Chapitre 37
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 37 : La mélancolie du mage (2)
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En regardant Armede et Kriel manger, Orisin se fit une réflexion.
« Ce type… »
Il en savait plus sur les bonnes manières que je ne le pensais ?
Comme il prétendait ne pas être un vrai chevalier, Orisin l’avait imaginé plutôt comme un mercenaire aguerri, qui avait passé beaucoup de temps l’épée à la main. Mais ce n’était pas le cas non plus.
Sa façon de manier ses couverts n’avait rien d’ordinaire. Ses traits sévères ne le faisaient pas vraiment passer pour un noble classique, mais on aurait tout à fait pu croire qu’il était le chef d’une famille militaire.
Orisin s’adressa à Tuon. C’était une conversation privée, transmise par ondes mentales pour ne pas interrompre le repas d’Armede et de Kriel.
[Il répète qu’il n’est pas un vrai chevalier… Et s’il était en réalité le fils illégitime d’une famille de chevaliers ? Peut-être que sa conception de ce qu’est un « chevalier » est trop exigeante. Même maintenant, ses manières sont parfaites, non ?]
Peut-être satisfait des compliments adressés à son maître, Tuon répondit à Orisin sans ses habituelles récriminations.
[Bien sûr que oui.]
[Hein.]
[Mon maître suit mes conseils à table. Lui enseigner tout cela a été très gratifiant.]
Cette petite lame insolente lui donnait donc des cours à distance sur les bonnes manières à table.
Orisin en devenait fou.
Il avait l’impression d’avoir mal à la tête, alors même que celle-ci avait été tranchée depuis longtemps.
Les paroles de Tuon étaient empreintes d’une étrange fierté, ce qui rendait la situation encore plus absurde. Mais qu’est-ce que c’était que cette chose ?
L’Esprit de l’épée de Gratuon pouvait-il posséder des connaissances comme les bonnes manières à table ? Vu le nombre de cadavres dévorés par Gratuon, Orisin ne pouvait pas exclure cette possibilité. Gratuon avait probablement tué des centaines de nobles sur les champs de bataille.
Malgré tout, Orisin doutait que l’Esprit de l’épée appelé Tuon soit véritablement né de Gratuon. Il ressemblait moins à Gratuon lui-même qu’à quelque chose d’autre, qui aurait pris forme à partir de lui.
Un Chevalier Noir qui cherchait à se tenir à l’écart des Abysses, un Esprit décapité — ou quelque chose qui l’avait été — et un Esprit de l’épée dont la véritable nature demeurait inconnue.
Quel groupe vraiment étrange.
* * *
Suivant les instructions bavardes de Tuon, qui résonnaient dans sa tête, Kriel ajusta sa prise sur ses couverts. Il avait quelques notions de base, acquises sur Terre, sur l’ordre dans lequel on utilisait les couverts lors d’un repas formel, mais elles ne valaient pas les conseils d’un professeur professionnel.
Armede, qui avait elle aussi grandi dans la demeure du comte de Kett, l’observait, les yeux brillants.
« Quand tu étais mercenaire, tu mangeais comme un porc. Tu t’es fait adouber quelque part ? »
Elle posa la question d’un ton détaché, mais priait intérieurement pour qu’il n’ait été adoubé nulle part.
Même si on l’avait écartée, son mariage aurait forcément des conséquences sur l’équilibre des pouvoirs au sein de la Maison Kett.
Si Kriel était toujours un Chevalier errant, cela suffisait. Les deux autres héritiers le prendraient pour un vulgaire compagnon ramené par leur sœur excentrique.
Mais si Kriel commandait un ordre de chevalerie appartenant à une autre famille noble de l’Empire, cette famille pourrait étendre son influence sur la Maison Kett par l’intermédiaire d’Armede. Même si celle-ci affirmait ne pas s’intéresser à ces jeux de pouvoir vulgaires, ils feraient tout leur possible pour faire capoter l’affaire.
Kriel répondit avec son calme habituel.
« Quoi ? Tu as pour passe-temps d’observer les gens manger ? »
« Hmph. Ne me fais pas passer pour une vulgaire voyeuse. Manger est essentiel pour maintenir ses capacités au combat. Pendant tout le temps où j’ai été mercenaire, je t’ai observé, toi, mais aussi tous les repas des soldats sous les ordres de notre compagnie. »
Armede lui servit une réponse fluide, quoique étrangement rapide. Ses paroles rappelèrent à Kriel l’armée de la Terre.
Maintenir ses capacités au combat. Les discours sur la discipline à table et les effets fatals qu’un repas sauté avait sur l’aptitude au combat lui étaient familiers. Tirnanog et la Terre semblaient partager la même conviction : il fallait bien manger pour bien se battre.
« Je vois. Je suis toujours un Chevalier errant. Je me suis retrouvé mêlé à l’Armée de l’Ouest par accident, mais je compte bientôt la quitter. »
« L’Armée de l’Ouest ? »
Armede fronça les sourcils. Après tout, il n’appartenait à aucune famille en particulier et disait qu’il partirait bientôt. C’était une bonne nouvelle.
Elle ignorait comment il avait fini par se retrouver entraîné jusque dans un endroit aussi reculé, où l’Armée de l’Ouest affrontait les Trois Calamités. Peut-être avait-il tiré l’épée pour sauver quelqu’un, avant d’échouer d’une manière ou d’une autre dans l’Armée de l’Ouest.
« Eh bien, dans ce cas, ça va. »
Quelle réponse subtile. Orisin aurait bien aimé avoir quelque chose à grignoter.
Partager un repas était un puissant symbole de confiance.
Si le mot « famille » signifiait aussi manger ensemble, ce n’était pas pour rien. En partageant le même repas avec Kriel, Armede lui avait montré qu’elle lui faisait suffisamment confiance, puis l’avait indirectement interrogé sur son emploi. Autrement dit, elle lui demandait s’il avait l’intention de se placer sous sa protection.
[Et ce type vit son histoire de chevalier romantique, pendant que moi, je ne suis qu’une tête tranchée…]
Tandis qu’Orisin marmonnait, un remue-ménage retentit à l’extérieur de la pièce. Les pas n’avaient rien de vifs ; ils étaient plutôt désinvoltes. Des objets s’entrechoquèrent et cliquetèrent.
La porte s’ouvrit à la volée.
« Oh ! Dame Armede Kett ! J’ai appris que vous aviez organisé un déjeuner pour moi ! Je suis peut-être en retard, mais… »
C’était un jeune homme blond, dont l’allure semblait être le résultat d’un mélange entre « jeune noble » et « bleu », le tout coupé en deux. À la vue de cet invité surprise, le visage d’Armede se déforma.
« Ah, merde. »
« Q-Quoi ?! »
« Je ne me souviens pas vous avoir invité. À l’accueil, on ne vous a pas dit que cette place n’était pas pour vous ? »
Le jeune blond, qui s’appelait Mazhar, promena un regard perplexe autour de lui. Ses yeux s’arrêtèrent sur Kriel, qui mâchait tranquillement ses légumes.
Les asperges servies en garniture du carré d’agneau étaient excellentes. En voyant Kriel continuer à manger sans lui prêter la moindre attention, Mazhar tressaillit du sourcil.
« Qui est cet homme, dame Kett ? Un nouveau mécène de votre société ? Mais qui que ce soit, personne ne saurait surpasser Mazhar Gabi… »
Armede claqua des doigts.
Une bourrasque surnaturelle balaya Mazhar. Un cri peu digne — « Hein ?! » — retentit tandis que le vent l’emportait hors de la salle de réception.
Puis la porte se verrouilla. Un déclic après l’autre, le loquet se mit parfaitement en place. Toute la manœuvre forma une harmonie parfaite de magie délicate.
« Oh. Tu as déjà progressé. »
Kriel fut impressionné par son talent. La dernière fois qu’il avait vu Armede dans le Comté de Kett, sa magie n’était pas aussi puissante.
Son style de combat consistait à déchaîner sans retenue une puissance de feu écrasante. Cela n’avait rien à voir avec un contrôle aussi précis.
Elle mettait ses alliés à l’abri avant d’attaquer, ou prenait l’initiative avec une explosion, comme un coup d’envoi annonçant le début du combat.
Les capacités d’Armede semblaient avoir fait un bond spectaculaire pendant tout le temps où Kriel ne l’avait pas vue.
Armede s’apprêtait à lui expliquer qui était Mazhar, mais l’admiration de Kriel la laissa étrangement déçue. Il n’était pourtant pas difficile de deviner que cet échange cachait des circonstances particulières.
Et tout ce qu’il trouvait à dire, c’était que ses talents de magicienne s’étaient améliorés.
Les compliments faisaient toujours plaisir, mais le moment et le lieu ne comptaient-ils pas ?
« Oui. J’ai progressé. Les recherches sur l’Abîme ne se font pas à la force brute. »
Elle ne dit pas tout ce qu’elle avait sur le cœur. Par exemple, le sentiment d’impuissance qui l’avait envahie lorsqu’elle avait vu Kriel étendu au sol après son combat contre le Roi des spectres.
« C’est vraiment impressionnant. »
Kriel aurait pu en dire davantage, mais il se contenta de cette phrase et reprit son couteau.
Armede commençait à le trouver ridicule et prit donc la parole la première.
« Hé. Tu ne vas rien demander ? Par exemple, qui est ce Mazhar ou quelle est notre relation ? »
« Qu’est-ce que j’y gagnerais, à fouiller dans une affaire dont quelqu’un ne souhaite pas parler ? »
Difficile de savoir si c’était de la délicatesse ou de l’indifférence. Alors qu’Armede s’apprêtait à se sentir étrangement seule, Kriel poursuivit.
« Il est le résultat des ingérences de ta famille, non ? Tu as déclaré que tu renonçais à la lutte pour la succession, mais rien ne dit que ta famille te croit. Essaie-t-elle de te couper complètement de la famille sous prétexte de mariage ? »
« Quoi ? »
Son analyse était d’une justesse remarquable. Kriel étala de la marmelade sur un morceau d’agneau tendre, puis l’avala.
« Ça n’a probablement pas été facile de trouver un prétendant à ta mesure… Il s’est sans doute présenté comme mécène de la Société d’éradication de l’Abîme, a organisé son financement, puis a brusquement coupé les vivres en disant quelque chose comme : “Épouse-moi et faisons prospérer la société.” »
L’expression d’Armede passa de l’admiration à la perplexité sous ses yeux. La réaction qu’il lisait clairement sur son visage lui procura une étrange satisfaction.
« Comment l’as-tu deviné ? Tu es venu après avoir entendu parler de ça… ? »
Comment tourner ça ? Kriel décida de recourir à l’excuse universelle.
« Le devoir d’un chevalier ne se limite pas à combattre en première ligne. Il doit aussi comprendre clairement la situation de son seigneur et le conseiller pour l’aider à faire le bon choix. Une telle connaissance de la politique est une compétence de base. »
À vrai dire, la plupart de ses informations venaient de séries télévisées.
Sur Terre, il en avait regardé pas mal.
Note de l’auteur
Me revoilà après un jour de repos !
Notes de bas de page :
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