Chapitre 44
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans l’univers du jeu ◈
Chapitre 44 : Un duel truqué… ? (2)
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Kriel était discrètement confiant. Mazhar Gabi avait largement les moyens d’engager n’importe quel combattant ordinaire.
Mais Kriel était un chevalier bien au-dessus de ce qu’un combattant ordinaire pouvait affronter. Et pour engager un chevalier, il ne suffisait pas d’avoir de l’argent : il fallait aussi du prestige.
Après tout, cela revenait à accepter quelqu’un comme maître et à lui offrir son épée, même temporairement. Un véritable chevalier ne servait pas un maître indigne. Le chef de la Compagnie marchande Gabi aurait peut-être fait exception, mais la réputation de Mazhar Gabi ne suffisait pas à attirer des chevaliers.
[Non, hé. Tous les chevaliers de ce monde ne sont pas aussi obsédés par la chevalerie que toi. Paie assez cher, et il y en aura bien un qui se présentera.]
« Absurde ! Un chevalier qui ne respecte pas la chevalerie ne mérite pas le nom de véritable chevalier. »
Orisin s’apprêtait à répliquer. Que ferait Kriel si Mazhar amenait un guerrier ou un mage plutôt qu’un chevalier ?
Mais Orisin n’en eut pas l’occasion.
[Tout à fait exact. Tête de cheval sans la moindre honte, tu n’as toujours pas compris cette vérité universelle : un chevalier sans honneur n’est pas un chevalier ?]
Ayant parlé pour rien et se retrouvant attaqué des deux côtés, Orisin décida de se taire.
Cela dit, au vu de ce qu’ils avaient observé jusqu’ici, Kriel était largement assez fort pour être un Chevalier Noir. À moins qu’un commandant de chevaliers ne se présente comme adversaire, sa victoire était pratiquement assurée.
* * *
La maison ducale d’Argetlam était une famille ancienne, et sa longue histoire semblait imprégner la plupart des bâtiments du duché.
Chose remarquable, le palais de justice disposait d’une « salle de duel » réservée au Jugement par le combat. Elle existait depuis l’époque où cette pratique était encore courante. La salle ressemblait à une arène circulaire miniature, à laquelle on aurait ajouté l’estrade surélevée d’une salle d’audience.
Kriel et Armede étaient arrivés les premiers et attendaient Mazhar Gabi. Le juge religieux, qui semblait plus animé qu’auparavant à l’idée d’assister à un combat, se tenait sur le siège du jugement, à la place qu’occupait habituellement le juge.
Comme le procès se déroulait en secret, il n’y avait pas de spectateurs. Le prêtre Daucrius était néanmoins assis dans les gradins en qualité de témoin. Il arborait un large sourire et ne cherchait pas à dissimuler son impatience, un morceau de viande séchée à la main.
Le juge consulta l’heure.
« Il reste dix minutes avant le début du duel. Si Mazhar Gabi, ou le Champion de Mazhar, ne se présente pas dans les dix minutes qui suivent l’heure prévue, la partie défenderesse remportera le procès. »
Boum.
Mazhar Gabi fit son apparition en poussant brusquement le vieux portail.
« Inutile d’attendre. »
Kriel examina la tenue de Gabi. Pas d’armure, pas d’arme. Mazhar n’avait visiblement pas l’intention de se battre lui-même. Comptait-il déclarer forfait afin de réduire au moins ses frais d’embauche ?
« Plaignant Mazhar Gabi, comptez-vous participer au duel ? »
« J’ai engagé un Champion. Qu’il entre ! »
Clic.
Des pas résonnèrent dans le couloir du palais de justice. Kriel fut surpris par leur légèreté. Ils ne semblaient porter aucun poids.
Si la personne portait une armure, il lui aurait fallu un sort d’allègement pour expliquer des pas aussi légers. Un guerrier capable d’utiliser un tel équipement méritait qu’on se méfie, mais Kriel ne pouvait pas baisser sa garde, même si la personne était simplement vêtue avec légèreté.
« Un mage ? »
Le Champion de Mazhar apparut dans l’encadrement de la porte.
Une simple robe sacerdotale noire. Pourtant, elle inspirait la pureté plutôt que la négligence. Bien que la robe fût assez ample, les pas vifs et les lignes nettes de la silhouette laissaient deviner un entraînement considérable.
C’était le voile noir qui recouvrait la tête du prêtre qui attirait le plus l’attention. La robe sombre et l’épais voile noir donnaient à sa tenue des airs de vêtements de deuil.
Dès qu’il aperçut le Champion de Mazhar, Kriel fut saisi d’un sinistre pressentiment impossible à décrire.
« Hé, Gabi ! Vous trouvez pas ça lâche ? »
« Qu’entendez-vous par là, dame Armede ? »
« T’as pas trouvé quelqu’un capable de se battre correctement, alors tu t’en prends à son honneur de chevalier ! Comme si un prêtre chétif pouvait se battre ! »
Kriel tendit prudemment le bras pour retenir Armede. La présence qu’il percevait chez ce prêtre était bien trop singulière pour qu’on puisse le qualifier de chétif.
« Je ne recourrais pas à une méthode aussi vile. »
Le juge demanda une dernière fois au Champion de Mazhar s’il comptait renoncer à cette fonction. Le prêtre répondit en secouant silencieusement la tête.
« Oh… », souffla le prêtre Daucrius avec admiration.
« Je trouvais que la Sainte avait accepté un peu trop facilement. Quel plan brillant ! »
Elle était donc venue en personne s’occuper de l’hérétique. Daucrius sentit que le combat serait encore plus divertissant que prévu.
« Non, attends. J’ai dit à Messire Kriel de combattre et de gagner pour notre Église, pas vrai ? »
Le prêtre Daucrius se plongea dans une profonde réflexion. Que le Champion vainque la Sainte ou que la Sainte vainque le Champion, Eve Kaha ne serait-elle pas perdante ?
Mais il comprit bientôt que, si Eve Kaha perdait dans les deux cas, cela signifiait aussi qu’elle remportait la victoire dans les deux cas. Daucrius cessa donc d’y réfléchir.
« Voilà qui respecte véritablement le sens originel du Jugement par le combat ! Celui ou celle qu’Eve Kaha chérit le plus l’emportera ! »
Daucrius regretta de ne pas avoir acheté de bière en chemin.
* * *
« Que les deux parties s’avancent jusqu’à la première ligne. »
Aux deux extrémités de l’arène, dont le sol était pavé de lourdes dalles, des lignes étaient gravées dans la pierre. Elles indiquaient la distance entre les duellistes.
Lorsque les armes des combattants n’avaient pas la même portée, comme un arc et une épée, la distance de départ pouvait être ajustée afin d’assurer l’équité du duel. Cette fois, aucune des deux parties n’avait demandé de modification : le duel commença donc depuis la ligne habituelle.
« Les artefacts sont autorisés. La victoire reviendra à celui qui reconnaîtra sa défaite ou deviendra incapable de combattre. Gardez à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’un duel ordinaire, où le premier à blesser son adversaire l’emporte. »
Depuis le siège du jugement, le juge observa les deux combattants. Une tension aiguë les enveloppait.
« En garde. »
Trois, deux, un.
« Duel (Duel), commencez ! »
Pour une raison ou une autre, la pression émanant de son adversaire était écrasante. Kriel leva calmement son espadon près de son front et le pointa vers le prêtre. C’était une posture conçue pour parer une attaque.
Il vit le prêtre porter sa main droite à sa bouche, puis la rabattre vers le bas, à droite.
Des gouttelettes de sang éclatantes se dispersèrent dans les airs. Le voile dissimulait ce qui s’était exactement passé.
Kriel aurait pourtant parié toute sa fortune que le prêtre s’était fait saigner en passant la paume sur ses crocs. Un Pouvoir divin rouge se rassembla autour des gouttelettes éparpillées et prit forme.
Une masse cramoisie.
« Putain ! »
Kriel insuffla précipitamment de l’Énergie de combat dans la Marque du Grand Guerrier. Affronter cette personne sans armure aurait été de la pure folie.
Mais il était déjà trop tard. Laissant derrière lui une traînée cramoisie, le prêtre fondit sur lui en un instant. La masse s’abattit. Kriel inclina son espadon et la dévia.
Au premier choc de leurs armes, Kriel commença à revêtir son armure. Il n’avait aucune idée de la raison pour laquelle ils se déchaînaient ainsi, ici et maintenant.
« Qu’est-ce que tu fais… »
Avant qu’il ait pu finir, le prêtre voilé attaqua de nouveau. Cette fois de la main gauche. À un moment, il s’était aussi fait saigner de ce côté-là et tenait maintenant une autre masse.
Elle était différente de celle qu’il tenait dans la main droite. La masse droite était rigide et droite, tandis que celle de gauche était un fléau, dont la tête lestée était reliée au manche par une chaîne.
L’assaut continua. Deux traînées rouges balayèrent l’air depuis les mains du prêtre.
La main droite traçait des lignes droites. Elle frappait avec assez de force pour ne pas se laisser dominer par l’espadon de Kriel et répondait à la puissance par la puissance.
La main gauche, à l’inverse, dessinait des courbes. Cela ne la rendait pas moins redoutable. La tête lestée du fléau était hérissée de pointes cruelles et exploitait la moindre ouverture, tandis que l’espadon de Kriel devait parer les attaques directes de droite.
Lignes droites et courbes s’entremêlèrent sans répit, jusqu’à former une tempête cramoisie. Lorsque Kriel eut paré cinq coups visant ses points vitaux, son armure était entièrement en place.
« Hum… »
À cette vue terrifiante, le juge religieux se demanda s’il devait signaler un incident lié aux Abysses, mais le prêtre Daucrius leva la main pour le rassurer. Le juge garda donc le silence, pour le moment.
Le prêtre voilé le vit et se fit craquer le cou d’un côté puis de l’autre. Le bruit sec résonna dans la salle.
Le Pouvoir divin scintilla derrière elle comme une auréole et commença à prendre forme.
Des corbeaux.
C’étaient les mêmes corbeaux qui avaient harcelé sans relâche Orisin dans la Sainte Cité de Temlis. À présent, même Orisin ne pouvait manquer de les reconnaître.
[Oh, putain ?]
Les corbeaux de Pouvoir divin foncèrent sur Kriel. Leurs ailes battantes l’assaillirent par derrière, d’en haut et d’en bas.
Le souffle de son espadon dispersa leurs formes, mais il ne pouvait pas tous les détruire. Un corbeau qui avait planté son bec dans l’armure de Kriel explosa l’instant d’après.
Son armure était assez solide pour que l’impact ne soit pas trop violent, mais les résidus semblables à de la brume suffirent à lui obstruer la vue. Une fumée ordinaire n’aurait pas pu masquer la vision de Kriel.
Mais ces corbeaux étaient faits de Pouvoir divin. La seule propagation de ce pouvoir, opposé à celui d’un Chevalier Noir, suffisait à brouiller la vue de Kriel.
Kriel entendit les pas de Morgina approcher. Il entendit aussi la masse fendre l’air. Il ajusta sa posture en se fiant aux sons. Le plat de son espadon heurta la masse avec précision et la dévia. Puis, après avoir brièvement lâché son épée, il leva son gantelet droit pour bloquer la tête lestée du fléau, qui rebondit au loin.
« Attends, Morgina ! »
Kriel appela le prêtre voilé par son nom.
Morgina lui répondit derrière son voile.
« Hé. Je comptais y aller doucement un moment, puis perdre exprès contre toi si je le pouvais. »
Le visage de Mazhar Gabi se tordit d’une étrange façon. Il exprimait à la fois la perplexité et l’incrédulité.
« Sérieusement, tu ne portes pas cette armure pour la protéger, quand même ? »
« J’ai fabriqué cette armure pour toi. »
Morgina ravala ces mots avant qu’ils ne franchissent ses lèvres.
« Tu m’as foncé dessus comme si tu cherchais à mourir, alors… »
Il n’avait pas commencé par parler d’« amour ». Morgina en fut grandement soulagée.
Connaissant le caractère rigide de Kriel, s’il s’était vraiment interposé pour protéger une fiancée qu’il aimait, il n’aurait pas dit : « J’ai mis mon armure parce que tu m’as attaqué sérieusement. » Il aurait plutôt lancé quelque chose comme : « Je dois gagner pour le bonheur que je partage avec celle que j’aime. »
« Alors la probabilité qu’il s’agisse d’une fausse histoire de fiançailles, comme je le pensais, vient d’augmenter… »
À cet instant, Morgina aperçut le visage d’Armede derrière Kriel.
Le regard qu’Armede posait sur Kriel lui était douloureusement familier.
C’était le même que celui qu’elle voyait chaque jour dans son miroir.
« Ha… C’est vrai. Même dans les romans de chevalerie, les chevaliers avaient tendance à manquer de fidélité sous la ceinture. Ils semaient les scandales amoureux en prétendant faire la cour. Non. Et si c’était l’autre qui prenait tout ça à la légère ? »
Quels que soient les sentiments de Kriel, ceux d’Armede étaient sincères. Morgina ne pouvait pas la laisser se rassurer aussi facilement.
« Quoi ? »
« Hé hé. » Un rire clair, mais glaçant, retentit.
« Ta dame est venue s’assurer que tu restes fidèle, espèce d’ordure ! »
Note de l’auteur
J’ai dû prendre un appel qui a duré un moment, alors la suite a été repoussée à demain.
Ce n’est pas grand-chose pour me faire pardonner, mais j’ai rendu ce chapitre un peu plus long !
Notes de bas de page :
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