Chapitre 40
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 40 : Une arnaque au mariage (2)
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J’allais sortir une réplique qui en aurait imposé, mais Mazhar me devança.
Le regard de Mazhar était froid. Il était encore jeune et n’avait pas vraiment affronté les épreuves de la vie, mais l’ambition brûlait dans ses yeux.
« Lady Kett. Vous avez trouvé un acteur qui joue remarquablement bien à vos côtés. Cependant… »
Les yeux de Mazhar brillèrent.
« J’ai mes propres rêves. Je regrette que vous vous soyez donné tant de mal, mais je ne peux pas renoncer aussi facilement. Je reviendrai bientôt. »
Il se détourna et franchit la porte. C’était toujours mieux que de se faire jeter dehors, comme quelques instants plus tôt. Quand je fus sûr que Mazhar avait disparu dans le couloir, je me tournai vers Armede.
« Ouf, on a enfin réussi à s’en débarrasser, Armede. »
Armede était pratiquement blottie contre moi. Cette position était inconfortable pour nous deux ; il était donc temps de nous séparer.
À ma grande surprise, Armede leva vers moi un visage empourpré.
« T-Tu as dit quelque chose comme… »
Ah. Quelqu’un qui aurait écouté de loin aurait pu croire à une déclaration d’amour spontanée. Elle devait être troublée ; je m’empressai donc de dissiper le malentendu.
« Ne t’inquiète pas. Tu as bien dit que tu me choisirais comme partenaire pour cette fausse fiançailles ? Je ne faisais que jouer le jeu. »
Le visage d’Armede reprit son expression habituelle, impassible, même si elle avait l’air un peu fatiguée.
« C’est vrai. Je m’en doutais. »
Puis elle sourit doucement.
« Tu y mettais beaucoup de passion pour quelqu’un qui ne faisait que jouer le jeu. Tu ne serais pas un peu amoureux de moi ? »
***
C’était la question la plus courageuse qu’Armede ait réussi à poser. S’il répondait oui, elle était prête à commencer à organiser la cérémonie.
Au lieu de cela, Kriel se mit fièrement à raconter comment son esprit vif lui avait permis de tromper Mazhar.
« Que penses-tu de ma vivacité d’esprit ? J’ai inventé une histoire sans aller jusqu’à mentir. »
« … Quoi ? »
« Un chevalier ne doit pas mentir, mais il doit aussi savoir faire preuve d’une certaine souplesse. »
C’était le genre de rhétorique fallacieuse qu’on n’aurait attendu que de démons sortis d’un vieux conte. Armede hocha la tête d’un air absent, faisant semblant d’être impressionnée.
Un instant, elle faillit lui dire qu’il se comportait exactement comme il en avait l’air, mais elle se retint. Ce n’était pas le genre de chose à dire à son futur fiancé.
« Tant pis. Après tout, il a accepté les fiançailles. Je peux attendre le bon moment et… »
« Au fait, la déclaration de Mazhar Gabi comme quoi il reviendrait bientôt, ce n’est vraiment pas un problème ? »
« Qu’est-ce qu’il pourrait bien faire ? Nous sommes fiancés. Apporte-moi la Dague à corne. »
Armede songea : Alors, qu’est-ce que tu peux faire maintenant, Mazhar ? Maintenant qu’elle avait quelqu’un à présenter comme son fiancé, le camp de Mazhar ne pouvait plus rien faire.
Il ne fallut pas longtemps pour que cette certitude s’effondre.
***
Alors qu’Armede examinait Orisin sous toutes les coutures, quelqu’un frappa à sa porte. Cet Esprit à tête de cheval était étrangement bruyant pour un Esprit.
Armede s’étira puis ouvrit la porte. L’analyse de la Dague à corne était au point mort ; le moment tombait donc à pic. Elle avait besoin de se changer les idées avant de s’y remettre.
Ce devait être un membre de la société venu lui faire part des résultats de ses recherches ou lui demander conseil pour une expérience. Sans trop y réfléchir, Armede ouvrit la porte.
Sur le seuil se tenait un courrier impérial officiel, arborant un insigne en forme d’aile.
« Vous êtes Armede Kett ? »
« Quoi ? Ah, oui. C’est moi. »
« Ceci est une demande d’authentification envoyée par Mazhar Gabi. »
« Mais quel enfoiré… »
Armede déploya une volonté surhumaine pour retenir le flot d’injures qui menaçait de jaillir. Le courrier ne faisait que son travail. Après l’avoir poliment raccompagné, elle déchira aussitôt l’enveloppe et lut son contenu.
« Ah, merde. »
Il y avait réfléchi, celui-là…
Armede marmonna, incrédule.
***
Grâce à la gentillesse d’Armede, Kriel logeait dans une autre chambre, au même étage.
Elle avait dit : « Je vais avoir des questions sur l’épée pendant mes recherches, ce sera plus pratique si tu n’es pas trop loin. » Mais, en vérité, elle montrait sans doute sa reconnaissance à une connaissance qui l’aidait à traverser une situation difficile.
Kriel venait de confier son espadon à Tuon pour qu’il l’entretienne et s’était installé avec un livre quand des pas précipités retentirent devant sa porte.
« Kriel ! Sors ! »
Comme prévu, c’était la voix d’Armede. Avait-elle découvert un défaut fatal chez Orisin ? Kriel préférait toujours que le rapport d’un médecin — non, d’un mage — soit aussi détaillé que possible, mais il s’était quelque peu attaché à Orisin.
« Il s’est passé quelque chose ? »
Il examina Armede. Elle n’était pas blessée. Orisin n’avait pas l’air de lui avoir causé des ennuis pendant le traitement en criant : « Héhéhé, je deviens maléfique ! »
« Mazhar a trouvé un détail agaçant qu’il peut utiliser contre nous. »
Armede lui expliqua brièvement le contenu de la lettre qu’elle tenait. Selon la loi impériale, des fiançailles ne pouvaient entrer en vigueur que si un tiers habilité, un notaire, les certifiait.
D’ordinaire, le statut de prêtre suffisait pour être habilité. En bref, la lettre de Mazhar disait : « Vous prétendez être fiancés. Alors, quel prêtre a célébré vos fiançailles ? »
S’ils ne pouvaient pas nommer de prêtre, cela reviendrait à admettre que leurs fiançailles n’avaient aucun effet légal. Mazhar ajoutait que, s’il ne recevait pas de réponse satisfaisante, il porterait l’affaire devant un tribunal impérial.
« Si j’avais simplement refusé sa demande en mariage, ça aurait été une chose. Mais si je la refuse en prétendant avoir un fiancé, il aura un motif valable pour porter l’affaire devant la justice. »
Armede ajouta qu’elle n’aurait pas dû descendre au Duché d’Argetlam parce qu’elle ne supportait plus la vue de sa famille.
La proposition de Mazhar Gabi relevait à l’origine d’une affaire personnelle. Ce n’était pas un mariage arrangé négocié entre deux familles.
Pourtant, pendant qu’Armede était venue au Duché d’Argetlam pour organiser le congrès de la société, les deux dames représentant le chef actuel de la famille avaient répondu qu’elles « examineraient » la proposition faite au nom de la Famille Gabi.
C’était une manœuvre habile qui exploitait à la fois l’absence d’Armede et le fait que les deux dames étaient les représentantes légales du chef actuel de la famille, plongé dans le coma.
« Après avoir reçu une demande officielle, de fausses fiançailles seraient sans aucun doute considérées comme une fraude. Bon sang… »
« Donc la méthode brutale censée pousser le camp des Gabi à renoncer pour de bon s’est retournée contre toi. »
Kriel se gratta la tête.
[Ah, au cas où : une solution du genre “Et si vous faisiez venir un vrai notaire maintenant pour vous fiancer officiellement ?” ne marchera pas. Le camp de Mazhar demandera évidemment au prêtre à quelle date les fiançailles ont été authentifiées.]
« Tête de cheval ? Qu’est-ce que tu fais là ? »
[Petite Rose, même si j’ai l’air d’être toujours attaché à cette épée, je peux voler assez loin.]
Armede appelait désormais Orisin « Tête de cheval » tout naturellement. C’était étrange : tous ceux qui rencontraient Orisin finissaient par faire pareil. Cela dit, le nom correspondait parfaitement à son apparence.
Kriel hocha la tête et prit la parole. Il comptait emprunter la sagesse d’un Esprit ancien.
« Orisin. Est-ce que tu as une expérience ou une sagesse qui pourrait nous aider dans cette situation ? »
[J’en ai l’air ? Ce n’est pas comme si je n’avais jamais rêvé de jolis endroits, comme les salles de mariage, mais je n’ai jamais eu de raison d’y aller.]
Cela signifiait qu’il était trop tard pour faire authentifier leurs fiançailles et que, même s’ils le faisaient, le mensonge finirait par être découvert.
Une possibilité traversa alors l’esprit de Kriel. Et s’ils trouvaient un prêtre autorisé à mentir ?
« L’Église d’Eve Kaha interdit-elle de faire un faux témoignage ? »
[Euh, pas à ma connaissance. Ces gens-là sont nécrophiles, ils ne s’intéressent guère aux affaires des vivants. La plupart de leurs enseignements portent sur la manière de traiter les morts. Cela dit, aucun prêtre ne mentirait, par simple bon sens…]
Kriel sourit, satisfait.
[Attends. Hé. Ne me dis pas que tu…]
« Alors, faisons venir un prêtre autorisé à mentir. »
Orisin se demanda s’il devait arrêter ce chevalier complètement fou ou réclamer quelque chose à mâchouiller, en plus d’un sort pour matérialiser un corps.
Il n’allait tout de même pas faire venir Morgina. Le spectacle serait absolument insensé.
***
Après avoir senti un étrange courant venu de l’est, Morgina, qui étudiait les arts ésotériques auprès de la Cheffe de l’Ordre au temple principal de l’Église d’Eve Kaha, reçut une nouvelle inattendue.
Plus précisément, à sa sortie de son entraînement en isolement, on lui apprit qu’un pigeon voyageur — non, un corbeau messager — était venu puis reparti.
La lettre lui demandait si elle pouvait venir au plus vite, car on avait besoin de ses conseils au sujet d’un problème de fiançailles. La brusque montée de sa tension faillit faire s’effondrer Morgina.
Elle ouvrit à la volée la porte de la chambre de sa grand-mère.
« Aaah ! Grand-mère ! Qu’est-ce que ça veut dire ?! »
« De quoi parles-tu, mon enfant ? Ce n’est pas comme si j’avais lu en cachette une lettre qui t’était adressée. Dis-moi d’abord ce qui s’est passé. »
« J’ai reçu une lettre de Kriel et je ne l’apprends que maintenant ! »
« Nous t’avons bien dit qu’une lettre était arrivée. C’est toi qui as répondu : “L’entraînement que cette vieille sorcière m’a fait subir m’empêche même de parler. Racontez-moi ça plus tard.” »
Morgina baissa la tête, accablée.
… Puis, une seconde plus tard, elle la releva brusquement.
« J’ai terminé l’entraînement que tu m’avais imposé, alors je peux repartir, maintenant, n’est-ce pas ? Aucune branche de l’Église n’a demandé d’aide particulière, si ? »
La Cheffe de l’Ordre de l’Église d’Eve Kaha hocha la tête.
« Je ne sais pas du tout ce qui s’est passé, mais… »
Attends-moi, Kriel.
Laissant la lettre derrière elle, Morgina se mit à courir hors du temple. Elle se dirigeait vers le Duché d’Argetlam.
La Cheffe de l’Ordre ramassa la lettre qui flottait jusqu’au sol.
Elle avait été envoyée une semaine plus tôt.
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