Chapitre 35
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 35 : Un bref souvenir, un long souvenir (3)
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Kriel pencha la tête en regardant Armede continuer à fulminer. Ils ne s’étaient pourtant pas quittés en mauvais termes. Alors, pourquoi se comportait-elle ainsi ?
Il décida d’aller droit au but. Il était temps de demander l’avis d’une experte.
« J’aimerais que tu examines ceci. »
« Ça ? »
Kriel sortit la Dague à corne et la tendit à Armede, la poignée en avant.
Sa lame recourbée, teintée de rouge, avait quelque chose de sinistre, mais Armede s’était habituée à Kriel. Un peu de menace ne lui faisait plus rien.
Et puis…
En se concentrant, elle sentit un Pouvoir divin extraordinaire. C’était absurde qu’un objet de cette forme soit une relique sacrée, mais elle décida de l’accepter.
Kriel lui-même ressemblait à un Chevalier Noir sorti tout droit des Abysses, mais en réalité, il avait tout d’un héros de roman de chevalerie.
« Tu portes même une épée à ton image. »
Un compliment auquel l’embarras avait donné un tour étrange. Son apparence majestueuse pouvait effrayer et impressionner, mais au fond, Kriel était plus noble que quiconque.
Kriel se remémora la façon grossière dont parlait Orisin. Il avait fait tant d’efforts pour avoir au moins l’air d’un « noble chevalier ».
« Non. Comment peux-tu dire ça ? »
Orisin non plus ne partageait pas l’avis d’Armede.
[Argh ! Sous prétexte que tu es la fille d’un comte, tu crois pouvoir dire que je ressemble à celui qui m’a tranché la tête ?!]
« Quoi ? »
Les propos absurdes de l’esprit laissèrent Armede un instant abasourdie. Kriel répondit calmement, comme si de rien n’était.
« Tu méritais d’être décapité. »
[C’est vrai.]
La conversation était vraiment bizarre. Orisin l’avait peut-être dit à moitié pour plaisanter, car il accepta sans broncher la réponse de Kriel et se lança dans un long discours sur le charme de la dague.
Kriel laissa les paroles d’Orisin entrer par une oreille et ressortir par l’autre. Ce bâtard à tête de cheval avait dû s’ennuyer ferme pendant qu’il attendait.
« Son cœur est actuellement contaminé par les Abysses. »
Surprise, Armede lança un sort de détection. La structure de la dague était scellée sous des couches et des couches de Pouvoir divin. On n’y décelait pas la moindre trace des Abysses.
Pourtant, quelque chose clochait dans ce « sceau ». Le Pouvoir divin s’entremêlait en une structure bien plus complexe et résistante que nécessaire.
« On m’a dit qu’il s’agissait d’une sorte de malédiction. Pour l’instant, la dague possède une espèce de fonction de purification automatique et elle est purifiée régulièrement. Mais à la racine, rien n’a changé. »
« Attends », dit Armede, puis elle examina longuement la Dague à corne.
Au-delà de la barrière serrée de Pouvoir divin, quelque chose qui n’en était clairement pas poussait lentement. Même à première vue, la source de la contamination était extrêmement puissante et particulièrement vicieuse. Le Pouvoir divin réduisait à chaque instant l’influence de la malédiction, mais celle-ci continuait de se multiplier sans fin et épargnait son cœur.
« Ça ne se fera pas en un jour ou deux… »
« Ah bon ? Dans ce cas, tant pis. »
Kriel parla à voix basse. Ses mots indifférents firent ressurgir chez Armede une douleur fantôme venue du passé. Encore un adieu tranquille, sans la moindre promesse de retour, comme à l’époque. Elle ne voulait pas revivre ça.
« Attends ! »
Elle prit appui sur la table et se leva. Le choc fit trembler les objets posés dessus. En un instant, Armede afficha un air assuré et déclara :
« M-Même si un ou deux jours ne suffisent pas, trois jours feront l’affaire ! Ce sera assez pour identifier l’origine de la malédiction ! »
Son bégaiement trahissait l’inquiétude qu’elle n’avait pas réussi à dissimuler. Kriel répondit sans changer d’expression.
« Ce n’est pas nécessaire. »
À présent comme par le passé, on aurait dit qu’il lui annonçait qu’elle ne lui était d’aucune aide. Armede sentit une main glacée lui serrer le cœur et l’empêcher de respirer.
Mais Kriel n’avait pas terminé.
« Nous avons tout notre temps. Je voulais dire que tu devrais l’examiner à fond. Je n’ai rien de prévu pour le moment. »
« …Vraiment ? »
« Ton emploi du temps pose problème ? Si c’est le cas, dis-moi où aura lieu la prochaine conférence de la Société et je viendrai à ce moment-là. »
La tension qui avait raidi tout le corps d’Armede disparut soudain. Elle manqua de retomber sur sa chaise, puis répondit d’une voix faible :
« Non. Je n’ai rien de prévu non plus. Je te dirai où je loge, alors passe demain vers midi. Je resterai dans le duché environ une semaine. »
« Tu ne prends pas la dague avec toi, maintenant ? »
« Je suis venue pour une réunion d’échanges universitaires, c’est tout. Je n’ai préparé ni réactifs ni quoi que ce soit. Il faut bien laisser à une magicienne le temps de se préparer, non ? »
Kriel acquiesça sans hésiter. Préparer une magie puissante exigeait naturellement beaucoup de temps et des réactifs coûteux. C’était différent d’un combat, mais les recherches complexes devaient engloutir des ressources comparables.
« D’accord. À midi ? »
« Oui. Ne déjeune pas. »
* * *
Kriel repéra une auberge des environs qui se vantait d’être la moins chère du coin et y entra. Les auberges bon marché étaient d’ordinaire des repaires de crasse et de manque d’hygiène, mais le duché était peut-être si riche que, malgré son prix modique, l’établissement était au moins convenable.
Bien sûr, « modique » s’entendait selon les critères du duché. Comparée à une véritable auberge de campagne, elle n’avait rien de bon marché.
Mais il y avait un toit et des couvertures, alors il n’avait pas de raison de se plaindre. Dès qu’il entra dans la chambre, Tuon prit forme humaine.
« Maître. Dague. »
« La voilà. »
Les phrases de Tuon raccourcissaient de plus en plus. L’esprit assurait que ce n’était pas un manque de respect, mais une façon de condenser ses propos pour communiquer plus efficacement.
Kriel tendit la Dague à corne à Tuon. Orisin ne semblait pas s’offusquer qu’on nettoie son nouveau corps et regarda Tuon sortir de l’huile et un chiffon.
[Dis donc, tu tiens beaucoup à l’argent, non ?]
Apparemment, Orisin avait pensé à autre chose qu’à l’entretien de la dague. Kriel lui répondit d’un ton détaché :
« Qui n’aime pas l’argent ? »
« Maître. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas l’argent, mais l’honneur. Tu devrais savoir que la meilleure façon d’obtenir richesse et gloire, c’est de les extorquer honorablement aux Abysses. »
« Tu deviens bavard, tout à coup. »
« Et encore une chose. Un Chevalier Noir… »
« Je t’ai dit de surveiller ce que tu racontes quand quelqu’un risque de t’entendre. »
C’était une conversation ordinaire entre Tuon et Kriel. Orisin, qui avait surpris leur échange inutile, hocha la tête.
[Tu dis aimer l’argent, et pourtant tu as tenu tête tout seul à la Chasse sauvage pour ne prendre qu’une seule pièce ?]
Kriel se caressa le menton. C’était une histoire assez compliquée.
« Je n’accepte pas toujours une seule pièce en guise de paiement. Quand je travaillais comme mercenaire, je recevais une juste rémunération. »
* * *
[Quoi ? Alors tu n’étais pas dans le comté pour une mission de mercenaire, tu t’y étais arrêté par hasard ?]
« Non. Je me suis rendu dans le Comté de Kett parce que j’avais accepté la demande du comte de chasser des monstres. »
[Euh… et alors ?]
Orisin avait senti que quelque chose clochait dès le début. Kriel n’avait-il pas accepté une mission d’extermination de monstres et affronté de redoutables créatures ?
Et ensuite, il n’avait pris qu’une seule pièce ? Orisin avait entendu Morgina traiter parfois Kriel de bâtard obsédé par les vertus chevaleresques, mais…
« La situation était un peu particulière, à l’époque. Le comte Kett, qui aurait dû diriger l’expédition contre les monstres, s’est soudain effondré en chemin. Cela dit, les monstres qui rôdaient dans le comté n’étaient que des gobelins et des animaux sauvages transformés en monstres. Malgré la défaillance de l’employeur, l’expédition s’est achevée sans encombre. »
Les mercenaires avaient été payés et, comme ils se trouvaient déjà dans une ville prospère, ils s’étaient mis à dépenser sans compter. Kriel se rappela que les choses inquiétantes avaient commencé deux soirs plus tard.
Une banshee hurlant dans le cimetière. Des plantes qui se flétrissaient alors que l’hiver n’était pas encore venu. Et surtout, des vents qui redoublaient de violence sans raison. Des rafales furieuses défiant les lois de la nature, tandis que les esprits gardaient le silence. Tous ces signes annonçaient l’arrivée de la Chasse sauvage.
« La famille Kett voulait renouveler le contrat, mais il avait déjà pris fin. Les compagnies de mercenaires avaient probablement épuisé les provisions militaires qu’elles avaient apportées. La plupart ont récupéré leur paiement pour la chasse aux monstres et sont parties. J’ai fait pareil. »
Sauf qu’il était parti dans la direction opposée. La Chasse sauvage venait généralement de l’ouest, par-delà l’horizon où le soleil se couchait.
Tandis que les autres mercenaires prenaient la direction du soleil levant, Kriel se mit en route vers le soleil couchant.
[Mais pourquoi tu as fait ça, bon sang ?]
« Un chevalier ne devrait pas donner l’impression d’avoir fui. Après calcul, je me suis dit que je pouvais encore quitter le comté bien avant minuit, même en prenant la direction de l’ouest. »
Kriel soupira. Ce qu’il avait dit n’était pas entièrement faux. Mais il y avait aussi des vérités qu’il ne disait pas.
Alors qu’il s’apprêtait à quitter le comté, Kriel s’était dit : « Vu le rapport de force dans Tirnanog RPG, je pourrais peut-être gagner. » Puis il s’était arrêté.
Parmi les monstres boss qui menaient des armées, le Roi des spectres avait ceci de rare qu’il acceptait volontiers les duels en un contre un.
« Mais je n’y suis pas arrivé. »
[… Tu es idiot ou quoi ?!]
« Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Il n’y avait pas d’alliés dans les environs. Ils étaient trop nombreux pour que je brise leur encerclement. Ma meilleure chance de survie, c’était de tenir jusqu’à l’aube. »
Kriel ajouta qu’il avait déjà reçu son dû en tant que mercenaire. Personne ne lui avait ordonné d’affronter la Chasse sauvage et il s’était jeté dans cette bataille de son propre chef. Il n’avait donc aucun droit d’exiger une compensation.
« J’ai dit que je n’avais besoin de rien, mais ils ont insisté pour me donner quelque chose. Alors je n’ai pris qu’une seule pièce. »
En entendant cette réponse, Orisin se dit : En résumé, il a combattu la Chasse sauvage et n’a pris qu’une pièce par conviction personnelle ?
« Ce bâtard. Il avait menti dès le début en prétendant qu’il allait vers l’ouest pour quitter le comté, non ? »
Notes :
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