si le combat se prolongeait.
Les clercs et les Abysses étaient les ennemis jurés l’un de l’autre. Malgré tout, dans des circonstances normales, les clercs étaient réputés avoir l’avantage sur les Abysses.
Le monde de Tirnanog lui-même tentait de rejeter les Abysses, cette souillure étrangère venue d’ailleurs. Soutenus par le monde lui-même, les clercs étaient les ennemis naturels des Abysses.
À l’inverse, dans un Domaine abyssal façonné pour permettre aux Abysses d’agir, leur puissance se trouvait amplifiée et la situation s’inversait. Les clercs étaient aussi ceux qui purifiaient ces Domaines abyssaux, tandis que ceux qui corrompaient le monde pour le transformer en Domaine abyssal servaient naturellement les Abysses. Parler d’un cycle sans fin où chaque camp dévorait l’autre était la description la plus juste.
Kriel ne se considérait pas comme un serviteur des Abysses, mais la classe de Chevalier Noir leur ressemblait par nature.
Ainsi, plus Morgina le pressait sans relâche, plus il était contraint de se défendre.
[Non, c’est insensé. Son Pouvoir divin est inépuisable ? Même avec le titre de Sainte, comment peut-elle ne pas être épuisée après l’avoir utilisé aussi imprudemment ?]
[Le maître dispose encore de capacités surnaturelles, lui aussi.]
Tuon. Si j’utilise ces pouvoirs, on me jettera dehors.
Les capacités surnaturelles dont parlait Tuon n’étaient pas l’Énergie de combat, commune à tous les chevaliers, mais l’Énergie de Sang et la Rancœur. Kriel n’avait aucune intention de lancer une attaque aussi insensée.
De plus, les révéler ne ferait qu’aggraver son désavantage, à cause de leur nature opposée.
Tout en dispersant les explosions des corbeaux, Kriel chercha un moyen de mettre fin au combat.
À bien y réfléchir, cette épreuve du combat avait commencé par une série de tromperies.
Il était donc normal qu’elle se termine par une ruse, elle aussi.
* * *
Boum !
Kriel enfonça son espadon dans le sol. Malgré la pierre, la pointe de la lame s’y glissa sans peine. L’Énergie de combat jaillit de l’épée, broyant les dalles et les projetant dans les airs. Les pierres prises dans l’explosion d’Énergie de combat fusèrent comme de la mitraille.
« Bien, ça devient intéressant ! »
Morgina fit tournoyer le fléau à chaîne qu’elle tenait de la main gauche. La chaîne, lancée à toute vitesse, forma un rideau de fer qui dispersa toutes les pierres volant vers elle.
Non, elle ne se contenta pas de les disperser. Les fragments furent entraînés dans le mouvement de la chaîne. Morgina fit pivoter son poignet gauche et les renvoya vers Kriel.
Kriel ne prit pas la peine d’essayer d’arracher son espadon du sol. Il dégaina plutôt la Dague à corne.
Morgina se lécha les lèvres derrière son voile.
Même à présent, la lame était finement ouvragée. Elle ne lui accordait pas un jugement trop généreux sous prétexte qu’elle l’avait fabriquée, mais elle convenait bien à l’allure générale de Kriel.
Le voir vêtu de pied en cap avec l’équipement qu’elle avait conçu avait quelque chose de profondément émouvant. Souriante, Morgina se rua sur lui.
Puis son expression se figea.
Il est couvert de la tête aux pieds par ce que j’ai fabriqué, et il se bat contre moi pour protéger cette gamine aux cheveux roses ?
Elle avait déjà mis un peu de sérieux dans le combat, mais elle pouvait sans doute y aller encore un peu plus fort.
« Et si on se collait l’un à l’autre pour s’amuser un peu ? »
La Dague à corne que Kriel brandissait était un peu plus courte qu’une épée à une main ordinaire. Il n’aurait donc d’autre choix que de combattre à une distance bien plus rapprochée qu’auparavant. C’était une plaisanterie grossière, mais ardente, digne du champ de bataille.
Kriel répondit sans détour :
« C’est précisément pour ça que vous manquez de dignité ! »
La Dague à corne était plus courte que les deux fléaux de Morgina. En temps normal, cela l’aurait désavantagé. Mais la donne changeait dès qu’ils se trouvaient si près qu’elle n’avait même plus la distance nécessaire pour manier un fléau. Kriel comptait l’obliger à combattre au corps à corps, et Morgina le savait.
« Je préfère qu’on se rapproche encore davantage ! »
Pourtant, Morgina accueillit son approche avec plaisir. En fait, elle voulait qu’il s’approche encore plus. Son fléau à chaîne jaillit et s’enroula autour de la Dague à corne de Kriel.
Les armes façonnées à partir du sang de Morgina étaient constituées de Pouvoir divin dès l’origine ; elle pouvait donc en modifier librement la forme. Mais ce n’était vrai qu’en théorie. Sculpter leur forme avec autant d’adresse au beau milieu d’un combat relevait du talent propre à Morgina.
[Kyaaaaaah !]
Sans tenir compte du cri de l’esprit à tête de cheval, Morgina tenta de lui arracher la lame. Les chevaliers devaient maîtriser non seulement l’escrime, mais aussi le combat rapproché. Une fois Kriel désarmé, il n’aurait d’autre choix que de l’affronter à mains nues.
La situation avait bien des avantages.
Il ne va quand même pas sortir l’une des Sept Armes démoniaques dans une situation pareille.
Se chamailler tout en respirant le parfum de l’autre avait aussi son charme.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>