Chapitre 34
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Traducteur/éditeur : Order
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◈ Je suis devenu le Chevalier Noir dans le monde du jeu ◈
Chapitre 34 : Un bref souvenir, un long souvenir (2)
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Tout au fond du groupe de mages se tenait une jeune fille aux cheveux roses.
Une couleur rare dans le monde où Kriel avait vécu à l’origine. Un rose vif, si éclatant qu’on pouvait affirmer sans risque qu’il n’existait pas à l’état naturel. Pourtant, à Tirnanog, les couleurs de cheveux inhabituelles comme celle-là n’avaient rien de rare.
Mais plus encore que sa couleur de cheveux, c’était son identité qui attira l’attention de Kriel.
« Oh. »
Un visage familier. Une mage qu’il avait eu l’intention de rencontrer après son arrivée dans l’Empire.
La jeune héritière de la Maison Kett, qui avait réduit en miettes toutes les idées que Kriel se faisait des mages.
« Ça fait longtemps, Armede. Non, maintenant que tu es rentrée au Comté de Kett, devrais-je t’appeler dame Armede ? »
Les yeux d’Armede tremblèrent tandis qu’elle regardait Kriel, qui lui adressait un salut de la main.
* * *
L’espace d’un instant, Armede eut l’impression que le temps s’était arrêté. Quand elle avait d’abord pensé : « Cette voix m’est familière », elle avait facilement réussi à chasser cette idée.
Combien de fois s’était-elle retournée en apercevant des cheveux blancs et en entendant une voix semblable, pour finir déçue ?
Cette fois encore, ce serait pareil. Juste un inconnu qui lui ressemblait un peu. Armede chercha à se résigner, comme elle avait appris à le faire.
Puis, après avoir apaisé son cœur bouleversé, elle franchit la barrière et aperçut soudain une chevelure blanche familière.
Ce n’étaient ni les cheveux blancs, froids et inflexibles, hérités des givre du Nord, ni la chevelure digne d’un vieillard blanchie naturellement par le temps.
Ils étaient pâles et sinistres, comme des ossements.
Des cheveux blancs qu’elle seule pouvait enlacer.
Elle avait beau tenter de le nier, il ne pouvait y avoir dans ce monde une autre personne aux cheveux blancs et aux yeux aussi inquiétants.
Il leva nonchalamment la main pour la saluer, comme si toutes ces années de séparation n’avaient jamais existé.
Quelque chose se mit à bouillir en Armede.
C’était l’homme qui l’avait abandonnée sans un regard en arrière.
Non, « abandonnée » n’était peut-être pas le mot juste. Mais il avait été froid. Il avait tenté de disparaître sans un mot, et elle n’avait entendu ses adieux que parce qu’elle s’était réveillée avant l’aube et l’avait attendu.
Et cet homme n’avait pas une seule fois montré le bout de son nez aux réunions de la Société au cours des dernières années.
Et maintenant, il réapparaissait comme si de rien n’était ?
* * *
En voyant Armede fixer Kriel, les yeux tremblants, les membres de la Société d’éradication de l’Abîme reculèrent prudemment.
Cette fois, ce serait peut-être lui le créancier de la présidente, et non le nôtre ?
C-ce n’est pas possible. La Maison Kett est incroyablement riche…
La fortune du comte ne part-elle pas dans des recherches qui ne rapportent rien ?
Comme Armede restait silencieuse, Kriel abaissa maladroitement la main qu’il avait levée.
Ce silence avait quelque chose de sinistre. Sentant des nuages noirs s’amonceler au-dessus de l’espoir qu’ils avaient enfin trouvé, Orisin se hâta de murmurer :
[Vous vous connaissez, n’est-ce pas ?]
« Je te l’ai dit avant qu’on vienne. Je me souviens d’elle, mais je ne savais pas si elle se souviendrait de moi. On dirait que j’ai pris mes aises pour rien… »
Il semblait croire qu’il parlait à voix basse, mais à cette distance, elle ne pouvait pas ne pas l’entendre. Armede murmura doucement :
« Je me souviens. »
« Ah. Tant mieux. Je ne savais pas que tu étais à la tête de cette Société. »
Comment osait-il dire ça ?
Armede ravala les émotions qui refusaient de se transformer en mots.
Elle avait fondé cette Société à cause de ce qu’il lui avait dit en partant. Il ne lui avait donné que son nom avant de s’en aller ; elle n’avait donc eu aucun moyen de le retrouver.
Elle s’était dit que s’il lui avait demandé de créer une Société pour chercher comment purifier les Abysses, il finirait peut-être par revenir la voir.
Et voilà qu’il réapparaissait enfin pour lui dire ça ?
Armede prit une profonde inspiration pour calmer le tumulte en elle. Comme on le lui avait toujours conseillé lorsqu’elle travaillait à ses côtés comme mercenaire, une mage devait garder son calme.
« Oui. Ça fait longtemps, Kriel. »
« Je suis honoré que la jeune héritière de la Maison Kett se souvienne de mon nom. »
Armede regarda autour d’elle. Les membres de la Société les observaient tous deux avec des mines perplexes.
« Partez. »
« Pardon ? »
« Vous tous, partez. Je vous appellerai si j’ai besoin de vous. »
Armede agita la main. Ses cheveux roses, qui lui tombaient sur les épaules, suivirent le mouvement. Les mages brûlaient de curiosité au sujet des relations personnelles de leur présidente, mais leur peur de leur principale mécène l’emporta.
Quand le dernier membre fut parti, il ne resta plus qu’Armede et Kriel dans la salle. Kriel se retourna naturellement, descendit de l’estrade, puis lui tendit la main.
Un geste pour l’aider à descendre sans tomber. Une invitation à l’accompagner.
Bon sang…
Armede maudit Kriel, qui lui avait probablement tendu la main sans réfléchir, et elle-même, parce que son cœur s’emballait malgré tout. Au lieu de la prendre, elle descendit péniblement les marches jusqu’à la table ronde au pied de l’estrade.
Kriel se frotta une fois le menton, puis tira machinalement une chaise pour Armede avant de s’asseoir en face d’elle.
[Hé. Tu es sûr que vous vous êtes quittés en bons termes ? Pourquoi est-elle aussi froide ?]
« Non. Armede a toujours été comme ça. Même quand elle était mercenaire, elle avait des manières de noble et aimait réfléchir seule. »
[Tu as dit que c’était une jeune noble. Pourquoi était-elle mercenaire ?]
« Pour sa formation. Au Comté de Kett, l’enfant le plus doué pour la magie hérite traditionnellement de la direction de la famille. »
L’entendre expliquer tout cela avec tant de désinvolture lui noua les entrailles. Armede retint un soupir en observant l’échange entre Kriel et l’Esprit à tête de licorne.
[Alors, quoi ? Vous étiez mercenaires tous les deux ?]
Kriel réfléchit un instant. Mercenaires tous les deux.
En réalité, ils n’avaient pas appartenu à la même compagnie de mercenaires. Kriel avait toujours travaillé à son compte, tandis qu’Armede, même si elle s’était portée volontaire pour devenir mercenaire dans le cadre de sa formation, restait la fille du comte.
Elle avait sa propre compagnie de mercenaires, qui ressemblait davantage à une escorte composée de gens de la Maison Kett. Kriel et Armede n’avaient été affectés ensemble qu’à quelques missions.
Si l’on tenait compte de leur dernière rencontre, on pouvait résumer leur relation ainsi…
« Nous étions employeur et employé. J’ai travaillé pour elle pendant quelque temps. »
« Comment peux-tu réduire ça à ça ?! »
Armede s’écria, incrédule. L’événement qui avait changé sa vie ne représentait donc pas plus que ça pour lui ?
« Ce serait trop long de tout expliquer. Et si on résume, c’est exact. »
« Tu es vraiment un idiot ! »
En voyant Armede gronder Kriel comme si elle voulait le dévorer, Orisin se demanda ce qui avait bien pu se passer entre eux.
[Ne commencez pas à vous battre. Asseyez-vous d’abord, puis racontez-moi ce qui s’est passé entre vous pour que ces retrouvailles soient si… enthousiastes.]
Armede, qui respirait avec difficulté, ferma les yeux un instant avant de se calmer. Kriel prit la parole, son visage toujours aussi impassible.
« Il ne s’est pas passé grand-chose. Des monstres ont attaqué le territoire et je me trouvais par hasard au bon endroit. C’est tout. »
« C’est justement pour ça que tu ne peux pas résumer les choses comme ça ! »
Armede se remémora la calamité qui avait envahi le Comté de Kett.
Elle portait différents noms selon l’endroit où elle apparaissait. Dans certaines régions, on l’appelait la Procession des Cent Fantômes. Ailleurs, la Procession des Morts.
Son nom le plus connu était la Chasse sauvage. Une nuit d’orage où des monstres inhumains déferlaient.
Quand le comte de Kett fut terrassé par une malédiction inconnue et que la barrière du territoire s’effondra, Kriel s’était avancé pour barrer la route à cette procession d’horreurs.
« Je te répète que j’ai eu de la chance. Le chef qui mène la Chasse sauvage varie selon les régions, et celui qui est apparu sur ton territoire était capable de raisonner. »
« Vraiment ? Parce qu’il a accepté ton défi en duel ? »
Kriel s’expliqua lentement. Cela signifiait bien que l’adversaire était capable de raisonner. Puisqu’il s’agissait d’un Roi des spectres qui avait autrefois été humain, et non d’une gigantesque bête née d’une tempête ou des restes d’un démon, son stratagème pour gagner du temps en provoquant un duel avait fonctionné.
Si le chef de la Chasse sauvage avait été autre chose qu’un Roi des spectres, le village aurait été balayé avant même qu’il ait pu proposer un duel.
[Hein ?]
Orisin regarda Kriel avec surprise. La Chasse sauvage était une calamité qu’on plaçait au même rang que les machines de guerre laissées par l’ancienne civilisation naine. Moins redoutable que les Abysses, elle comptait parmi les trois Calamités qui menaçaient l’humanité.
Par leur seule ampleur, les hordes de spectres de la Chasse sauvage ne pouvaient rivaliser avec l’Automate, vestige de toute une civilisation. Pourtant, on la considérait comme une calamité à cause de l’immortalité de ses spectres et de sa capacité à apparaître sans prévenir n’importe où sur le continent.
Si Kriel avait combattu et vaincu une calamité pareille, il méritait d’être célébré comme un héros dans cette région.
Kriel répondit sans changer d’expression.
« Je n’ai pas gagné. »
[Ah. Alors, je suppose que…]
« Qu’est-ce que tu veux dire, “alors” ?! »
Armede secoua la tête. En général, on ne prétendait pas n’avoir pas gagné après avoir défié un Roi des spectres en duel et l’avoir retenu seul, de minuit jusqu’à l’aube.
Sur fond de soleil levant, Kriel s’appuyait sur son épée pour tenir debout. Son armure était réduite en morceaux, son bras droit se pliait selon un angle impossible et ses jambes semblaient à peine capables de le soutenir.
Ce chevalier, qui avait tenu bon sans lâcher son épée jusqu’à la disparition complète du Roi des spectres, avait répondu ainsi quand on lui avait demandé quelle récompense il souhaitait.
« Une pièce. »
Puis il était parti.
Sérieusement, ne se rendait-il pas compte de l’exploit qu’il avait accompli ? Elle avait voulu le récompenser d’une manière ou d’une autre, mais il n’avait pris qu’une seule pièce… !
Note de l’auteur
Jour deux !
Notes de bas de page :
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